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27.02.2008

Retour d'Andalousie.

Me voici revenu d’Andalousie après un séjour de quelques jours en cette Al-Andalous aux richesses culturelles multiples, de la Mezquita de Cordoue à l’Alhambra de Grenade, perché sur les hauteurs. Un voyage scolaire formidable avec des collègues motivés qui l’avaient préparé avec soin et passion, et des élèves curieux et, souvent, émerveillés par tant de beautés et d’Histoire concentrés en quelques lieux magiques : il y aura aussi un « après » par l’organisation d’une soirée autour de ce voyage, la présentation des photos et des récits qu’en auront faits les élèves eux-mêmes.

 

Ce qui m’a frappé dans les différents lieux visités dont je faisais la présentation historique et religieuse, c’est la succession de peuples, de cultures, voire de civilisations, différents qui, en définitive (mais l’Histoire ne s’arrête pas là…), ont fait de l’Andalousie ce qu’elle est, une sorte de superposition de formes et de styles et de « conservatoire » des traditions anciennes toujours actualisé, remis en cause ou conforté en certains de ses caractères selon les idées ou les enjeux du moment, par les « vainqueurs », Wisigoths, Maures ou Chrétiens de la Reconquista : ainsi, les mosquées ne sont pas détruites mais « christianisées », parfois fort maladroitement et peu esthétiquement (comme le reconnaît Charles Quint après la construction de la cathédrale au cœur de la Mezquita de Cordoue), mais il en reste la structure principale, comme si chaque religion ou civilisation qui succédait à la précédente s’en voulait, non l’héritière religieuse mais bien plutôt « l’aboutissement », l’achèvement de la grande quête spirituelle et civilisationnelle qui est aussi celle de la communauté nouvellement dépositaire du lieu… Cela ne s’est pas toujours fait de manière pacifique et la tolérance envers ceux qui pensent (ou prient) différemment n’a souvent été qu’un apaisement passager, « contractuel » mais toujours susceptible d’être remis en cause : l’histoire de la péninsule ibérique au Moyen-Âge n’est pas de tout repos…

 

Après les soubresauts d’un XXe siècle cruel pour l’Espagne et la « révolution tranquille » de la Monarchie espagnole incarnée depuis les années soixante par celui qui fut l’héritier du « caudillo » Franco puis « le roi », au sens le plus noble du terme, Juan Carlos 1er, il faut souhaiter que l’Histoire, sans s’arrêter pour autant (l’immobilisme n’est qu’une soumission au présent et la perte de maîtrise de son propre destin, de sa liberté), ne se rejoue pas sur le mode de la tragédie. Or l’Espagne, riche de son histoire, en est aussi parfois prisonnière quand la Mémoire devient un simple enjeu idéologique (et juridique…) et que les communautés se font communautarismes ou identitarismes, au risque de détricoter un ensemble national en oubliant que « toute vraie tradition est critique » selon l’heureuse formule de Maurras. Le fait que la famille royale soit, aujourd’hui, attaquée de la façon la plus vile par quelques séparatistes et grands hommes d’affaires dans une sorte d’alliance paradoxale (mais, somme toute, assez logique), peut inquiéter : vouloir détruire l’institution qui est le « trait d’union » par excellence entre les diversités espagnoles, c’est préparer l’éclatement d’un pays au plus grand bénéfice de quelques intérêts particuliers et au détriment de l’équilibre politique nécessaire à toute vie « démocratique », au sens que lui donne La Tour du Pin lorsqu’il évoque la « démocratie locale ». La vieille antienne monarchique « Sub rege, rei publicae » (Sous le roi, les libertés publiques) est d’ailleurs tout aussi valable pour notre voisin ibérique que pour notre propre nation…

 

 

21.02.2008

En attendant mon retour...

