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31.01.2008

Classe Patrimoine et mécénat éducatif.

Puisque la commission Attali vient de faire de multiples propositions, y compris sur l’enseignement (il me faudra y revenir) et que la commission Rocard rend son rapport lundi prochain, en voici quelques unes qu’ils n’ont pas faites et que je défends depuis déjà quelques années, même si, malheureusement, elle n’est plus appliquée au lycée Hoche, faute d’un nombre suffisant d’élèves candidats.

 

 

 

   

 

Depuis quelques années existent des classes « atelier Patrimoine » qui permettent à des classes de Quatrième ou de Seconde des activités tournant autour du Patrimoine, en particulier des lieux d’installation ou de proximité des établissements concernés. Ces classes sont en général recherchées par les parents qui y voient, en fait, une sorte de « classe privilégiée », ce qui n’est pourtant pas leur vocation première.

 

Il semblerait intéressant de confirmer et de multiplier ces classes dans le paysage scolaire pour diverses raisons :

 

-d’abord pour des raisons de mise en valeur d’un patrimoine français, national ou régional, voire communal, parfois négligé par les élèves, trop souvent « absents » à la culture française ou à l’Histoire des lieux. Cela ne peut que favoriser l’intégration des jeunes générations à une « dynamique civilisationnelle », en particulier celles issues d’autres espaces culturels et historiques mais destinées à rester et vivre en France.

 

-ensuite pour le développement de l’autonomie des élèves, qui doivent fournir l’effort de « monter » des projets autour du Patrimoine à partir d’un thème donné : chaque « classe Patrimoine » doit présenter ses travaux de l’année dans une exposition ou un spectacle de fin d’année.

 

-d’autre part pour permettre l’ouverture des établissements vers l’extérieur. Chaque « classe Patrimoine » doit signer des conventions de partenariat avec la municipalité du lieu d’établissement, mais aussi avec des partenaires qui peuvent être culturels (offices de tourisme, monuments historiques concernés par le thème de l’année, etc.) ou, pourquoi pas, industriels ou commerciaux. C’est là que le « mécénat éducatif » peut s’avérer utile…

 

 

Multiplier ces classes, c’est déjà permettre à chaque établissement scolaire d’avoir au moins une « classe Patrimoine », mais c’est aussi l’étendre à tous les niveaux de la Sixième à la Première incluse. Cela implique de simplifier la validation de ces classes par les administrations académiques, et de mettre en place des « incitations » pour les enseignants pour favoriser leur volontariat qui ne doit pas être que du bénévolat…

 

 

Le problème de cette politique est, bien sûr, le financement en cette période d’économies budgétaires. D’où l’idée de coupler ces « classes Patrimoine » avec la mise en place d’un véritable « mécénat éducatif », c’est-à-dire la participation d’entreprises (le plus souvent locales, ou succursales locales de grandes entreprises nationales ou multinationales) au financement du projet ou d’éléments du projet de la « classe Patrimoine » (fourniture de matériel, financement de sorties ou de visites en rapport avec l’activité « Patrimoine », participation à une « caisse Patrimoine » dont il faudrait définir les statuts précis, le mode de fonctionnement et le contrôle des sommes engagées, etc.). L’avantage supplémentaire serait de dédramatiser la question des rapports de l’entreprise avec l’Ecole en montrant l’intérêt de liens particuliers sur des sujets qui ne sont pas qu’économiques mais aussi culturels.

 

 

 

 

29.01.2008

L'affaire Société Générale.

L’affaire de la Société Générale est plus simplement l’affaire des dérives d’un capitalisme qui s’enivre de ses propres principes, au point de risquer le coma éthylique. Cette course au profit, à l’argent et à son accumulation entre les mains de quelques uns (aussi honorables soient-ils par ailleurs), tout cela n’est pas sain quand cela tourne au « systématique » et à une forme de darwinisme économique et social peu compatible avec les notions de justice et de solidarité.

 

Ce qui m’agace particulièrement, c’est cette curée médiatique contre le « trader » Jérôme Kerviel, désigné comme un « fou » ou un « terroriste » par le président de la Société Générale, Daniel Bouton, aujourd’hui lui-même sur la sellette. Je n’aime pas cette ambiance de lynchage qui méconnaît les droits de la défense et la dignité de la personne, et qui tend à faire diversion pour éviter des questions sur la gestion même de la banque et de ses activités boursières.

