27.11.2007

Airbus et délocalisation.

La saga « Airbus » continue, pas forcément pour le meilleur : après les affaires financières, voici le temps des délocalisations annoncées, non plus en Union Européenne, mais vers la « zone dollar », en fait vers la Chine. Ainsi, le fleuron de l’UE, présenté hier comme « le symbole de l’Europe » (rappelez-vous de l’immense battage fait en mai 2005, à quelques jours du référendum, sur cette « Europe qui réussit » : doit-on en rire, ou en pleurer aujourd’hui ?), risque d’échapper, de plus en plus, aux travailleurs européens en attendant de se retrouver, pourquoi pas, aux mains de groupes chinois ou indiens (Mittal n’est-il pas dernièrement entré au capital d’EADS ?), qui nous revendront peut-être demain « nos » airbus… Lorsque j’avais évoqué cette possibilité l’an dernier, je n’avais rencontré autour de moi que des sourires attristés et des haussements d’épaules : sans doute pensait-on que ma santé mentale était altérée par l’usage à trop forte dose d’une imagination prospective et d’un pessimisme forcément de mauvais aloi… Je n’aime pas, contrairement à ce que l’on pourrait croire, être Cassandre : mais il faut bien un guetteur et chercher à prévenir, à alarmer, plutôt qu’à se réveiller le matin sans lit et sans plafond, le nez dans la boue.

La direction de la société d’EADS explique ses raisons de délocaliser par la trop forte appréciation de l’euro par rapport au dollar, ce que dénonçait au début de l’été le président Sarkozy, à l’époque rabroué sur ce sujet par Angela Merkel. En fait, n’est-ce pas un alibi car, au regard de l’histoire financière, il est arrivé, il y a quelques années, le phénomène inverse et il n’est pas impossible que la situation se retourne d’ici quelques mois et que le dollar devienne plus cher, ce qui, à nouveau, favoriserait Airbus… En fait, ce sont les actionnaires qui, dans une logique de seul profit (logique oublieuse des travailleurs et de leurs conditions de travail et de vie), poussent à la délocalisation dans des pays où le coût de la main-d’œuvre est fort bas. Dans cette même logique, EADS n’est pas protégé, quoiqu’on puisse en dire, d’une mainmise extra-européenne, comme évoquée plus haut. D’ailleurs, je me souviens d’une émission de radio entendue au mois d’août sur BFM, alors que je roulais vers Saint-Malo, où l’un des intervenants émettait l’hypothèse d’un patron japonais pour Airbus comme pour bien rappeler que la société EADS n’avait rien ni de national ni même d’européen… « La fortune anonyme et vagabonde », disait plein de colère le duc d’Orléans au début du XXe siècle.

N’est-il pas temps de rappeler haut et fort que le travail ne doit pas être sous la seule coupe de l’Argent et qu’il ne faut pas oublier que, derrière les chiffres et les bilans, il y a des hommes, des vies, des nations ? Faudra-t-il « renationaliser », y compris dans le cadre d’une entente intra-européenne, cette société EADS avant qu’elle ne commette l’irréparable ? Bien sûr, les lois internationales sur la liberté du commerce et les règles de l’Union Européenne l’interdisent. Faut-il se contenter, alors, de celles-ci et « laisser faire, laisser passer » ? Je ne le crois pas : il y a nécessité, parfois, de remettre le Politique au cœur de l’économique quand celui-ci oublie le social. Maintenant, encore faut-il penser cette nécessité, concrètement et non pas idéologiquement (ce qui serait pire que tout et entraînerait un étatisme néfaste et liberticide), et ne pas hésiter à en tracer quelques esquisses : le modèle libéral, arrivant à ses propres limites, doit pouvoir être dépassé sans risquer l’effondrement de l’architecture économique et sociale qui serait fatale à nos sociétés. Vaste chantier pour les penseurs et les « prospecteurs d’idées ». Vaste chantier, mais prometteur et nécessaire…

 

26.11.2007

Bloqueurs.