Mes activités de blogueur et d’internaute royaliste se sont fortement ralenties cette année scolaire par le simple fait d’une abondance de travail qui ne me laisse que peu de temps pour participer aux débats sur les forums que j’avais l’habitude de fréquenter auparavant, ou pour rédiger des notes sur mon blog… J’en suis évidemment désolé, et je dois avouer mon absence quasi-totale dans les débats politiques municipaux qui, pourtant, font rage actuellement et confirment mon sentiment que, décidément, la politique « républicaine » devient de plus en plus une caricature de politique, sans éthique ni réflexion digne de ce nom. Le syndrome Neuilly-sur-Seine semble être fort développé dans ce pays, et avant même ce psychodrame révélateur et si dérisoire…

 

De plus, je m’absente durant six jours de France, accompagnant une quarantaine d’élèves de Première en Andalousie, du 21 au 26 février : du coup, il me sera difficile d’alimenter ce blog durant ce voyage scolaire qui s’annonce passionnant (Cordoue, Séville, Cadix, Grenade).

 

Si vous vous ennuyez, alors n’hésitez pas à vous promener dans les archives de ce blog (quelques dizaines de notes, évidemment d’inégale valeur), ou dans celui de mes « souvenirs politiques », encore bien incomplet ; profitez-en aussi pour vous rendre sur l’excellent blog de Catoneo, http://royalartillerie.blogspot.com , et sur le site d’informations et de réactions royalistes www.lesmanantsduroi.com . Vous ne serez pas déçus car ces deux sites sont très complets et intéressants, et me sont de précieuses sources d’information et de réflexion.

 

A mon retour, j’évoquerai sur ce blog le débat actuel sur la démocratie auquel « Libération » a fait écho dans son édition du samedi 16 février, ainsi que des pistes de réflexion pour le royalisme d’aujourd’hui, en particulier face à la République, « bling-bling » ou « bo-bo », face à la crise des modèles politiques classiques et à la montée des « nouvelles colères », etc.

 

A bientôt et, bien sûr, vive le roi !

 

                                              

 

                                              

 

 Post-scriptum : voici l'adresse de mon blog de souvenirs politiques : http://souvenirschauvin.blog.ca .

20.02.2008

Kosovo, la boîte de Pandore ?

Quelques lignes tirées de l’édition datée de mercredi 20 février du « Monde » sur la question kosovare : « Un Grand Kosovo accueillant la vallée de Presevo [en Serbie], que ses habitants albanophones appellent le « Kosovo oriental », et la partie occidentale de la Macédoine, peuplée d’Albanais, pourrait sans doute être un substitut à la Grande Albanie. Les dirigeants kosovars le voudraient-ils qu’ils en seraient certainement dissuadés par les Occidentaux, qui leur ont accordé une indépendance « sous surveillance ». » Tout est dans la nuance : « qu’ils seraient certainement… »… Il me semble que les Européens s’inquiètent d’avoir, en définitive, ouvert une boîte de Pandore qu’ils ne sont pas certains de pouvoir refermer désormais. Toujours ces maudits principes qui brouillent la perception juste des réalités et des enjeux, comme le signalait en son temps, à propos des questions d’Autriche et d’Europe centrale (entre autres), Jacques Bainville qu’il faut sans doute relire, tout comme René Johannet (l’ « inventeur » du terme de « nationalitarisme », c’est-à-dire l’application immodérée du principe des nationalités, application destructrice des équilibres et des harmonies stato-politiques, anciennement ou actuellement dynastiques). Ces maudits principes idéologiques qui ont fait, une fois de plus, oublier les leçons de l’Histoire : un Bernard Kouchner peut-il vraiment comprendre ce qu’il a, bien imprudemment, cautionné lorsqu’il était administrateur du Kosovo ?

 

D’ailleurs, le chroniqueur du « Monde », sans jamais le citer, le condamne de quelques mots : « Après avoir échoué à faire du Kosovo un Etat multiethnique, les Occidentaux doivent maintenant empêcher la renaissance des phantasmes consistant à vouloir regrouper chaque peuple dans son propre Etat. Des phantasmes qui ont régulièrement mis le feu aux Balkans ». Il aurait pu ajouter « et à l’Europe continentale », au regard de l’histoire du XXe siècle allemand : le principe des nationalités a trouvé sa pire application par le pangermanisme « völkisch » exploité par un Hitler sûr d’y trouver là un carburant inépuisable…

 

En tout cas, l’inquiétude, palpable dans les propos du chroniqueur, ne ferme pas les portes du temple de Mars : il faut souhaiter, en un sursaut d’espérance et de tempérance, que le pire ne soit pas sûr. Il faut le souhaiter, à défaut d’en être sûr… Car la politique du pire, que certains souhaitent, par vengeance irraisonnée ou par frustration compréhensible, reste, encore et toujours (et comme le rappelait fermement Maurras), « la pire des politiques ».

