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11/04/2022

La grande faute sociale de la Droite...

 

Les soirées électorales sont devenues, depuis longtemps, des moments gênants de la vie démocratique française, surtout en temps de présidentielle : chacun y va de sa langue de bois ou de velours, pour finir en incantation et appel aux valeurs de la République, toujours menacées et donc à sauver, ce qui devient lassant et peu convaincant à la fin. C’était, dimanche soir, le bal des hypocrites, et le temps de décence n’était plus de mise pour se rallier au président sortant, avec quelques précautions oratoires bien sûr, mais qui ne trompaient personne. Ainsi est-il demandé à ceux qui craignent le report de l’âge légal de départ à la retraite à 65 ans de voter pour celui qui a assuré, depuis le début de sa campagne, vouloir le mettre en place dès le début de son nouveau quinquennat : cette question-là n’aurait-elle pas mérité une négociation avant le ralliement, ne serait-ce que pour donner plus de poids aux négociateurs (partis et syndicats, par exemple) et pour éviter une forme de désespoir social des électeurs non-macroniens (voire antimacroniens) une nouvelle fois abandonnés à leurs inquiétudes par ceux-là mêmes qui prétendaient les défendre la veille encore ? Et l’annonce par le président-candidat d’un possible référendum sur cette question peut paraître, même, comme un moyen de couper l’herbe sous le pied à une éventuelle contestation qui ne devrait pas grand-chose aux ralliés mais plutôt aux « hors-partis » qui pourraient être tentés de se servir du bulletin de vote Le Pen pour empêcher la réforme promise et redoutée par tant de Français de tous les âges (d’avant 65 ans surtout, si l’on en croit les sondages…).

 

Quoiqu’il en soit, la campagne présidentielle a aussi démontré les insuffisances sociales d’une Droite (qu’elle soit libérale ou conservatrice) oublieuse, une fois de plus, de ses héritages et de ses principes traditionnels de bienfaisance et de service : nous sommes bien loin de la Droite d’Albert de Mun ou de La Tour du Pin, catholique sociale, souvent royaliste, mais déjà peu appréciée des partis « bourgeois » classés à droite ou au centre de l’échiquier politique. Cette indifférence sociale n’est qu’une des raisons, sans doute, de l’échec des candidats Zemmour et Pécresse, mais elle ne me semble pas forcément négligeable car, en oubliant les préoccupations sociales des populations du Travail, le risque est certain d’être considéré comme appartenant au « bloc élitaire » évoqué par l’analyste politique Jérôme Sainte-Marie et opposé, sociologiquement parlant, au « bloc populaire », mieux représenté selon les électeurs par M. Mélenchon à gauche et Mme Le Pen à droite. L’indécence de Mme Pécresse, jadis adversaire de l’assistanat, implorant les dons de ceux qui avaient voté pour elle et excipant du fait qu’elle s’était « personnellement » endettée de 5 millions d’euros quand elle en annonçait presque le double en possession propre dans sa déclaration de patrimoine d’il y a quelques semaines, a eu un effet dévastateur dans l’opinion publique et a exacerbé l’agacement à l’encontre de ceux-là mêmes qui disent aux autres de se serrer la ceinture et s’inquiètent de leurs « millions » perdus quand tant de nos concitoyens comptent leurs revenus annuels en quelques milliers d’euros…

 

Les actuelles promesses des candidats de la présidentielle de 2022 (anciens ou finalistes) autour du pouvoir d’achat des Français - aujourd’hui bien écorné par la succession de crises et de pénuries qui risquent bien de devenir, pour ces dernières, structurelles à plus ou moins long terme (du fait de l’épuisement des ressources fossiles, mais aussi de la surexploitation des ressources dites renouvelables, qu’elles soient alimentaires ou forestières, par exemple) - ne sont pas suffisantes pour faire une politique sociale digne de ce nom et convaincante sur le long terme. Là où il faudrait une réflexion sur le travail et ses finalités autant que ses moyens, il n’y a trop souvent que des slogans et des annonces qui ont peu de chance de devenir réalités, car le système même de l’économie mondialisée ne raisonne qu’en termes d’avantages comparatifs et de « profitabilité » quand il faudrait penser en termes de besoins humains concrets et de « sens » de la production ; quand il faudrait évoquer et préserver les travailleurs des excès de l’Argent et de ses exigences parfois inhumaines ; quand il faudrait poser la grande question de la justice sociale et de la meilleure répartition des fruits du travail, etc. Bien sûr, cela impose aussi de remettre en cause quelques préjugés propres à l’idéologie dominante, matérialiste et « consommatoire », et ceci qu’elle se pare des attributs du libéralisme ou de l’assistanat, deux faces aussi désagréables l’une que l’autre.