L’université Rennes-2 est à nouveau au centre de l’agitation estudiantine, et les bloqueurs, délogés à deux reprises par la police du fameux hall B, cherchent à poursuivre le mouvement, y compris en provoquant des incidents comme on a pu le voir ces jours derniers. Mais il semble bien que, cette fois-ci, le président M. Gontard n’ait pas l’intention de se laisser faire et les deux scrutins qu’il a organisés, l’un à bulletins secrets, l’autre par le biais de la Toile, ont donné, à chaque fois, une large majorité de votants contre le blocage, ce qui le renforce dans sa « légitimité » face aux bloqueurs. L’erreur, pourtant, serait de se contenter de cette argumentation car la démocratie est un mot qui souffre toutes les manipulations, toutes les interprétations, voire toutes les dérives : d’ailleurs, les bloqueurs revendiquent aussi la démocratie en arguant du fait que la seule, la vraie démocratie serait celle qui se manifeste lors des fameuses AG, celles-là même où ceux qui seraient enclins à défendre l’idée d’autonomie et, pourquoi pas, la loi Pécresse, se font rabrouer, voire bousculer et même frapper, comme « ennemis de classe » (sic !) comme je l’ai entendu moi-même lorsque, en 1986, je m’opposais (déjà !) au blocage de la fac et que je parvenais à m’exprimer au micro devant une assemblée parfois peu compréhensive…

Quoiqu’il en soit, l’exaspération des personnels enseignants comme non-enseignants, si l’on en croit « Ouest-France » et les radios locales, est à son comble face aux dégradations commises à chaque occupation par des étudiants en voie de marginalisation et d’autant moins respectueux du travail des autres et des lieux qu’ils squattent, bière en main et idées en berne. Je suis furieux contre ces pseudo-étudiants, je dis bien « pseudo » car j’ai du mal à accepter l’idée que des étudiants puissent se tenir de si mauvaise manière et en venir à détruire ce qu’ils se targuent, par ailleurs, de défendre face aux projets du gouvernement… Les moyens nécessaires, à chaque fois, pour nettoyer les locaux, sont toujours des sous en moins pour l’université et ses bibliothèques (entre autres). Et les bloqueurs voudraient « plus de moyens », disent-ils ! Encore faudrait-il qu’ils ne donnent pas de leur mouvement l’image désastreuse d’un nihilisme rageur et même pas festif malgré quelques slogans répétés de Mai 68…

Au comptoir des cafés (« le parlement du peuple », selon Balzac), les universités n’ont pas la côte et les jugements des consommateurs, contribuables par ailleurs, sont souvent définitifs et injustes : « fermez les facs », clament certains en évoquant les taux d’échec et les « gaspillages » qu’entraînerait leur entretien. Si les blocages continuent et si les contestataires, désormais lâchés par les syndicats étudiants comme l’UNEF (qui avait déjà, cet été, négocié avec Valérie Pécresse), poursuivent leur dérive anarchisante (sans les fortes raisons de l’anarchisme proudhonien qui, lui, n’avait pas peur de l’autonomie et de la liberté), le mécontentement des citoyens ordinaires risque bien de servir, effectivement, les intérêts de ceux qui prônent une véritable privatisation de l’enseignement supérieur et qui seront confortés dans leurs idées par ce qu’ils percevront, à tort ou à raison, de l’agitation dans les universités.

Personnellement , je suis favorable à une large autonomie des universités et à un plurifinancement que je propose depuis fort longtemps : les tracts du Cercle Jacques Bainville de Rennes-2 des années 80 (tracts que je rédigeais souvent le soir et que je tapais sur une vieille machine à écrire) confirmeront que je n’ai pas varié sur cette idée-là car cela me semble, depuis toujours, la solution la plus viable et la plus intéressante pour financer correctement des universités aujourd’hui exsangues et leur assurer une meilleure intégration au tissu socio-professionnel et culturel de la région.

Ce qui me frappe dans l’actuelle contestation, c’est qu’elle s’appuie sur une sorte de peur irrationnelle de l’avenir et de la liberté que procurerait une émancipation à l’égard de l’Etat argentier et grand Maître décideur ; une peur qui semble ronger ces étudiants antilibéraux qui se veulent libertaires pour ne pas avoir, concrètement, à se frotter à une forme de liberté qu’ils redoutent comme de modernes « Tanguy » accrochés à leurs petites habitudes, à un confort intellectuel qui ne les honore pas vraiment. On me trouvera sévère ? Sans doute mais parce que, si je suis un farouche adversaire d’un libéralisme déshumanisateur et irrespectueux des traditions et des équilibres sociaux, je n’en suis pas moins convaincu que, comme je le dis souvent : « la liberté, ça ne se renifle pas, ça se respire » et que je constate que les actuels bloqueurs ne sont pas vraiment respectueux des libertés d’autrui, peut-être parce qu’ils ont peur d’une liberté universitaire qui, pourtant, me semble bien nécessaire aujourd’hui.

