« 2007-11 | Page d'accueil
| 2008-01 »
31.12.2007
Le Pakistan après Benazir Bhutto.
Et maintenant ? Les élections du 8 janvier risquent de ne pas dénouer la situation et l’actuel président pakistanais Pervez Moucharraf a de fortes chances d’apparaître comme le seul élément de stabilité dans un pays de plus en plus déchiré par les querelles internes, politiques comme religieuses, voire tribales. Le souci est évidemment que le Pakistan dispose de la bombe atomique (100 à 200 têtes nucléaires) et qu’il serait stratégiquement catastrophique que cette puissance de feu tombe entre les mains des talibans ou de leurs alliés. Non pas qu’ils puissent utiliser cette arme de façon militaire (cela reste peu probable pour diverses raisons) mais ils peuvent en faire un moyen de pression sur la scène diplomatique mondiale et déstabiliser toute la région, en particulier pour gêner le développement de « l’ennemi héréditaire » depuis l’indépendance de la fin des années 40, l’Inde, elle-même puissance atomique… Le Cachemire, motif de tension récurrent entre les deux frères ennemis, pourrait être à nouveau un « point de crispation » car, malgré les ouvertures sur ce sujet entre eux, tout cela reste bien fragile et mal assuré : il suffirait de peu de choses pour remettre le feu aux poudres et provoquer de nouveaux affrontements entre les deux pays limitrophes…
Et puis, il y a surtout l’Afghanistan que les talibans, déjà en position de force depuis quelques mois, pourraient chercher à récupérer en se servant de cette menace nucléaire à laquelle les Occidentaux ne savent comment réagir, prisonniers de schémas stratégiques anciens et plutôt conventionnels. La France, présente militairement et culturellement en Afghanistan, se retrouverait ainsi, comme les autres pays engagés dans la « sécurisation » du pays, en première ligne : à ce moment-là, il faudrait faire preuve de sang-froid et de courage, au risque d’affronter des Opinions publiques plus intéressées par la préservation de leur niveau de vie que par le maintien des libertés et des équilibres géopolitiques dans un pays lointain et si « étrange »… Il n’est pas certain que notre République soit à même de relever le défi, à l’heure où elle se réfugie dans une construction européenne, position de repli sur les seules sphères de l’économique et de l’humanitaire, et où elle « désarme » dans l’indifférence générale, baissant une garde qui, pourtant, reste bien nécessaire en ces temps d’incertitude et de périls nouveaux…
12:13 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Pakistan, Bhutto, islamisme, terrorisme, Afghanistan.
29.12.2007
Irak et diplomatie française.
Cette maladresse criminelle de Washington, cette politique de la canonnière qui rappelle les « westerns » manichéens (bons cowboys, méchants Indiens…), doivent nous inciter à penser une diplomatie indépendante, non pas « contre les Etats-Unis » (ce qui serait ridicule) mais « au-delà » d’eux, sans qu’ils soient le seul point de repère de notre politique étrangère : c’est la politique capétienne reprise et assumée par de Gaulle dans les années 60 et qui ont refait alors de la France une puissance libre, capable de jouer son rôle actif d’arbitre et de médiatrice sans négliger pour autant ses propres intérêts.
Il est fort dommage que nos partenaires de l’Union Européenne aient choisi sans sourciller de sacrifier toute velléité d’indépendance militaire et diplomatique par le simple fait de mettre la Défense européenne sous le contrôle effectif de l’OTAN, comme l’indique la Constitution modifiée… Pendant ce temps, la Russie s’éloigne de l’Europe et se tourne de plus en plus vers l’Asie, en particulier vers la Chine : or, si la Russie abandonne l’Europe, cette dernière ne sera plus que l’appendice continental d’une sorte d’Union Occidentale ayant pour capitale décisionnaire Washington, et il n’est pas certain que, au regard des tempêtes qui se préparent en différents coins du monde, cela soit le meilleur moyen de préserver notre liberté, publique comme privée. Mais le pire n’est jamais certain et le « retour de la Russie » comme le « retournement turc » montre bien que, ainsi que le soulignait de Gaulle, « les alliances sont saisonnières » et, surtout, comme le rappelle Hubert Védrine dans un récent ouvrage, « l’Histoire continue »…
En attendant, les femmes d’Irak continuent de vivre dans la peur et les fanatiques islamistes n’attendent que le départ des derniers soldats occidentaux pour établir définitivement leur loi sur un pays ravagé et humilié… Quel gâchis !
22:43 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Irak, diplomatie, France, alliances.
26.12.2007
Humilité de Dieu et Monarchie.
