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22/02/2016

Défendre le bocage de Notre-Dame-des-Landes contre la République de Vinci.

La question de l'aéroport de Notre-Dame-des-Landes est revenue sur le devant de la scène depuis l'annonce faite par le président de la République d'un référendum local sur ce sujet. Pour l'heure, le projet même de référendum pose moult problèmes et divise jusqu'au gouvernement, entre un ministre de l'environnement (le terme d'écologie ayant étrangement disparu de l'intitulé du ministère de Mme Royal) favorable au vote de plusieurs départements (Loire-Atlantique et départements limitrophes) et un autre ministre, en accord avec son ancien ministre de l'Intérieur devenu Premier ministre, qui veut limiter le vote au seul département nantais : en fait, quelle que soit la solution retenue, elle ajoutera au mécontentement ambiant et à l'impression d'amateurisme de ce gouvernement et du chef de l’État...

 

Pendant ce temps, les derniers agriculteurs présents sur la zone prévue pour l'aéroport attendent avec inquiétude et sans impatience leur expulsion désormais exécutoire : les semaines qui viennent seront déterminantes, et chacun fourbit, du côté de la République estampillée Vinci comme de celui des paysans enracinés et de leurs alliés « zadistes », ses « armes ». Bien sûr, le combat paraît bien inégal mais les moyens de l’État ne suffisent pas toujours, comme l'a montré le précédent de l'automne 2012, quand les forces de l'ordre ont rencontré une résistance digne, dans sa forme sinon dans son fond, des Vendéens de 1793 : le bocage de Notre-Dame-des-Landes s'est avéré un véritable piège pour des « bleus » bien équipés mais peu habitués au combat des bois... Sans doute ont-ils appris depuis, et leur prochain assaut risque d'être plus efficace, en particulier en cet état d'urgence qui permet quelques « arrangements » et la mise au frais de quelques potentiels « résistants » avant de lancer l'opération d'expulsion elle-même : aucune heure de la nuit n'est plus protégée pour les fermiers et les occupants de la ZAD.

 

Cela fait des années que je milite contre le projet d'aéroport à Notre-Dame-des-Landes mais il me semble que le dénouement est désormais proche, qu'il soit favorable ou défavorable à Vinci et à ses obligés politiques : la République qui ne veut pas se déjuger joue son va-tout tout comme les opposants qui sentent bien qu'il leur faut tenir encore le terrain pendant quelques mois, en espérant que le vote consultatif soit hostile au projet ou que la prochaine présidentielle, dans le temps électoral ou dans ses conséquences, rebatte les cartes à leur avantage.

 

En attendant, les arguments contre le projet d'aéroport doivent être à nouveau aiguisés, démontrés et diffusés : c'est une bataille de chiffres, de faits et de réalités comparés et, au-delà, de propositions et d'idées, voire de civilisation ! Oui, de civilisation, car ce sont deux modèles de vie qui s'affrontent à travers ce projet, celui d'une société de consommation toujours insatisfaite et jamais rassasiée, éternellement pressée, fondée sur l'individualisme de masse et le profit sans conscience, le néo-nomadisme et un libéralisme sans frein, et celui d'une société de convivialité, de service et de partage, de traditions et d'enracinements, capable de prendre son temps et de respecter son prochain, y compris celui à venir... Dans son encyclique « Laudato si' », le pape François livre quelques pistes pour une écologie intégrale que le royaliste que je suis peut reconnaître comme une « vieille tradition » française et monarchique, non la nostalgie d'un « Avant » meilleur et illusoire mais d'une éternité qui n'oublie jamais de se renouveler...

 

A Notre-Dame-des-Landes se joue le sort de quelques arpents de terre mais aussi et surtout, le destin d'une société, la nôtre : que l'aéroport se fasse et ce sont bien plus que des tritons, des libellules et des oiseaux qui souffriront ! C'est la possibilité d'une résistance au triste « monde qui vient » qui sera sérieusement entamée : il est, ainsi, des combats qu'il ne faut pas perdre et pour lesquels il faut s'engager, en citoyens soucieux de préserver « cet avenir que tout Français bien né souhaite à sa patrie »... Bien sûr, dans ce combat, certains alliés de circonstance n'auront pas les mêmes intentions ni les mêmes principes. Qu'importe, puisque nous le savons ! Maurras, ce royaliste conséquent, n'hésitait pas, lui, à invoquer « le compromis nationaliste » (y compris avec des adversaires politiques) quand les choses essentielles étaient en jeu. Ce Martégal, défenseur de l'étang de Berre menacé par l'industrialisation abusive à l'aube des « Trente Glorieuses », aurait sûrement écrit ce soir quelques belles et coléreuses pages pour défendre ces mares et ces bois de Notre-Dame-des-Landes menacés par le bitume d'une République qui ne cesse jamais, encore et toujours, de défigurer la France, notre royaume !