23.11.2007

Nourrir ou faire rouler ?

Je suis en train de préparer des cours sur les agricultures du monde, thème d’actualité à l’heure où, de plus en plus, le système agro-industriel s’oriente vers des productions énergétiques plus encore que nourricières : sans doute cela s’explique-t-il en partie par l’augmentation de la demande en énergies des puissances émergentes et par la prise en compte de l’épuisement annoncé des ressources pétrolières qui forcent les sociétés à « penser l’après-pétrole ». Il n’est pas anodin, d’ailleurs, de signaler le changement de nom de British petroleum (BP) en Beyond Petroleum (ce qui signifie, me semble-t-il, « Au-delà du pétrole »). Mais cette nouvelle orientation du système agro-industriel a des conséquences qui ne sont pas toutes positives, loin de là : ainsi, désormais, la diminution du nombre d’affamés dans le monde, si elle est encore sensible en pourcentage, est « retardée » dans le nombre même de personnes souffrant de la faim (4 millions de plus en 2005, chiffre qui pourrait augmenter dans les années prochaines de façon encore plus sensible, si l’on en croit les experts de la FAO), et le prix des denrées alimentaires a tendance à augmenter et pas seulement dans les pays du Sud : au-delà du Mexique où le prix des galettes de maïs (nourriture de base des déshérités) a doublé, le maïs servant de plus en plus à fabriquer de l’agrocarburant, désormais plus rentable pour les exploitants agricoles, il suffit de parcourir les rayonnages de produits laitiers ou céréaliers dans les magasins pour constater leur hausse tarifaire...

Ainsi, on peut constater que le Marché, s’il est livré à lui-même, risque d’imposer aux producteurs agricoles des choix qui ne seront pas les plus bénéfiques pour l’avenir des sociétés : en effet, pourquoi les agriculteurs des pays du Nord, mais aussi du Brésil ou d’Inde, se contenteraient-ils de faire de « l’alimentaire » quand les agrocarburants peuvent leur rapporter plus, et plus vite ? Il ne faut pas se leurrer : dans un système strictement concurrentiel, ce n’est pas l’intérêt commun qui domine mais les intérêts particuliers, aussi honorables puissent-ils être par ailleurs.

Dans cette affaire, le rôle des Etats est de veiller à ce que les priorités humaines et éthiques soient respectées, y compris quand cela remet en cause les sacro-saints principes du Marché et du libre-échange. Pour ce qui est de la France, désormais moins productrice qu’elle n’est consommatrice de lait (un comble pour notre pays ! Il manquerait 100.000 vaches laitières en France pour répondre aux besoins des consommateurs), l’Etat se doit de veiller à ce que la Commission européenne ne cède pas aux sirènes des groupes de pression agro-industriels et aux libre-échangistes de tout poil et ne lui impose pas des choix qui seraient ceux du Marché et non ceux d’une agriculture équilibrée et raisonnée. Au regard de l’idéologie qui anime les commissaires européens, la prudence s’impose.

22.11.2007

Fonctionnaires.

En rangeant de vieilles revues retrouvées au fond d’un de mes nombreux cartons d’archives, je n’ai pu résister à la tentation d’ouvrir l’une d’entre elles, le numéro de mars 1933 du Bulletin mensuel des groupes d’Action Française de la Mayenne intitulé « Le Maine ». Bien m’en a pris ! En la feuilletant, je suis tombé sur un article dont certaines lignes sont d’une brûlante actualité, en ces temps de crise et de grèves à répétition, mais aussi d’inquiétudes, en particulier des fonctionnaires : « Ce n’est pas à l’Action Française qu’on crie : « A bas les fonctionnaires » ; il est d’un régime sain d’honorer, de bien traiter ses fonctionnaires ; trop nombreux ? Certes ; trop lourds au budget ? Sans doute ; à qui la faute ? Aux institutions, pas à eux. Il est aussi d’un régime sain de protéger, d’encourager le commerce, l’industrie, la terre : à force d’user les richesses des individus on ruine le pays. Mais il est d’un régime fol de susciter les jalousies, d’attiser les rivalités, d’exciter des intérêts qui semblent opposés ; la République s’y emploie actuellement avec une science remarquable de l’intrigue et de la félonie. Habiletés, manœuvres, ficelles, qui ne remplissent pas les coffres. » En quelques phrases, tout est dit !

