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11/08/2019

Quand Hong Kong révèle les ambiguïtés des démocraties occidentales.

Les yeux se tournent vers Hong Kong, avant qu’ils ne pleurent… Depuis trois mois, les manifestations de protestation contre un projet de loi d’extradition vers la Chine continentale (loi demandée par le pouvoir central chinois) puis pour la préservation du modèle démocratique particulier de l’ancienne colonie britannique, se poursuivent et se radicalisent, surtout depuis juillet et l’invasion par les manifestants du Parlement de Hong Kong, montrant des images que la France a eu l’habitude de voir dans ses propres rues depuis novembre dernier. Il est d’ailleurs étonnant de constater que les forces de l’ordre du territoire se voient reprocher, dans la presse française, d’utiliser des gaz lacrymogènes face aux manifestants décrits comme des « héros » quand, dans notre propre pays, la même description en « manifestants équipés de masques à gaz » vaut condamnation comme « factieux » par ces mêmes médias. Mais il est vrai que, si les policiers de Hong Kong n’emploient pas de LBD et ne sont pas accusés d’éborgner les opposants, la menace d’une intervention plus directe et plus brutale du grand voisin, qui est aussi l’Etat souverain chinois dont dépend Hong Kong, reste prégnante et pourrait bien prendre un aspect plus dramatique encore que la répression de la République française contre les Gilets jaunes qui, pour violente et parfois aussi injustifiée et injuste qu’elle soit, essaye de conserver quelques aspects « modérés »… Néanmoins, la République qui se veut nôtre devrait se méfier que sa propre attitude face aux oppositions en jaune ne connaisse, en fin de compte, la même réprobation internationale que celle des autorités pro-pékinoises de Hong Kong : la similitude des images françaises et hongkongaises s’avère troublante, et l’écoute des revendications des contestataires peut aussi troubler tout observateur objectif.

 

La situation des protestataires de Hong Kong pourrait vite tourner à la tragédie si l’Etat central chinois, qui peut rappeler en de nombreux points la République jacobine de l’époque révolutionnaire, décide de siffler la fin de la récréation : cela peut se faire, soit par une répression beaucoup plus brutale encore des manifestants par les autorités autonomes de Hong Kong mêmes, soit par une intervention plus ou moins directe de Pékin, contre laquelle il sera difficile de réagir, pour les capitales et les opinions occidentales, autrement que par des déclarations droits-de-l’hommistes et des indignations bien vaines, surtout dans le contexte déjà tendu d’une guerre commerciale que condamnent les libéraux de tout poil et les instances économiques et financières mondiales et mondialisées… Que valent 7 millions d’habitants d’un territoire placé dans le giron chinois depuis vingt ans et dont le poids dans l’économie générale de la Chine ne pèse plus « que » 3 % du PIB du pays quand il en pesait environ 20 % au moment de son « retour » sous souveraineté de la Chine populaire communiste, par rapport à une Chine continentale désormais devenue, dans le même temps, la première puissance commerciale mondiale et qui représente plus d’un milliard de consommateurs réels et potentiels ? Dans la logique franklinienne et de l’idéologie libre-échangiste, plus grand-chose et, en tout cas, pas assez pour prendre le risque, pour les pays et actionnaires occidentaux, de se brouiller avec la Chine ou de se fermer son marché et s’interdire ses productions à moindre coût qui envahissent les rayonnages des grands magasins de textiles ou d’électronique. D’ailleurs, les artistes natifs de Hong Kong font eux-mêmes profil bas, comme le souligne un article fort révélateur publié dans La Croix lundi 5 août sous le titre évocateur « Rideau de silence chez les artistes de Hong Kong », préférant éviter de heurter la sensibilité chinoise pour poursuivre leur carrière, désormais largement dépendante des entreprises littéraires, musicales ou cinématographiques continentales : « L’industrie chinoise du cinéma est devenue une super-puissance, quand celle de Hong Kong décline. « Le cinéma de Hong Kong est devenu limité, et ces réalisateurs ne veulent pas faire de petits films. Pour faire des films ambitieux, il faut nécessairement passer par le marché chinois. Hong Kong n’a plus que des films à petits budgets, des drames sociaux, des comédies, et des films fantastiques (genre interdit en Chine) », explique Arnaud Lanuque [spécialiste français du cinéma hongkongais] ». Ce que confirmait tout en le précisant il y a quelques semaines la chanteuse Denise Ho : « La Chine contrôle tellement de sociétés et de compagnies localement qu’une très grande majorité des célébrités locales ont choisi de se taire pour ne pas compromettre leur carrière sur le continent chinois qui est très lucratif. ».

