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17/12/2021

La France et l'Europe : le "Que faire ?" de Jacques Julliard. Partie 3 : La vaine Union européenne ?

 

La France et l’Europe ne sont pas les seules dimensions du monde, et le monde n’obéit pas à la France ni à l’Europe, ce qui n’est pas si mal, en définitive : les civilisations sont diverses dans l’espace comme dans le temps, et résumer le monde à un seul mode d’appréhension de celui-ci serait une négation de ce qu’il est, depuis que les hommes existent « en société » (ce qui est d’ailleurs la condition même de la vie humaine, hormis pour les Robinson Crusoé et les ermites qui, par le fait ou la volonté assumée, se retrouvent seuls à assumer les contraintes et les joies de la vie). Pour autant, ne pas être le monde ne doit pas signifier y être indifférent ou vouloir s’en isoler comme pour préserver une « pureté » originelle qui, en fait, n’a jamais existé depuis que les hommes et les générations se succèdent sur notre bonne vieille Terre et, pour ce qui nous concerne, sur l’espace français, fort variable dans le temps mais, au regard d’aujourd’hui, « ni fini ni finissable », comme le constatait Pierre Boutang. La France est vivante et, si elle peut être mortelle, elle n’est pas entrée en agonie même si sa santé peut paraître, parfois, vacillante : les grandes fièvres révolutionnaires et napoléoniennes qui faillirent l’emporter, mais aussi toutes ces douleurs hexagonales et ultramarines qui, de temps à autre, affectent voire handicapent le pays, ont aussi, paradoxalement, prouvé la solidité, la résilience, les capacités de sursaut de la France, quoiqu’il arrive. Cela n’empêche nullement qu’il faille veiller, autant que faire se peut, à sa bonne santé et aux conditions de sa prospérité. Sans négliger que, au regard de son histoire et de son ontologie propre, « la France ne peut être la France sans la grandeur », ainsi que l’a maintes fois souligné le général de Gaulle et qu’il a repris dans « L’Appel », confirmant par la plume ce qu’il pensait dans la vie et pour l’histoire…

 

Les propositions de M. Macron pour sa présidence de l’Union européenne sont-elles compatibles avec la vision d’une France forte et indépendante ? Il est possible d’en douter, ne serait-ce que parce « l’Europe » ne croit plus en elle-même, ni en la possibilité de peser, géopolitiquement, sur les destinées du monde, et qu’elle semble même un facteur d’affaiblissement des États politiques la constituant : « quand on attend l’Union européenne, on risque d’attendre longtemps… », peut-on dire avec une pointe d’ironie, et ce constat est partagé par M. Julliard, pour s’en affliger, d’ailleurs. Tout cela s’accompagne d’une forme de soumission à l’égard des États-Unis, qui se marque par les achats fréquents et parfois exclusifs par certains pays de l’UE de matériel militaire états-unien : la récente acquisition de 64 appareils chasseurs F-35 pour une somme de 8,4 milliards d’euros par la Finlande a d’ailleurs provoqué une réaction logique de la part de l’entreprise française Dassault Aviation qui « prend acte de la décision souveraine des autorités finlandaises ». Pour ajouter ensuite : « Une fois encore, nous constatons et regrettons une préférence américaine en Europe. » Que, dans cette ambiance particulière, le président Macron veuille relancer le « projet Union européenne », n’est pas condamnable, évidemment, mais semble faire preuve, en fait, d’une grande naïveté en un temps où il n’est plus possible de l’être… Il n’y aura pas d’Europe indépendante et souveraine dans le cadre de l’Union européenne actuelle, c’est un fait même si cela peut aussi être un regret !

 

Jacques Julliard en est-il conscient ? Ce n’est pas impossible, en définitive : son constat sur l’état de l’UE est absolument terrible pour celle-ci, quand il avance que, dans les faits, « on la sent plus encline à faire la police à l’intérieur de ses frontières qu’à l’extérieur, plus prompte à morigéner les Polonais et les Hongrois qu’à contenir les Turcs ou les Algériens. Faut-il rappeler que la Turquie d’Erdogan continue non seulement de faire partie de l’Otan, mais persiste à se porter candidate à l’Union européenne ? Une puissance digne de ce nom ne se laisserait pas ainsi ridiculiser ». Mais, que peut faire une UE prisonnière, concrètement, des choix de l’Otan qui se prennent, tout aussi concrètement, à Washington plutôt que dans les capitales européennes ? « L’américanotropisme » de la plupart des pays de l’UE, qui a survécu à la Guerre froide pourtant finie depuis 30 ans, est un obstacle, autant géopolitique que mental, à l’indépendance des nations européennes et à leur « Union » : or, à l’heure de la montée des périls, cette dépendance à une puissance extérieure à l’Europe, mentalement comme sentimentalement, (au sens historique du terme), met en danger la pérennité même des sociétés du Vieux continent et, par là-même, celle de la France. N’est-ce pas la compréhension de ce risque qui est, en somme, le début de la sagesse et l’occasion d’une nouvelle stratégie « nationale » plus encore qu’européenne ?