En tout cas, fonctionnaire moi-même, je n’ai pas fait grève ce mardi, car je ne suis pas persuadé que cela soit, désormais, le meilleur moyen de se faire entendre et, d’autre part, j’ai toujours refusé de cesser le travail pour des raisons salariales : certes, les professeurs ne sont pas très bien payés, au regard de leur travail effectif qui ne s’arrête pas aux portes de la classe ni aux jours de cours. Mais de nombreuses possibilités se font jour désormais pour nous permettre de « gagner plus », en particulier en s’investissant dans des projets éducatifs ou en assurant des heures supplémentaires pour les élèves en difficulté ; bien sûr, ce n’est pas toujours suffisant ni même très clair (administrativement parlant), mais ce sont des ouvertures intéressantes pour la suite, et il serait dommage de ne pas saisir ces opportunités.

D’autre part, notre « privilège », et pour le coup il me semble intéressant de le préserver plus que de demander une improbable augmentation salariale, c’est le temps libre qui, à mon avis, remplace aisément les sous que nous n’avons pas de manière suffisante… Et puis, je ne vais pas me plaindre aujourd’hui car je fais un métier que j’ai toujours voulu faire, qui est une véritable vocation pour moi, et je suis un prof heureux !

Demain matin, trois heures de cours et trois heures de correction l’après-midi (ça, c’est moins drôle…), avant une heure de cours de langue arabe (là, c’est moi l’élève) et la préparation des cours du lendemain sur les agricultures du monde…

21.11.2007

Ma fidélité.

J’ai commencé cette semaine à mettre de l’ordre dans mes affaires, même si cela risque de prendre quelque temps au regard des cartons de documents, des journaux et des livres qui se sont entassés depuis plus de trois ans dans mon studio pourtant de respectables dimensions… Mais ce dernier ouiquende a été largement occupé à discuter avec mes amis monarchistes, par le biais du téléphone et de la Toile, de l’avenir du royalisme en France et de sa stratégie politique : le fait que je sois un « électron libre du royalisme » me permet de m’exprimer, parfois un peu vivement, mais toujours librement et sans oublier l’objectif institutionnel à atteindre, c’est-à-dire la Monarchie politique. Les débats entre royalistes sont, comme dans tous les mouvements ou mouvances politiques, parfois fort rudes, et les susceptibilités sont soumises à rude épreuve. Mais ils ne sont pas inutiles, à partir du moment où l’on n’oublie pas ses devoirs politiques : ma fidélité à cette Cause royale que j’essaye de servir de mon mieux depuis près de 30 ans reste indéfectible, même si cet engagement politique m’a coûté parfois fort cher…

Il y a des raisons fortes à cette fidélité : je pense qu’il n’est pas possible de se passer d’un cadre communautaire historique tel que la nation française, cadre qui ne doit pas être un carcan mais le « marchepied » vers l’universel ; qu’il est nécessaire de lui assurer une présence forte face aux grands ensembles « impériaux » que sont les Etats-Unis, la Chine ou la Russie ; qu’il faut assurer la continuité de sa politique et de son Etat par la liberté de sa magistrature suprême, assurée par la seule chose qui ne s’achète pas (pas encore, diraient certains pessimistes…) : la naissance. La Famille de France, dont on pourra toujours dire pis que pendre à défaut de vouloir comprendre ses raisons, est cette famille qui, par delà les vicissitudes et les échecs, voire les fautes, est celle qui symbolise l’espérance royale en notre pays et, malgré mon impatience et mes remontrances, la seule que je reconnaisse, au regard de l’histoire et de la légitimité.

Se contenter de cette profession de foi royaliste serait totalement inutile si elle ne s’accompagnait pas d’un engagement quotidien : « Qu’as-tu fait aujourd’hui pour le Roi ? », interrogeait Bernanos. Je crois qu’il n’y a pas un jour, depuis 1980, où j’ai négligé cette formule, y compris lorsque je me suis retrouvé (rarement, d’ailleurs) à l’étranger, à Vienne par exemple, cette capitale du vieil empire des Habsbourg que j’affectionne particulièrement.