 

Ce qui me surprend (un peu seulement, au regard des tendances actuelles de nos sociétés), c’est l’absence de réaction des Français, si ce n’est au comptoir des cafés : pas de manifestation de colère dans les rues ou devant le siège de la Société Générale ; pas de banderoles vengeresses demandant des comptes à la direction ou dénonçant le gâchis financier de plusieurs milliards d’euros à l’heure où des millions de gens vivent avec moins de 1 000 euros par mois ; et, enfin, de timides déclarations des politiques apparemment impuissants devant les jeux d’une économie de Marché qui refuse tout contrôle des Etats et toute « contrainte » politique…

 

Il est un temps, pas si lointain, où une telle affaire aurait jeté des foules, souvent constituées de militants contestataires ou populistes, de citoyens contribuables furieux ou d’actionnaires floués, dans la rue. Ici, rien, si ce n’est un sentiment diffus de résignation et, parfois, de mépris…

 

En tout cas, il faudra bien réfléchir dans les temps qui viennent à une nouvelle organisation des rapports entre politique et économique, sinon la révolte qui monte dans les populations frustrées de ne pas participer au banquet risque d’être terrible et pas forcément juste, d’ailleurs : la BCE, par exemple, qui ne cesse de dénoncer les hausses de salaires dans les pays de la zone euro, pourrait bien l’apprendre à ses dépens, tout comme l’actuel gouvernement piégé par une situation qu’il a du mal à maîtriser. Cela ne doit pas empêcher, même si les événements ne sont guère propices à ce genre de réflexion, de penser aussi à un autre mode de vie et de consommation, plus économe des ressources de la nature. « Consommer moins et mieux », pourrait-on résumer… Il faut bien reconnaître que cette double réflexion (qui peut paraître paradoxale) sur le pouvoir d’achat et la nécessaire sobriété à l’égard de l’environnement n’est guère aisée et qu’elle ne pourra se concrétiser qu’à travers un Etat politique, en France, qui aura des reins sacrément solides et des racines profondes…

 

 

28.01.2008

21 janvier, souvenir du roi Louis XVI.

La semaine dernière, je me suis rendu à plusieurs reprises à Paris pour participer à quelques activités et cérémonies monarchistes, en particulier le 21 janvier, jour anniversaire de la mort du roi Louis XVI, guillotiné place de la Concorde à 10h22 il y a 215 ans…

 

Midi, Saint-Germain l’Auxerrois, paroisse des rois de France, en face du Louvre : une foule nombreuse a pris place dans l’église et on y reconnaît la plupart des cadres et militants royalistes, représentant toutes les traditions du royalisme français attachées à la fidélité, à la Famille de France. Les princes Jean et Eudes arrivent vers 12h10, suivis quelques minutes après par leur père, Mgr le comte de Paris. Je reste sur le trottoir à discuter avec quelques compagnons de combat et à « refaire le monde », en attendant un petit signe de l’Histoire…

 

Une heure après, à la sortie de la messe, les princes embrassent leur père devant les objectifs de nombreux photographes, ravis tout comme les monarchistes présents de voir la Famille de France ainsi réunie en ce jour commémoratif de la mort du roi-martyr Louis XVI.

 

Pendant ce temps, la foule s’écoule entre les vendeurs de l’Action Française, ceux des Epées et de Royaliste, sans oublier les colporteurs de Franche-contrée, la dépêche de la compagnie d’Artagnan et Planchet, venus eux aussi en nombre. Les Camelots du Roi discutent avec les Manants du Roi, les militants de la Nouvelle Action Royaliste avec ceux de l’AF, l’ambiance est bon enfant et les discussions plus optimistes qu’à l’accoutumée, comme si, après des heures difficiles, les dernières semaines avaient redonné un peu d’allant et beaucoup d’espérance au mouvement royaliste dans son ensemble : acceptons-en l’augure !

 

Lire, à ce sujet, l’article des Manants du Roi, en cliquant sur le lien : http://www.lesmanantsduroi.com/articles2/article27465.php... .

