30.10.2007
Tchad : la politique des otages.
La triste histoire de « l’arche de Zoé » n’est pas qu’une affaire humanitaire mais bien une affaire politique qui dépasse largement les amateurs de cette association de « bons sentiments ». Bien sûr, elle est emblématique des dérives de notre société persuadée que l’on peut s’émanciper des Etats et des règles de la diplomatie au nom d’un humanitarisme universaliste, celui-là même qui est vanté jour après jour à travers les médias dominants : que de simples quidams sans expérience et peu au fait des réalités politiques et géopolitiques aient cru à ce que la télévision leur racontait, voilà qui n’est pas très surprenant et qui montre toute l’hypocrisie d’un système médiatique occidental qui se donne bonne conscience à peu de frais avant de lyncher ceux qui furent assez crédules pour prendre le discours « humanitariste » au premier degré.
Personnellement, tout en étant fort critique à l’égard de cette association de « pieds nickelés », je me refuse à hurler avec les loups et je considère comme scandaleuse l’attitude des autorités françaises qui, au lieu d’affirmer une solidarité au moins diplomatique avec ses propres ressortissants (n’est-ce pas le devoir de chaque Etat, ce qui n’enlève rien à l’exercice de la justice ?), préfèrent leur cracher dessus sans même leur accorder le bénéfice du doute ou de la bonne foi ni respecter le principe de la présomption d’innocence. Bien sûr, cette attitude est sans doute dictée par des nécessités diplomatiques mais il me semble qu’il y a « l’art et la manière » à respecter, et présenter une telle attitude risque de décrédibiliser notre diplomatie et notre pays, en particulier au regard des autres Etats qui n’ont pas l’habitude de « laisser tomber » leurs concitoyens en pays étranger, quitte à régler ensuite les comptes après le retour au bercail… D’autre part, comment les citoyens français qui travaillent et vivent en « expatriés » dans de nombreux pays d’Afrique vont-ils réagir au spectacle d’un Etat désormais peu enclin à les défendre ou, même, à les protéger ?
Quant au président tchadien, dont les « qualités humanistes » sont bien connues, ses propos accusant les humanitaires d’être des pourvoyeurs de réseaux pédophiles ou de trafic d’organes humains montrent bien que la vieille politique des otages et de la « rançon » fonctionne encore… Au-delà des bénévoles de « l’arche de Zoé », c’est la France qui se retrouve piégée (et Cécilia n’est même plus là pour les faire libérer…) et qui semble ne plus avoir les moyens de peser sur l’Etat tchadien, courtisé par d’autres puissances beaucoup moins regardantes que la France sur les « principes »…
Quand la France va-t-elle prendre la mesure de la situation et, au lieu de se réfugier dans une Union Européenne sans ambition ni grandeur, « faire de la force » (je n’ai pas dit « faire usage de la force », que l’on soit bien clair et que l’on ne me prête pas des propos que je ne tiens pas !), c’est-à-dire prendre les moyens de sa politique, de celle que les Capétiens ont forgé au fil des siècles et que de Gaulle a, un temps, poursuivi, fidèle à sa ligne directrice : « La France n’est rien sans la grandeur », phrase qui résonne étrangement aujourd’hui et qui sonne comme un rappel à l’ordre à nos dirigeants actuels. Au fait, et l’Union Européenne, dans cette affaire ? Après tout, il y a aussi des ressortissants espagnols dans le groupe des prisonniers (des otages ?), et des journalistes (la liberté d’information n’est-elle pas un des principes majeurs de l’Union ?) : mais l’UE me semble fort silencieuse, ou gênée…
Certains, à me lire, croiront peut-être que je suis en colère : ils ne se trompent pas, c’est bien le cas. Car, si je peux accepter le cynisme en politique pour raison d’Etat (c’est ma tendance « Richelieu »…), je ne supporte pas l’hypocrisie et la lâcheté, surtout quand elles règnent à la tête de l’Etat pour cinq ans renouvelables… Décidément, je ne serai jamais républicain !
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28.10.2007
Royalisme à Rennes.