Travailler pour le Roi et la France, d’autant plus pour la France que le Roi est aujourd’hui « en réserve », d’autant plus pour le Roi qu’il serait la meilleure incarnation symbolique et politique de la France, c’est aussi vivre en son temps sans oublier ce qui fait son épaisseur ; c’est comprendre le monde et ne pas se contenter de le voir en spectateur ; c’est chercher et proposer ; c’est agir sur tous les terrains qui mettent en cause l’avenir du pays, de l’Etat, mais aussi des personnes et de leurs familles. Qu’on ne s’attende pas de ma part à une quelconque nostalgie politique qui ferait de l’Ancien Régime un « âge d’or » totalement mythique ou à un éternel soupir du genre « c’était mieux avant »… Les regrets sont vains s’ils ne sont que l’excuse de la passivité et de l’abandon. Ce blog http://jpchauvin.typepad.fr/ , que j’essaye de tenir vaille que vaille depuis plus de deux ans, a ainsi abordé de nombreux sujets, non seulement pour « me plaindre de ce qui ne va pas » mais pour proposer des pistes de réflexion et d’action. J’ai parfois eu la tentation de ne plus l’alimenter, de lui préférer « la discussion au café », tellement plus immédiate, mais cela aurait été l’abandon d’un poste qui peut, je m’en suis rendu compte dès le départ de cette expérience éditoriale, être un (modeste) point de repère pour qui veut connaître quelques opinions monarchistes et les réactions d’un « électron libre du royalisme »… J’espère ainsi (toujours modestement mais sûrement) être utile à la Cause qui est le principe moteur et acteur de ma vie. Pour ne pas mourir royaliste, mais pour, un jour, vivre en Monarchie

19.11.2007

Pôle Nord.

Il y a quelques temps que j’évoque à mes élèves la prochaine disparition sur un large espace de la banquise et les conséquences que cela ne manquera pas d’avoir, autant sur le plan écologique que sur le plan géopolitique. Un article d’Yves La Marck dans le périodique « Royaliste » (12-25 novembre 2007) précise les enjeux de cette fonte des glaces au Pôle Nord qui risque de transformer la configuration de la région et d’en faire aussi un lieu d’affrontement entre les puissances riveraines, c’est-à-dire les Etats-Unis, le Canada et la Russie, sans oublier le Danemark. Pour ce dernier pays, il n’est pas inutile de rappeler qu’il fait partie depuis le 1er janvier 1973 de l’Union Européenne mais que le Groenland danois a quitté, par référendum, la Communauté européenne (preuve que cette procédure était, et reste, possible, ce qu’il n’est pas totalement négligeable de le savoir pour comprendre les années futures…), ce qui fait que, là encore, l’UE est absente de la scène. D’après La Marck, « si guerre froide il devait y avoir c’est, bien sûr, sur ce terrain qu’elle aurait lieu dans tous les sens du terme ».

« Tout se complique avec le réchauffement climatique qui fait fondre la calotte glaciaire et la précipite dans l’Océan arctique. Cet univers jusque là hostile va devenir navigable, exploitable et habitable. La Russie voit ainsi la possibilité d’ouvrir enfin la circulation entre la Russie d’Europe et celle d’Extrême-Orient, qui se faisait précédemment à travers l’immense Sibérie, et désormais par le passage du Nord-Est, ce qui devrait modifier les équilibres géopolitiques internes et externes. Ce qui est regardé par le monde entier comme une catastrophe planétaire est, pour les Russes, la libération d’un handicap fondamental qui les a obligés dans toute l’histoire à rechercher un accès aux mers du Sud, à contrôler les détroits. Il ne sera plus nécessaire de faire passer la flotte de Mourmansk au Pacifique en faisant un quasi-tour du monde comme lors de la guerre de 1905 avec le Japon. C’est une révolution copernicienne qui devrait avantager considérablement la puissance russe. On comprend que ni Moscou ni les trois ou quatre autres acteurs ne veuillent rien partager, alors que les conséquences sont universelles. Les Etats-Unis quant à eux n’ont jamais signé la convention sur le droit de la Mer (Montego Bay 1982). Or que se passe-t-il quand désormais la terre se fait mer ? » Ainsi, la zone évoquée est possiblement appelée à devenir un nœud de communication et de passage d’une grande partie des flux de la mondialisation, au risque d’ailleurs de menacer un peu plus les équilibres écologiques des lieux (n’est-il pas suggéré par certains de transformer les cités des Inuits en véritables petits « Hong Kong » de l’Extrême-Nord ?) et d’attiser les appétits des grandes puissances économiques comme politiques ?