Dans « La Croix » (24-25 décembre 2007), le théologien nigérian Bede Ukwuije médite sur le sens de « l’humilité de Dieu », de cette naissance dans une mangeoire alors que, au même moment, le roi Hérode organise un recensement auquel, en définitive, Jésus échappera. Cela nous renvoie aussi à notre propre société, obsédée par le nombre, ce qui peut paraître totalement logique dans une Démocratie où c’est, officiellement, le Nombre qui est le Maître, en fait la source de la légitimité des Etats. Notre société qui ne cesse aussi de compter ses fortunes d’argent en oubliant de préserver les trésors de la nature, considérés à tort comme des coffres sans fond toujours disponibles et pourtant, en réalité, si fragiles… Depuis que nos sociétés ont fait de la formule de Benjamin Franklin « Time is money » le mot d’ordre suprême (véritable révolution qui change le sens de l’activité humaine et désacralise Dieu, ainsi détrôné par l’Argent), l’Avoir semble triompher de l’Être ou, du moins, le ravaler à la simple condition de « sujet de l’Avoir », dépendant des modes et de son rapport matériel à la société : ainsi, les gagneurs y sont confondus, à tort (terrible contresens !), avec les « meilleurs »… Pourtant, entre un abbé Pierre ou une mère Térésa, et un Ruppert Murdoch ou un Bernard Tapie, l’honneur de l’humanité est du côté de « ceux qui n’ont pas » et non du côté de ces « puissants » avides du pouvoir de posséder et capables de licencier sans scrupule des milliers d’ouvriers « trop coûteux »…
Comme l’écrit M. Ukwuije sur l’humilité de Dieu, « il faudra méditer ce mystère en lien avec la fébrilité de notre société, par trop soucieuse d’efficacité et de rentabilité, société qui génère une compétition de plus en plus féroce. Lorsqu’on voit des événements et des conflits qui se déroulent dans nos pays, au Proche-Orient, en Afrique, au Pakistan, etc., des événements qui ont un lien avec des stratégies politiques et économiques de l’Europe et de l’Amérique, on ne peut que souhaiter que les êtres humains se laissent interroger par la manière d’être de Dieu.
Ce n’est pas d’un regain d’accélération dont le monde a besoin. Ce qu’il lui faut, c’est du sommeil. Nous avons besoin de dormir des heures et des heures. Bien entendu, nous comprenons le « sommeil » au sens biblique : signe d’humilité, de discrétion, de confiance et de dépendance. Saurions-nous accepter de dépendre les uns des autres pour bâtir une civilisation de l’amour ? »
En cela, il me semble que le Politique a son rôle à jouer et je rappelle que, catholique certes, je ne confonds pas les moyens avec les fins : d’où mon attachement, en ce domaine de la vie en société, au « Politique d’abord » comme moyen, comme instrument nécessaire pour permettre la survie des sociétés, leur transmission dynamique entre les générations. Mais ce n’est pas forcément le Politique qui leur donne un sens, car cela relève du domaine de l’Esprit, comme l’ont dit, de meilleure manière que moi, les non-conformistes des années 30, les Thierry Maulnier, les Jean de Fabrègues, les Emmanuel Mounier ou, dans les années 50, les rédacteurs de « la Nation Française » de Pierre Boutang, les Jacques Ellul, etc.
Ainsi, ne pas tout ramener à l’Argent, rendre à Dieu ce qui est à Dieu et à César ce qui est à César, selon la formule consacrée, être capable de prendre son temps, acte gratuit par excellence, donner et servir… Tout cela est un programme que le royaliste politique que je revendique être assume entièrement, logiquement : on ne s’étonnera pas alors de mon engagement pour le respect des patrimoines, environnementaux, historiques, culturels, spirituels, etc., un respect qui s’accompagne d’une mise en valeur et en pratique des principes et des idées dont je me réclame, mais aussi d’une « tradition critique », nécessaire pour faire vivre ce qui doit vivre, sans nostalgie.
D’ailleurs, mon royalisme est la condition logique de ce qui doit vivre car il s’inscrit et cherche à inscrire l’Etat, en France, dans cet accompagnement et cette singulière maîtrise du temps politique que permet une Monarchie « à la française » par son mode de transmission naturelle, de la façon la plus simple qui soit, la naissance, cette naissance qui ne peut s’acheter comme on achète un candidat ou une Opinion publique… Pour que l’Etat retrouve sa liberté face aux puissances de l’Argent et l’humilité première face à la vie et à Celui qui lui permet, dans le risque et la liberté, d’être…
12:22 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Dieu, Noël, monarchie, tradition
23.12.2007
Le familistère de Godin.
Godin avait fondé une manufacture (qui existe toujours) de poêles en fonte de fer et il avait accompagné cette activité industrielle de la mise en pratique de ses idées inspirées de Fourier : ainsi le familistère qui, selon son créateur, était conçu comme un « palais social » où les familles des ouvriers vivaient en communauté. Cela était dans la logique du socialisme français originel, celui dont Pierre Leroux (« l’inventeur » du terme) disait qu’il était la critique et l’opposé de l’individualisme social symbolisé par les lois révolutionnaires (et économiquement libérales) de 1791 (d’Allarde et Le Chapelier).
« La cité édifiée à côté de la fonderie (…) devait offrir « les équivalents de la richesse » aux familles des employés de l’usine. Le Palais comprend d’étonnants pavillons d’habitation collective et de nombreux équipements de service : des magasins, une buanderie et une piscine, un jardin et des promenades, une crèche, des écoles, un merveilleux théâtre. (…) Au sein de l’Association coopérative du Capital et du Travail, les travailleurs participent à la gestion et aux décisions ; ils deviennent propriétaires de l’usine et du Palais ».
