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18/07/2016

Les enfants, aussi visés par le terrorisme...

C’était le 14 juillet au soir, et, comme de nombreux curieux, je contemplais à la télévision les beaux éclats du feu d’artifice de la Tour Eiffel. Et puis, il y a ce bandeau jaune « alerte info » qui défile soudain et qui annonce ce qui n’est encore qu’un « incident », un camion qui a renversé des passants à Nice lors des festivités de la tombée de la nuit. Quelques minutes plus tard et durant toutes les heures qui suivent, ce sont les images de panique d’une foule en course pour éviter le pire, celles d’un camion blanc qui s’engage sur la promenade des Anglais et ce bilan « évolutif » passé de quelques victimes à 74 à deux heures du matin, puis 84 à l’aube : encore, encore le terrorisme, les morts, les larmes !

 

Depuis janvier 2015, le même scénario se répète à intervalles de quelques mois, et les mêmes discours et les mêmes coups de menton, les mêmes cérémonies funèbres, les « Je suis… » qui se suivent et, malheureusement, se ressemblent malgré la variété des noms accolés à ce début de phrase. Et, chaque fois un peu plus, les poings qui se serrent…

 

Ce 15 juillet au matin, la télévision montrait, sur la route du malheur provoqué par celui dont je ne prononcerai pas le nom pour ne pas lui accorder la moindre célébrité, l’image d’une poupée sur le bitume, seule, abandonnée, couchée… Quelques minutes après, sur les réseaux sociaux, je retrouvais la même poupée, mais en des circonstances bien différentes : elle était bien là, à même le sol, comme renversée, mais, à côté d’elle, à la toucher, sous la lumière « bleu cruel » des gyrophares, il y avait une couverture dont dépassait une sorte de bonnet ou de casquette, une couverture qui couvrait une forme, un corps, un visage… Un enfant, dont la poupée semblait veiller le corps désormais sans vie.

 

Cette fois-ci, mon café du matin avait un goût de cendres, une amertume violente : la mort d’enfants nous choquent plus encore que d’autres, il faut bien l’avouer ! Les innocents, pense-t-on, comme si les autres victimes l’étaient moins parce qu’elles avaient vécu plus longtemps : bien sûr, ce sentiment n’est pas forcément « juste » mais il est commun, croit-on, à toute l’humanité. Qu’y a-t-il de plus cruel, de plus injuste que la mort, quelle qu’en soit la forme, d’un enfant ? Dans une famille, c’est « l’absence » la plus douloureuse

 

Mais les islamistes et leurs alliés s’en moquent, et leur « cause » semble justifier tous les moyens, tous les crimes. Les paroles glaçantes du terroriste Carlos, ce fameux « Il n’y a pas de victimes innocentes », doivent nous permettre de comprendre, non pour excuser mais pour combattre, l’esprit de la Terreur aujourd’hui incarné par les troupes formelles et informelles de L’Etat Islamique. Avons-nous oublié le « massacre des innocents » provoqué, selon le Nouveau Testament, par Hérode ; les enfants de Vendée « écrasés sous les pieds de nos chevaux », selon le général Westermann, au nom de la République en 1793 ; ceux d’Oradour-sur-Glane brûlés comme les adultes dans l’église du village et ceux exterminés pour être nés juifs durant la guerre mondiale de 1939-45 ; les enfants de Beslan, retenus en otage et exécutés en septembre 2004 par des rebelles tchétchènes ; les trois enfants assassinés froidement devant et dans leur école à Toulouse par l’islamiste M. en mars 2012, simplement parce qu’ils étaient juifs ?

 

Les enfants sont des cibles doublement symboliques parce qu’elles sont à la fois la suite des générations précédentes et leur avenir, et que les frapper, c’est chercher à trancher ce fil de la transmission, ces racines qui permettent à une nation, démographiquement comme spirituellement, de s’épanouir encore et toujours. Ils ne sont pas visés par hasard, contrairement à ce que l’on pourrait croire. Et puis, l’assassinat d’enfants, s’il horrifie les populations, les terrifie aussi, ce qui est un moyen pour ces terroristes d’espérer désarmer ou, du moins, de paralyser, par « sidération », les sociétés visées, surtout dans des démocraties parfois plus sensibles à l’émotion qu’à la raison.