Dans la bataille qui s’annonce, la France doit-elle attendre pour prendre déjà des assurances en cette région, en particulier pour préserver ses approvisionnements et ses intérêts ? Au lieu de se regarder le nombril en psalmodiant « Europe, Europe, Europe », n’est-il pas temps pour elle de « penser demain » et de développer des liens serrés et privilégiés avec cette grande puissance eurasiatique qu’est la Russie, tout en s’investissant dans l’organisation des futures conférences circumpolaires ? Comme le fait remarquer La Marck, « la France bénéficie (…) d’une expertise scientifique de très haut niveau qui va certainement mise à profit lors de la 4e Année polaire internationale (mars 2007-mars 2009) » : il serait dommage de le négliger. Là comme ailleurs, « le monde a besoin de la France », comme nous le rappelle Georges Bernanos : un devoir de présence et d’action…

18.11.2007

Epargne environnementale...

La semaine qui vient de s’écouler ne m’a guère laissé de repos, au regard de l’actualité politique comme de mes activités professionnelles et personnelles : alors que le pays s’enfonçait dans la grève des transports et dans les rigueurs d’un automne froid, j’étais, pour la première fois depuis 6 ans, inspecté au lycée lors d’une séance d’éducation civique, juridique et sociale (ECJS), au jour et à l’heure même des obsèques de Pierre Pujo. J’avais choisi comme thème « Citoyenneté et environnement » et, au-delà de l’état des lieux de la planète, j’avais demandé aux élèves de calculer leur empreinte écologique et de réfléchir à des moyens de diminuer leur impact sur l’environnement, en tenant compte du « rétrécissement de la planète » provoqué logiquement par la poussée démographique des pays du Sud, pourtant en décélération de croissance des populations.

 

En faisant ce calcul, les élèves ont pu constater que notre mode de vie consumériste n’était plus adapté aux enjeux environnementaux et que si tous les habitants du monde vivaient comme eux, il faudrait au moins prévoir deux planètes supplémentaires, ce qui n’est évidemment pas possible.

 

Les propositions faites pour diminuer leur impact sur l’environnement, si elles étaient fort intéressantes et parfois très astucieuses, suffiront-elles ? Sans doute non si elles ne sont mises en pratique que par nos quelques dizaines d’élèves qui ont suivi ces séances d’ECJS. Mais il n’est pas interdit d’imaginer que l’Etat français, grand ordonnateur et organisateur du « Grenelle de l’environnement », va donner l’exemple aux citoyens comme à d’autres pays pour faire du « souci environnemental » une préoccupation de chacun, non pas dans une optique d’ « écologie punitive », mais dans une pensée de durabilité et de prévention, de préparation de l’avenir que chacun souhaite à ses descendants. Le souci environnemental ne doit pas être une mode mais une politique et une pratique de vie, non pas axées sur la gêne ou la seule contrainte (il faudra sans doute en passer par quelques mesures peu populaires dans l’Opinion), mais sur la prise de conscience qu’il n’y a d’avenir que pour les sociétés qui « épargnent » (au sens de l’écureuil…) intelligemment les ressources de notre planète, renouvelables ou non.

 

16.11.2007

Produit en France.

En économie comme en politique, il n’y a pas de fatalité et l’actualité nous en donne encore des exemples récents : le fabricant Vuarnet, contrairement à de nombreuses marques, a décidé de rester en France pour fabriquer ses lunettes de sport et il a même ouvert la semaine dernière une nouvelle usine à Arbent, dans l’Ain. Comme le signale « La Croix » dans son édition du 8 octobre, « ce choix (…) mérite d’être salué. Bien des marques de luxe n’ont aucun scrupule à faire fabriquer à très bas coût en Extrême-Orient pour vendre à prix d’or dans des boutiques très cossues. Vuarnet cependant n’agit pas seulement par sens moral ou civique. Fabriquer en France est l’assurance d’une grande qualité des produits, d’économies sur les coûts de transport et de protection contre les risques de pillage des secrets de fabrication ».

En quelques mots sont évoquées les qualités d’une fabrication et d’une vente « au plus près », en France : il faut aussi, en ces temps de « Grenelle de l’environnement », souligner l’intérêt d’une proximité entre le lieu de production et celui de consommation, car c’est tout autant de CO2 en moins rejeté dans l’atmosphère, et cela devrait engager à ouvrir d’autres chantiers comme, par exemple et sans tomber dans ce seul paradigme mais en l’exploitant intelligemment, celui de la « relocalisation » de certaines activités industrielles ou, même, agroalimentaires. En effet, est-il normal de délocaliser des entreprises au risque d’entraîner des mises au chômage dans notre pays et la perte de savoirs faire parfois ancestraux, tout cela pour le bénéfice de quelques rentiers actionnaires ou des retraités états-uniens ?