Le paradoxe de cette expérience unique d’une véritable « autogestion » par les employés de l’usine de leur cadre de vie et de travail est qu’elle a disparu en … 1968, l’année même où les idées mises en pratique par Godin et ses ouvriers étaient mises en avant par des étudiants contestataires…
La visite de ce familistère nous a montré combien cette cité n’était pas livrée à l’anarchie mais qu’elle reposait sur des principes clairs de respect de chacun et d’organisation, symbolisés par l’existence d’un règlement intérieur rigoureux et obligatoire, avec des sanctions en cas de violation de celui-ci. Bien sûr, cette utopie réalisée d’une forme de « contrat social » ne laissait pas de place à la religion en tant que telle (même si Godin était personnellement très croyant), ce qui a sans doute empêché la jonction avec les catholiques et royalistes sociaux de l’époque. D’autre part, il n’est pas impossible de penser que cette vie collective pouvait être pesante à certains, en particulier dans un monde et une époque où le matérialisme et l’individualisme progressaient sous la forme d’une « société de consommation » qui accordait moins de place au « service » et aux devoirs des uns envers les autres. Mais cette idée d’association du Capital et du Travail que Godin réalise à travers son familistère, cette forme de « république du travail », n’est pas, en définitive et avec le recul, si éloignée que cela des idées avancées par un La Tour du Pin ou un De Mun. Au-delà de la question de la religion et de sa place dans la société et son encadrement, c’est peut-être celle de la décision (sociale ou économique) et de la forme de ses instances au sein de la société qui a pesé dans le débat (s’il a eu lieu…), tout comme cette pression, ce « regard de tous sur tous » que d’une certaine manière cette forme d’habitat suppose.
Néanmoins, cette « république du travail » me semble une expérience à méditer pour ceux qui veulent penser la question sociale au-delà de l’alternative piégée « étatisme ou libéralisme » : les royalistes sociaux d’aujourd’hui auraient tort de méconnaître cette « république » qui pourrait facilement trouver sa place dans une « Monarchie fédérative des peuples et républiques de France ». « Sub rege, rei publicae », disait-on jadis : et pourquoi pas demain ?
14:36 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : socialisme, familistère, monarchie, utopie
18.12.2007
Démocratie européenne.
La semaine dernière, dans une indifférence quasi-totale, a été signé le traité de Lisbonne, réactualisation, à peine modification, du traité constitutionnel européen refusé par référendum par les électeurs français et néerlandais. Cet événement, majeur et sans doute le plus important de l’année dans l’actualité institutionnelle de l’Union Européenne, aurait mérité une large couverture médiatique : et là, rien, à part quelques articles de presse en pages intérieures des quotidiens… Cette étrange occultation d’un fait majeur de la vie de l’UE m’interroge : pourquoi « l’Europe » se cache-t-elle de ceux-là mêmes qui, dans une démocratie (si j’en ai bien compris le principe…), fondent sa légitimité ? Pourquoi les citoyens sont-ils laissés à l’écart de cette construction européenne qui, jadis, était évoquée comme une véritable « révolution », la marche glorieuse vers un nouvel Eden terrestre de paix et de prospérité ?
Une répartie agacée du ministre des affaires étrangères, M. Bernard Kouchner, à un député qui demandait l’autre jour la tenue d’un nouveau référendum populaire sur ce traité modificatif, a résonné étrangement, l’autre jour, à l’Assemblée nationale : « Il y a déjà eu un référendum : on a vu le résultat ! ». Quel terrible aveu ! Je ne suis pas certain que le ministre ait exactement pesé ses propos qui laissent supposer que la démocratie, tout compte fait, est trop sérieuse pour être laissée au peuple (tellement déraisonnable, n’est-ce pas ?), et que, si le peuple vote mal (on ne peut pas lui faire confiance !), il suffit de contourner celui-ci par une ratification « entre gens sérieux », c’est-à-dire les représentants politiques du corps électoral dans toute démocratie parlementaire. En somme, M. Kouchner, déçu par le peuple, s’en remet à « la sagesse » des députés et sénateurs, beaucoup moins versatiles que les électeurs et tellement plus « conscients » des enjeux : voici, pour cet ancien militant communiste, une belle interprétation de la théorie de « l’avant-garde consciente du prolétariat » qui n’a jamais été autre chose que la confiscation du pouvoir par ceux qui prétendaient parler au nom du peuple… Les fidèles de Charles Maurras y verront, eux, la confirmation de la césure, voire du divorce, entre « pays réel » et « pays légal ».
