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20/04/2017

Quand M. Fillon néglige le monde ouvrier...

La question ouvrière en France retrouve une certaine visibilité en ces temps de présidentielle, et l'affaire Whirlpool n'y est pas pour rien, bien sûr, même si c'est la présence d'un ouvrier d'extrême-gauche, Philippe Poutou et les discours « ouvriéristes » de Marine Le Pen et de Jean-Luc Mélenchon qui lui donnent le plus de relief. Ce sont d'ailleurs ces candidats qui, ensemble, récupèrent la plus grande partie d'un vote des ouvriers qui n'est pas à négliger, la candidate obtenant, selon les enquêtes d'opinion, près de 45 % des intentions de vote à elle seule : MM. Macron et Fillon n'obtiennent pas, à eux deux, la moitié de ce score annoncé, le candidat de la Droite libérale n'attirant qu'environ 8 % des voix du monde ouvrier, ce qui, au regard de son indifférence avérée à la question ouvrière et de son ralliement à une mondialisation fort peu sociale, se comprend aisément.

 

Je dois avouer que j'ai été particulièrement choqué par le refus de M. Fillon de condamner la délocalisation de la dernière usine française Whirlpool lorsque, au petit matin d'un jour de mars, le journaliste économique François Lenglet interrogeait le candidat sur cette question sensible (1). M. Xavier Bertrand, pourtant soutien du candidat libéral-conservateur, a des mots plus durs pour l'entreprise « qui ne joue pas le jeu » (2) et qui risque de laisser sur le carreau « 300 salariés et 250 intérimaires », mais il apparaît plutôt impuissant à faire revenir la multinationale à de meilleurs sentiments. Ainsi s'applique la rude loi de la jungle libérale qui, comme le rappelait le chant de l'Action Française « La Royale », fait des travailleurs des « esclaves » avant que de les transformer en « forçats » (« Du prolétariat au précariat », en somme) : décidément, ce libéralisme ne m'est pas sympathique, ni ceux qui le vantent ou s'en contentent !

 

M. Fillon se dit catholique, mais il n'est ni René de La Tour du Pin ni Albert de Mun, et il semble négliger d'écouter le pape François qui, dans la ligne d'un Léon XIII de l'encyclique Rerum Novarum ou d'un Jean-Paul II de l'encyclique Laborem Exercens, accorde une grande importance au sort des travailleurs et n'hésite pas à dénoncer le règne des puissants quand ceux-ci oublient leurs devoirs sociaux. Ce fut encore le cas en mars dernier quand, à l'occasion d'une audience générale sur la place Saint-Pierre (3), le pape a rappelé, de façon ferme et bienvenue, quelques vérités sociales simples : « Le travail vous donne de la dignité, les responsables politiques ont l'obligation de tout faire pour que chaque homme et chaque femme puissent travailler et ainsi garder la tête haute, regarder les autres en face avec dignité. Celui qui, pour des manœuvres économiques, pour réaliser des affaires pas complètement claires, ferme des usines, ferme des entreprises et supprime le travail de personnes, celui-ci commet un péché très grave.»

 

Il est fort dommage que M. Fillon ne veuille pas renouer avec la tradition catholique sociale qui, certes, s'accorde mal avec l'esprit de la République depuis les origines de celle-ci... Le royaliste que je ne suis n'a, lui, aucune hésitation : d'ailleurs, comme le proclamèrent La Tour du Pin, Firmin Bacconnier et Thierry Maulnier, la Monarchie se devra d'être sociale si elle veut retisser le nécessaire lien fort que, jadis, la Royauté (et, à travers elle, la France toute entière) a entretenu avec le monde du Travail. (4)

 

 

 

 

 

 

Notes : (1) : entretien sur RTL, 30 mars 2017.

 

(2) : entretien sur RTL, 13 avril 2017.

 

(3) : mercredi 15 mars 2017.

 

(4) : il faut, à cet égard, relire avec attention l'ouvrage « Le Prolétariat », écrit par feu le Comte de Paris à la fin des années 1930, mais aussi la fameuse « Lettre sur les ouvriers » du Comte de Chambord, publiée en 1865.