Comme on le voit, produire au maximum ce que l’on consomme en France, loin d’être une simple maxime « nationaliste », est aussi un devoir écologique tout comme il est une garantie de voir respectées des règles sociales « oubliées » dans de nombreux pays du Sud qui ne s’embarrassent pas de considérations morales sur la condition ouvrière. Certains rétorqueront que cette pratique économique nous fermerait les marchés étrangers : mais cela est moins certain si la qualité française reste une référence (et une obligation) et si nous en faisons un point fort de notre « carte de visite ». D’autre part, il est des productions, en particulier agroalimentaires, qui sont attachées à nos terroirs et qu’il s’agit de promouvoir auprès de consommateurs français aujourd’hui plus sensibles à une nourriture de qualité et plus « naturelle ».

Bien sûr, cela remet en cause certaines habitudes prises depuis quelques décennies, mais notre pays comme ses citoyens y ont tout à gagner.

13.11.2007

Commémorer...

Il est des moments où je suis moins attentif à l’actualité immédiate, malgré mon écoute radiophonique et ma lecture des journaux, toutes deux quotidiennes : la mort de mon vieil ami Pierre Pujo à la veille du 11 novembre, juste le lendemain de la commémoration de celle du général de Gaulle (qu’il n’appréciait guère) m’a distrait de suivre le fil des événements. Cette « suspension de l’attention » m’a permis de flâner au long des années passées, au fil d’une mémoire qui parfois se fait oublieuse ou, au contraire, douloureuse : que de souvenirs, d’espérances, de visages dont beaucoup, désormais, se perdent dans une sorte de brume qui voilent les contours ou les obscurcissent…

La commémoration de l’Armistice de 1918, en un dimanche venteux où le ciel hésitait entre le gris acier et le bleu léger, coïncidait étrangement cette année avec cette remontée des souvenirs personnels mais aussi avec la bousculade des « événements » professionnels et l’annonce d’une inspection pour le jour même, à l’heure exacte, des obsèques de Pierre Pujo : Léon Daudet y aurait sûrement vu un « intersigne » mais je ne vois pas exactement encore quel sens lui donner…

En tout cas, la cérémonie du 11 novembre, pour laquelle j’avais invité mes élèves à se motiver, par égard et reconnaissance envers ceux qui, il y a tant de décennies déjà, se sont battus, ont souffert et sont souvent morts, a été un moment fort de recueillement et de mémoire, et la présence massive de jeunes était un bel hommage à cette génération foudroyée sur les champs de bataille de la Somme ou de Champagne. Les poèmes composés et lus par des élèves du lycée Hoche étaient simples et beaux, et mon ami Sébastien Lapaque, un ancien du lycée aujourd’hui écrivain et journaliste, semble les avoir appréciés, en particulier dans leur esprit. En cette heure de commémoration, il ne s’agit pas de se laisser dominer par la seule émotion mais d’en apprécier la valeur symbolique, de mesurer combien ces moments sont aussi fondateurs pour les jeunes générations et rappellent ces liens mystérieux au-delà des temps qui nous permettent d’être ce que nous sommes, libres héritiers des héritages passés, parfois critiques (« la vraie tradition est critique », affirmait avec raison Maurras), jamais prisonniers… Ceux qui font du passé un « devoir de mémoire » en oublient le nécessaire dépassement, non pour trahir mais pour poursuivre l’histoire : notre pays a encore tant à dire…