Personnellement, je ne suis pas un fanatique du référendum, même s’il peut parfois révéler de bonnes surprises. Mais je ne limite pas l’action du politique à la seule activité et décision électorales, et je ne suis pas de ceux qui mythifient le « vote démocratique » et en font la source de tout pouvoir, de toute légitimité. L’élection, le vote ne sont que des moyens, mais pas des fins en eux-mêmes : si je leur accorde une grande importance, voire même une certaine nécessité, en particulier à l’échelon politique local, communal, régional et même national, ou professionnel et syndical, je n’en fais pas un absolu, une « théocratie laïque » qui empêcherait tout autre type de médiation politique. Pragmatique, je suis prêt à accepter l’idée d’un référendum mais je ne me sens pas tenu par un résultat qui me semblerait aller à l’encontre des intérêts majeurs de notre pays : certains pourraient alors me rétorquer que j’adopte le même raisonnement que Bernard Kouchner mais ce n’est pas totalement exact car je n’ai pas l’ambition de me proclamer « démocrate » (ni « antidémocrate » d’ailleurs, ce qui me semble tout aussi vain et pose mal le problème) comme ceux qui nous gouvernent aujourd’hui et je ne revendique pas « le pouvoir du peuple, par le peuple, pour le peuple ». Mais, si j’étais démocrate, je n’aurai pas le front de me passer du peuple ou de le mépriser avec le cynisme d’un Kouchner. Etant démophile, si je doute des qualités intrinsèques de la démocratie électorale (même référendaire), je n’épouse pas cette morgue qui consiste à penser pour le peuple (en lieu et place du peuple) ou cette naïveté qui amène à croire que sa pensée est forcément parole d’évangile : je préfère prendre les réalités comme elles sont, ce qui ne veut pas dire que je m’y abandonne mais que c’est à partir d’elles que j’agis, éventuellement pour les changer. J’ai déjà dit maintes fois que le Pouvoir qui n’écouterait que le peuple courrait à sa perte mais que le Pouvoir qui le négligerait n’aurait que le tombeau comme destin…
Dans la construction européenne, les peuples ont été mis à l’écart et, du coup, il est peu probable que ceux-ci sortent de cette « léthargie démocratique » qui se signale à chaque élection des représentants au Parlement européen par de forts taux d’abstention au contraire des référendums de 2005 en France et aux Pays-Bas. La paranoïa d’un Kouchner et la discrétion des signataires du traité de Lisbonne (jusqu’à Gordon Brown, premier ministre britannique absent de la photo officielle…) ne sont que les symptômes inquiétants de la profonde fracture entre les citoyens et les oligarques qui sont censés les représenter et les diriger : cette « discrétion » est-elle l’annonce d’une forme de « cryptocratie » qui tenterait les eurocrates ? Après tout, les « pères fondateurs » Jean Monnet et Robert Schuman baignaient déjà dans cette étrange atmosphère que de Gaulle dénonçait en son temps par quelques haussements d’épaules révélateurs…
13:30 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Europe, constitution européenne, démocratie.
17.12.2007
La Turquie disponible.
La Turquie est aux portes de l’Europe, à tous les sens du terme, pourrait-on ajouter : cela n’oblige pas à rentrer dans le débat sur son entrée dans l’Union Européenne mais il est fort utile de suivre ses évolutions dans un contexte mondial comme local agité ou, en tout cas, apparemment imprévisible. Les bombardements de l’aviation turque ces jours derniers sur les bases du PKK situées au Kurdistan irakien ne sont donc pas anodins et il est étrange qu’ils soient passés, à ce jour, si inaperçus. Ils mettent d’ailleurs en difficulté les autorités irakiennes car ce ne sont pas elles qui ont donné le « feu vert » à l’opération turque mais… les Etats-Unis… Comme si les Etats-Unis avaient désormais conscience que l’Etat irakien n’est plus maître du jeu sur son propre territoire « officiel », et que les peshmergas kurdes qu’ils ont soutenus depuis 1991 ne sont guère disposés à sévir contre leurs « frères combattants », au nom d’une solidarité « nationale » qui, décidément, reste la plus forte face à l’étranger et, en particulier, face aux Turcs.
