11.05.2008

Discrète Journée de l'Europe...

Le 9 mai est officiellement la « journée de l’Europe » et il n’est pas indifférent de noter combien elle est passée inaperçue cette année, autant dans les médias, d’habitude plus diserts sur ce sujet, que dans la rue elle-même : à tel point que Versailles, où je travaille, avait visiblement oublié de pavoiser l’hôtel de ville et les halles marchandes aux couleurs de l’Union Européenne, contrairement aux années passées… A cette « invisibilité » (toute relative…) de l’Europe (ou ce qui revendique de l’être), il y a sans doute quelques raisons simples : le fait de passer par-dessus le référendum de 2000 pour adopter parlementairement et fort discrètement un traité constitutionnel européen dont, pour le coup, peu de gens ont eu l’occasion d’entendre parler cette fois-ci et, surtout, de discuter, n’a guère été apprécié par une grande partie de la population qui y a vu la duplicité des politiciens et « l’inutilité » de la démocratie au regard du déni de la décision populaire de 2005. Du coup, il apparaît parfois délicat de se mettre à « trop parler » de l’Union européenne quand on vient d’ôter la parole à ceux à qui l’on s’adresse : il semble que le gouvernement l’ait bien compris et qu’il ait préféré éviter d’aborder le sujet pour éviter quelques agacements supplémentaires.

 

Une autre raison c’est la « banalisation » de l’Europe qui, jadis, pouvait faire rêver parce qu’elle apparaissait comme une nouvelle « terre promise » : elle est, aujourd’hui, évoquée, au mieux comme une « nécessité », comme une « obligation » pour affronter la mondialisation, mais le plus souvent comme une « fatalité », comme une « réalité à laquelle il n’y aurait pas d’alternative »… Pas de quoi soulever l’enthousiasme ! D’autre part, elle apparaît de plus en plus comme une « nouvelle contrainte », avec des règles sur le plan hygiénique, gastronomique, social, économique, administratif, etc., qui compliquent la vie au lieu de la simplifier : cela ne la rend guère populaire, surtout au regard des promesses anciennes qu’il est toujours drôle (mais le rire est jaune, en ce cas…) de relire dans les manuels de géographie des années 90 ou dans les textes publiés durant la campagne référendaire de 1992 autour du traité de Maëstricht…

 

Il est d’ailleurs significatif que les jeunes étudiants chargés, la veille de cette journée du 9 mai, de distribuer de mini-livres citant les droits des citoyens dans l’UE à la sortie du métro « Odéon », sous la statue de Danton, avaient bien du mal à défendre cette UE-là, malgré toute leur sympathie et leur bonne volonté : en discutant longuement avec eux, je me suis rendu compte qu’ils ne connaissaient guère l’histoire de l’Union Européenne, ni même ses réalisations concrètes et ses promesses d’antan, etc. Cela étant, peut-on vraiment leur en vouloir quand on voit le déversement de propagande (baptisée « pédagogie » dans la grande presse ou dans les documents des européistes…) à travers les manuels scolaires et les programmes de l’Education nationale, ainsi que les instructions des rectorats et du Ministère (j’en reparlerai car de nouveaux documents viennent d’arriver dans nos casiers de profs ces temps derniers et ils sont plus que révélateurs…), et dans les grands médias français ?

 

La dernière idée des parlementaires pour rendre « l’Europe » plus « proche » est de rendre fériée cette journée du 9 mai tandis qu’on supprimerait ce même caractère férié au 8 mai, considérant que cette date ne parle plus guère à nos contemporains et que la France est l’un des derniers pays à la commémorer encore. Si cette mesure est votée prochainement, je ne suis pas certain que cela change grand-chose au sentiment général sur l’UE, en bien ou en mal. D’autre part, il sera intéressant de regarder comment les autorités et, en particulier les municipalités, célébreront (ou pas…) cette « journée » et devant quel monument, en quel lieu… Va-t-on voir apparaître des « monuments pour l’Europe » dans tous nos villages, ou remplaceront-elles les bustes de Marianne dans les salles municipales par quelque figuration symbolique de cette UE sans véritable identité ? Ce n’est pas impossible et même assez probable…

 

Cela promet aussi quelques discussions houleuses au sein des conseils municipaux…

 

 

09.05.2008

9 mai, journée de "l'Europe".