Samedi 27 octobre se tenait une petite réunion à Rennes où j’ai présenté, rapidement (moins d’une demi-heure…), quelques arguments politiques pour la Monarchie tandis que mon ami Henry Le Bal, écrivain et dramaturge, rappelait l’historique de cette Fédération Royaliste de Bretagne (Kevredad roueelour breizh, en langue bretonne) fondée en 1987 sous la présidence d’un authentique résistant (au sein du réseau Hector, de l’Organisation Résistance Armée), camelot du roi et ancien maire royaliste de Poullan-sur-Mer, Luc Robet, aujourd’hui décédé. Henry a aussi complété mon exposé par une argumentation philosophique originale et en évoquant, au cœur de son discours, la place éminente du Prince Jean, duc de Vendôme, Dauphin de France. Ce faisant, il rappelait qu’un royalisme sans prince est une fidélité sans objet, vaine ou nostalgique. Mais cela n’a rien à voir avec une quelconque idolâtrie qui s’appliquerait à un « homme sans lendemain » tel que le sont les politiciens actuels, plus férus de communication que de service, ou, pire, les dictateurs, eux aussi attachés à un culte de la personnalité qui est, sinon la forme de leur légitimité illusoire première, au moins l’alibi de leur Pouvoir du jour…
A cette petite réunion, organisée par Tudry, participaient quelques amis de longue date comme Jean-Luc, ou Philippe Castelluccio, fidèle d’entre les fidèles d’Action Française et qui m’avait accompagné dans ce périple breton… En fait, elle me rappelait les premières réunions que nous tenions au début des années 80 dans des cafés enfumés et dans lesquelles nous refaisions le monde, pleins d’espoir et d’idées : peu à peu nous avions réussi à faire du royalisme une force politique locale qui n’a pas, malheureusement, trouvée une formulation (ou un enracinement) institutionnelle et a décliné à la fin des années 90 pour devenir une simple ombre dans le paysage rennais, subsistant par quelques autocollants apposés et quelques journaux diffusés chez les commerçants locaux. La réunion de ce samedi est sans doute un nouveau départ pour le royalisme local et je dois avouer que cela me réjouit, après les désillusions et les échecs cruels des dernières années.
Cela montre aussi que le royalisme, malgré sa lisibilité et sa visibilité encore réduites, n’est pas mort, 160 ans après le départ précipité du roi Louis-Philippe, et c’est sans doute la conjonction de la permanence de fidélités anciennes et d’une « épaisseur idéologique » qui est propre au royalisme français, plus précoce (du fait de l’histoire même de notre pays et du tremblement de terre politique de la Révolution française) que la plupart des autres monarchismes du monde, pas toujours recommandables d’ailleurs…
Je n’oublie pas la devise qui était devenue mienne dans les années 80 et que je dois à Bertrand Renouvin : « il ne s’agit pas de mourir royaliste, mais de vivre en Monarchie »… Je vois, peu à peu, peut-être encore trop peu à mon goût et au regard de l’enjeu, se lever de nouvelles espérances monarchistes. Bien sûr, le chemin est (très) long mais ce n’est pas une impasse si ce n’est pas une autoroute… Je reprends la route…
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Le coût de la Monarchie.
L’un des arguments souvent opposés à la Monarchie est son coût qui serait forcément dispendieux… Dans un article publié par « Le Figaro » (vendredi 30 juin 2006), Stéphane Bern remet quelques pendules à l’heure : « La reine et sa nombreuse famille coûtent à chaque contribuable britannique 62 pence par an, soit 90 centimes d’euros, un montant en légère augmentation dû au renforcement des mesures de sécurité autour des Windsor.
(…) A y regarder de plus près, le coût de la monarchie a augmenté l’an passé de 4,7 % pour un montant global de 37,4 millions de livres sterling (54,2 millions d’euros), soit une répercussion d’un penny par an et par citoyen.
« Pour 62 pence, on peut s’acheter un billet pour voir une minute du match Angleterre-Portugal samedi en quarts de finale », a plaisanté Alan Reid. Il aurait pu donner d’autres exemples pour illustrer le coût de la famille royale à une époque où chaque institution doit justifier son existence par une rentabilité forcenée (…).