 

 

 

 

 

17/02/2016

Ce drôle de référendum annoncé...

Le projet d'aéroport sur les terres de Notre-Dame-des-Landes continue à animer le débat politique français et pas seulement autour de Nantes, et l'annonce étrange d'un référendum local pour trancher la question de sa construction ou du refus de celle-ci a ajouté à la confusion mais aussi à la colère des uns et des autres, pour des raisons diverses et parfois contradictoires. Dans la région parisienne, loin du bocage nantais, le débat semble un peu surréaliste : « un référendum pour un aéroport ? Alors qu'il n'y en a pas eu depuis 2005 au niveau national et que les derniers présidents de la République ne semblent guère apprécier cette procédure démocratique particulière et, souvent, périlleuse pour les gouvernements ? Comme c'est bizarre... »

 

Effectivement, l'annonce de l'autre jeudi faite devant les caméras convoquées par la présidence de la République en a surpris plus d'un et énervé plus de trois : personne ne semble partisan, sorti de l’Élysée et de Matignon, de cette consultation (nom préférable à celui de référendum, et plus juste en définitive), et ni le département de Loire-Atlantique ni la région des Pays de la Loire ne veulent l'organiser, arguant de leur incompétence légale en ce domaine. D'ailleurs, ne faudrait-il pas faire voter tout le pays puisque c'est l’État qui détient la clé de cet aéroport, en attendant de la céder définitivement au groupe Vinci ? Cela ne serait pas illogique, en définitive, mais il ne semble pas, évidemment, que cela soit le souhait du gouvernement qui, par tous les moyens, cherche à se débarrasser du sparadrap « Notre-Dame-des-Landes »... La décision gouvernementale, évoquée ce mercredi 17 février, de ne faire voter que les électeurs du département apparaît comme une manœuvre supplémentaire de M. Valls mais elle ne règle rien et ne risque pas de mettre un terme au débat…

 

Cette affaire de référendum n'est pas une mince affaire mais plutôt un guêpier, et il n'est pas certain que, une fois réglée « définitivement » (sic !), elle ne révèle d'autres problèmes, comme une poupée russe : recours juridiques, résistances diverses des perdants (qu'ils soient partisans ou adversaires du projet d'aéroport), etc. La démocratie majoritaire n'est plus, en ces temps incertains, aussi... certaine qu'auparavant... Sommes-nous revenus à cette époque où Wolinski faisait répondre par un de ses manifestants de dessin, à la remarque désolée d'un bon démocrate endimanché qui s'exclamait « Mais nous sommes la majorité ! », un péremptoire et provocateur « La majorité n'a pas le droit d'imposer sa connerie à la minorité ! » ? Ce n'est pas impossible, au regard du discrédit de la classe politique officielle (« républicaine », comme elle se définit dans un exercice d'autojustification assez pathétique et peu audible aujourd'hui) et des jeux électoraux qui inspirent plus le mépris que l'intérêt et la considération. Discrédit inquiétant pour qui aime la politique car il frappe indistinctement (et injustement) tous ceux qui font, pensent ou proposent en politique, et altère le sens même de la « polis » et de son service.

 

Alors, que penser de tout cela ? D’abord, la consultation locale ne résoudra rien, quel que soit le résultat, et cela qu’on le regrette ou non ; ensuite, la République, par son projet mal ficelé de référendum, risque bien de décrédibiliser pour longtemps cette pratique de « démocratie directe locale » (pourtant intéressante si l’on n’en méconnaît pas, néanmoins, les limites) et peut-être est-ce, en définitive, voulu par ce gouvernement souvent jacobin dans ses démarches et sa pratique ; enfin, l’acharnement des responsables politiques des grands partis dits modérés à vouloir, coûte que coûte (c’est le cas de le dire…), la réalisation de cet aéroport dont les inconvénients apparaissent chaque jour plus visibles, ne cesse d’intriguer l’observateur, et devient même gênant, et peut-être demain motif de scandale… Il sera intéressant d’entendre les réactions des élus locaux pro-aéroport aux récentes révélations du Canard enchaîné sur ce fameux rapport (en fait, une note interne de deux pages, ce qui n’enlève rien de sa valeur) de 2014 commandé par le préfet de Région et qui remet en cause la légitimité « écologique » du transfert de l’actuel aéroport de Nantes vers Notre-Dame-des-Landes… A moins qu’il faille attendre de nouvelles révélations du même journal sur les relations particulières de quelques édiles de Nantes et des communes limitrophes avec le groupe Vinci : qui sait ?