(Je me permets de republier un article déjà mis en ligne sur mon précédent blogue il y a 2 ans, à l'occasion de la "journée de l'Europe", car il me semble avoir gardé un certain intérêt...) 

 

 

 

 

Le 9 mai est, depuis quelques années, institué « journée de l’Europe » et c’est l’occasion d’une vaste promotion (certains diraient propagande…) pour les bienfaits de l’Union européenne, présentée comme seul et unique horizon glorieux des habitants du continent européen et parfois au-delà, puisque l’Union n’est pas, ne se veut pas, une entité purement géographique ni même seulement « européenne »… Un an après le rejet de la Constitution européenne, pour des raisons d’ailleurs fort diverses et parfois contradictoires, par les Français et les Néerlandais, les partisans de l’U.E. reprennent l’offensive et en particulier en direction des plus jeunes, par le biais de l’Education Nationale : ainsi, des « kits » destinés aux enseignants ont été envoyés à ceux-ci pour propager la « bonne nouvelle ». J’ai bien sûr reçu ce kit qui se compose d’une affiche, d’un quiz européen et d’un prospectus sur la citoyenneté européenne qui me fait penser à un prospectus d’agence de voyages : d’ailleurs, à lire ce dernier, l’Union européenne c’est vraiment formidable et surtout sans souci… En U.E., « tout le monde, il est beau ; tout le monde, il est gentil », pour reprendre le titre et l’esprit du film éponyme de Jean Yanne. Que ce 9 mai soit l’occasion de présenter l’Union européenne, son histoire et ses institutions, ses projets et ses perspectives, cela n’a rien en soi pour me choquer.

Mais, que cela soit juste une « opération séduction » sans véritable discussion, sans évocation des débats importants qui se posent en U.E., sans esprit critique ni recul même par rapport à certains problèmes actuels, cela me semble fort malsain et s’apparente à la politique de la « République obligatoire » qu’a pratiquée la IIIe République à travers sa stratégie scolaire, si peu respectueuse des traditions et des libertés provinciales mais aussi de l’histoire française au point, parfois, de la travestir de façon ridicule. En veut-on un exemple ? alors, prenons l’événement que, justement, l’on commémore ce 9 mai, la fameuse déclaration de Robert Schuman, alors ministre français des Affaires étrangères, le 9 mai 1950 et annonçant la CECA  : elle fut préparée dans le plus grand secret, rédigée en fait dans ses grandes lignes par Jean Monnet ; les ministres français, pourtant collègues de Schuman, tout comme les diplomates du Quai d’Orsay, ne furent même pas prévenus de ce qu’elle contenait, mais, par contre, Schuman en informa … le chancelier fédéral d’Allemagne de l’Ouest et les dirigeants états-uniens… Comme le signale Michel Clapié, auteur du manuel « Institutions européennes » (Champs Université ; Flammarion ; 2003), et à qui je dois d’avoir beaucoup appris sur la manière dont s’est construite et se construit toujours l’U.E. : « La gestation de cette Déclaration ne fut donc pas un « modèle de transparence démocratique » »…

D’autre part, il serait intéressant de relire cette fameuse déclaration qui annonce aussi la stratégie européiste vers ce que Schuman appelle la « Fédération européenne » : on comprend mieux alors pourquoi De Gaulle s’y oppose et pourquoi Schuman, dès le retour du Général à la tête de l’Etat, rentre dans une opposition acharnée à l’homme du 18 juin 40, alors que ce dernier lui avait évité, à la Libération, « un procès que son attitude pendant le conflit [la seconde guerre mondiale] incitait certains à lui faire » (Michel Clapié, dans le livre cité plus haut, page 373). Effectivement, petit détail « amusant », Schuman fut membre du Gouvernement Pétain du 16 mai au 17 juillet 1940, et il a voté les « pleins pouvoirs » au Maréchal Pétain le 10 juillet… De plus, malgré sa foi chrétienne et son anti-nazisme avéré, il se refusera à rentrer dans la Résistance, préférant (mais après tout, pourquoi pas ?) une vie monastique pendant laquelle il prie pour la paix, en attendant des jours meilleurs… On peut néanmoins préférer la foi combattante d’un Honoré d’Estienne d’Orves, d’un Colonel Rémy ou d’un De Gaulle…

Alors, je veux bien que l’on fête l’Union européenne le 9 mai ou un autre jour, mais cela ne doit pas empêcher de penser librement à l’Europe sans céder à la tentation de la propagande ou de la sacralisation…

08.05.2008

Droite antisociale et Droite sociale.