Combien de temps faudra-t-il encore que la reine d’Angleterre justifie le fait d’être une icône vivante pour un milliard de sujets à travers le Commonwealth ?
Après tout, elle rapporte dix fois ce qu’elle coûte à nos voisins dans la balance des paiements ! Quel touriste japonais irait faire le pied de grue devant Buckingham Palace sous une pluie cinglante si la reine ne justifiait pas une relève de la garde colorée ? sans compter l’abondance de palais royaux à visiter dont la couronne peine à financer l’entretien sur ces 62 pence par an.
« La famille royale est, dans ce pays, la seule chose qui vaut ce qu’elle nous coûte » avait dit un jour ministre travailliste. De fait, loin de toute polémique, la maison de Windsor est une valeur sûre, comparée à l’argent public gaspillé par certains membres du cabinet de Tony Blair. (…)
D’autant que, chaque année, toujours pimpante à 80 printemps, la reine effectue quatre cents engagements, reçoit des centaines de dignitaires internationaux, régale des dizaines de milliers de convives, représente la Couronne dans le monde entier et entretient une famille nombreuse qu’elle utilise comme des agents publicitaires et touristiques. (…)
A titre de comparaison, le coût de la présidence de la République française est de 82,5 millions d’euros, soit 1,30 euro par an et par habitant. »
Stéphane Bern pourrait y rajouter le coût d’une élection présidentielle, plus élevée à chaque fois, du fait des frais de « communication »…
D’autre part, il n’est pas certain que l’actuel locataire de l’Elysée soit aussi populaire, sur le long terme, que la famille royale anglaise dans son pays.
Certains rétorqueront que le poids d’un président français est plus important que celui de la reine d’Angleterre ; sans doute, et cela tient aussi à l’histoire constitutionnelle et politique propre à la France, en particulier dans le cadre de la Ve République fondée par un véritable homme d’Etat conscient de son rôle et de ses devoirs, même si la pratique de celui-ci peut susciter des critiques en certains domaines. Mais, et sans même évoquer ce que serait cette Monarchie active « à la française » que j’appelle de mes vœux et qui serait forcément différente de la Monarchie britannique, il n’est pas inutile de rappeler la fameuse phrase de Régis Debray, ancien conseiller de François Mitterrand : « Il manque à la République une famille royale »… Et il ajoutait que celle du Royaume-Uni jouait un rôle important dans la pérennité du Commonwealth en la comparant au rêve pas vraiment réalisé d’une Union francophone mondiale qui jouerait le même rôle d’influence…
Voici quelques petites remarques sur lesquelles il me faudra sans doute revenir. Mais, si l’on veut diminuer le train de vie de l’Etat, encore serait-il bon que sa magistrature suprême donne l’exemple : sans doute, par économie aussi, faudrait-il faire appel à ce qui n’est pas le Pouvoir d’un homme mais celui d’une famille. Le cas britannique peut y faire réfléchir…
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27.10.2007
La Monarchie et le temps.
Je suis en vacances samedi 27 octobre à midi, après mes cours de la matinée, et je repars immédiatement pour Rennes où je dois donner une petite conférence sur ce qui fait de la Monarchie une solution nécessaire et crédible à la question institutionnelle française. Au moment où la commission Balladur commence à énoncer quelques unes de ses propositions, il n’est pas inutile de poser, non plus seulement la seule problématique de l’alternance mais celle de l’alternative politique que peut représenter la Monarchie.