 

Justement, on aimerait bien savoir !

  

 

 

 

 

22/02/2014

Ce si inutile et coûteux aéroport...

La manifestation de samedi à Nantes pour protester contre la construction d’un aéroport international sur le site de Notre-Dame-des-Landes suffira-t-elle pour empêcher le début des travaux, annoncés comme imminents par les partisans de ce projet déjà fort ancien, pensé du temps où Concorde faisait rêver la France ? Rien n’est sûr, et il faut craindre, sans doute, une tentative prochaine du gouvernement pour imposer ce qui ressemble de plus en plus à un caprice de notables nantais : M. Ayrault, dans cette affaire comme dans celle du redécoupage régional évoqué en janvier par M. Hollande, raisonne petitement, non en homme d’Etat et de hauteur, mais en féodal départemental.

 

Cela est d’autant plus regrettable que la nécessité économique de cet aéroport est de plus en plus contestée, à l’heure où le TGV relie Nantes à Paris en un peu plus de 2 heures, mais avec la perspective d’une réduction de ce temps de déplacement de plus d’une demi-heure dans les prochaines années grâce à de nouveaux aménagements ferroviaires. Contestée et contestable aussi, car ce projet s’appuie sur une conception de l’économie désormais de plus en plus remise en cause par les limites mêmes de la mondialisation et de la métropolisation qui, pour s’étendre encore, suscitent néanmoins également des réserves vives d’un nombre croissant de citoyens. Le modèle économique dans lequel s’inscrit le projet aéroportuaire de Notre-Dame-des-Landes n’est plus adapté aux temps qui viennent, ceux de la nécessaire sobriété et de la transition énergétique, et il faut aussi penser la fluidité et les communications en termes d’aménagement du territoire à la fois local et national (sans oublier, si possible, l’international), et non seulement sous la forme d’égoïsmes départementaux centrés sur eux-mêmes et persuadés que leur « développement » (véritable utopie contemporaine des milieux urbains…) va résoudre tous les problèmes locaux.

 

Il existe déjà, dans l’ouest de la France, un réseau important d’aéroports de tailles diverses qui, en définitive, rendent inutile un nouvel aéroport international en Bretagne historique, aéroport d’ailleurs considéré comme « trop proche » de la région parisienne pour pouvoir jouer un rôle véritable dans la compétition mondiale : mieux vaut jouer la carte, plus intéressante en définitive et sans doute (avec quelques efforts) moins dispendieuse, de ces quelques aéroports régionaux reliés directement au tissu économique local et aux autres modes de transports que celle d’un grand aéroport qui risquerait de monopoliser tous les moyens financiers et toutes les ardeurs des collectivités de l’Ouest au risque d’accentuer une nouvelle centralisation et un nouveau déséquilibre au profit d’une seule métropole dans le nord-ouest atlantique, Nantes.

 

Sait-on que, d’ailleurs, que les aménagements routiers et ferroviaires pour relier l’aéroport au reste de l’Ouest coûteraient environ 4 milliards d’euros et que leur seule réalisation ne serait pas chose simple car elle se heurterait à de fortes résistances, là aussi, des populations locales mais aussi qu’ils risqueraient de contrevenir aux recommandations déjà anciennes du Grenelle de l’environnement de 2007 qui évoquaient la limitation, voire un moratoire, de la construction de nouvelles autoroutes ? Pour l’heure, n’est prévue que la liaison entre le centre de Nantes et le site de l’aéroport en projet…

 

Cette affaire montre toute la vanité et, sans doute, l’incompétence d’hommes politiques qui s’enivrent de leurs rêves de grandeur sans en mesurer les conséquences financières et économiques : ce sont les mêmes qui, année après année, ont creusé les déficits de notre pays mais aussi ont endetté chacun d’entre nous et les générations qui suivent de sommes désormais considérables, en oubliant que l’argent qu’ils dépensaient n’était pas le leur, mais celui des contribuables. Que ce soit le même M. Ayrault qui s’avère incapable de redresser les comptes de l’Etat et qui serait prêt à dépenser encore et encore des centaines de millions d’euros (même si l’entreprise Vinci est, officiellement, le principal investisseur) pour « faire son aéroport », en dit long sur la responsabilité d’une République qui utilise de tels hommes et accepte de tels procédés, au détriment de l’intérêt général et du Bien commun ! Il est vrai que la seule sanction que ces personnes risquent, c’est la défaite électorale, et encore ! A voir ceux-ci et cela, la colère apparaît, non seulement logique, mais aussi légitime. Encore faut-il, pour qu’elle ne verse pas dans le nihilisme, qu’elle soit ordonnée et qu’elle se veuille, ou mieux encore, qu’elle soit fondatrice…