 

De plus, la stratégie d’étouffement de la révolte a déjà commencé et s’accélère ces derniers jours, comme le rapporte Le Monde dans son édition du samedi 11-dimanche 12 août : « La Chine a annoncé vendredi une mesure spectaculaire et inédite : elle interdit aux employés de la société aérienne hongkongaise Cathay Pacific ayant participé à la grève générale du 5 août d’effectuer des vols vers la Chine, mais aussi de survoler son territoire. (…) Tous les vols vers l’Europe et la Russie sont donc potentiellement concernés. A partir du samedi 10 août, la compagnie doit soumettre à l’aviation civile chinoise le nom des membres de ses équipages concernés. S’ils comportent un gréviste, le vol sera interdit. (…) Cathay pourrait également être boycottée par les investisseurs chinois. » Ce que résume avec un cynisme mal dissimulé le chef de l’exécutif local, Mme Carrie Lam, qui « a, au cours d’une conférence de presse, vendredi, insisté sur les conséquences économiques de la contestation actuelle, « encore plus sévères », selon elle, que la crise financière de 2008 ». Dans un monde dominé par les « intérêts » et par l’argent, que peuvent les émeutiers de Hong Kong, piégés par la société de consommation dont ils ont, longtemps, été la vitrine en Asie et aux yeux de la Chine communiste ? Nombre d’habitants de l’ancienne colonie, comme lors de la précédente révolte des « parapluies jaunes » en 2014, accepteront, semble-t-il, de sacrifier, sans trop de regrets, un modèle de démocratie libérale imposé par l’Occident à travers le colonisateur britannique d’avant-1999, modèle devenu de moins en moins « rentable » pour les classes dominantes (mais aussi populaires) locales.

 

La tragédie qui se prépare, et qui « arrangerait » les Etats-Unis dans la perspective de légitimation de leur politique de taxations et de restrictions à l’égard de la Chine, peut-elle être évitée ? Je ne suis pas certain que les plumes et les personnalités qui prônent le soutien aux démocrates de Hong Kong quand, hier, elles se ralliaient (pour celles qui ne l’étaient pas déjà auparavant) à l’autoritarisme (qui n’est rien d’autre que la caricature affligeante de l’autorité, en fait) de la présidence Macron, soient très honnêtes et qu’elles ne cherchent pas plutôt à se donner à bon compte une bonne conscience qui n’est, le plus souvent, que l’autre nom, synthétique, de l’hypocrisie et de l’impuissance… Car, que se passerait-il réellement si les troupes chinoises venaient à intervenir à Hong Kong, appelées par les autorités légales du territoire, ou quand la poussière des manifestations aura fini par retomber dans l’indifférence des médias occidentaux, vite occupés par d’autres sujets ? L’exemple des suites de la répression du « printemps de Pékin » du printemps 1989 devrait inciter à plus d’humilité de la part de ceux qui crient si fort pour le lointain quand ils négligent le prochain…

 

Alors, que faire ? Doit-on regarder ailleurs quand le couperet tombera sur les manifestants de Hong Kong, ou se lamenter spectaculairement et vainement devant les caméras ? Non, il ne faudra pas détourner le regard ni se taire, mais il faudra, surtout, en tirer argument pour « faire force », pour que notre pays puisse, le jour venu, faire entendre sa voix le plus efficacement possible sur la scène internationale sans craindre de mesures de rétorsion : la liberté de parole et d’action de la France est à ce prix qui restera toujours moins coûteux que celui de la soumission et de l’asservissement, fût-il économique.

