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01/03/2018

La base paysanne et ouvrière de la Monarchie. Partie 1 : quelle base paysanne aujourd'hui ?

Dans un de ses premiers textes politiques, le comte de Paris (1908-1999) écrivait : « Je ne conçois la Monarchie qu'avec une base ouvrière et paysanne » (1). Or, le propos peut sembler, aujourd'hui, fort anachronique : le monde agricole est un secteur de l'économie qui n'emploie plus directement que 700.000 personnes environ (soit 3 % des actifs en France) quand il en comptait encore 6 % en 1995 et 40 % il y a un siècle (et un tiers de la population active dans les années trente, au moment du propos cité), et la civilisation paysanne a disparu dans les années 1950-1970, comme le souligne Henri Mendras dans son livre célèbre « La fin des paysans », publié en 1967 ; quant au monde ouvrier, alors qu'il compte environ 5 millions de salariés et d'entrepreneurs, il est devenu quasiment invisible dans la société médiatique, si ce n'est au moment de fermetures d'usines, souvent délocalisées pour des raisons spéculatives, et lorsque les « jetés à la rue » se rebiffent en brisant quelques ordinateurs ou en séquestrant quelques liquidateurs. Une base plutôt fragile pour une hypothétique Monarchie, pourrait-on ironiser...

 

Et pourtant ! Le propos ancien du comte de Paris ne me semble pas à jeter aux oubliettes mais bien plutôt à repenser et à réactualiser, sans céder ni à la nostalgie ni à la survalorisation « classiste » comme celle que faisaient les maoïstes des années 60-70.

 

Le monde agricole contemporain travaille sur la moitié environ de la superficie de la métropole, ce qui n'est pas rien, et qui mérite l'attention et le respect. Mais l'exploitation des terres agricoles est trop souvent le fait d'une agriculture intensive et productiviste, avec peu de main-d’œuvre, et qui oublie plus qu'elle ne les maîtrise les cycles naturels, au risque de dégrader les sols et les paysages pour maintenir une compétitivité exigée par la mondialisation des échanges et une société de consommation toujours aussi vorace, encore excitée par la Grande distribution. De plus, nombre d'exploitants agricoles n'ont plus qu'un rapport distancié à la terre et à l'animal, ce qui marque une rupture avec les équilibres anciens, aussi bien naturels que domestiques, et certains rejettent même le qualificatif, pourtant noble, de paysan, qu'ils considèrent comme trop daté ou trop « nostalgique ». Cela paraît donc démentir la possibilité de réalisation de la formule du comte de Paris.

 

En fait, cette « base paysanne » que voulait le prétendant existe toujours, même si elle peut sembler fragile ou minoritaire, y compris au sein des exploitants agricoles, et il s'agit désormais de l'élargir, ce que propose intelligemment Silvia Pérez-Vitoria dans son dernier ouvrage, le « Manifeste pour un XXIe siècle paysan », paru en 2015, et qui appelle, au-delà d'une lecture attentive et parfois critique, une action politique et sociale active en faveur d'une nouvelle condition paysanne, d'une refondation d'une « classe paysanne » et d'une civilisation rurale ordonnée à la nature des espèces, des paysages comme des hommes, dignes de ce beau nom de paysannerie.

 

Oui, la Monarchie royale doit participer à la consolidation et à cette refondation proprement paysanne, non pour revenir aux temps anciens d'un Moyen âge ou pour tomber dans une utopie ruraliste (mais tout ruralisme n'est pas forcément utopie...), mais pour engager un véritable retournement des habitudes et des politiques, retournement qui privilégie les équilibres entre les éléments d'une nature domestiquée sans être esclave ni mutilée et les activités et intérêts humains, qu'ils soient nourriciers, sociaux ou psychologiques. Comme l'écrit Mme Pérez-Vitoria, « Il faut rompre avec les élucubrations sorties de modèles mathématiques dégurgitées par les ordinateurs des économètres (…). Il n'y aura pas de solutions si l'on ne redonne pas aux paysans et aux paysannes des terres pour produire leur nourriture et celle du reste de l'humanité. Dans la plupart des cas ils sauront trouver des pratiques culturales adaptées aux conditions locales et produire les denrées vivrières nécessaires, pour peu qu'on leur laisse les moyens de le faire. Ils pourront en vivre et nous faire vivre. » Cela ne signifie pas qu'il faille exproprier ou diviser tous les grands domaines, mais juste reconnaître que, selon la plupart des études agronomiques indépendantes récentes, « l'efficacité des petites fermes est plus grande que celle des grandes (…). Non seulement l'agriculture paysanne à petite échelle peut nourrir les habitants de la planète mais elle fait beaucoup mieux quand il s'agit de travail, de biodiversité, de pollution et d'émission de gaz à effet de serre, que l'agriculture conventionnelle. ». Voilà des faits qui méritent réflexion, et action, mais aussi décision(s) politique(s).