 

Bien sûr, ce n’est qu’une commémoration mais elle a l’avantage d’être un « point de repère » fort des monarchistes, qui les réunit au-delà de toutes leurs différences, et moi qui n’ait cessé de lutter pour une meilleure entente des royalistes entre eux, gage d’efficacité et de réussite, je m’y retrouve sur ce point-là. Mais je ne survalorise pas, pour autant, cette journée car j’évite de me cantonner à ce qui peut ressembler à une simple cérémonie du souvenir, une nostalgie qui risquerait de faire oublier que le devoir d’un militant politique n’est pas de regretter mais de préparer « les conditions de l’avenir que tout esprit bien né souhaite à sa patrie », comme le dit la célèbre formule…

 

27.01.2008

Tsonga et la France.

Dans « Le Parisien » du dimanche 27 janvier, le joueur de tennis (« jeu de raquette » en français) Jo-Wilfried Tsonga s’exprime en un langage qui  m’est fort sympathique :

 

« Ce matin en France, toute une nation sera derrière vous…

 

« C’est mon rêve, ce serait fabuleux. Je fais mon sport pour représenter ce que je suis, mes valeurs, ma famille, mes amis et surtout mon pays. Pouvoir avoir la reconnaissance de ma nation, c’est un sentiment au-dessus de tout. Si ça m’affole ? Au contraire, c’est génial. Je représente la France en tant qu’individu. »

 

Une belle leçon de patriotisme, sans chauvinisme bien sûr…

 

25.01.2008

L'honneur d'une veuve contre l'Argent-roi.

Au mois d’août 2007, un chalutier breton, le Sokalique, était coulé par un cargo battant pavillon (de complaisance) des îles Kiribati, cargo qui, à rebours des lois de la mer, prenait la fuite sans porter secours aux marins en péril. Arraisonné par la marine française, ce bateau pirate était ramené et immobilisé à Brest, mais son capitaine et deux de ses adjoints s’enfuyaient vers l’Azerbaïdjan au bout de quelques jours grâce à la complicité d’un Brestois (depuis « réfugié » en Inde…) et de l’ambassade d’Azerbaïdjan elle-même : un moyen d’échapper aux poursuites en France, tout comme le procès de ses marins indélicats annoncé pour le 28 mars en Azerbaïdjan, ce qui laisserait entendre que le procès prévu en France n’aura pas lieu…

 

De plus, l’affaire devient scandaleuse quand des délégués de l’armateur turc viennent proposer à la veuve du patron pêcheur une offre de 500 000 dollars pour qu’elle retire sa plainte, ces envoyés particuliers arguant du fait que le procès ne pourrait avoir lieu dans notre pays, contrairement à ce qu’avait promis le président Sarkozy. En fait, il y a des enjeux financiers et politiques qui peuvent expliquer que les autorités azerbaïdjanaises et les armateurs turcs ne veuillent pas de procès en France : financiers car les Turcs avouent que le système des pavillons de complaisance « ne leur en coûte que 5 000 dollars par an », comme le rapporte « Le Parisien » dans son édition du mercredi 23 janvier dernier. En somme, peu importe la vie des hommes quand de gros intérêts financiers sont en jeu, et il s’agit là pour les armateurs turcs de pouvoir continuer à naviguer à moindre frais, ce qui explique toute l’importance qu’il accorde à la récupération de leur navire immobilisé : 500 000 dollars n’est pas grand chose, semble-t-il, par rapport à ce que peut encore rapporter le cargo…

 

En versant cette somme à la veuve du capitaine breton décédé, les délégués de l’armateur espéraient bien « éteindre » toute poursuite à leur encontre, croyant sans doute que l’argent peut tout, et que tout, même la douleur et la justice, s’achète : le refus de cette femme courageuse est la preuve que l’honneur est encore une valeur qui peut résister à l’infamie et à l’envie. Une belle leçon à méditer…

 

21.01.2008

Liberté d'expression, envers et contre tout...

La liberté d’expression est une liberté fragile, toujours attaquée pour de « bonnes raisons » par de « braves gens » pleins de « grands principes » : et nos braves censeurs de clamer la main sur le cœur et l’autre poing brandi furieusement vers le ciel « Pas de liberté pour les ennemis de la liberté », formule du républicain robespierriste Saint-Just qui a légitimé tant de terreurs et de totalitarismes dans une Histoire pas si lointaine, et même parfois étonnamment proche.