 

 

19.02.2008

Europe et vote démocratique.

L’argument des européistes pour ne pas faire revoter les électeurs français sur le traité constitutionnel européen est souvent de dire que ceux-ci n’ont pas vraiment répondu à la question posée en 2005, mais qu’ils se seraient plutôt déterminés par rapport au gouvernement en place… En fait, cet argument est spécieux, pour plusieurs raisons :

 

  1. Tout vote, toute élection n’est souvent que la manifestation d’une opinion du moment, d’une opinion dominante, raisonnée par certains mais suivie par de multiples autres. Le plus souvent, elle repose sur un caractère « d’entraînement » qui ne repose que sur un minimum de réflexion, car peu de gens lisent les professions de foi ou les textes soumis à référendum ;

     

  2. Or, justement, dans le cadre du référendum de mai 2005, de nombreux citoyens de notre pays, au contraire de ceux des Etats où la ratification se faisait par la voie parlementaire, ont pris la peine de lire, sinon le traité lui-même, souvent abscons, au moins les résumés et autres explications de textes de celui-ci ;

     

  3. D’autre part, c’est l’une des premières fois, depuis l’automne 1992 (référendum sur le traité de Maëstricht), que la construction européenne a vraiment été au cœur des préoccupations et des discussions entre citoyens, et que l’on a vraiment parlé d’Europe, alors que les élections européennes laissent, d’ordinaire, nos concitoyens complètement indifférents, au point de connaître des taux d’abstention très élevés quand celui du référendum du 29 mai 2005 a chuté à 30 % et que, donc, plus de 2 électeurs français sur 3 ont pris le chemin des urnes pour donner leur opinion sur le traité constitutionnel européen ;

     

  4.  Qu’il y ait eu des électeurs qui, comme à toute consultation électorale, en aient profité pour marquer leur mécontentement à l’égard de la politique gouvernementale, n’enlève rien à la valeur « démocratique » de ce scrutin qui s’est bien déroulé en toute connaissance de cause pour ceux qui se sont déplacés pour voter… A moins de considérer que tout vote est invalide parce que les électeurs ne se détermineraient pas seulement en fonction des programmes, de la connaissance et de la compréhension de ceux-ci, ou de la seule question posée… Dans ce cas, la démocratie électorale n’est qu’un immense malentendu, forcément dangereux, et il faut vite lui trouver une alternative ! Après tout, pourquoi pas ? Mais sûrement pas en oubliant les citoyens comme semblent le vouloir les européistes qui, tout à leur rêve d’un « peuple européen », préfèrent ne pas écouter les peuples réels d’Europe…

     

17.02.2008

Kosovo, indésirable indépendance ?

Le Kosovo proclame son indépendance, affirme les médias sans beaucoup de discernement, c’est-à-dire en réduisant cette province anciennement yougoslave à sa seule communauté ethnique albanaise… Il n’est pas certain qu’il faille se réjouir de cette nouvelle conséquence du principe des nationalités, celui-là même qui mit le feu au continent européen en de nombreuses occasions depuis la Révolution française : les jours et les semaines qui viennent nous diront si les inquiétudes étaient exagérées ou si, au contraire, elles étaient trop fondées pour ne pas dégénérer en tristes suites.

 

Il est, en tout cas, des photos révélatrices sur les enjeux de cette indépendance autoproclamée des Albanais du Kosovo, en particulier celle publiée en couverture de l’édition dominicale du quotidien « Ouest-France » (dimanche 17 février 2008) qui montre un indépendantiste brandir un drapeau albanais entre deux autres, ceux des Etats-Unis et de l’Union européenne…

 