La Droite libérale française, aujourd’hui hégémonique dans le paysage politique des Droites hexagonales, n’apparaît pas vraiment sociale, pensant, sans doute de façon exagérée, que c’est l’économie qui résoudra tous les problèmes sociaux par ses simples mécanismes d’autorégulation, baptisés « loi du Marché » : bien sûr, je caricature un peu, mais ce qui est certain c’est que cette Droite ne croit plus au Politique et ne pense qu’en termes de rentabilité économique sans se poser la question du coût humain, et il suffit d’écouter les débats sur la radio économique (économiste, aussi…) BFM pour le constater rapidement.

 

Ainsi l’affaire de la carte « famille nombreuse » ou la réduction en catimini des allocations familiales sont plus des ballons d’essai que des « erreurs » comme certains ont tenté de les justifier. D’ailleurs, le discours que l’on entend parfois dans l’entourage de l’UMP prend une tournure de plus en plus antifamilialiste, et il est dommage que Christine Boutin, catholique réputée et ministre du gouvernement Fillon, soit aussi silencieuse sur ce sujet… Quant à la Droite souverainiste, elle est désormais atone et invisible, se contentant de conserver ses quelques rares bastions de Vendée et incapable de récupérer la contestation qui monte dans le pays, pour de bonnes comme pour de mauvaises raisons.

 

Et pourtant ! La Droite ne se limite pas, politiquement, à ce néolibéralisme qui, d’ailleurs, est largement dominant en Union européenne, et déborde tout aussi largement sur les partis socialistes et sociaux-démocrates. Ainsi, le quotidien « La Croix » (édition du mercredi 7, jeudi 8 mai 2008) trace-t-elle le portrait de l’homme politique allemand Jürgen Rüttgers, l’un des barons actuels de la CDU (Union chrétienne démocrate allemande), « qui est en train de s’imposer comme le porte-parole de l’aile sociale » de ce parti conservateur d’outre-Rhin : « Il avait lancé son pavé dans la mare fin avril en assénant dans une interview au quotidien libéral Frankfurter Allgemeine Zeitung : « Celui qui a cotisé régulièrement pour les caisses de retraite trente-cinq ans durant devrait être assuré de percevoir une pension qui soit autre chose que le minimum vital garanti », versé aussi aux chômeurs et aux non-actifs. A quoi bon travailler sinon, laissait-il entendre.

 

Jürgen Rüttgers avait aussitôt reçu une volée de bois vert des ténors de la CDU. On l’accusait de « mettre en cause les principes de l’économie sociale de marché » et de vouloir révolutionner le système de retraite dans lequel le niveau des pensions est strictement proportionnel à celui des cotisations versées pendant la vie active. Mais Angela Merkel a arbitré en sa faveur. 

 

(…) Il avait déjà fait des vagues au congrès de la CDU en 2006 en expliquant que son parti devait rompre avec le « mensonge de base néolibéral » selon lequel « les réductions d’impôts pour les employeurs conduisent automatiquement à la création de nouveaux emplois ». (…)

 

Dans un livre plaidoyer publié en septembre 2007, L’économie de marché doit rester sociale, Jürgen Rüttgers démontait avec vigueur le système capitaliste « à l’anglo-saxonne ». Il s’agrippe, lui, au modèle économique rhénan, d’inspiration chrétienne, « qui fait la balance entre la sagesse économique et la justice sociale et qui est à la base de nos succès ». »

 

Je dois avouer que je retrouve là quelques unes de mes idées qui tendent à concilier une bonne gestion de l’économie et la nécessaire justice sociale, et cela sans tomber dans une démagogie égalitaire que je récuse comme une simple démonstration de « l’envie », au sens le plus sombre du terme, celle-là même que dénonçait Proudhon dans ses écrits.

 

« Social parce que royaliste, royaliste parce que social » : négliger cette formule, dont j’ai fait un principe personnel, serait une erreur, voire une faute. Je n’oublie pas non plus que la justice est le principe par excellence d’une Monarchie royale française dont l’un des symboles est cette « main de justice » remise au roi lors de la cérémonie du sacre : un roi qui oublierait ses devoirs sociaux perdrait une part même de sa légitimité…