Dans un monde globalisé dominé par la logique franklinienne du « time is money », la question du temps politique mérite d’être reposée : préserver la nécessaire indépendance du politique et de l’Etat passe par une distinction du temps économique et de ce temps politique que la démocratie a tendance à raccourcir comme pour l’affaiblir. Par la suite des générations que symbolise la transmission renouvelée de père à fils à la magistrature suprême de l’Etat, la Monarchie, si elle ne commande pas le temps (nul ne sait ni le jour ni l’heure…), permet de l’accompagner et, d’une certaine manière, d’inscrire l’Etat dans la longue durée : celle-ci, représentée par un monarque qui symbolise, incarne même au sens fort du terme, la « mémoire de l’Etat » (qu’il ait été Monarchie, ou même République ou Empire), est le moyen d’engager et de garantir la pérennité du travail politique. Or, les défis que la France doit aujourd’hui relever nécessitent d’engager de grands et longs chantiers de structure, tant sur le plan économique, social que politique : prise entre deux élections, la République n’a pas le privilège ni la force d’un Etat libre de tout clientélisme électoral.
Voici l’un des éléments que je développerai samedi, avec quelques autres. Mais j’essayerai aussi, durant les vacances, de creuser d’autres pistes de « raisons monarchistes » par la lecture de quelques numéros du journal de Pierre Boutang, « La Nation française », en particulier le débat avec le philosophe Maurice Clavel ; d’autres lectures suivront, comme celle du récent livre de Benjamin Barber sur « comment le capitalisme nous infantilise », fort intéressant à plus d’un titre… Ce modeste blog y fera sûrement écho dans les prochaines semaines.
00:14 Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
24.10.2007
Grenelle de l'environnement, et après ?
Le Grenelle de l’environnement a débuté réellement ce mercredi mais, au-delà des effets d’annonce et de quelques mesurettes (c’est toujours mieux que rien), il semble que le résultat final (attendu jeudi 25 octobre) ne soit pas vraiment suffisant au regard des enjeux environnementaux contemporains. Il faut dire que les groupes de pression industriels ou commerciaux ne sont guère disposés à faire des efforts significatifs, ni, d’ailleurs, la grande majorité des consommateurs, comme on peut le constater à chaque fois que l’on touche à la sacro-sainte bagnole… Ainsi la réduction de 10 km/h de la vitesse maximale sur autoroute a été abandonnée et l’écotaxe sur les véhicules les plus polluants ou les plus consommateurs, si elle est apparemment acceptée dans son principe, entraînera sans doute de nombreuses contestations des constructeurs comme des automobilistes. Reste le moratoire sur la construction de nouvelles autoroutes, moratoire qui doit s’accompagner, pour être utile, de la réactivation de certaines voies ferrées aujourd’hui négligées et la construction de nouvelles « autoroutes ferroviaires » (deux sont d’ores et déjà annoncées).
Le rail est sans doute une des solutions pour réduire la surcharge des axes routiers, mais il ne faudrait pas non plus oublier le réseau fluvial qui, lui aussi, peut permettre la circulation des marchandises au sein du pays. Sans oublier non plus le nécessaire aménagement des territoires qui doit permettre aux populations de retrouver le chemin des « campagnes délaissées » et d’y faire revivre des activités tout comme des villages et des lieux aujourd’hui inexploités, voire inoccupés : réintroduire de la « proximité » c’est aussi limiter les déplacements et permettre une meilleure répartition des populations, au lieu de poursuivre dans cette rurbanisation actuelle qui, écologiquement, n’est pas vraiment de bon rapport.
Encore faudrait-il que l’Etat assume son rôle de « grand organisateur » et qu’il favorise une telle politique, non par la contrainte ou la subvention, mais par l’impulsion et la faveur : en a-t-il vraiment la volonté et les moyens ? Jusque là, la République n’a guère brillé par ses initiatives en ce domaine, au point d’être même à la traîne sur certains projets environnementaux par rapport à d’autres pays d’Europe, plus « volontaristes ».
Espérons que le Grenelle de l’environnement, malgré les limites que j’ai évoquées au début de cette note, permette au moins de faire avancer la prise de conscience de nos concitoyens. Mais il faudra aller plus loin et on ne fera pas l’économie d’une vraie réflexion politique sur ce « souci environnemental » qui doit devenir une composante majeure du souci politique de l’Etat français.
23:50 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : écologie, grenelle de l'environnement, rail.
23.10.2007
Démocratie people...