 

Deux événements survenus la semaine passée ont montré l’intolérance d’une certaine gauche, en Italie comme en France : ainsi, le pape Benoît XVI a-t-il renoncé à prononcer le discours qu’il avait été invité à faire à l’université romaine Sapienza, à la suite d’une véritable campagne de haine de l’extrême-gauche soi-disant « laïque » et le professeur Yves-Marie Adeline a-t-il été interdit de cours par Sciences-Po à Poitiers à la suite de la pression de militants sud-américains là encore d’extrême-gauche qui dénonçaient le fait qu’il était… royaliste ! Deux nouvelles pas très rassurantes pour la liberté d’expression mais très révélatrices d’un état d’esprit d’intolérance qui sévit aujourd’hui et qui se manifeste de plus en plus ouvertement, comme s’il n’y avait plus de retenue de la part de ces « nouveaux Vigilants », véritables chantres d’un « Ordre moral laïque et républicain » qui rappelle les pires heures du règne de la Vertu instauré par Robespierre et ses comparses.

 

Néanmoins, dans l’affaire qui concerne le pape, la réaction du maire (de gauche) de Rome Walter Veltroni est plutôt rassurante, qui a dénoncé cette inacceptable censure « inconcevable pour un démocrate » selon ses propres termes, tandis que les catholiques se sont manifestés en masse dimanche 20 janvier sur la place Saint-Pierre pour soutenir « leur » pape. Ainsi, l’extrême-gauche, dans sa logique liberticide a provoqué une « réaction » salutaire, quelle que soit ce que l’on pense par ailleurs du pape et de l’Eglise catholique : manifester contre le pape ou discuter, voire critiquer ou même combattre ses idées, est un droit, une liberté qui doit être praticable, mais l’empêcher de parler, de s’exprimer en certains endroits qui lui seraient « interdits » pour des raisons politiques ou morales est inacceptable et détestable.

 

La réponse d’un Maurras, tout compte fait et même s’il n’a pas toujours respecté ses propres préceptes, est la plus juste qui soit : « Les libertés ne s’octroient pas, elles se prennent », ce que je complète par ma propre formule : « La liberté, ça ne se renifle pas, ça se respire ». A écrire sur tous les miradors du « politiquement correct », en grosses lettres et de toutes les couleurs, en accompagnant cette noble tâche d’un bras d’honneur à tous ces gardiens de la Vertu liberticide qui nous empuantissent l’atmosphère de leurs haines mal recuites…

 

Et m… aux cons !

 

Le capitalisme peut aussi être sordide...

Qui se souvient du baron Empain, et de son enlèvement au début de l’année 1978 ? Je me rappelle vaguement de quelques images vues dans le « Paris-Match » que mon père ramenait de Poitiers et que je trouvais sur la table du petit déjeuner le vendredi matin : un visage tragique et gris d’un homme brisé par plusieurs semaines de privations et de mauvais traitements.

 

Trente ans après, le baron Empain a donné un entretien au « Figaro » dans son édition du samedi 19-dimanche 20 janvier, entretien qui se termine sur quelques phrases terribles et désabusées qui, en somme, sont une véritable dénonciation d’un état d’esprit qui ne fait guère honneur au capitalisme : « Cet enlèvement est la charnière de ma vie, une fracture intervenue à 40 ans. Avant, il y avait la vie facile où tout me réussissait. J’étais jeune, puissant et l’on me craignait en raison de mes relations tant dans les milieux patronaux que politiques. J’incarnais le capitalisme conquérant sans être connu du grand public.

 

Et après ?

 

Tout a changé. Je me suis aperçu que le monde extérieur m’avait condamné en soixante jours. Ma famille, mes collaborateurs s’étaient organisés à vivre sans moi. On avait même vendu ma Mercedes de fonction, mes héritiers s’intéressaient au testament, les organigrammes avaient été refaits »… Sordide !

 

Le baron Empain racontait dans un autre article lu il y a quelques années qu’il se rendait compte que sa réapparition n’avait pas été la bienvenue pour un certain nombre de ses proches et de ses « amis »…

 

20.01.2008

Préjugés mondialistes.

La commission Attali va rendre son rapport dans les jours prochains mais les principales mesures proposées sont déjà présentées dans la presse ou sur la Toile, et elles suscitent déjà, et assez logiquement, des réactions souvent vives… J’aurai, je pense, de prochaines occasions d’y revenir, en particulier (« corporatisme » oblige…) sur ce qui touche les enseignants.

 

En attendant, il n’est pas inintéressant de lire l’article de Robert Rochefort publié par « La Croix » du lundi 14 janvier et qui met en garde contre certains risques liés à la commission elle-même, à ses présupposés et, disons le mot, à ses préjugés.