 

Cette motivation politique sur la question agricole explique pourquoi les royalistes prêtent attention et soutien à l'agriculture biologique plutôt qu'à l'agro-industrie productiviste, et qu'ils militent pour une agriculture paysanne appropriée aux terroirs et paysages de France, dans toutes leurs variétés et qualités, sans en méconnaître les difficultés et, parfois, les rudesses. Et, au-delà de l'activité productrice des travailleurs de la terre, c'est toute une vie rurale qu'il s'agit de refonder sur des valeurs qui ne soient pas que financières : le travail, le respect de l'environnement, l'entraide, l'autonomie de la vie communale... Des valeurs qui, aujourd'hui, semblent faire défaut à nos sociétés technophiles et individualistes, énergivores et démesurées, consommatoristes et globalitaires, et des valeurs qui sont, non un simple changement, mais, là encore, un véritable « retournement », civilisationnel cette fois, nécessaire pour assurer la pérennité et la transmission de ce qui fait la France, et qui la définit au regard de l'histoire longue...

 

C'est bien en cela que la Monarchie royale peut revendiquer cette « base paysanne » qui, si elle n'est pas la seule base possible et nécessaire de la Monarchie refondée, plonge ses racines autant dans le passé que dans l'avenir, comme ce chêne de Vincennes cher au roi saint Louis et à ses successeurs...

 

 

 

 

 

 

 

Notes : (1) : Cette déclaration a été faite au moins deux fois dans la presse française : dans Le Petit Journal, le 28 novembre 1934, et dans la revue Le Mois d'avril 1936.

 

 

 

 

(à suivre : Comment assurer et assumer le redéploiement paysan ? ; la Monarchie et le monde ouvrier)

 

 

 

 

11/02/2018

Mon royalisme : "politique d'abord" et sentiment.

Lorsque le royalisme est évoqué, rarement, dans les médias, il est ramené à quelques noms, soit issus du monde des artistes, soit tirés de l'histoire et, souvent, de la polémique autour des années trente et de la guerre de 39-45 : ce n'est pas exactement satisfaisant, même si Lorant Deutsch et Stéphane Bern me sont tous deux fort sympathiques et qu'ils banalisent (dans le bon sens du terme) l'idée de Monarchie, quand l'évocation de Maurras se fait plus grinçante et moins paisible... Mais limiter le royalisme à l'histoire ou à la popularité simplement médiatique me semble vain, ou insuffisant pour mener à la ré-instauration royale que je souhaite et pour laquelle je milite, année après année, en espérant bien « vivre en Monarchie, et non pas mourir royaliste en République »...

 

Mais alors, comment définir le royalisme, et présenter sa pratique ? Il y a plusieurs approches possibles, et j'en privilégie une double, à la fois politique et « populaire » : un royalisme « politique d'abord », et un royalisme plus « sentimental », et c'est cette prise en compte des deux aspects qui me semble la plus efficace et la mieux compréhensible de nos concitoyens qu'il s'agit bien de convaincre ou, du moins, d'amadouer. Car, je le redis ici, si l'établissement d'institutions royales en France est bien nécessaire pour relever les défis contemporains dans les meilleures conditions, et qu'il peut être mené par un petit nombre, une « minorité énergique » qui sait ce qu'elle veut et où elle va, il n'est viable et crédible que si une part significative de la population civique française accepte et, même, désire cette « refondation » : pour s'enraciner, il faudra bien que la Monarchie royale soit, ou devienne, populaire près des Français.