Mais ce soutien états-unien est aussi une tentative pour « sauver » leur relation particulière avec la Turquie, de plus en plus indépendante de la politique américaine : la dernière affaire en date qui le montre est celle que rapporte l’hebdomadaire « Marianne » dans son édition du 15 au 21 décembre 2007 : « Ankara renonce à acquérir un satellite-espion israélien. La Turquie aurait dû s’engager à ce que l’engin -250 millions de dollars- ne soit pas utilisé pour espionner l’espace aérien israélien. Et le Pentagone exigeait que le satellite ne puisse pas photographier les installations militaires américaines. Pas question que le gouvernement turc accepte ces deux exigences. Un nouveau signe de l’indépendance vis-à-vis de Washington que le gouvernement islamiste expérimente lentement mais sûrement ». La Turquie, en s’éloignant peu à peu de son allié traditionnel, cherche aussi de nouveaux, et plus fiables, « amis privilégiés » : c’est sans doute la chance des pays d’Europe et, peut-être, de la Russie. La stratégie diplomatique ébauchée en 2003 par la France d’un axe Paris-Berlin-Moscou pourrait trouver un nouveau souffle en y adjoignant Ankara, puisque cette capitale va être de plus en plus « disponible ». Le problème est que l’UE a du mal à se concevoir indépendamment du « parapluie américain » et que les dirigeants allemands comme français d’aujourd’hui ne partagent guère l’optique qui pouvait être celle d’un Chirac et d’un Schröder hier : et pourtant ! Quelles possibilités nouvelles et passionnantes ouvriraient un « anneau diplomatique » Paris-Berlin-Moscou-Ankara ! D’autre part, cela pourrait compléter utilement l’idée développée (malgré l’hostilité affichée d’Angela Merkel à celle-ci) par Nicolas Sarkozy d’une « union euroméditerranéenne » qui, en soi, n’est pas mauvaise et rappelle la « Mare nostrum » de l’empire romain qui avait stabilisé et sécurisé toute la Méditerranée en son temps. Cela n’empêche pas évidemment de maintenir des liens euroatlantiques forts mais cela peut fonder un nouvel équilibre géopolitique qui accorde une plus grande liberté aux pays d’Europe et anticipe les difficultés des Etats-Unis à maintenir son statut d’ « hyperpuissance » dans un monde de plus en plus complexe, qui a tendance à se multipolariser depuis l’émergence et la montée en puissance (c’est le cas de le dire !) de l’Inde et de la Chine.
Tout compte fait et aussi étrange que cela puisse paraître, l’avenir de l’Europe n’est peut-être pas entre les mains de l’Union Européenne mais entre celles des grandes nations historiques du continent européen et de ses « marches » : le reconnaître est le meilleur moyen de ne pas se laisser surprendre par demain et, au contraire, préparer l’avenir dans de bonnes conditions, au-delà des idéologies et des nostalgies souvent mortifères…
23:25 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Turquie, géopolitique.
15.12.2007
Biodiversité.
J’étais lundi en Bretagne et j’en ai profité pour aller me promener sur la plage de mon enfance, à Lancieux, petit village des Côtes d’Armor situé sur la Côte d’émeraude, en plein milieu de la tempête. J’étais seul, et l’ambiance était tout à fait magique, comme à chaque coup de vent : la mer moutonnait et les roches semblaient mener un combat inégal avec l’écume blanche des vagues qui se brisaient sur elles en mille éclats cristallins. En montant sur les rochers, j’ai eu la chance de découvrir un petit groupe d’oiseaux d’ordinaire plus farouches et discrets, des « pétrels de tempête », qui semblaient se moquer de moi, drôle d’humain emmitouflé dans ma parka brune, déséquilibré par la violence du grand souffle venu de la mer… Ils m’ont laissé approcher comme pour me démontrer qu’ils savaient que, d’un coup d’ailes, ils seraient déjà loin quand, moi, je trébucherai encore sur les pierres ou glisserai sur les algues.
Nous sommes restés, eux et moi, à quelques mètres de distance durant près d’une dizaine de minutes, tandis que des cormorans venaient, l’un après l’autre, se joindre à notre petit groupe. Ils ont dû bien rigoler lorsqu’ils m’ont vu obligé de mettre les pieds dans l’eau pour regagner la plage : j’avais, dans mon dialogue muet avec les oiseaux, négligé la marée montante et je m’étais retrouvé encerclé sur « l’islet » par la mer.
Je suis reparti le cœur léger vers Dinard (correction de copies oblige…), et heureux que la nature, malgré les agressions permanentes de nos sociétés dévoreuses d’espaces et grandes prédatrices devant l’éternel, reste, malgré tout, riche et belle pour qui sait la regarder et la respecter. Une formule, apprise il y a plus de vingt-cinq ans dans un cercle d’études d’Action Française, me revient en mémoire : « on ne commande à la nature qu’en lui obéissant ». Nos sociétés, perdues dans un individualisme qui confine à l’égoïsme, semblent avoir oublié cette règle simple et, pourtant, vitale. Ainsi, un article publié mercredi 12 décembre par « Le Parisien » évoquait la dramatique réduction de la biodiversité et donnait la parole au sénateur socialiste Claude Saunier, co-auteur d’un rapport sur ce triste et dangereux processus : « Aujourd’hui, plus de 16.000 espèces, animales et végétales, sont menacées d’extinction. Le rythme de disparition des espèces a été dix à cent fois plus important que les rythmes naturels d’extinction au cours des deux cents dernières années. En 2050, il pourrait être de 100 à 1.000 fois supérieur au rythme naturel. (…) En trente ans, la Beauce a perdu plus de 30 % des composés organiques de son sol. Chaque jour en France, 165 hectares de milieux naturels sont détruits pour faire des constructions. 7 % des espèces marines ont disparu depuis 1950. 60 % des coraux sont affectés par l’activité humaine et 20 % ont disparu en trente ans. La déforestation des forêts tropicales humides se poursuit à un rythme de 13 millions d’hectares dont 6 millions d’hectares de forêts primaires alors que ce milieu héberge la moitié de la flore mondiale.
Est-ce si grave pour l’homme ?