Régis Debray est une plume originale, libre et qui se définit de façon provocatrice comme « gaulliste d’extrême gauche » dans un entretien paru dans l’édition du samedi 20 octobre du journal « Le Parisien ». Sa critique du spectacle politicien actuel, critique acerbe et désenchantée, a le mérite de montrer les vices d’un régime qui prend de plus en plus les aspects d’une « démocratie émotionnelle », voire « pulsionnelle ». Selon lui, le grand reproche que l’on peut faire aux politiques, c’est « de confondre la fonction officielle avec la vie privée et de livrer leur intimité au lieu de remplir leur rôle. De se mettre en avant soi-même au détriment de la cause que l’on défend ou du peuple que l’on représente. » Il est vrai que, après la séparation du couple Royal-Hollande annoncée à grands coups de trompette le soir d’une élection législative, le divorce du couple « concurrent » et présidentiel, lui aussi largement médiatisé à travers les multiples couvertures de la presse du cœur et, surtout, de la presse dite « sérieuse », le propos de Debray n’en a que plus d’écho…
S’il se met toujours en scène, et si, dans les Monarchies d’hier comme d’aujourd’hui, il n’hésite pas à user du spectaculaire et du faste pour se donner le « prestige d’être », le Pouvoir ne peut reposer exclusivement sur cette confusion entre sphère publique et sphère privée : lorsque la Monarchie française rend public les moments forts de la vie privée (mariages ; naissances, y compris les accouchements eux-mêmes pour éviter toute contestation de légitimité quant à l’enfant né ; deuils…), elle préserve dans le même temps une solennité utile pour agir efficacement, tout comme elle conserve le secret sur les affaires qui ne concernent que l’Etat. Or, dans nos démocraties et en particulier dans une République dont le magistrat suprême est élu au scrutin majoritaire, la tentation d’instrumentaliser sa vie privée pour légitimer sa position et, éventuellement, gagner quelques points dans une Opinion qui raisonne plus en termes d’affect que d’idées ou de projets fondateurs, cette tentation porte en elle une déchéance possible de l’Etat si le nouvel élu ne profite pas du « sacre électoral » pour abandonner la posture du candidat et « devenir l’Etat », ce que de Gaulle et Mitterrand, dans des styles fort différents (et parfois contestables), ont su faire en leur temps. La Monarchie a cet avantage qu’elle intègre le « spectaculaire » sans atteindre à la dignité ni à la légitimité de l’Etat, cette dernière ne naissant pas, en elle-même, du spectacle ni des « mobilisations people » (celles-là mêmes qui ont remplacé les engagements des intellectuels…). Quand, aujourd’hui, un Johnny Hallyday ou un Doc Gynéco semblent plus importants dans une campagne électorale politique que les argumentaires les mieux établis (même s’ils restent toujours, par essence, discutables), et que même les magazines politiques consacrent leurs « Unes » aux mésaventures des « couples » engagés dans la bataille présidentielle, au risque de brouiller l’appréciation politique au profit de l’émotion, quel prestige peut garder la fonction ainsi convoitée, voire conquise, de la magistrature suprême de l’Etat ?
S’il n’est d’Etat durable sans une part de sentimentalité, il n’est pas souhaitable que les sentiments s’imposent à la politique elle-même : s’ils peuvent être un moyen de la pérennité institutionnelle et de la fluidité des relations entre la tête de l’Etat et les citoyens, ils ne doivent pas en devenir le seul mode de gouvernement et, encore moins, le seul mode de communication. La Monarchie peut résoudre cette équation devant laquelle la Démocratie émotionnelle, elle, se trouve dépourvue et par laquelle elle est désormais, à l’heure de la transparence obligatoire (« voyez-vous les uns les autres, jugez-vous les uns les autres… »), piégée… D’ailleurs, Régis Debray le sait sans doute, lui qui écrivait il y a quelques années : « à la République, il manque une famille royale »…
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Actualité turque.
La Turquie est proche de l’Europe, c’est-à-dire qu’elle est sur le point d’entrer dans l’Union Européenne : je ne discute pas cette situation, je me contente d’en prendre acte, car ce n’est pas l’objet de la présente note.