 

En adoptant un langage économique qui négligeait trop souvent les aspects sociaux (ou antisociaux, en fait…) des politiques envisagées, la Droite (mais aussi une part de la Gauche modérée) a manqué à ses devoirs sociaux, au risque de ne plus être entendable par une part des populations du Travail, celle des ouvriers d’usine et du bâtiment, des employés mais aussi des artisans et des petits commerçants qui ne sont pas exactement des assistés… L’orientation de l’économie vers une forme de « dictature actionnariale », en rupture même avec l’ancien capitalisme des capitaines d’industrie, a accéléré le divorce entre les catégories vivant des activités productives et une Droite qui, trop souvent, a préféré vanter les mérites d’une économie plus financiarisée et mondialisée, et cela au nom d’une globalisation qui était censée être « heureuse » pour les consommateurs français, en faisant mine d’oublier que nombre d’entre eux étaient aussi des producteurs ou des employés d’ici, et que délocaliser les entreprises pour produire « moins cher » ailleurs pouvait évidemment avoir des conséquences sociales malheureuses : la désindustrialisation, jamais vraiment enrayée depuis les années 1980, a paupérisé une part non négligeable des « classes laborieuses » tout en leur ôtant « l’identité du travail » et les réduisant à devenir les assistés d’un Etat qui, à défaut d’être protecteur et incitateur, se voulait « providence »… La Droite, tout à son discours sur la modernité économique, n’a pas su (pas voulu ?) mettre des limites à une mondialisation qu’elle confondait avec une simple internationalisation des rapports économiques quand elle était l’imposition d’un seul modèle aux nations destinées à se fondre dans ce Grand Marché global. Croyant « désétatiser » le monde en réponse au modèle étatiste (dit « socialiste » de l’autre côté du rideau de fer), puis en remplacement de celui-ci après 1991, la Droite n’a fait que le livrer aux seules féodalités de l’Argent… « La politique de la France ne se fait pas à la Corbeille » : la citation du président de Gaulle était désormais considérée comme le souvenir d’un âge « pré-libéral » qu’il fallait dépasser, voire oublier, malgré les avertissements du prix Nobel d’économie Maurice Allais, inquiet de ce glissement vers un libéralisme « loi de la jungle » et désormais dominateur avant que de se vouloir « obligatoire », dans une logique toute thatchérienne. Pour la Droite, cela se paye en larmes du dimanche soir, cette fois ! Mais celles des travailleurs sacrifiés sur l’autel de la mondialisation me touchent, en définitive, beaucoup plus que celles de cette Droite-croco, et m’incitent à ne jamais oublier les devoirs sociaux que la Monarchie que je souhaite devra respecter pour légitimer son retour, son existence et son enracinement

 

 

 

 

31/01/2022

La lutte contre la pauvreté, grande oubliée de la République contemporaine.

 