Dans ce même journal, quelques explications précisent la photo, et montrent bien l’ambiguïté de cette proclamation indépendantiste ou séparatiste, terme préférable si l’on suit le sentiment de la population serbe : « Allégresse en Albanie. L’Albanie, voisine du Kosovo, fête aujourd’hui l’indépendance du pays frère. La circulation est interdite toute la journée à Tirana pour permettre à la population de participer à « une promenade de la liberté ». Avenues et bâtiments officiels sont parés de drapeaux albanais ». Question : quel sera donc le drapeau du Kosovo albanophone indépendant ? A part ce drapeau albanais brandi un peu partout, d’un côté et de l’autre de la frontière entre l’Albanie et le Kosovo, on n’en sait rien. Cela veut-il signifier un rattachement à plus ou moins long terme de cette nouvelle entité étatique au « pays des Aigles » ? Le journaliste de « Ouest-France » répond : « A court terme, non : cette perspective est écartée par tous les partis politiques importants, aussi bien en Albanie qu’au Kosovo. Mais à plus long terme, le nationalisme albanais risque fort de rendre la question brûlante »… A plus long terme…

 

En fait, la question du Kosovo, aussi tragique soit-elle, en particulier pour les populations serbes condamnées, d’après « Libération » (samedi 16 février 2008), à « l’exode » (n’a-t-on pas là une véritable épuration ethnique, qui touche des populations présentes sur ces terres depuis plusieurs siècles ?), dépasse largement le simple affrontement entre Albanais et Serbes : c’est, sur ce territoire grand comme un gros département français, un nouvel épisode de l’affrontement contemporain entre les Etats-Unis et la Russie, fidèle alliée des Serbes depuis le XIXe siècle.      (à suivre…)

 

 

                                              

 

13.02.2008

Union méditerranéenne et Union européenne.

Le rédacteur en chef de la revue chrétienne « Etudes » consacre un article fort intéressant à « L’Union dans la discorde » dans l’édition du lundi 11 février 2008 du quotidien « La Croix », article dans lequel il évoque les divisions européennes quant à la stratégie méditerranéenne à adopter pour les temps prochains.

 

Il rappelle que l’actuel président français a, dès le début de son mandat, évoqué l’idée d’une « Union méditerranéenne qui rassemblerait tous les pays riverains de notre Mare Nostrum », et que ce projet inquiète nos partenaires européens qui y voient une concurrence à l’UE, que ce soit à travers les discours de la chancelière allemande ou du premier ministre slovène dont le pays préside actuellement l’Union européenne. Ce dernier s’en explique, en des termes révélateurs : « Nous n’avons pas besoin d’une duplication d’institutions, ou d’institutions qui viendraient faire concurrence avec l’Union européenne, des institutions qui couvriraient en partie l’Union et en partie ses voisins ». Ce que le secrétaire d’Etat français aux affaires européennes, le socialiste Jean-Pierre Jouyet, reprend, d’une certaine manière lorsqu’il dit qu’ « il ne faudrait pas qu’on se mette à construire un projet à côté ou en dehors de l’Union européenne »… En somme, ces opposants à la construction d’une Union méditerranéenne s’inquiètent d’un projet qui ne serait pas dans la ligne d’une construction européenne « forcément occidentale » si l’on reprend les propos de l’ancien premier ministre Edouard Balladur, et qui oserait ouvrir d’autres pistes de réflexion et de pratique géopolitiques. D’ailleurs, ce sont souvent les mêmes qui se sont opposés à l’idée, jadis défendue par Jacques Chirac, d’une « Europe à plusieurs vitesses » qui aurait sans doute permis une plus grande souplesse et efficacité dans cette construction européenne qui, à défaut, se construit aujourd’hui de manière technocratique et « démocratique » sans le soutien réel des populations d’Europe, voire en évitant tout « recours au peuple » comme ce fut le cas la semaine dernière pour la ratification du traité de Lisbonne…

 

Ce refus des partenaires européens de la France d’envisager l’idée même d’une stratégie et d’une ambition différente de celle d’une Europe désormais repliée sur elle-même au fur et à mesure qu’elle intègre les Etats du continent et de certaines de ses marges, ce refus me semble révélateur et fort inquiétant : il signale une frilosité qui pourrait bien précéder la mort politique et diplomatique du continent européen, prisonnier d’un carcan administratif sans passion et sans ambition. Ce refus me semble aussi révélateur d’une « crainte de l’Histoire » de la part des « Européens », désormais plus intéressés à « consommer en paix » qu’à assurer l’avenir des générations futures et à assumer les défis géopolitiques. Or, pour survivre, les sociétés doivent s’en donner les moyens et en avoir envie, et cet instinct de survie semble bien émoussé, comme on peut le constater aujourd’hui, au risque d’être demain la proie des « peuples jeunes », avides (et c’est bien normal même si ce n’est pas forcément sain ni souhaitable, au regard des enjeux environnementaux…) de profiter des richesses de ce monde que l’Occident a longtemps exploité et, même, pillé.