 

« Le premier risque est apparemment « sémantique », mais en réalité « culturel » », souligne M. Rochefort en faisant remarquer que la commission est tentée d’oublier que, « à la différence des économies anglo-saxonnes », la France n’est peut-être pas obnubilée par la croissance à tout prix. Il est bien vrai que l’état d’esprit français est, évidemment, autre chose que celui développé par les chantres de la « philosophie » de l’Avoir qui pensent que l’on est par ce que l’on vaut financièrement, et c’est d’ailleurs l’une de ses particularités et l’un de ses atouts : laisser croire que, en tout lieu et en tout temps, les besoins des sociétés et des hommes seraient les mêmes c’est oublier la nature profonde et l’histoire même des sociétés humaines. Or, M. Attali, et la lecture de ses livres le prouve à l’envi, est ce que l’on peut qualifier de « mondialiste », au sens philosophique du terme, et partisan d’un néo-nomadisme plus soucieux du mouvement perpétuel que de l’enracinement tel que l’évoquait Simone Weil… Autant je comprends que l’on puisse être « nomade » (certaines sociétés et cultures le sont restées à l’époque même des constructions frontalières, et elles ne sont pas moins intéressantes que les sociétés sédentaires), autant il me semble dangereux de vouloir imposer ce système à des sociétés qui ont eu besoin de « se poser » sur un territoire pour se développer et trouver (s’inventer, en fait) leurs « repères ».

 

Plus personnellement, j’ai trop souffert de mon propre déracinement, de cet arrachement à ce qui était « mon monde », celui de ma jeunesse et de ma joie de vivre, lorsque l’Education nationale m’a muté, à mon corps défendant, dans cette région parisienne où, malgré d’autres avantages, je n’ai jamais réussi à m’enraciner et à trouver un équilibre de vie qui me satisfasse pleinement… C’est une donnée que semblent oublier tous ceux qui font des plans sur le devenir de l’humanité en négligeant le fait que tout le monde ne ressent pas les mêmes choses au même moment et que « le mouvement pour le mouvement » n’est pas, ne peut être, le modèle unique de vie…

 

 

                                                                                

 

15.01.2008

Décloisonner les banlieues ?

Dans un entretien paru dans le quotidien « La Croix » lundi 14 janvier, Christine Boutin, ministre du logement et de la ville, tient quelques propos tout à fait censés sur ce que l’on nomme, de façon parfois abusive ou déplacée, « les banlieues ». Connaissant assez bien la question pour avoir travaillé aux Mureaux durant presque dix ans, j’écoute avec attention ce ministre quand elle dit que « depuis des années, nous nous enfonçons dans l’erreur d’enfermer les « quartiers » dans une identité stigmatisante. Or, la ville n’est pas l’addition de quartiers mais un sentiment d’appartenance à un territoire fondé sur des solidarités humaines. La logique des « zones » à la base de toutes nos politiques d’aides a dressé des frontières entre les paysages urbains. Ce système a ghettoïsé des territoires. On enferme des populations dans le regard que l’on porte sur elles. Aujourd’hui, il s’agit de rompre avec cette logique, de décloisonner, de faire exploser les frontières ». Ce n’est effectivement pas faux mais il faudrait tout de même souligner que ces quartiers réputés difficiles se sont, au-delà même d’un processus d’exclusion sociale de la part de la ville-centre ou des pouvoirs publics, marginalisés par la revendication d’une « identité de quartier » destinée en fait dans un certain nombre de cas à pallier au manque de repères de populations souvent déracinées ou « communautarisées » par ceux qui y trouvent là un moyen de contrôler des zones urbaines de plus en plus abandonnées par les services publics, émeutes ou pas…

 

L’erreur a été, surtout, de parquer dans des quartiers périphériques et « cloisonnés » des populations à la fois laborieuses et considérées (à travers leurs enfants turbulents et totalement intégrés, non à la « communauté de destin » française, mais à la société de consommation et d’individualisme de masse) comme des « classes dangereuses » : en organisant l’entassement, principalement vertical (les « tours » et les « barres »), des nouveaux arrivants qui, pour beaucoup, étaient alors condamnés à ne connaître de la France que le béton et l’image que la société du spectacle en donnait par la télévision, on préparait alors toutes les explosions futures.