La sonnerie aux Morts retentit et je revois quelques photos de ceux qui ne sont pas revenus : Léon de Montesquiou, Henri Lagrange, Augustin Cochin, ces royalistes « couchés froids et sanglants » évoqués par Maurras dans ce livre nécrologique que, presque rituellement, j’ai toujours dans mon sac en ce jour du Souvenir et qui s’intitule le plus simplement possible « Tombeaux » ; Charles Péguy et tous ceux que je ne connais pas ; « les miens », mon arrière grand-père, le lieutenant François Mauxion, porté disparu en 1915, l’aviateur Monnier qui a son monument à l’entrée du cimetière de Saint-Brieuc ; je pense aussi à ceux qui sont revenus : mon grand-père maternel, Marcel Lechaptois, qui a si profondément marqué ma petite enfance, l’oncle Lesaige dont j’ai encore dans l’œil le grand tableau où il pose en uniforme chamarré et qui trônait dans la pièce « coloniale » de sa maison de Rennes… Ils forment ce panthéon de ma mémoire historique, celui qui débouche, en d’autres noms et visages, sur les allées de ma propre mémoire, intime, celle qui s’éteindra avec moi mais en laissant quelques traces en d’autres panthéons intimes, en d’autres personnes. « Mort, où est ta victoire ? » : la mémoire dépasse nos vies, elle se transmet tant qu’il y a des héritiers pour la recevoir… 

12.11.2007

Pierre Pujo, royaliste (1929-2007).

C’est ce samedi midi que j’ai reçu le message téléphonique m’annonçant la mort de Pierre Pujo, « l’éternel directeur » de L’Action Française : une page de l’histoire du royalisme venait, dans la nuit, de se tourner, et cette triste nouvelle faisait remonter à la surface bien des souvenirs, ceux de mes 27 ans de militantisme, de discussions et de débats acharnés, d’engueulades parfois et de désaccords certains, mais aussi d’espérances et de bons moments au sein de la « famille d’Action Française » : Pierre Pujo, s’il agaçait parfois, avait au moins cette qualité d’être fidèle à ses engagements, pour la France (et son outre-mer) et pour le Roi, et de n’en avoir pas varié, malgré les ingratitudes et les vicissitudes…

Je l’avais lu pour la première fois, perché sur mon vélo, dans une rue de Saint-Lunaire, en la fin du mois de juillet 1980, et c’était un article sur Mayotte, cette île de l’Océan indien qui avait, contre le « sens de l’Histoire », voulu rester française, envers et contre tout. Dans les années 80, certains se moqueront de cet acharnement à défendre la « France du grand large » dont il gardait tant de souvenirs dans son bureau de la rue Croix-des-petits-champs. Et pourtant ! Son amour pour la France était un amour complet et ne se limitait pas à l’hexagone ; il avait fait sienne la maxime de Jacques Bainville : « La France est un composé », ce qui lui valait les railleries des ethno-nationalistes, souvent européistes, qu’il a toujours combattu au nom d’un nationalisme qui refusait le racisme.

J’ai encore dans l’oreille les derniers échanges que nous avions eu, il y a quelques semaines, autour du souverainisme que j’avais, selon lui, tendance à sous-estimer : c’était un vendredi soir et je le vis partir des locaux de cette Action Française pour laquelle il avait donné depuis tant d’années toutes ses énergies, parfois de façon maladroite mais toujours sincère, sans penser un instant que je ne le reverrai plus vivant.

Cet après-midi, les yeux de mes vieux amis, de mes compagnons d’espérance monarchique, étaient rougis par l’émotion : Michel, Nicole, Les frères Castelluccio,… ils étaient là, dans ces bureaux du journal, d’ « Aspects » comme nous disions jadis. La relève aussi était là, discutant gravement et rédigeant les communiqués pour la presse. Etrange ambiance, tandis que les téléphones ne cessaient de sonner…

J’avais cherché en vain dans les kiosques du Quartier latin un numéro de « L’Action Française » à acheter : je voulais reproduire ce geste fait tous les jeudis de mes années de terminale, et déployer, comme une bravade ou comme une bannière, ce journal qui avait accompagné ma jeunesse. Mais j’en saisissais un exemplaire en partant des locaux de la rue Croix-des-petits-champs et arpentais les rues du Quartier avec ce trophée en main, à la grande surprise de quelques badauds pour qui le titre n’était sûrement pas inconnu… C’est à la terrasse du « Danton », ce café qui me tient lieu de QG quand je suis à Paris, que je relisais les derniers éditos de Pierre Pujo, comme un dernier hommage à ce vieux combattant de la Cause royale au cœur de ce Paris intellectuel et bruyant.

Mais la vraie fidélité à sa mémoire, c’est d’abord de ne pas cesser de clamer la nécessité de la France et des institutions susceptibles de la pérenniser. C’est une fidélité critique mais vive, en espérant, non pas seulement mourir royaliste, mais vivre, demain ou après-demain, en Monarchie, comme l’aurait souhaité Pierre.

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