11/02/2010
Insécurité scolaire.
Dans les années 90, j’enseignais dans un collège des Mureaux et j’en ai tiré quelques leçons qu’il m’est déjà arrivé, sur ce même blogue, d’évoquer. La question de la violence scolaire, pudiquement qualifiée d’ « incivilités » ou d’ « insécurité », y était toujours en suspens même s’il serait exagéré et déplacé de la survaloriser au risque d’oublier les autres problèmes (mais aussi les raisons d’espérer, car il y en a !) des établissements des zones difficiles.
Aussi, je suis l’affaire du lycée Adolphe-Chérioux de Vitry-sur-Seine (dans le département du Val-de-Marne) avec beaucoup d’intérêt mais sans beaucoup d’étonnement : un élève agressé par une bande venue de l’extérieur, un coup de couteau dans la cuisse, et des enseignants qui en ont marre du climat d’insécurité, ce fameux climat qu’il ne fallait pas, en d’autres temps, évoquer trop fort « pour ne pas faire le jeu du Front National » comme je l’ai entendu dire cent fois au début des années 90 ! Et, comme d’habitude, un rectorat et un ministère qui minimisent et rappellent les professeurs à « leurs devoirs » en les enjoignant de reprendre les cours sans avoir répondu à leurs questions et à leurs demandes tout compte fait fort légitimes… Juste quelques promesses et des annonces peu satisfaisantes et surtout insuffisantes pour ramener de la sérénité dans un établissement désormais gravement troublé par le « désordre établi » qui règne dans notre démocratie consumériste.
Il y a une certaine ironie à voir le ministre d’un président qui doit son élection à une vive campagne sur la lutte contre l’insécurité s’interdire de répondre à ce qui a fait le succès de son maître : car, que demandent les enseignants qui se sentent en danger sur leur propre lieu de travail ? La sécurité ! On est loin du discours libertaire des années 70 qui considérait, dans une sorte de rousseauisme contemporain rebaptisé « pédagogisme », qu’il fallait « mettre l’élève au centre du système » sans lui imposer d’autorité, ni celle du savoir ni celle du professeur, ce qui a laissé la porte ouverte à un véritable « ensauvagement » d’enfants sans repères et, en définitive, victimes de l’abandon des fondamentaux de toute instruction publique et victimes aussi de la prégnance des messages d’une société de consommation devenue jungle…
Si M. Chatel avait été logique avec les slogans de son propre camp, il aurait répondu de suite favorablement à la requête des enseignants en soulignant au passage combien la sécurité était une condition indispensable au bon fonctionnement des institutions scolaires mais aussi civiques : sans doute aurait-il oublié que la « grande question de l’Ordre » n’est pas qu’une question de simple sécurité scolaire mais aussi d’institutions politiques, d’état d’esprit et d’une autorité qu’il s’agit de mettre à sa juste place, de restaurer pour ne pas avoir besoin de l’imposer, mais qu’importe ! Il aurait été ferme et n’aurait pas discuté, mais agi sans trop s’inquiéter de l’intendance qui, comme le disait le général de Gaulle, « suivrait » : il est des urgences qu’il faut savoir appréhender et auxquelles il faut savoir promptement répondre pour éviter qu’elles ne mettent en péril tout l’édifice… Avec cette affaire, M. Chatel était en position favorable : il a tout gâché parce qu’il n’a rien compris et qu’il n’a voulu voir que la question comptable ! Petits calculs en définitive bien vains et fermeté de mauvais aloi à l’égard des professeurs qui demandaient, encore plus que des moyens, un peu de considération et d’écoute. Et l’insécurité semble désormais oubliée par le ministre : oui, décidément, suprême ironie !
23:31 | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : insécurité, lycée, violence, sécurité, autorité.