 

Le rédacteur de l’article, Pierre de Charentenay, d’ailleurs, critique la méthode de M. Sarkozy, sans mettre en cause, pour autant qu’on sache lire, le principe de cette Union méditerranéenne : « Le projet méditerranéen révèle un comportement de Paris qui évacue la concertation au profit des effets d’annonce, une mauvaise préfiguration de la présidence française de juillet à décembre 2008 ». Mais, sans doute, la concertation en tout temps et entre tous est souvent l’aveu de l’impuissance et de la paralysie, de la volonté de « ne rien faire »… Ce débat a déjà été soulevé dans les années soixante à propos de l’attitude de la France gaullienne, souvent irritante parce qu’indépendante ! (Relire, à ce propos, le livre de Maurice Vaïsse, « La grandeur », sur la politique étrangère de la France entre 1958 et 1969).

 

Il est vrai que la politique sarkozienne apparaît fort maladroite et souvent peu crédible car trop fluctuante et activiste, et qu’elle ne sert guère les causes, pourtant bonnes parfois, qu’elle prétend servir. D’autre part, les discordances au sein de la diplomatie française actuelle, entre les conceptions atlantistes d’un Kouchner et celles d’un Guaino, plus souverainiste, ajoutent à la confusion et peuvent rendre illisible la ligne politique de la France dans le monde et, en particulier, par rapport à l’UE…

 

Mais il ne faut pas jeter le bébé avec l’eau du bain, et il me semble que cette idée d’une Union méditerranéenne, y compris sans l’accord de l’Allemagne (qui, d’ailleurs, n’a pas, jusqu’à plus ample informé, de rapport direct et physique avec la Méditerranée…), reste une idée à creuser, avec prudence et réflexion, mais aussi avec force et détermination, ne serait-ce que pour ne pas subir l’Histoire et, en particulier, pour désarmer les velléités islamistes sur les rives africaines de la Méditerranée. La France, UE ou pas, doit tenir son rang et assumer ses responsabilités historiques et politiques, sans morgue mais fermement : c’est le meilleur gage d’une « Mare Nostrum » apaisée et tournée vers l’avenir et vers les autres…

 

12.02.2008

Etat et industrie : l'exemple d'Alstom.

Dans une actualité plutôt morose, il est des bonnes nouvelles qui passent presque inaperçues, et c’est dommage car elles méritent tout autant l’attention que les autres. Ainsi, la présentation du nouveau train rapide d’Alstom, l’automotrice à grande vitesse (AGV), qui prouve qu’une entreprise moribonde il y a quelques années peut rebondir avec de la volonté et de l’astuce : en parodiant Maurras, j’oserai dire que « le désespoir en industrie est une sottise absolue ».

 

Dans un article fort intéressant publié dans « La Croix », mercredi 6 février 2008, quelques explications sont avancées à ce renouveau dont le politique n’est pas absente et que M. Sarkozy, ministre de l’économie et des finances lorsque l’entreprise apparaissait condamnée, a rappelé : « Venu assister à la présentation de ce « TGV de quatrième génération », Nicolas Sarkozy en a profité pour prononcer un discours offensif en faveur de l’industrie. Improvisant à de multiples reprises, il a placé un certain nombre de banderilles à l’égard de la spéculation financière, de l’Europe, et de la concurrence, qu’il ne veut pas voir s’opposer à l’industrie. « Si une politique de concurrence efficace est un stimulant, et le monopole un danger, a-t-il martelé, une politique de concurrence efficace doit regarder à moyen terme ce que doit être le paysage d’une industrie. »

 