 

S'il est possible que cette popularité vienne après l'établissement royal, il ne faudrait pas, néanmoins, qu'elle tarde trop. Considérons qu'un délai maximal d'une décennie est raisonnable, et l'exemple espagnol peut nous renseigner sur ce point : le roi Juan Carlos, « enfant de Franco », a réussi en moins de six ans cette délicate opération de popularisation de la Monarchie, en jouant sur plusieurs terrains à la fois et en actionnant des leviers que seule sa position arbitrale pouvait lui assurer. La rédaction et la promotion d'une nouvelle Constitution démocratique, en 1978, puis son très bref discours d'une minute, en février 1981, pour condamner la tentative de coup d’État de quelques généraux égarés, ont « fait » la Monarchie aux yeux d'Espagnols encore largement sceptiques au sortir de quatre décennies de régime autoritaire. Comme l'expliquait le général de Gaulle, pour faire l'histoire, il faut « l'homme et l'événement », mais le roi Juan Carlos a aussi profité de cette position particulière qui était, comme roi, la sienne : héritier de la dictature, il n'en était pas le dépositaire, et, roi, il devait l'être de toute l'histoire comme de tous les Espagnols, même républicains. Il incarnait à la fois l’État et la nation, avec toutes leurs contradictions et tous leurs désirs et conflits : comme le résumait l'écrivain Marcel Jullian de façon poétique, il n'était pas « l'aile droite ni l'aile gauche, il était l'oiseau », tout simplement...

 

Pour en revenir au royalisme, je le définis en « politique d'abord », et cela signifie que je n'en fais pas une cause religieuse, ni même la condition d'un hypothétique renouveau catholique, par exemple. Cela ne signifie pas que je sois indifférent à la question religieuse mais simplement qu'il ne faut pas attendre un miracle divin pour que la Monarchie s'accomplisse : en fait, c'est l'action politique, les hommes, les événements qui feront la Monarchie, et, peut-être, un peu de chance que les croyants pourront voir comme un signe de la Providence. D'autre part, la Monarchie royale est politique, avant tout, même si elle ne doit pas négliger une nécessaire « verticalité » et une forme de sacralité qui aident, l'une et l'autre, à sa légitimation sans en être, à mon sens, la légitimité même.

 

Mais, au-delà de la dimension politique du royalisme, il lui faut une dimension sentimentale, de celle qui fait vibrer les cœurs et les âmes : Alexandre Dumas, au travers de ses mousquetaires et de leur fidélité au roi, a bien montré la force du sentiment qui permet à l'autorité exécutive de mobiliser les énergies pour elle, et pour le service de l’État et du pays. Que la Monarchie soit une affaire familiale marque aussi la particularité d'un régime qui se perpétue par « les voies naturelles » et qui vit au rythme de l'existence des êtres, de la naissance à la mort, entre événements joyeux et drames, mariages et deuils, rires et larmes...

 

Ainsi, le royalisme doit s'adresser à la raison tout autant qu'au sentiment : s'il ne s'adressait qu'à la raison, il ne serait qu'une sèche doctrine ; s'il ne parlait qu'au sentiment, il ne serait qu'un doux phantasme. Toute « l'alchimie » monarchiste, avant que d'être monarchique le jour venu, tient dans cette subtile combinaison entre les forces du sentiment et les nécessités du politique...

 

 

 

23/01/2018

Quels principes fondamentaux pour la Monarchie royale à venir ?

Morne plaine : c'est un peu l'état du paysage politique de ce début d'année 2018... Si le Pouvoir déroule ses projets et avance ses propositions sans rencontrer beaucoup d'opposition, si l'on met de côté le débat autour du projet d'aéroport de Notre-Dame-des-Landes (aujourd'hui clos), c'est peut-être la conséquence d'une certaine fatigue post-électorale et de la remontée spectaculaire de la popularité du président et de son premier ministre, comme une sorte d'évidence ou de renoncement. Il est vrai aussi que les oppositions actuelles à M. Macron ne sont guère convaincantes, et parfois trop peu crédibles pour entraîner l'adhésion du grand nombre : le million de manifestants que M. Mélenchon annonçait et espérait n'était pas au rendez-vous à l'automne (et c'est Johnny Hallyday qui, à son corps défendant, le mobilisera, un froid samedi de décembre), et la faible mobilisation sociale de la rentrée en a découragé plus d'un, laissant la voie libre, au moins pour un temps, à un large déploiement de l'action et des projets gouvernementaux. Mais, en politique française, il faut toujours être prudent : Jacques Bainville rappelait qu'il fallait « attendre l'inattendu, prévoir l'imprévisible » si l'on voulait faire de la bonne politique et comprendre l'histoire qui se déroule sous nos yeux...