L’élection présidentielle est l’occasion de tirer un bilan du quinquennat de M. Macron, au-delà des effets d’annonce et des fumées de la communication, et la Fédération protestante de France n’a pas manqué à cet exercice qui n’est pas que comptable. Cela est d’autant plus intéressant que cette Fédération se veut une « vigie de la République » et qu’elle donne, pourtant, de nombreux arguments qui paraissent parfois moins républicains que leur affirmation précédente pourrait le laisser croire… Bien sûr (si je puis dire, au regard de ses engagements précédents dans le temps), elle prône un accueil des migrants qui, à bien les lire, confine à une forme de fatalisme : celui-ci, à se croire généreux, n’en est pas moins démagogique, voire dangereux si l’accueil n’est pas accompagné d’une véritable politique de francisation des nouveaux arrivants et non d’une simple « insertion » dans la société de consommation, si vide de sens qu’elle nourrit d’abord, aujourd’hui, les appétits, et les rancœurs quand ces derniers ne sont pas assouvis… « L’acceptation de l’altérité », vantée par la Fédération, ne doit pas être l’excuse du renoncement à faire valoir quelques valeurs du pays d’accueil, et je crains qu’elle ne s’accompagne, en fait, d’un déni de réalité et d’une incapacité à réenraciner les déracinés accueillis, comme si « l’ouverture aux autres » empêchait de penser les cadres solides d’un accueil circonstancié et les limites, nécessaires, à l’altérité venue d’ailleurs. Cette position « ouverte » de la Fédération protestante paraît aussi un peu étrange, au regard du jacobinisme ancien de la République dont elle se réclame, jacobinisme dont les provinces de France eurent tant à souffrir : doit-on rappeler, une fois de plus, comment la République, en sa logique centralisatrice et unitariste (uniformisatrice, en somme), a nié, longtemps, la pluralité des peuples de France au nom d’une formule d’« unité et indivisibilité » guère respectueuse de « l’altérité » des provinciaux, pourtant Français, selon les endroits considérés, depuis bien des siècles ? Il est fort regrettable que la Fédération protestante semble ne rien dire de ce qui fait la nation française, non pas en « grands principes » mais en histoire et en civilisation, et qu’elle « oublie », dans le même mouvement, cette attitude déplorable de la République face aux identités provinciales, ces marques immémoriales de la pluralité française (une formule d’ailleurs préférable à une « altérité » aux contours trop incertains pour être vraiment honnêtes)…

 

Il est un autre thème abordé par la Fédération qui mérite l’attention et un certain accord de ma part : celui sur la pauvreté, un sujet fort peu abordé dans cette campagne présidentielle et qui, pourtant, n’est pas mineur, loin de là ! En 2014, lors de ma campagne européenne sous la bannière de l’Alliance Royale, j’en avais fait un point fort et incontournable de mon message royaliste, sans grand succès d’ailleurs : la pauvreté n’intéresse pas, sans doute parce qu’elle inquiète, et les électeurs ne se déterminent pas sur ce thème, faute de croire que les politiques puissent résoudre cette grande question autrement que par quelques pansements ou le recours aux associations charitables telles que le Secours catholique ou les Restos du cœur. Et pourtant ! Je crois qu’il y a un devoir de l’Etat de prendre soin des pauvres, non par l’assistanat, un piège coûteux et peu efficace, mais par la lutte contre les causes de la pauvreté contrainte et par le soutien aux initiatives sociales, locales ou (et, parfois) professionnelles, qui peuvent assurer un meilleur partage des produits du travail et de la richesse et une meilleure intégration sociale de tous, quelles que soient leur fonction productive dans la Cité. Or, en ce domaine, le quinquennat de M. Macron n’a guère été convaincant, comme le souligne avec raison la Fédération protestante, citée dans un article du Figaro de ce lundi 31 janvier : « En cinq ans, le nombre de personnes vivant sous le seuil de pauvreté a augmenté », touchant 15 % de la population, soit près de 10 millions de personnes, « alors qu’Emmanuel Macron s’était engagé à ce que plus personne ne dorme dans la rue ». » Bien sûr, la crise sanitaire n’a pas forcément arrangé les choses, mais il faut reconnaître aussi que le libéralisme premier du président et de la République qui, depuis plus de quarante ans, a renoncé à développer une stratégie politique digne de ce nom contre les nouvelles précarités, peut expliquer ce désintérêt pour une cause qui ne mobilise pas les foules, de plus en plus inscrites dans une logique d’individualisme « de masse ».

 

Mais ce scandale social de la paupérisation contemporaine est-il si étonnant, au regard de l’histoire de la République qui, en définitive, n’a été « sociale » qu’en de courts moments (février 1848 ; 1936 ; 1944-45 ; etc.), et cela malgré la volonté de quelques uns qui, en fait, n’étaient pas tous républicains : Louis Blanc, socialiste, ou Albert de Mun, royaliste et catholique fervent, Jean Jaurès, Léon Blum, mais aussi le général de Gaulle, lecteur du théoricien royaliste du corporatisme La Tour du Pin, et catholique exigeant pour qui les devoirs sociaux des plus aisés prévalaient sur leurs droits économiques… La République n’a jamais été spontanément sociale, et elle ne l’est jamais restée longtemps… En revanche, elle a fondé un « État-providence » qui pensait régler par l’assistanat légalisé ce qu’elle n’avait pas le courage d’affronter par la volonté politique. La Fédération protestante le reconnaît implicitement quand elle déclare que « la fraternité désigne la promesse la plus délaissée de notre devise républicaine »… Délaissée aussi par les candidats de 2022, semble-t-il…