Evidemment. Prenez l’exemple du poisson. Le monde puise 90 millions de tonnes de poissons par an alors que la ressource s’épuise. En atlantique Nord, 18 % des stocks sont déjà épuisés. Au rythme actuel, le thon rouge disparaîtra bientôt de la Méditerranée. Si on ne fait rien d’ici à 2050, on privera l’humanité de 20 % des protéines animales. C’est irresponsable.
Mais que nous apporte la biodiversité ?
L’effondrement des colonies d’abeilles dans le monde est inquiétante car près de 20.000 espèces apparentées aux abeilles contribuent à la survie et à l’évolution de plus de 80 % des espèces de fleurs. Plus de la moitié des molécules de nos médicaments proviennent de la nature (…). »
Il y a effectivement urgence à réagir, et, puisque les grands intérêts économiques ne peuvent, en société libérale et consumériste, se discipliner, il revient au Politique d’intervenir, par le biais de l’Etat, pour empêcher le pire et rappeler la formule d’un respect nécessaire des ressources que la nature nous confie, que nous devons transmettre aux générations qui viendront après nous : c’est un message que je répète fréquemment, y compris sur ce blog (la semaine dernière encore…). Cette répétition peut agacer mais elle montre, malgré les alarmes qui se font entendre de toute part, la grande difficulté qu’il y a à faire entendre raison aux industriels de l’agroalimentaire et à nos sociétés de consommation-consumation.
Cela étant, je ne cède pas au désespoir car cela serait, comme en politique, la « sottise absolue » selon l’heureuse formule de Maurras : mais il faut sensibiliser au plus vite nos contemporains sur ces sujets et militer pour ce nécessaire investissement du Politique dans la lutte pour la préservation et la transmission de ce patrimoine qui ne nous appartient pas en propre puisqu’il appartient à l’humanité toute entière, par delà les siècles et les générations qui se succèdent depuis que l’homme existe…
Et ces pétrels aperçus l’autre jour sont aussi les passagers de cette immense Arche de Noé que la Terre ne doit pas cesser d’être au milieu de l’univers et des temps…
13:19 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : écologie, biodiversité, pétrels, poissons.
13.12.2007
Le retour de la Russie (1) : Vladimir Poutine.
La Russie est de retour, pourrait-on dire au regard des dernières années, celles du règne de Vladimir Poutine : après le brutal « dégel » du communisme qui avait entraîné, faute d’un Etat capable de s’imposer aux forces centrifuges, la quasi-disparition de l’Etat lui-même (le rêve de Marx, la société sans Etat…) et la prise du pouvoir par les puissances de l’Argent, les fameux oligarques qui se sont enrichis en pillant les ressources du pays et de ses habitants ; après la perte de 5 millions de kilomètres carrés de territoire depuis 1991 ; après l’effondrement de son armée dans un état de déshérence et, même, de pauvreté dramatiques ; après la disette des années 90 et la chute démographique (solde naturel annuel négatif d’environ 700.000 personnes…) ; après la perte de toute influence sur la scène internationale et, en particulier, sur les pays de l’Europe centrale et orientale ; après… mais dois-je vraiment poursuivre cette longue liste de la « chute d’une nation » ?
Après les années Eltsine qui, pourtant, avait eu le mérite d’achever l’agonie du communisme, Vladimir Poutine, inconnu la veille (ou presque), est élu président de la République en 2000 et, rapidement, va incarner une « nouvelle Russie » qui n’est, en définitive, que « l’éternelle Russie », celle que de Gaulle discernait même sous le carcan stalinien ou sous le masque kroutchevien.
Aujourd’hui, la Russie est revenue sur le devant de la scène et son chef de l’Etat, autoritaire sans risquer la dictature (il n’en a pas besoin et est trop fin politique pour se lancer dans l’aventure), jouit d’une popularité qui n’est pas feinte. Cela n’empêche pas le mécontentement d’une partie des « élites », en particulier celles qui ont profité des « années Eltsine » pour bâtir des fortunes honteuses et clinquantes, et que Poutine n’a pas hésité à frapper, à arrêter, à exiler : les « Fouquet » ont trouvé leur maître, leur « Louis XIV »… Il est d’ailleurs révélateur que certains milliardaires ainsi bannis (ou, prudents, « réfugiés » en Occident) parlent de « coup d’Etat » comme le seul moyen de se débarrasser de Poutine, et non pas d’élections libres, signe qu’ils sont bien obligés de reconnaître la légitimité électorale de l’actuel locataire du Kremlin.
En Occident, on entend plus cette opposition dans les médias que la voix de cette Russie qui se veut à nouveau maîtresse de son destin : est-ce pour se faire pardonner le silence ou, pire, le soutien de certains intellectuels germanopratins aux anciens maîtres des années du communisme, lorsque la formule de « dictature du prolétariat » recouvrait surtout la réalité d’une « dictature sur le prolétariat » ? De Gaulle avait l’intelligence de ne pas confondre, d’ailleurs, le « moment communiste » et la « Russie » (il n’a d’ailleurs jamais parlé de « l’Union soviétique »), et il ne confondait pas les genres : en cela, il était « capétien ».