 

Car, il faut le dire, les sujets de mécontentement ne manquent pas en France aujourd'hui, et les réponses apportées par la République macronienne ne sont pas, loin de là, toutes satisfaisantes. Bien sûr, le royaliste que je suis refuse de pratiquer la politique du pire ou celle de l'opposition systématique quand je suis plutôt partisan d'une opposition « systémique » qui dépasse les seules personnes engagées dans les fonctions étatiques : par exemple, je trouve intéressant l'effort du président de remettre de la verticalité au sein du Pouvoir, et cette forte présence diplomatique qui remet la France au cœur du monde sans l'y perdre. En revanche, je suis plutôt sceptique sur la volonté de l’État de mener une politique écologique pérenne, et encore plus sur sa capacité à assurer la protection du Travail français dans ses particularités et sa main-d’œuvre, tout comme dans sa répartition territoriale : les présupposés idéologiques de nombre de membres du gouvernement d'Edouard Philippe, qui sont aussi ceux des classes urbaines mondialisées, m'inquiètent et, parfois, me révoltent.

 

C'est là que ma critique du Pouvoir actuel est systémique, à la fois politique et institutionnelle, et qu'elle ne considère pas, fondamentalement, que ce sont les hommes qu'il faille (seulement ?) changer mais bien plutôt l'état d'esprit et les institutions politiques : il s'agit bien de mener ce que Maurras, plutôt inspiré sur ce sujet, qualifie de « révolution rédemptrice » après l'avoir, dans un premier temps, évoqué sous la formule de « révolution conservatrice ». Une révolution « par le haut », royale en somme !

 

Mais, comment définir la Monarchie royale aujourd'hui, alors que cela fait plus d'un siècle et demi que le dernier roi est parti en exil, et que la France a connu tant de bouleversements et de profondes mutations dans son être même ? Le piège à éviter est la simple transposition d'institutions d'hier dans le monde d'aujourd'hui, au nom d'une « éternité » dont la Monarchie aurait le secret, du fond de son tombeau : car elle pourrait bien alors lui être fatale quand la Monarchie n'est, à mon sens, que plongée en dormition dont elle attend qu'un prince, les « hommes énergiques » du Roi et les événements, sans oublier les peuples de France, ou « le Peuple » considéré comme une entité politique, la sortent pour lui confier le sceptre et la main de justice qui sont ses attributs les plus symboliques et « actifs ».

 

Les grands éléments de la définition d'une Monarchie royale sont, à mon sens, le mode de transmission héréditaire et successible de la magistrature suprême de l’État qui garantit son indépendance de parole et d'action (quelles que soient leurs modalités et champs d'exercice, sur laquelle il peut y avoir de nombreux et forts débats) ; l'incarnation de l’État dans ses dimensions symboliques et de « haute politique » par le souverain et, au-delà, par la famille royale elle-même qui, sans être associée à la prise de décision, l'est à celle de la représentation ; la prise en compte en sa position magistrale de l'histoire de France entièrement assumée, y compris dans ses pages les moins belles ou les plus polémiques, de la Monarchie ancienne à la République sous ses multiples constitutions : pour être le Roi de tous, il doit tout prendre de l'histoire de notre pays, non pour tout accepter mais pour tout reconnaître de celle-ci et des sentiments qui s'y sont affirmés et parfois rudement affrontés, en « effaçant les rancunes pour ne voir que les espérances »...

 

Oserai-je dire que le reste me semble, parfois, bien accessoire ? Cela ne signifie pas que je renonce à une Monarchie active, éminemment sociale et écologiste intégrale, trait d'union entre les multiples particularités du pays, fédérative donc, et fortement décentralisatrice : tout cela est bel et bon, et fort nécessaire ! Mais cela ne peut se faire, dans le détail, que si, déjà, la base de granit de la Monarchie royale est assez solide pour tout supporter de son immense tâche refondatrice...