 

Si le général de Gaulle a pu, un temps, incarner cette liberté souveraine de la France, c’est aussi parce qu’il avait « longue mémoire » et plongeait les racines de cette politique dans l’histoire et la géopolitique de la dynastie capétienne. Mais le fondateur de la Cinquième République a disparu, et peu à peu, l’esprit de celle-ci s’est évaporé, faute d’un « Etat de longue durée » qui pérennise les efforts anciens des origines de celle-ci…

 

Il n’est néanmoins pas interdit de réfléchir aux institutions qui permettraient de renouer avec cette liberté nécessaire de la France dans un monde toujours dangereux.

 

 

 

 

31/07/2019

De Greta au CETA : quand les députés de LREM se moquent du monde...

La venue de la jeune Suédoise Greta Thunberg a été l’occasion de débats parfois virulents sur l’opportunité de son invitation à l’Assemblée nationale, mais surtout le révélateur de la contradiction, dans le meilleur des cas, ou de l’hypocrisie, si l’on est moins optimiste, de ce que l’on peut nommer le « pays légal », parlementaire et gouvernemental, qui, aujourd’hui, tient fermement les rênes de la République malgré les contestations, nombreuses et variées, parfois antagonistes, du « pays réel ». En effet, il peut paraître surprenant de voir que nombre de députés qui s’esbaudissaient devant le message écologiste de l’adolescente et ses avertissements mâtinés de propos apocalyptiques, ont néanmoins voté sans coup férir pour le CETA, traité de libre-échange entre le Canada et l’Union européenne qui apparaît comme une bien mauvaise nouvelle pour la préservation de l’environnement et la qualité de vie des animaux. Le quotidien Libération, en son édition du samedi 27-dimanche 28 juillet, donne quelques indications intéressantes sur cet épisode : « La militante a été invitée par 162 députés d’un collectif transpartisan sur le climat baptisé « Accélérons ». Parmi eux : une majorité de députés LREM, 20 Modem, 7 LR, 12 socialistes (…). L’objectif de ce collectif ? « Accélérer la transition écologique et solidaire. » » L’intention paraît louable et elle l’est, même si la définition de la « transition écologique » mériterait d’être précisée, tout comme ce que les membres de ce collectif entendent par écologie et politique écologique, ce qui n’est pas si évident ni consensuel que cela.

 

Ce qui est certain, c’est qu’il y a loin de la coupe aux lèvres, et l’empressement écologiste du matin est souvent démenti par le vote de l’après-midi, comme le souligne Libération : « Les députés ayant invité la militante ont-ils voté pour le Ceta ? Oui, pour beaucoup. Sur les 162, 79 ont voté pour le Ceta, soit 48 %. Parmi eux, une très large majorité (64) de LREM. Toujours parmi les membres de ce groupe, à l’origine de l’invitation de Thunberg : 37 ont voté contre, 35 se sont abstenus, et 11 n’étaient tout simplement pas présents lors du vote. » Ainsi, ce collectif peut être considéré comme l’exemple type de leurre utilisé par le pays légal pour se donner bonne conscience sans risque, si ce n’est celui de se voir rappelé son indigence intellectuelle et politique, ce que peu de journaux ou médias ont fait, malheureusement. Mais il est très représentatif de la politique gouvernementale et de celle de la République depuis nombre de décennies à l’égard de l’écologie comme du pays réel : « Faîtes ce que je dis, et non ce que je fais »… Cela a aussi une autre conséquence, c’est de décrédibiliser la parole de la jeune Suédoise qui, prudente et même « sans opinion » sur la question du CETA (ce qui peut paraître surprenant, au regard des qualités de prévoyance qu’on lui prête sans beaucoup d’esprit critique), n’apparaît plus alors que comme une marionnette justificatrice des politiques gouvernementales macroniennes ou mondiales, au risque d’en oublier ce qui reste bien une réalité, celle de l’urgence écologique.