 

En fait, l’une (nationale) n’est pas incompatible avec l’autre (européenne), ce que semble créditer Jacques Julliard dans un long paragraphe titré « La nation est de retour », évoquant cette donne politique et géopolitique européenne qui ne peut, désormais, être négligée par les dirigeants de l’Union, qu’ils siègent à Bruxelles ou dans les 27 capitales des pays « intégrés » : « C’est désormais un fait acquis et irréversible : l’Europe de demain ne sera pas, comme avaient pu l’imaginer ses fondateurs, une fédération d’individus dépassant les nations qui la composent, mais, selon l’expression de Jacques Delors, une « fédération d’États-nations ». » La formule « fédération d’États-nations » peut, certes, prêter à confusion et il convient alors de préciser (et de nuancer ?) les choses en reprenant la citation de M. Delors lui-même, comme le fait M. Julliard : « Grâce au mélange qu’elle incarne entre la légitimité des peuples et celle des États, entre unité et diversité, entre dimension politique et territoriale, une fédération d’États-nations est le seul modèle vers lequel devrait tendre la grande Europe ». Le terme « fédération » est-il, d’ailleurs, le plus approprié ou le plus souhaitable ? Les monarchistes français proches de l’Action Française ou ceux de la Nouvelle Action Royaliste sont restés hostiles à toute avancée du fédéralisme européen, et cela pour des raisons qui, le temps de l’expérience aidant, paraissent aujourd’hui plus que judicieuses et que, désormais, M. Julliard n’est pas loin de rejoindre : « Il faut même aller plus loin et affirmer que, sans des nations solides et fières de leur identité, l’Europe elle-même ne serait que la masse molle et flasque vers laquelle elle tend aujourd’hui. » En somme, cela rejoint la fameuse intervention du général de Gaulle du printemps 1962 sur l’Europe : « Dante, Goethe, Chateaubriand, appartiennent à toute l’Europe dans la mesure où ils étaient respectivement et éminemment Italien, Allemand et Français. Ils n’auraient pas beaucoup servi l’Europe s’ils avaient été des apatrides et s’ils avaient pensé, écrit en quelques espéranto ou volapük intégrés… »

 

Mais la construction européenne contemporaine, déconnectée des peuples, est-elle capable de renouer avec les nations historiques et avec les cultures enracinées ? La récente polémique autour d’un livret « de travail » (sic) issu de la Commission européenne (plus exactement d’un membre de celle-ci, Mme Helena Dalli), livret qui proposait de remplacer « Noël » par « vacances » pour mieux « inclure » les populations ne se reconnaissant pas dans les cultures chrétiennes et européennes traditionnelles, tend à montrer le désordre des pensées à la tête même de cette « Europe » que, jadis, l’on qualifiait de « vaticane » parce que, entre autres, elle avait choisi comme emblème les douze étoiles de la Vierge Marie. Or, ne pas assumer ce que l’on est pour complaire à « l’étranger » est le meilleur moyen de s’attirer, non ses bonnes grâces mais bien plutôt son mépris : l’Union européenne, si elle entend rester « inclusive » (au sens ancien du terme, et non dans sa version anglo-saxonne « négationniste » des histoires et des « romans » nationaux) et, tout simplement, « survivre » (je ne parle pas de l’Europe en tant que continent et ensemble de civilisations communément reconnus par autrui et en son sein même par ses peuples partenaires ou adversaires), doit justement écarter toute tentation de se renier et être fière de ses particularités qui la distinguent des autres ensembles géopolitiques et civilisationnels : mais comme je l’ai dit plus haut, je doute que l’Union européenne telle qu’elle est aujourd’hui conçue (en particulier idéologiquement parlant) soit le meilleur cadre pour faire ce qui, pourtant, lui serait nécessaire pour retrouver force et crédibilité !

 

Ce qui est certain, c’est que, Union européenne ou pas, la France doit rappeler ce qu’elle est, sans hostilité à l’égard de ses voisins mais sans faiblesse, et valoriser son « projet national » qui n’est rien d’autre que la condition de son existence, de sa liberté et de son épanouissement, et la condition, aussi, d’une « Europe des nations » qui, pour le coup, pourra regarder vers le haut et vers l’horizon, et non vers son seul nombril…

 

 

 

(à suivre)

 

 

 

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