Il a pris un malin plaisir à souligner qu’en 2003-2004, Alstom était moribond, mais que Bruxelles lui demandait alors que l’Etat n’intervienne pas. Et d’indiquer que sa volonté politique comme ministre de l’économie, à l’époque, et celle de Patrick Kron [le PDG d’Alstom] ont permis alors son sauvetage, avec l’entrée à hauteur de 22 % dans le capital de l’entreprise. Après sa visite à Gandrange (Moselle), lundi, le président de la République a encore indiqué que l’Etat doit « sauver des emplois », qu’il doit contribuer à aider les sites industriels en difficulté avant de se préoccuper de trouver des plans sociaux qui ont la particularité, a-t-il encore précisé, de générer des « dépressions chez les salariés, et dans les régions où sont installées ces entreprises que l’on ferme ». Alors qu’il devait recevoir Michel Rollier, un des cogérants de Michelin, hier en fin d’après-midi, à l’Elysée, il a expliqué, à propos du site de Toul (Moselle), que le constructeur veut fermer, que « l’Etat doit investir pour la revitalisation des territoires ainsi sinistrés ». »

 

Ces déclarations présidentielles, au-delà de ce que l’on éprouver à l’égard du président actuel, ne peuvent être ignorées et me semblent aller dans le bon sens, dans celui d’une politique industrielle « néo-colbertiste » que j’appelle de mes vœux, d’une politique qui ne laisse pas le seul Marché maître de l’économie et des finances, et qui réintroduit l’Etat dans le jeu, comme un arbitre actif et, parfois, acteur pour éviter de n’être que soigneur du social… Un Etat qui se souvient qu’il a un rôle à jouer et qu’il ne peut être simplement un spectateur des luttes entre groupes financiers ; un Etat qui préserve ce qui doit l’être pour assurer la cohésion et la justice sociales ; un Etat politique, en somme, qui n’est pas « providence » mais initiateur, promoteur, ambitieux ; un Etat qui refuse l’étatisme mais assume ses devoirs sociaux.

 

Reste à voir ce que deviendront ces déclarations présidentielles lorsque viendront les tempêtes qui s’approchent et lorsque les instances de l’Union européenne ou celles de l’Organisation Mondiale du Commerce feront valoir les « règles de la libre concurrence »… Sans doute faudra-t-il alors batailler ferme, et pas seulement au niveau gouvernemental, pour imposer aux oligarchies mondiales le respect des règles du Bien commun qui ne se limite pas, d’ailleurs, à notre seul pays…

 

11.02.2008

De Buren aux Tuileries...

L’artiste Buren se plaignait il y a quelques semaines du mauvais état des colonnes qui portent son nom et menaçait de les détruire au cas elles ne seraient pas restaurées par l’Etat, arguant d’une sorte d’ « urgence artistique » qui, en définitive, coûtera aux contribuables français 14 millions d’euros, alors que de nombreux chantiers de restauration et de protection de notre patrimoine, monumental ou artistique, religieux ou profane, sont en souffrance faute de crédits suffisants…

 

Au risque de choquer, je ne suis pas favorable à ce que la France devienne un musée ou une simple exposition d’art à ciel ouvert, et le sort des colonnes de Buren ne m’émeut guère : après tout, pourquoi ne pas considérer qu’elles auraient pu être démontées et vendues à tel ou tel riche magnat féru d’art contemporain, ou qu’elles auraient peut-être gagnées, tout compte fait, à se patiner avec les années, à subir les outrages du temps pour devenir de nouvelles ruines romantiques au cœur de Paris ? Tout comme je ne suis pas favorable à ce projet que la revue monarchiste « Politique Magazine » a défendu il y a quelques années, la reconstruction à l’identique des Tuileries. Je trouve cela assez ridicule de vouloir reconstruire ce qui n’est plus et n’a plus de raison d’être, ce qui apparaîtrait comme un décor artificiel à la Disney, sans âme et sans mémoire vive, en somme reconstruction irréelle et déracinée de son histoire. Si l’on veut refaire quelque chose à la place des Tuileries, dans ce cas, que l’on fasse du « neuf », et un grand projet architectural pourrait voir le jour, qui devrait concilier les formes et les matériaux contemporains pour montrer le dynamisme créateur de la France, sa capacité à « construire encore » : nous ne manquons pas d’architectes dans notre pays.