08/02/2010
M. Proglio, scandale permanent...
L’affaire Proglio n’est pas finie ! La semaine dernière, la presse révélait que, après avoir officiellement renoncé à son salaire supplémentaire de Veolia de 450.000 euros alors que sa paye annuelle de patron d’EDF s’élève déjà à 1,6 millions d’euros, M. Proglio allait néanmoins toucher annuellement environ 1 million supplémentaire au titre d’une retraite-chapeau, toujours accordée par l’entreprise Veolia, celle-là même dont il est issu et qui se prépare à être fusionnée avec EDF… Cette information, moins médiatisée que la précédente sur les 450.000 euros, n’a pas vraiment soulevée d’indignation chez nos compatriotes, seulement une sorte de fatalisme du type « ils font ce qu’ils veulent et ils se foutent de nous, mais on n’y peut rien, c’est comme ça… ».
On apprend aussi ce lundi matin que M. Proglio va quitter ses fonctions d’administrateur de Natixis, cette même banque d’affaires étant à l’origine de la ruine de milliers de petits actionnaires à qui les conseillers bancaires de la Caisse d’épargne et des Banques Populaires avaient vendu des actions dont le cours s’était effondré quelques temps après ! Ainsi, ce monsieur, qui cumule encore une vingtaine de fonctions et de postes dans de multiples sociétés (et les avantages financiers qui vont avec…) autres que l’EDF, peut-il partir tranquillement de son poste d’administrateur alors que ses « compétences » n’ont pas consisté en autre chose que, avec ses collègues, « planter » des milliers de personnes, clients de banque trop confiants en la parole de celles-ci, et toucher, pour ses « mérites » sans doute, 30.000 euros annuels de « jetons de présence »…
Mais de qui se moque-t-on ? Comment l’Etat peut-il confier à un tel personnage, si douteux quant à ses « qualités » professionnelles et si immoral quant à ses revenus financiers et, au-delà, à ses revendications salariales, les rênes d’une entreprise nationale comme l’EDF ? Est-ce sa proximité avec l’actuel locataire de l’Élysée qui lui vaut tant « d’honneurs », terme dont le pluriel, ici, s’accorde mal avec le véritable sens du mot au singulier ?
La République des copains et des coquins ! Des copains tarifés, pourrait-on dire !
Il fut un temps où de telles pratiques et de tels scandales (et M. Proglio à lui seul en est plusieurs à la fois !) provoquaient des indignations qui n’étaient pas que de plume : en 1887, l’affaire des décorations qui impliquait le gendre de Jules Grévy, alors président de la République, avait contraint ce dernier à la démission après les virulentes protestations des opposants mais aussi des partisans de la toute jeune République troisième du titre ; en 1892, l’affaire de Panama entraînait le discrédit de la République des « chéquards » et les manifestants monarchistes et « populistes » criaient « A bas les voleurs » devant la Chambre des députés, tandis que, quelques mois après, de nombreux parlementaires (tous républicains, sauf un !) étaient éliminés aux élections suivantes ; et puis, comment ne pas citer le 6 février 1934, aujourd’hui diabolisé par les bien-pensants, mais qui, sous l’impulsion des royalistes de l’Action Française et des camelots du Roi, fit trembler une République aux abois et ébranlée par l’affaire Stavisky, escroc proche des milieux politiques et parlementaires du tout-Paris ?
Mais il faut dire un mot de la suite de ces mécontentements populaires : à chaque fois, ce fut la même tactique de la République et du Pouvoir en place, c’est-à-dire « la République en danger » et « l’appel aux vrais républicains », le but étant d’éviter une remise en cause du système qui faisait (et fait encore) vivre tant de politiciens (ceux que le général de Gaulle appelait « les politichiens »…) ! Ainsi, ce sont les victimes qui furent une fois de plus flouées et, en plus, désignées à la vindicte populaire, dans un retournement sémantique et proprement scandaleux ! Alors, désolé, mais qu’on ne me demande pas de bénir cette République indécente et sa classe dirigeante si malhonnête !
La République de M. Proglio ne mérite pas que le seul mépris, elle mérite la colère, la révolte, la destruction : en somme, la révolution, celle que Maurras qualifiait, en la souhaitant, de « rédemptrice » et qu’il nommait Monarchie…
17:45 | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : proglio, edf, république, maurras, 6 février 1934.