Aujourd’hui, en tout cas, c’est le déchaînement contre Poutine quand les mêmes sont fort discrets avec les maîtres de la Chine qui, pourtant, ne me semblent guère soucieux de « libéraliser » politiquement leur régime au moment où tous les pays du monde s’apprêtent, sans regrets ni scrupules d’aucun genre, à envoyer les athlètes aux Jeux Olympiques de Pékin à l’été prochain… Il est aussi fort significatif que les Etats-Unis, qui s’inquiètent de la résurgence d’une Russie qu’ils pensaient bien voir abattue depuis 1991, « s’inquiètent » de la situation de la démocratie à Moscou. En fait, ils se méfient surtout de cette diplomatie poutinienne active qui « raniment » un front géopolitique qui court du pôle Nord à la Méditerranée et au Pacifique et heurte leur propre stratégie dans ces régions qu’ils convoitent aussi, et pas seulement pour le contrôle des ressources énergétiques…
(à suivre)
23:14 Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
12.12.2007
La famille d'Orléans au XIXe siècle.
Présence et politique des Orléans au XIXe siècle.
La Monarchie est une affaire de familles, mais aussi parfois de querelles entre elles : le XIXe siècle en est la meilleure et la plus cruelle des illustrations, qui vit s’affronter deux branches, proches en cousinage, des Bourbons. Le dernier livre d’Hervé Robert, spécialiste de l’orléanisme, s’intéresse à celle des princes d’Orléans, et a le mérite de leur rendre justice en les replaçant dans le contexte d’un XIXe qui se cherche des institutions stables et pérennes et des conflits de mémoire comme de pouvoir.
Ce recueil d’articles, intitulé « Les princes d’Orléans, une Famille en Politique au XIXe siècle » et dédié à la mémoire de Mgr le Comte de Paris, est une véritable mine de renseignements et de mises en perspective ainsi que de réflexions utiles à qui veut comprendre la fidélité critique d’une famille à elle-même et sa stratégie du Pouvoir, mais aussi ses hésitations, ses drames et ses échecs malgré son indéniable volonté trouvant, à chaque génération, à s’incarner dans un de ses membres.
Si Louis-Philippe n’était pas à l’origine destiné à monter sur le trône, il n’en était que plus libre pour accomplir son devoir filial de reconnaissance à l’égard d’un père régicide et tenter de défendre sa mémoire, tâche guère facilitée par la complexité du duc d’Orléans de l’époque révolutionnaire et le « brouillage » de son image par une Opinion publique qui lui prêtait plus qu’il n’avait et n’était. Sa propre histoire personnelle, marquée par les morts successives du « Père » (le roi Louis XVI d’une part et son père charnel, le duc d’Orléans, d’autre part), est aussi celle de l’exil, des rencontres et des espérances : madame de Staël, qui partage son anglophilie née avant même son exil anglais des années de la République et de l’Empire, sera une « convertie à l’orléanisme », cette doctrine si personnelle de Louis-Philippe qu’il développe, au cœur même de la Restauration, à travers ses propres « Souvenirs de 1814 » : le prince « nous laisse entendre qu’en lieu et place de son cousin Louis, il eût (…) choisi de conjuguer souveraineté royale et souveraineté nationale pour fonder un « Nouveau Régime monarchique ». La monarchie de Juillet réalisa cette conjugaison. Mais imparfaitement parce qu’elle reposait sur un dualisme de pouvoirs inégalitaire », explique Hervé Robert.
Contrairement à ce qui est souvent affirmé, ou cru, Louis-Philippe n’a pas comploté pour monter sur le trône mais il est vite apparu comme le meilleur moyen de sauver ce qui pouvait l’être de la Monarchie et, en somme, l’assimiler totalement à la « nation de 1789 », la relier au « moment révolutionnaire » comme pourrait le démontrer l’intervention de Lafayette pour faire approuver le nouveau pouvoir incarné par Louis-Philippe : Hervé Robert titre, avec justesse, le chapitre sur la révolution de juillet 1830 : « hasard et nécessité »…
Lorsque Chateaubriand, légitimiste et irréductible adversaire de la monarchie orléaniste, écrit que « ceux qui ont forgé l’épée de la nouvelle royauté ont introduit dans sa lame une paille qui tôt ou tard la fera éclater », il semble lui dénier toute possibilité de s’enraciner durablement. Pourtant, la chance de la monarchie nouvelle existe et s’incarne dans Ferdinand-Philippe, duc d’Orléans et fils aîné de Louis-Philippe, sans doute plus populaire que son père et porteur des espérances du régime et symbole de sa pérennité possible. Sa mort tragique, le 13 juillet 1842, « n’est pas simplement un malheur familial. Elle représente aussi un drame national. Comme l’écrit Alfred de Musset : « une heure a détourné tout un siècle ». » Formule terrible et terriblement vraie que les événements confirmeront : malgré la « noire lune de miel » de Louis-Philippe avec le pays au moment des funérailles, le « roi bourgeois » partira pour un nouveau et définitif exil en 1848…