 

Ainsi, que l’on ne s’étonne pas de la colère (qui tourne parfois à la révolte et à la dégradation) des agriculteurs comme de militants se revendiquant de l’écologisme, contre le pouvoir en place et ses fidèles parlementaires, et dont les permanences locales font les frais, à coups de peinture et de paille, dans le meilleur des cas ! Les députés LREM partisans du CETA payent là le prix de leur absence de cohérence visible entre leur « volonté » écologiste revendiquée et la réalité de leur engagement parlementaire sur les traités de libre-échange. Mais cela met aussi en valeur quelques questions plus profondes, sur lesquelles il ne sera pas inutile de revenir prochainement :

 

  1. La préservation de l’environnement est-elle vraiment compatible avec la mondialisation libérale, voire avec la mondialisation tout court ? A cet égard, d’ailleurs, nombre de personnes pensent désormais que mondialisation et libéralisme ne sont qu’une même médaille, ce qui, là aussi, mérite précision et discussion.

 

  1. La République française, engagée ou piégée par les traités internationaux et son appartenance à l’Union européenne, peut-elle développer et valoriser, à l’international comme en son sein, une véritable écologie politique, efficace et pérenne ? Peut-elle, dans le même sens, parler et agir assez fortement pour peser sur les institutions et décisions de l’ensemble européen (Conseil et Parlement européens, Communauté européenne, Cour de Justice européenne) alors que nombre de ses partenaires n’ont pas les mêmes préoccupations écologistes et que, trop souvent, les postulats économiques l’emportent sur les nécessités écologiques ? Sans oublier, aussi, le danger des tribunaux d’arbitrage qui n’ont que faire du souci écologique !

 

  1. Par ses institutions et ses structures, mais aussi son mode de fonctionnement, la République est-elle le régime le plus efficace face aux défis et enjeux climatiques et environnementaux d’aujourd’hui comme de demain, de plus en plus pesants et prégnants ? N’est-elle pas, par essence, incapable d’enraciner une « logique écologique » de long terme, le pays légal se « renouvelant » par des alternances qui ne sont guère des alternatives systémiques, mais juste une actualisation du logiciel politicien et parlementaire, dans le seul cadre préétabli de la « République démocratique » (conçue comme une idéologie dominante et légitimatrice) qui s’empêche de penser « au-delà d’elle-même » ?

 

Si l’on veut mieux répondre au « souci environnemental » contemporain, il ne sera pas possible de faire l’économie de ces questions. Préparons-nous à y répondre…

 

 

24/07/2019

Non au CETA, qui met en danger notre agriculture, notre santé et l'environnement.

Ainsi, et malgré l’opposition forte d’une partie de l’opinion, de la classe politique et des agriculteurs français, déjà fort éprouvés ces derniers temps, le CETA, traité de libre-échange entre l’Union européenne et le Canada, a été voté par les députés français, et il devra aussi être ratifié par les autres pays de l’UE pour pouvoir entrer en plein exercice, même s’il est déjà appliqué en grande partie depuis deux ans. En fait, ce vote n’est pas une bonne nouvelle et il montre l’hypocrisie d’une République qui invite le midi une jeune Suédoise à parler de lutte contre le réchauffement climatique et vote, dans la foulée, pour un traité qui est un démenti à toute stratégie écologique crédible… D’ailleurs, l’étonnante hésitation de Greta Thunberg à l’égard de ce traité de libre-échange apparaît assez contradictoire avec le message d’alerte qu’elle est censée délivrer, elle qui dénonce avec force les excès de la société de consommation : car, n’est-ce pas la « fluidité » organisée de la mondialisation et favorisée par le libre-échange qui est la cause principale des rejets massifs de gaz à effet de serre dans l’atmosphère ? N’est-ce pas le fait de produire là-bas et loin pour vendre ici (dans une logique de bas coûts et de plus-values qui profite d’abord aux grandes sociétés transnationales et à leurs actionnaires) qui est mortifère pour l’environnement sous toutes ses formes ? A quoi servent les cris d’alarme si l’on refuse de voir et de combattre les causes de l’incendie ? Si je ne remets pas forcément en cause la sincérité de cette jeune fille, je crains que son message ne s’inscrive que trop bien dans la logique dominante contemporaine du capitalisme et de la mondialisation libérale, logique qu’il est pourtant nécessaire de dénoncer et de remplacer.