En effet, la Turquie connaît une actualité qui, sur le plan politique comme géopolitique, n’est pas anodine. Ainsi, dans une indifférence totale de la presse française, a eu lieu un référendum portant sur le mode de désignation du président de la République : désormais le chef de l’Etat sera élu sur le modèle français au suffrage universel direct, élu pour cinq ans, renouvelable une fois. C’est le moyen, intelligent, qu’ont trouvé les « ex-islamistes » (c’est ainsi qu’ils sont qualifiés par « Le Monde ») de l’AKP, parti au pouvoir, pour contourner les obstacles posés par l’armée et les kemalistes, inquiets de la poussée des « confessionnels » et de leur volonté d’en finir avec l’ancien ordre laïque établi par le fondateur de la Turquie moderne sur le modèle de la IIIe République française (modèle d’ailleurs fort critiquable). L’évolution vers la modération des « ex-islamistes », conjuguée à la volonté d’intégrer dans de bonnes conditions l’Union Européenne, se poursuivra-t-elle ou, grisés par leurs succès électoraux et économiques, auront-ils tendance à « retrouver leurs fondamentaux », ce qui poserait de multiples problèmes à l’équilibre même de l’Union Européenne ? Ne préjugeons pas de l’avenir qui n’est jamais vraiment écrit avant que d’avoir lieu, même si cela n’empêche pas la prospective et la prudence, voire l’espérance selon les cas… Mais suivons cette actualité intérieure turque avec attention, car la Turquie n’est pas un « détail », elle est une puissance majeure de la Méditerranée, héritière de l’empire ottoman dont les rois de France se sont toujours préoccupés, sans aversion aucune dans la plupart des cas.
C’est aussi pour cela que les récentes attaques des séparatistes kurdes du PKK qui ont fait, pour la seule journée de dimanche 21 octobre, une douzaine de morts parmi les militaires turcs, sont inquiétantes car elles risquent d’entraîner un conflit supplémentaire dans une région déjà énormément déstabilisée sans profit depuis l’intervention états-unienne de 2003. La semaine dernière, le 17 octobre, le parlement turc a voté l’autorisation pour l’armée de mener une opération militaire au-delà des frontières du pays (c’est-à-dire, clairement, en Irak ou, plutôt, dans le Kurdistan irakien presque indépendant…), valable pour une durée d’un an. Dès hier, les hélicoptères turcs ont poursuivi les assaillants du PKK jusqu’à la région d’Amadya, à l’extrême nord de l’Irak, détruisant un pont et mitraillant des combattants kurdes. Devant une telle situation, le président irakien a demandé aux hommes du PKK de déposer les armes ou de quitter l’Irak, tout en annonçant que son pays se défendrait contre toute agression extérieure, ce qui paraît illusoire eu égard à la guerre interconfessionnelle (entre autres…) qui mine déjà Bagdad et le reste du pays, encore occupé par plusieurs armées étrangères. A moins que cela soit une occasion pour le pouvoir central irakien de reprendre pied et de réaffirmer son autorité dans une région largement autonome et riche en pétrole, ce qui n’est pas négligeable…
Les Etats-Unis, de plus, sont fort gênés dans cette affaire car les Kurdes d’Irak (souvent solidaires de leurs « frères » de Turquie) sont leurs seuls alliés sûrs dans ce pays livré à l’anarchie et, en même temps, ils ne peuvent se mettre à dos la Turquie, déjà très énervée depuis la semaine dernière par le vote des parlementaires états-uniens reconnaissant le « génocide arménien ».
Les difficultés des Etats-Unis à trouver une stratégie satisfaisante pour leurs propres intérêts sont une occasion d’affirmer une diplomatie française « médiatrice » qui reconnaisse le rôle prépondérant de la Turquie dans la région et s’investisse dans la construction d’un nouvel axe géopolitique Paris-Berlin-Moscou-Ankara qui soit une véritable alternative à la diplomatie atlantiste et « suiviste » des pays de l’Union Européenne majoritairement attachés à l’idée du « parapluie américain », véritable tombeau de l’indépendance du continent et de ses nations.