Mais la Monarchie ne meurt pas forcément dans son éloignement du Pouvoir et elle continue à s’incarner, en marge et en concurrence de la République, à travers les princes qui se succèdent à la tête de la Maison de France. Le comte de Paris des premières années de la IIIe République ne s’est pas contenté, comme le montre Hervé Robert, de « prétendre » ; il a aussi cherché à « penser la Monarchie » à travers ses instructions et son « Pacte national » qui tracent les lignes de force d’un royalisme cherchant à formuler et à fonder la Monarchie sur des principes démocratiques et nationaux : d’où cette formule qui fera florès parmi ses partisans et héritiers : « la monarchie traditionnelle par son principe, moderne par ses institutions »…
Ce livre, nécessaire pour comprendre le rôle des princes d’Orléans au XIXe siècle et pour réévaluer correctement leur place dans l’histoire politique française, , prouve également que la monarchie dite orléaniste ne mérite pas, sans doute, tous les procès qu’on lui fait par méconnaissance ou par jalousie. Si les Orléans ont échoué à enraciner leur dynastie au sommet de l’Etat, ils n’en ont pas moins imprégné le monarchisme du siècle et incarné une véritable tentative de modernisation des institutions françaises, peut-être trop marquée par une histoire familiale inquiète et « incomplète », par des occasions douloureusement manquées. Et le duc de Chartres, frère du comte de Paris, a résumé (dans une lettre de 1886) ce qui peut apparaître comme le programme des princes et des monarchistes des siècles suivants : « Il faut commencer à penser aux choses pratiques et habituer le pays à l’idée de la possibilité de ce que j’appelle une monarchie raisonnable, c’est-à-dire une monarchie qui ne soit ni pure légitimiste ni cléricale ni parlementaire ni autoritaire. Une monarchie de l’avenir. Un gouvernement de la société de l’avenir et non du passé ». Un héritage d’avenir…
23:09 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
09.12.2007
Société de consumation et politique.
Cette semaine était celle des devoirs sur table de mes classes de seconde, cette fois en géographie : les études d’ensemble documentaire portaient sur la marée noire du Prestige, celle de 2002 (sujet commun aux deux classes), mais aussi l’insécurité alimentaire dans le monde (pour l’une des secondes) et la sous-alimentation en Afrique (pour l’autre). Ces thèmes étaient, sont et risquent de rester pour longtemps encore, d’actualité, malheureusement : deux marées noires ont souillé le mois de novembre (sur les côtes américaines et en Mer noire) et « les Restos du cœur » viennent de rouvrir les portes ces dernières semaines tandis que plus de 820 millions de personnes souffrent quotidiennement de la faim dans le « Sud » (35 millions dans les pays du « Nord »)… Tristes réalités à l’heure où nos grands magasins regorgent des derniers produits « high-tech » ludiques et où les écrans de télévision débordent des publicités clinquantes pour l’inutile et le gadget…
En fait, je ne reproche pas à mes contemporains de vouloir s’amuser, mais je reproche à notre société d’être devenue, selon le mot de Philippe Murray, « distractionnaire », et de négliger ses devoirs à l’égard des plus faibles mais aussi des générations futures. Je lui reproche de n’avoir que la consommation comme fin alors que la qualité de la vie ne se mesure pas à la simple accumulation d’objets, Dieu merci. De plus, cette société de consommation qui s’étend avec tous ses excès à la Chine littorale et à l’Inde urbaine apparaît, de plus en plus, comme une société de « consumation » qui brûle plus d’énergie et de ressources végétales comme animales qu’il n’est raisonnable de le faire, au risque de faire peser sur les générations suivantes les conséquences redoutables de cette insouciance gaspilleuse, y compris la guerre, celle qui naît plus de l’envie encore que du simple manque.
Face à ces enjeux, que peut faire le Politique ? Il me semble qu’il lui revient de reconquérir le terrain qu’il a laissé prendre à l’Economique, en tout cas dans le domaine de la Décision. Si, en France, cela me paraît devoir passer par l’établissement d’une Monarchie à transmission héréditaire, symbole d’un Politique indépendant (mais non pas oublieux ou antagoniste) de la sphère économique, il est évident que cela ne suffira pas. Néanmoins, sans doute faut-il méditer cette phrase de Bernanos que Nicolas Hulot a repris à son compte dans ses déclarations récentes sur la valeur d’exemple et d’entraînement de la France sur la scène internationale : « Le monde a besoin de la France ». Dans l’Histoire, notre pays a pu donner l’exemple, pour le meilleur comme aussi pour le pire, d’un modèle de civilisation ou de révolution, et « conquérir les esprits et les coeurs » du monde entier, ou d’une grande partie de celui-ci : il n’est pas impossible que l’Histoire, d’une certaine manière, se « rejoue » demain. Encore faut-il que, d’abord, la France se donne les moyens étatiques de sa présence active au monde : on en revient toujours au point de départ : « Politique d’abord donc, en France, son corollaire : Monarchie d’abord ».
23:07 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note