 

Il y a aussi le risque de voir (ou de laisser) fracturer l’unité d’un pays, non celle qui peut s’exprimer à travers les jeux parlementaires ou politiques pour le bien commun du pays, mais celle, plus profonde, qui lie les communautés, les particularités et les personnalités entre elles, non dans ce « vivre l’un à côté de l’autre » (formule de l’individualisme, qu’il soit personnel ou communautaire) mais « vivre l’un avec l’autre », non dans la confusion mais dans la reconnaissance de traits communs issus de l’histoire (et, parfois, de ses confrontations), de ces héritages dont, certes, nous pouvons vouloir nous détacher ou que nous pouvons contester (« la vraie tradition est critique », disait avec grande raison Charles Maurras), mais qui sont aussi le terreau de la nation vivante.

 

Ne donnons aucune joie ni aucune paix aux terroristes du moment : l’unité de la France ne doit pas être une argutie politicienne et ne peut être confondue avec les manœuvres d’un gouvernement aux abois ou d’une opposition exaspérée, elle doit être une réalité vécue, forte, puissante. Ce n’est pas l’uniformité ou l’indivisibilité mais la reconnaissance d’une « particularité française », historique, politique comme géopolitique, et, sans doute, civilisationnelle ; c’est la reconnaissance d’une « diversité ordonnée », de cette « nation plurielle » qui est la France et qui n’est pareille à aucune autre.

 

L’unité de la France, c’est un « équilibre » au sens fort du terme, équilibre parfois mis à mal par l’histoire et par le Pouvoir lui-même quand il oublie ses fonctions régaliennes et ses devoirs de Bien commun, mais équilibre qu’il faut conserver si l’on veut que perdure ce que « nous » sommes, et que nous puissions vivre, tout simplement et librement, notre destin de Français, nés ici ou adoptés, au sens le plus fort et noble du terme…

 

Pour que les enfants de France vivent, mais aussi tous les enfants, en France, d’ici ou de passage…

 

 

 

 

 

 

 

 

11/11/2011

"Tombeaux", à méditer...

Chaque 11 novembre depuis une quinzaine d'années, je relis quelques pages de « Tombeaux », recueil d'articles nécrologiques écrits par Charles Maurras et qui présente quelques figures d'une génération royaliste disparue dans la fournaise de la guerre de 1914-1918. Des noms aujourd'hui oubliés par le plus grand nombre, y compris dans les milieux monarchistes: Henri Lagrange, « le prince de la jeunesse » royaliste du Quartier Latin entre 1911 et 1914; Léon de Montesquiou, véritable théoricien de la raison d'Etat et l'un des plus brillants intellectuels de l'Action française; Henry Cellerier, auteur d'un livre passionnant mais aux nombreuses pages censurées lors de sa publication en 1916, « La Politique fédéraliste »; Jean-Marc Bernard, poète dauphinois auteur d'un des plus beaux poèmes, un des plus poignants aussi, sur les tranchées dans lesquelles, d'ailleurs, il trouvera la mort; etc. Quel cimetière de jeunes intelligences !

Cette guerre terrible est, à nos yeux de contemporains, absurde. Mais elle a mobilisé 65 millions de personnes sur tous les champs de batailles (9 millions, je crois, de Français) sans vraiment de révoltes ni de mutineries, à quelques exceptions près. « Quand la guerre est là, qu'il y a danger aux portes de la Cité, il n'y a plus qu'à la faire,et à la gagner », expliquaient alors les monarchistes, pourtant méfiants à l'égard d’une IIIème République qui gouvernait alors le pays et qui avait si mal préparé la guerre. Les générations d'après-40 reprocheront beaucoup à ceux de 1940 de n'avoir pas su la faire, et la gagner... L'Occupation montra, avec toutes les horreurs liées à l'application de l'idéologie nazie, que la défaite ou la soumission (même au nom du pacifisme), est la pire des catastrophes pour les « occupés ». Cela permet aussi de mieux comprendre l'acharnement des soldats de 1914-1918 « à ne pas céder », malgré l'horreur de cette première « guerre industrielle ».