Oui, décidément, il ne faut pas négliger la Turquie et son actualité…
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22.10.2007
Guy Môquet et la Résistance.
La commémoration de la mort du jeune Guy Môquet dans tous les lycées de France à travers la lecture de sa dernière lettre a soulevé une vaste polémique au sein du corps professoral, pour des raisons fort diverses et qui ne tiennent pas toujours à l’Histoire elle-même. Personnellement, j’ai fait lire cette lettre par une élève, jeudi dernier, n’ayant pas cours ce lundi 22 octobre : mais je ne me suis pas contenté de cette simple lecture, j’en ai profité pour aborder avec les quinze lycéens de cette classe le contexte et les enjeux historiques de la Résistance, et les éléments de la polémique née de la décision présidentielle.
Tout d’abord, j’ai rappelé que Guy Môquet n’était pas, en tant que tel, un résistant mais un otage, ce qui n’a pas exactement ni le même sens ni la même valeur, et qu’il avait été arrêté parce qu’il distribuait des tracts, non pour résister à l’Occupation, mais pour dénoncer le « grand capital » responsable de la défaite et la « guerre impérialiste » menée par l’Angleterre (alors bombardée par la Luftwaffe). A l’époque le Parti communiste, auquel appartenait Guy Môquet et son père (le député Prosper Môquet), n’était pas encore rentré dans la Résistance, le pacte germano-soviétique étant toujours en vigueur et le PCF s’inscrivant dans une logique de sabotage dont l’armée française de 1940 allait faire les frais…
Evidemment, en octobre 1941, les choses ont changé et Guy Môquet, malgré son jeune âge, est fusillé par les Allemands en représailles d’un attentat qui a coûté la vie à un officier des troupes d’occupation à Nantes. Son martyre devient alors un symbole pour un Parti communiste en quête de reconnaissance et soucieux de faire oublier ses compromissions antérieures…
J’ai aussi évoqué à mes élèves la diversité des engagements dans la Résistance dont le point commun était d’abord la résistance à l’occupation allemande : en somme, un réflexe « nationaliste », le refus de l’occupation étrangère, le sentiment qu’il n’y a pas de liberté possible pour les personnes dans une nation asservie. « De toutes les libertés humaines, la plus précieuse est l’indépendance de la patrie » affirmait Maurras…
Dimanche, en terrasse de mon café habituel, sur la place du marché de Versailles, je relisais quelques pages du livre écrit par François-Marin Fleutot, « Des royalistes dans la Résistance », livre qui rappelle quelques figures de résistants dont Honoré d’Estienne d’Orves, premier officier de la France Libre à être fusillé pour faits de résistance, le 29 août 1941, et qui écrivait, quelques jours avant sa mort, en condamnant l’antisémitisme des journaux parisiens : « On parle beaucoup dans les journaux d’une certaine catégorie de nos concitoyens ; ces attaques, quoiqu’elles soient maintenant bien vues des autorités, ne diffèrent guère de ce qu’on lisait autrefois dans les journaux d’extrême droite. (…) Mais notre fierté d’être français est basée sur la conscience de nos droits, sur les souvenirs de notre histoire, et non sur la conscience d’une supériorité innée. Ce ciment qui nous unit, ce n’est pas la race, c’est la nation constituée au cours des siècles, avec au départ des races différentes. C’est un ciment de la raison, qui est de devenir celui du cœur et qui n’en est pas moins fort. » Un texte à méditer, me semble-t-il…
Pour revenir sur la polémique née de la lecture dans les lycées de la lettre de Môquet, il faut bien avouer que certains enseignants ont montré là le peu de cas qu’ils font de la France, qu’ils jugent parfois « dépassée » au point d’en nier la fonction « médiatrice » et « fédératrice » des habitants de cet espace territorial né de l’Histoire. Ce que résumait à sa manière un de mes amis serveurs au « franco-belge », mon refuge habituel du soir, en me faisant remarquer qu’il vibrait plus pour la France, lui qui n’est « que » résident (selon ses propres termes) et est né au Maghreb, que beaucoup de « Français de souche » qui se veulent « Européens » et ne pensent qu’à dénigrer leur pays de naissance et d’éducation au nom d’un modèle « efficace » qui n’a rien à voir avec nos traditions particulières, celles qui font notre charme et qui attirent, d’ailleurs, de nombreux intellectuels (entre autres) du monde entier…