 

Doit-on attendre l’instauration d’une nouvelle Monarchie en France pour agir contre le paupérisme et le précariat ? Non, évidemment non ! Mais il est absolument désespérant tout autant que révélateur que les 10 millions de Français (dont nombre sont aussi de « nouveaux venus ») touchés par la pauvreté contrainte et le précariat n’aient aucun « porte-parole » en ces temps de présidentielle. Et pourtant ! Ne négligeons pas la phrase célèbre de Georges Bernanos, ce royaliste intraitable et en colère permanente contre les injustices de son temps : « Le pas des mendiants fera trembler le monde ! » Cette citation, que feu François-Régis Hutin répétait régulièrement dans ses éditoriaux du quotidien Ouest-France jadis, devrait alerter ceux qui prétendent aujourd’hui au fauteuil élyséen : oublier les pauvres (au sens de ceux qui se trouvent en dessous du seuil de pauvreté), dont nombre sont des travailleurs mal payés ou de petits artisans rejetés des métropoles mondialisées aux loyers trop élevés pour leur entreprise, c’est maintenir une insécurité et une injustice sociales qui peuvent, si l’on n’y apporte que des réponses méprisantes ou incomplètes, susciter de nouvelles colères et de nouvelles révoltes telles celles des Gilets jaunes en 2018, ou celles des banlieues déshéritées et trop souvent communautarisées (le communautarisme étant une mauvaise et dangereuse réponse au dilettantisme social de la République et à l’absence d’âme de la société de consommation) en 2005.

 

 

 

 

 

Post-scriptum : la critique est facile, mais l’art est difficile, dit-on avec une certaine raison. Un prochain article évoquera donc quelques propositions, que je fais suivant une logique royaliste sociale, sur les moyens d’atténuer les précarités contemporaines. Ce ne sont pas des solutions miraculeuses, mais quelques idées qui peuvent aider à la résolution de certaines situations de pauvreté contrainte. Ce combat, difficile, n’est pas vain et il est une pierre nécessaire dans la construction de la non moins nécessaire justice sociale sans laquelle il n’y a pas de société apaisée à long terme.

 

 

 

 

09/01/2022

Retarder l'âge de la retraite est socialement injuste.

 

Il est de grandes questions que les programmes électoraux des candidats à la présidentielle abordent sans susciter de grandes réactions, comme si une forme de consensus les entourait et que les réponses apportées par les uns ou les autres se rejoignaient peu ou prou, ce qui n’est, à bien y regarder, pas exactement le cas. Ainsi en va-t-il de la question des retraites : la plupart des candidats en lice évoquent un allongement de la vie au travail et un recul de l’âge minimal du départ en retraite, comme la seule solution globale aux perspectives démographiques et sociales futures. La Droite évoque, en général, 65 ans quand M. Macron, « pas encore candidat » (sic !), parle de 64 ans et que son ancien commis Édouard Philippe avance… 67 ans, ce qui est, en fait, la préconisation de la Commission européenne depuis 2011 pour les pays de la zone euro. Les médias ne présentent guère ce débat, car il peut y avoir discussion (ce qui me semble légitime), et se contentent d’agiter les candidats comme des épouvantails, participant plus sûrement à l’hystérisation de l’affrontement présidentiel qu’à une mise en perspective d’un combat sur les idées et les programmes. Du coup, les « retraites » sont trop souvent purement et simplement oubliées des commentaires politiques. Seuls les partisans du retour de l’âge légal de départ à la retraite à 60 ans, comme M. Mélenchon et Mme Le Pen, tentent de faire entendre un point de vue moins « libéral » sur ce sujet…

 

C’est pourtant une question d’importance et qui, inévitablement et une fois les élections (présidentielle et législatives) passées, reviendra, sans doute dès l’été ou l’automne 2022, et les élus du printemps insisteront sur le fait qu’ils ont été désignés par le suffrage, aussi, sur cette promesse d’un report de l’âge légal du départ à la retraite, et cela même si je doute que l’électeur qui glissera un bulletin dans l’urne dans moins de trois mois pensera alors prioritairement à cet aspect des candidatures en concurrence…

 