Mais lorsque retentit le clairon de l'armistice, les combattants espèrent que leur souffrance, le sacrifice de leurs compagnons et de leurs ennemis, n'ont pas été vains. Malheureusement, la Paix des traités de 1919-1920 était déjà grosse des guerres suivantes, de celles de 1939-1945 et des Balkans dans les années 1991-1999, comme le soulignait dès 1920 dans son ouvrage « Les conséquences politiques de la paix » l'historien Jacques Bainville, le spécialiste des affaires étrangères de l'Action française.

Aujourd'hui, la guerre a pris d'autres formes et, si elle s'est apparemment « absentée » (temporairement ?) du continent européen (hormis les Balkans dans les années 1990), elle reste un risque, y compris pour nos vieilles nations désormais amies, confrontées à des périls qu'elles n'arrivent pas encore à exactement cerner. Aussi ne faut-il pas baisser la garde et maintenir notre défense à un niveau d'excellence qui lui permette de dissuader toute agression extérieure. La paix est un bien trop précieux pour que l'on néglige de la préserver.

 

12/01/2010

Tombeaux de janvier...

Ce mois de janvier est un mois bien meurtrier : après Philippe Seguin, c’est au tour du cinéaste Eric Rohmer de décéder. Ce même lundi, quelque part en Afghanistan, un sous-officier de l’armée française est tué dans un accrochage avec des talibans…

 

Trois morts qui, chacun à leur manière, représentent une part de ce qui fait, aussi, la France : le serviteur de l’Etat, l’artiste, le soldat… Le service, la création, le sacrifice.

 

Ces trois-là rejoignent, après et avant tant d’autres, ceux qui forment, au-delà des temps, l’histoire et la longue mémoire de la France. Quand l’homme politique, farouche patriote enraciné au cœur de la nation, a servi l’Etat et dénoncé ceux qui s’en voulaient les fossoyeurs, le cinéaste a, lui, joué de sa caméra pour, par exemple, dénoncer la Révolution et sa logique implacable qui ruine les consciences et avilit les cœurs : « L’Anglaise et le Duc », sorti sur les écrans en 2001, sert l’histoire et montre aussi que la liberté de l’esprit s’accommode mal des poncifs scolaires et des propagandes… Mais, au-delà de ce film, Rohmer est aussi un style, un cinéma qui est « tellement français » comme l’affirmait un journaliste anglo-saxon il y a déjà longtemps ! Et puis, il y a ce soldat, dont le nom va rejoindre ceux déjà inscrits dans la pierre des monuments aux morts : la France c’est aussi ce sang versé, parfois loin de Paris, ces larmes des familles endeuillées, ces destins foudroyés, si jeunes…

 

La France vit au cœur des Français, dit-on : mais elle est aussi sous nos pieds et dans les tombeaux, dans cet humus national qui transmet aussi la vie, dans cette longue suite de morts qui ont chacun, à leur manière, contribué à faire ce que nous, Français, sommes sans en être esclaves, juste fidèles, d’une fidélité parfois critique, voire douloureuse. C’est aussi ainsi que je comprends la formule célèbre de Maurras : « Toute vraie tradition est critique ». Je n’ai pas choisi de naître français (et je n’ai pas choisi mes parents, ni le jour de ma naissance, la couleur de mes yeux et celle de mes cheveux…), mais j’en assume l’histoire, toute l’histoire, ce qui ne m’empêche pas de ne pas accepter, comme régime politique (et au regard de cette histoire de France si passionnante), la République (qu’elle soit Première ou Cinquième, cette « monarchie inachevée », malheureusement…) et d’être du côté des chouans en 1793, défaits par les troupes du général Hoche, par exemple.

 

Si, demain, la Monarchie renoue le fil tranché avec la nation depuis 1848, le roi n’aura pas à renier la Révolution et les Républiques successives depuis 1792, ni ceux qui auront, dans ces derniers siècles, choisi de servir la République, qu’ils s’appellent Philippe Seguin ou Charles de Gaulle : l’histoire passée, aussi désagréable soit-elle pour les monarchistes, « est », c’est un fait ! La Monarchie n’a pas à réécrire l’histoire d’avant, elle a comme fonction d’incarner, par la personne du souverain royal en exercice comme par celles de sa famille, la France avec toutes ses richesses mais aussi toutes ses contradictions, et elles sont nombreuses...