 

Repenser la ville est certes nécessaire mais cela ne peut se faire qu’en s’inscrivant dans la durée et non dans le court terme permanent : « décloisonner » des quartiers pour mieux les intégrer à la ville ne se fera pas en un jour, car ce sont aussi des esprits qu’il faut décloisonner, en particulier dans ces cités aujourd’hui « hors du droit » qui ont pris l’habitude d’une indépendance de fait et qui ne supportent plus la présence « d’autrui » ni celle des « uniformes », de pompiers comme de policiers…

 

Or, le temps démocratique qui rythme les décisions politiques ministérielles reste trop court et trop aléatoire, ce qui explique les échecs de multiples initiatives gouvernementales ces dernières décennies. L’idée d’une sorte de Conseil supérieur de la Ville (qui ne peut se concevoir qu’avec une nouvelle et dynamique politique d’aménagement du territoire) qui ne dépendrait pas des variations électorales, aurait un mandat précis (mais assez souple pour éviter la paralysie) et travaillerait avec les municipalités, pourrait bien être posée à nouveau ces temps prochains. Et, effectivement, cela romprait avec la tradition (toute républicaine et si peu efficace) des plans à répétition qui se succèdent avant même que le précédent soit enterré…

 

14.01.2008

La BCE contre les salariés.

Il est des informations qui passent inaperçues et qui, pourtant, sont fort révélatrices d’un état d’esprit et d’une idéologie : ainsi la récente déclaration de Jean-Claude Trichet, gouverneur de la Banque Centrale Européenne (BCE), en partie résumée par « Libération » dans son édition du vendredi 11 janvier, et qui dénonce d’éventuelles augmentations salariales dans les pays de l’UE, au nom de la lutte contre l’inflation. Ce personnage, qui ne raisonne qu’en termes économiques, oublie visiblement que l’économie, si elle n’est plus au service des hommes mais juste au service de l’Argent ou de « principes », devient vite sauvage et inhumaine. Or ses propos montrent que l’orthodoxie financière lui est plus importante que les intérêts des salariés et que la juste rémunération de ceux-ci : « « La BCE ne tolérera pas de spirale inflation-salaires », a-t-il affirmé à l’issue d’une réunion du conseil des gouverneurs de l’institution monétaire (…). Alors que l’inflation est au plus haut depuis six ans et demi dans la zone euro (+3,1 % sur un an en décembre), les syndicats jugent légitimes de revendiquer des hausses conséquentes des rémunérations. C’est notamment le cas en Allemagne, où ils demandent des hausses de 8 % pour les fonctionnaires et une revalorisation pour les salariés du secteur privé. Il est « absolument essentiel » d’éviter ces effets de « second tour », a martelé le gouverneur ajoutant que la BCE se trouvait en état « d’alerte totale ». » La BCE avait déjà dénoncé le mois dernier l’instauration d’un salaire minimum pour les facteurs allemands (8 euros de l’heure en ex-RDA, 9,80 euros à l’ouest du pays), votée le 14 décembre par le Bundestag…

 

Ainsi, les salariés français sont prévenus : réclamer et parfois obtenir une augmentation de salaires est considéré comme un acte dangereux par la BCE, et donc condamnable, ce qui entraîne la « mobilisation » de la BCE, son état « d’alerte totale »… Où est donc l’Europe sociale dont on nous a tant rebattu les oreilles il y a quelques années pour nous faire accepter le traité de Maëstricht ? Où est la justice sociale ? Cette BCE, qui s’accommode bien (au nom du libre marché et de ses « règles ») des jeux boursiers qui coûtent si cher en emplois dans nos pays ; cette BCE qui veut imposer son orthodoxie libérale aux Etats au détriment des droits de ceux qui travaillent ; cette BCE est, il faut le dire, détestable, monstrueuse, ignoble… Je dois avouer que je tremble de colère en écrivant cette note et que je tape mon pauvre clavier avec une certaine rage tellement je suis écœuré par tant de mépris et d’ignominie de la part d’une institution qui se veut totalement indépendante des Etats et des citoyens et qui lance de tels diktats aux gouvernements.

 

Qu’on ne me parle plus d’une « Europe solidaire » si l’on ne souhaite pas mettre cette Banque au pas ou lui rappeler ses devoirs d’humanité ! Le chef de l’Etat français s’honorerait en dénonçant l’attitude irresponsable de la BCE : mais en a-t-il encore le pouvoir s’il en a toujours le droit ?

 

 

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