 

Car le CETA s’inscrit évidemment et fermement dans cette logique si peu écologique mais très libérale, au point d’inquiéter fortement les agriculteurs français qui voient se profiler une concurrence qui ne sera pas forcément éthique ni respectueuse des règles sanitaires et environnementales que les pays européens ont eu tant de mal à accepter et à mettre en place. Quelques articles publiés dans le quotidien Le Monde ce mercredi 24 juillet précisent utilement les choses et confirment malheureusement les craintes, ne serait-ce que par le refus du Canada de se plier sur le long terme aux réglementations de l’Union européenne et de ses pays et sa ferme volonté de faire « évoluer les choses » vers une plus grande tolérance à l’égard des pesticides et des OGM, très utilisés outre-Atlantique : « (…) Derrière les grandes déclarations d’amitié entre dirigeants, Ottawa s’active depuis des années en coulisses pour combattre les normes européennes qui empêchent ses entreprises et ses producteurs agricoles d’exporter vers le marché unique. (…)

« Le dernier épisode de cette guérilla réglementaire s’est joué le 4 juillet au sein de l’Organisation mondiale du commerce (OMC). Allié à une quinzaine de pays, le Canada a violemment critiqué les évolutions récentes de la réglementation de l’UE sur les pesticides, décrites comme des précautions excessives nuisant au libre-échange des produits agricoles. » Autant dire que, même une fois complètement ratifié par tous les pays, le CETA ne sera considéré comme « complet » par le Canada que le jour où toutes ces précautions sanitaires seront levées, et le pays à la feuille d’érable s’y emploie, d’ailleurs avec un certain succès si l’on considère les positions de la Commission européenne, plus accessible aux arguments libre-échangistes que les parlementaires européens plus rétifs à ces mêmes arguments, ce que souligne Le Monde : « Cherchant le moyen de s’exonérer de ces nouvelles règles avant qu’elles ne commencent à s’appliquer, ils [les partenaires commerciaux de l’UE] vont même jusqu’à demander à l’UE de modifier sa législation.

« La Commission indique au Monde avoir entamé un travail de « réflexion » en septembre 2017 sur la manière d’aménager des marges de « tolérance à l’importation » à ces pesticides intrinsèquement dangereux que le nouveau règlement prévoit de bannir. (…) La Commission s’est, d’ores et déjà, montrée accommodante, en proposant en début d’année de relever les LMR de la clothianidine et de la mandestrobine, deux néonicotinoïdes « tueurs d’abeilles » utilisées par les producteurs canadiens mais interdits en Europe. » La suite est révélatrice des intérêts vraiment défendus par cette même Commission, et elle n’en est que plus inquiétante au regard des enjeux écologiques comme sanitaires : « Ce geste [de la Commission] n’a rien d’une coïncidence : il fait suite à des demandes déposées par les fabricants Bayer et Sumitomo, motivées par la nécessité de faciliter l’importation de pommes de terre, de fraises et de raisins canadiens, sur lesquelles ces substances sont utilisées. » Au passage, il peut paraître surprenant que les produits évoqués ci-dessus soient ceux que le Canada veut absolument nous vendre, comme si, ici et à côté de chez nous, nous n’avions pas des pommes de terre, des fraises et du raisin ! En ces temps de recherche de « circuits courts », ne serait-il pas plus simple (et plus intéressant autant pour nos producteurs locaux que pour les caisses de l’Etat, par les recettes fiscales…) de favoriser la consommation de « nos » productions, d’ailleurs mieux assurées dans leur qualité et leur traçabilité, plutôt que d’autoriser celle de productions lointaines et ne répondant pas aux exigences sanitaires les plus élémentaires ?  Sans oublier les conséquences d’un long transport entre les deux rives qui risque de peser un peu plus sur les rejets de gaz à effet de serre, comme l’indiquent les études sur la consommation de carburants fossiles des porte-conteneurs de la mondialisation…  