De par mon royalisme impénitent et cela même si je ne m’engage pas derrière une bannière présidentielle, non par désintérêt mais par logique politique qui me conduit à proposer, directement, la Monarchie royale plutôt qu’à brandir le nom de l’un ou de l’autre ; de par ma préoccupation de justice sociale qui n’est pas une simple formule (d’ailleurs initiée par le roi Louis XVI en 1784), mais une volonté politique et pratique ; de par mon attention prêtée à ceux qui, courtisés le temps d’une saison électorale, sont ensuite renvoyés à leur « impuissance sociale » : de par tout cela, je ne peux que m’élever contre la tentation du « toujours plus long au travail, toujours plus tard au repos » quand, dans le même temps, l’hebdomadaire Marianne de cette semaine m’apprend que, « selon l’Insee, un quart des plus pauvres sont morts avant d’arriver à l’âge officiel de départ à la retraite, actuellement fixé à 62 ans ». Le chiffre fait froid dans le dos, surtout quand on sait que ce sont les mêmes qui ont connu les conditions de travail les moins faciles, en usine ou sur les chantiers entre autres. Ainsi, les catégories les moins favorisées sont victimes d’une double injustice, et le reconnaître n’est pas céder à la démagogie mais faire acte de mesure et de compassion avant que de se poser la question même d’une pratique raisonnable et nécessaire de la justice sociale. De plus, la question des retraites ne peut pas être traitée de façon égalitaire, mais bien plutôt de façon équitable et socio-professionnelle, voire « corporative » : vouloir les mêmes conditions et limites d’âge pour accéder à la retraite, c’est forcément méconnaître tout ce qui fait, hors conditions individuelles propres (état général de santé, entre autres), les facilités ou les difficultés de tel ou tel métier et de telle ou telle responsabilité en son sein. Ainsi, un professeur (et même s’il faudrait distinguer entre les établissements pour être bien complet) n’aura pas les mêmes contraintes physiques que les travailleurs du « dehors » et son espérance de vie moyenne est naturellement plus élevée (entre sept et treize ans selon les cas et les études sur ce sujet) que celle de l’ouvrier d’usine soumis chaque jour à des travaux physiques répétitifs ou à celui des chantiers qui, par tous les temps, travaille à construire ou à réparer… Il est d’ailleurs une donnée, trop peu évoquée, qu’il faudrait prendre en compte dans la réflexion générale sur l’âge minimal du départ à la retraite : l’espérance de vie sans incapacité (c’est-à-dire en bonne santé) qui, là aussi, varie très fortement d’une profession à l’autre.

 

J’ai connu des ouvriers des usines automobiles de la Janais, à Rennes, qui souffraient dès l’âge de quarante ans de maladies et de déformations squeletto-musculaires liées à leur travail quand des maçons, eux, étaient courbés dès cinquante-cinq ans comme des vieillards de quatre-vingt. Pour eux, une retraite à 65 ans a-t-elle encore du sens, sinon de n’être que quelques années de repos sans le bien-être physique ? Ceux qui parlent de reculer l’âge de départ à la retraite connaissent-ils vraiment ces travailleurs discrets qui, le plus souvent, ne manifestent que lorsque leur usine est menacée de fermeture parce que l’entreprise a délocalisé la production dans un pays à la main-d’œuvre « moins coûteuse » (sic…) ? Il est facile, derrière un bureau d’études ou d’un ministère, de jouer avec le curseur annuel : est-ce cela, pour autant, la justice sociale ? J’en doute !

 

Dans notre société, se creusent des inégalités qui, en devenant démesurées, peuvent être de véritables injustices. La crise sanitaire actuelle a aggravé celles-ci dans une sorte de « crise des ciseaux » qui éloignent un peu plus les plus aisés des moins favorisés : déjà, au regard des réalités socio-démographiques, elles paraissent alors de plus en plus marquées, comme le signale encore Marianne : « Pour les plus riches, la barrière fatale est plutôt à 80 ans, ce qui leur assure dix-huit ans de rab, en attendant la réforme promise par Macron, qui leur permettrait de creuser encore l’écart. » Pourquoi cette perspective ? Simplement, parce que, comme le fait remarquer le journaliste en évoquant la situation et la mortalité des plus pauvres qui ouvraient l’article, « pour certains, travailler plus longtemps, c’est mourir plus tôt ». S’il ne s’agit pas de jalouser les plus riches, il paraît nécessaire de permettre aux moins aisés d’atteindre, autant que faire se peut, un âge avancé dans la meilleure santé possible : c’est aussi cela, la justice sociale !