 

 

 

18/04/2017

L'environnement négligé par la présidentielle 2017.

La question environnementale n'a pas été beaucoup évoquée durant cette campagne, encore moins peut-être qu'il y a cinq ans et beaucoup moins, bien sûr, qu'en 2007, apogée de la préoccupation écologique en France grâce à l'activisme de Nicolas Hulot et à son Pacte pour l'environnement qu'il avait fait signer aux principaux candidats. Certes, quelques prétendants à l'Elysée revendiquent une part d'écologie dans leurs programmes mais les grands médias n'ont guère insisté sur ce thème, et la question fut proprement éludée lors des débats majeurs de la présidentielle, hormis, peut-être, sur le sujet du projet d'aéroport de Notre-Dame-des-Landes et sur ceux de l'énergie nucléaire et des énergies renouvelables.

 

Ainsi, l'artificialisation des terres et des littoraux peut continuer dans la plus grande indifférence, les candidats prônant une « croissance » qui, par nature, ne peut que poursuivre son grignotage rapide des terres arables et des espaces sauvages au nom de l'emploi ou de la « nécessaire attractivité des territoires » censée être un moteur de l'économie du pays dans la mondialisation, alors qu'elle n'en est plus que l'alibi facile à l'efficacité pas exactement démontrée... C'est bien le piège de cette mondialisation qui enlaidit le local au nom d'un global dont on peut légitimement s'inquiéter des tenants et des aboutissants, et qui sert des intérêts privés, « capitalistiques », formes contemporaines du nouvel âge féodal qui profitent de l'affaiblissement des États, de leurs moyens d'action et de leur autorité politique. Même chose pour la question des semences et des OGM, rappelée dans un livre récent cosigné par Pierre Rabhi et Juliette Duquesne (1), et qui devrait être un véritable thème de campagne si nos candidats voyaient plus loin que le simple quinquennat à venir : il s'agit là du nécessaire maintien de la biodiversité végétale et agricole face à la standardisation et à la privatisation du vivant par de grandes sociétés multinationales qui produisent des semences à l'obsolescence programmée, dégénérant dès la deuxième génération et obligeant les agriculteurs à les racheter chaque année. Mais non, nos « grands candidats » ne s'en soucient guère, et la grande presse, celle qui désormais décide (y compris électroniquement et sur la toile, par le biais d'une nouvelle censure peu sympathique) de ce qui est vrai et de ce qui ne l'est pas, au risque d'étouffer certaines informations dérangeantes et quelques contestations naissantes, n'a pas l'intention de soulever le problème. « Dis-moi qui te paye, et je saurai ce que tu penses », pourrait-on ironiser...

 

Ces quelques exemples prouvent à l'envi que le souci environnemental ne trouve pas vraiment sa place dans le choc de la présidentielle qui agite notre pays, et il nous faut le regretter. Mais la République peut-elle vraiment être « écologiste » ? En fait, le temps court du quinquennat n'est pas adapté aux enjeux ni aux stratégies à mettre en place qui, dans le domaine de l'environnement, nécessitent le temps long d'une ou de plusieurs générations : en somme, c'est la continuité (qui n'est pas l'immobilisme) d'une dynastie qui n'a pas à se soucier des lendemains électoraux, qui apparaît la mieux à même d'enraciner le souci environnemental dans la durée et dans l’État lui-même.

 

Si nous sommes royalistes, c'est aussi parce que nous sommes logiques en politique et que nous considérons que l'écologie ne peut être intégrale que par son inscription dans une politique qui n'est pas celle du simple « moment » mais de « l'éternité » humaine : pour que les générations qui nous suivent puissent respirer librement et vivre sur une planète encore vivable, tout simplement.

 

La France, si elle veut agir chez elle et donner l'exemple d'une écologie efficace au monde, a tout intérêt à renouer avec la tradition monarchique : qu'une fleur, le lys, soit son symbole historique, n'est-ce pas, en définitive, révélateur et, surtout, prometteur ?