 

D’ailleurs, ce CETA risque bien de devenir aussi un piège pour les Etats désireux de préserver une bonne qualité de l’alimentation sur leur territoire, ce qui risque bientôt d’être considéré comme « illégal » au regard des règles mêmes du libre-échange, et le Canada fait, en ce domaine, flèche de tout bois, avant, peut-être, de déposer « une plainte formelle devant le tribunal de l’OMC » pour entrave au libre commerce, ou, sans doute, de saisir ce fameux « futur tribunal d’arbitrage canado-européen pour faire valoir leurs intérêts. Cette juridiction, qui ne pourrait voir le jour qu’après la ratification complète, permettrait aux entreprises d’attaquer les Etats en cas de décision contraire aux garanties de stabilité réglementaire offertes par l’accord. » N’oublions pas que les précédents en ce domaine sont légion et devraient nous alerter sur le risque de voir les multinationales imposer leurs règles aux Etats par le biais d’une justice commerciale souvent inspirée plus par l’idéologie libérale que par la raison politique ou écologique. A-t-on déjà oublié la récente mésaventure de l’Equateur ? Le 30 août 2018, ce pays qui avait été victime d’une terrible pollution pétrolière en Amazonie ces dernières décennies, désastre industriel qui avait entraîné la destruction majeure d’une part de la faune et de la flore locales, et affecté les populations et paysans des zones souillées, a vu la condamnation à 9,5 milliards de dollars de dédommagements de la multinationale états-unienne pollueuse « cassée » par un tribunal d’arbitrage installé à La Haye et cela sur des motifs plutôt fallacieux… La grande colère de l’Etat équatorien n’y a rien fait, et les multinationales ont ainsi prouvé que, face à l’Etat souverain mais devant un tribunal « économique » international, elles avaient le dernier mot ! Ce triomphe d’une Cour de justice mondialisée sans aucune légitimité civique ou démocratique laisse mal augurer de futurs contentieux entre les entreprises canadiennes et les Etats européens !

 

Pour toutes ces raisons, il s’agit de faire échouer le CETA, en espérant qu’un parlement national s’y opposera mais surtout en adoptant, en tant que consommateur civique et responsable, la plus simple des attitudes et des stratégies : celle qui consiste à acheter en priorité et à consommer français, local et, si possible, bio, et, surtout, à refuser tout produit agricole issu du Canada dont la « vertu » sanitaire ne serait pas avérée et qui est déjà, dans de bonnes conditions environnementales et de qualité, produit en France, sur nos terres et dans les fermes,  nationales ou locales. Cela n’empêche pas, néanmoins, de consommer aussi des produits « exotiques » venus du Canada ou d’ailleurs, qui, justement, sont caractéristiques de ces pays lointains et qui, par nature, ne concurrencent pas nos agriculteurs français. C’est cette attitude, privilégiant la qualité et la proximité sans méconnaître les richesses du lointain, qui est à la fois la plus écologique et, si l’Etat et les producteurs s’accordent pour trouver les meilleurs équilibres (l’un dans son rôle de protection, de contrôle mais aussi d’impulsion ; les autres dans leurs initiatives et recherches de qualité et de bonne gestion de la terre, des paysages, de la flore et de la faune agricoles), la plus favorable à la prospérité agricole de la France.