Par contre, je rejoins ceux de mes collègues qui craignent, au-delà de la lecture de la lettre, l’établissement (ou, plutôt, le rétablissement) d’une « Histoire officielle » qui, à travers les « lois mémorielles », gênent, non seulement la recherche historique mais aussi la liberté d’enseigner en imposant des thèmes et des concepts « historiquement corrects » : les manuels en portent souvent la marque, héritiers en cela de la IIIe République « républicanisante » qui avait donné comme mission à l’Ecole de faire de « bons petits républicains »… Mais demain n’est pas très rassurant, comme le souligne un article du « Figaro » publié le lundi 15 octobre dernier : l’association Liberté pour l’Histoire « vient de découvrir l’existence d’une directive européenne, prise sur le modèle des lois mémorielles en France, et qui doit s’appliquer à l’ensemble des législations européennes. Un pas de plus vers cette Histoire officielle dont les historiens français espéraient se libérer… ». Puisqu’il est question de résistance dans cette note, sans doute faudra-t-il la pratiquer, non dans le drame et les affres d’une guerre, mais dans le cadre du débat public et politique.
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19.10.2007
Pays réel ?
Le nouveau traité européen va être ratifié en France par la voie parlementaire au mois de décembre, au grand dam des partisans du « Non » de 2005 qui se plaignent d’un procédé peu démocratique : il est vrai que « l’évitement du peuple » que semble être la procédure du Congrès versaillais peut apparaître un déni de démocratie mais c’est oublier que notre système repose d’abord sur le principe de la « démocratie représentative », beaucoup plus que sur celui de « démocratie directe », même si le référendum figure dans la Constitution française. Mais il est évident que le résultat négatif de mai 2005 l’a sans doute condamné aux yeux des européistes et des démocrates qui acceptent mal que le peuple se substitue à sa représentation légale… Cette méfiance du « pays légal » creuse un peu plus le fossé entre les citoyens et une construction européenne de moins en moins lisible et de plus en plus insidieuse, faute de foi et d’espérance.
Pour autant, le référendum est-il l’expression du « pays réel » tel que le conçoivent les souverainistes ou les nationalistes ? Ce n’est pas certain et il ne faudrait pas confondre « majorité référendaire » et ce fameux « pays réel » qui tient parfois plus du mythe et de l’illusion que de la réalité : n’oublions pas que la « majorité » est un concept qui n’est efficient que dans le cadre du « pays légal » et que si elle peut, à l’occasion, coïncider avec le « pays réel », elle n’en est pas forcément l’incarnation.
La grande question qui se pose à ceux qui mettent en avant le « pays réel » est celle de son incarnation politique et de ses « territoires » institutionnels : on en viendra sans doute à une formule d’assemblées provinciales élues mais aussi à des assemblées professionnelles et sociales, sans négliger des conseils municipaux aux responsabilités plus étendues. Les « nouvelles agoras » seront la tentative de rapprocher du plus qu’il est possible « pays légal » et « pays réel » mais il faudra à cette architecture institutionnelle un « magistrat suprême », incarnation politique et symbolique de l’Etat susceptible d’indiquer les grandes orientations du pays, en particulier sur le plan diplomatique et de grande politique nationale : en somme, « libertés à la base, autorité et arbitrage au sommet » ou, mieux encore, « les républiques françaises sous le patronage du Roi »… Cela n’empêchera pas de penser à l’Europe mais en limitera, par une subsidiarité active, les dérives réglementaires qui la transforment en carcan kafkaïen et, de plus en plus, en « prison des peuples ».
23:45 Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : démocratie, pays réel, traité européen.