 

 

 

 

 

 

 

Notes : (1) Pierre Rabhi, Juliette Duquesne, « Les semences, un patrimoine vital en voie de disparition », Presses du Châtelet, 2017.

 

13:08 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : écologie, environnement.

16/04/2017

Peut-on se satisfaire de la 5e République ?

Encore une semaine avant de connaître les noms des deux finalistes à la présidentielle du 7 mai prochain ! Dans cette campagne qui aurait pu être totalement passionnante si elle n'avait été la lutte des égotismes et la révélation de « tous » (n'exagérons rien !) les scandales de la République du moment et de ses prétendants, les petits candidats ont su, au moins médiatiquement, tirer leur épingle du jeu, et cela me laisse d'autant plus amer de l'absence d'un candidat susceptible d'avancer les idées d'une alternative royale à cette pauvre Cinquième République si mal servie par ses propres desservants habituels et ses chevaliers-servants présidentiels...

 

Mais cette campagne a aussi montré, a contrario, les avantages d'une vraie Monarchie royale qui échappe aux manœuvres politiciennes et aux incertitudes électorales, à l'inverse de cette monocratie présidentielle que MM. Mélenchon et Hamon, dans leur jeu de duettistes complémentaires, dénoncent à l'envi, dans la lignée d'un François Mitterrand, auteur du plus brillant des pamphlets (1) contre les institutions dont il allait, ensuite et le mois de mai 1981 venu, endosser la charge...

 

En effet, comment se satisfaire d'une République qui livre la magistrature suprême de l’État à une telle querelle des ambitieux et en oublie trop souvent les grands enjeux politiques, diplomatiques, sociaux et environnementaux pour ne s'intéresser qu'aux défauts, non pas tant des programmes eux-mêmes que des candidats ou de leurs intentions supposées ? Comment aimer une République qui semble n'être plus qu'un gouvernorat au service d'une Union européenne, elle-même si peu sociale et trop peu politique pour être crédible aux yeux du monde comme de ceux de ses propres habitants ? Comment servir une République qui avoue constamment son impuissance (par manque de volonté ?) face aux puissances économiques et aux instances dites « européennes », préférant se réfugier derrière l'alibi d'une mondialisation « obligatoire » pour ne pas répondre aux inquiétudes (qualifiées de « populistes », « protectionnistes » ou « nationalistes », voire pire...) de populations déboussolées et, parfois (ceci expliquant aussi cela) déracinées ? Les derniers discours de l'actuel locataire de l’Élysée sont, à cet égard, particulièrement éclairants : la rhétorique qui mélange intentionnellement le protectionnisme économique et le nationalisme politique, sans beaucoup d'égard pour la nécessaire nuance et modération de langage en ces domaines, n'est pas seulement agaçante, elle est particulièrement malhonnête si l'on ne définit pas ce que l'on entend par protectionnisme et par nationalisme !

 

Comment se satisfaire d'une République qui, au soir du 7 mai et quand le vainqueur saluera ses partisans et commencera, si ce n'est déjà fait auparavant, à les trahir pour pouvoir présider, sera encore suspendue aux élections législatives suivantes et au risque d'une possible cohabitation, caricature de l'union nationale et désaveu permanent du Chef de l’État par le gouvernement, au risque d'affaiblir encore plus l’État et la nation au moment où la « décision politique » claire et nette est vitale pour affronter les défis d'un monde contemporain dangereux et d'un avenir incertain ? Comment se satisfaire d'une République qui risque bien, une fois de plus, de faire perdre cinq ans à la France et, pire encore, une grande part de sa crédibilité restante sur les plans européen et mondial ?

 

Décidément, la République n'est pas ce qui convient à la France, et j'en suis plus encore persuadé aujourd'hui qu'hier : il n'y a pas que l'histoire qui, d'une certaine manière, tranche en ce domaine. Il y a aussi cette actualité si malheureusement éclairante, de cette lumière blafarde qui annonce des petits matins sans joie mais pas sans peine...

 

 

 

 

 

Note : (1) : « Le coup d’État permanent », ouvrage paru en 1964.

 

 

 

 

 

 

(à suivre : La Monarchie, ou « l'anti-présidentielle ».)