 

Bien sûr, il faudrait veiller à éviter des projets qui ne seraient que l’expression d’un art trop commercial ou tape-à-l’œil, et qui enlaidirait la capitale. Mais, après tout, pourquoi ne pas risquer ce projet de « nouvelles Tuileries », qui n’aurait rien à voir avec une reconstruction nostalgique que je n’accepte pas, comme dit précédemment ?

 

Il y a aussi un grand chantier qu’il faudrait enfin lancer à Paris, après tant de tergiversations, celui de la Grande Gare de République, dans les cartons depuis déjà plusieurs années : là aussi, il y a moyen de concilier utilité et art, et de faire de cette gare ferroviaire un nouveau monument vivant de la France que nous envieraient les nations du monde entier…

 

Encore nous faudrait-il un Etat capable de lancer et promouvoir ces grands projets, et non une caricature, ce « semble-Etat », selon l’heureuse expression du philosophe royaliste Pierre Boutang, qui nous gouverne ou, plutôt, nous administre aujourd’hui. Vivement un nouveau régime, cette Nouvelle Monarchie capable d’audace et de fonder l’avenir, de s’élancer vers celui-ci sans rechigner, de bâtir pour les générations futures…

 

10.02.2008

Travailler plus, dans l'enseignement.

« Travailler plus pour gagner plus » semble être un beau slogan, alléchant dans son principe mais ce n’est, en définitive, qu’un effet d’annonce et un leurre, en particulier en ce qui concerne l’enseignement. D’ailleurs, « les caisses sont vides », ne cesse-t-on de nous dire pour expliquer la suppression de nombreux postes d’enseignants, y compris dans le lycée où j’exerce ce qui reste, pour moi, le plus beau métier du monde.

 

Même des projets importants préparés par des collègues volontaires sont parfois abandonnés, faute d’autorisation mais surtout de crédits, y compris celui d’une « classe européenne » à l’heure où l’on nous serine sur tous les tons l’importance des langues et « l’ouverture » sur les autres pays du continent… Le Ministère n’est pas à une contradiction près. Quant aux classes qui comptaient, pour certaines d’entre elles, un nombre moins lourd d’élèves à des heures spécifiques (et n’est-ce pas ce qui permet un meilleur apprentissage des langues, en permettant aux élèves de parler plus fréquemment durant l’heure de cours ?), les voilà toutes remplies au maximum, à cause de la suppression de nombreuses heures allouées au lycée dans la fameuse « dotation globale horaire » de cette année.

 

Personnellement, je ne suis pas hostile au fait de « travailler plus » et, par exemple, de faire du « soutien scolaire » à quelques élèves en difficulté ou des « cours libres » sur l’histoire des institutions, de préparer des entraînements aux concours, etc. Encore faudrait-il que cela soit dans des conditions favorables et que l’on permette, d’abord, de le faire, tout simplement : il y a de multiples projets qui pourraient voir le jour dans les lycées de France s’il y avait moins de contraintes administratives et plus de soutien (ne serait-ce que moral…) de la part des rectorats et des inspections académiques… Or, visiblement, nous ne sommes pas dans cet état d’esprit-là, à mon grand regret.

 

Puisque c’est l’argent qui semble poser problème, pourquoi ne pas permettre aux établissements scolaires, en plus des crédits normalement alloués par l’Etat, de lever des fonds en faisant appel aux initiatives privées mais aussi communales, par exemple ? Le plurifinancement des lycées et des collèges, mais aussi des universités, me paraît le meilleur moyen (financier) de maintenir une qualité satisfaisante des enseignements dispensés. Je ne verrai rien de choquant à ce qu’une entreprise de BTP participe au paiement d’heures de soutien scolaire ou qu’un office de tourisme subventionne une activité de « découverte du patrimoine » (et des cours d’histoire-géographie, ce qui est assez logique), en plus, bien sûr, des cours obligatoires toujours payés par l’Etat ou les Pouvoirs publics.

 

Ce qui est certain, c’est qu’il faut, par contre, refuser une simple logique comptable ou « de rentabilité » qui oublierait les rôles traditionnels de transmission des savoirs et connaissances et d’épanouissement des intelligences en sacrifiant la qualité à la quantité…

 

05.02.2008

L'échec des nonistes.

La révision constitutionnelle devant permettre la ratification du traité européen de Lisbonne a eu lieu lundi 4 février dans une grande indifférence à peine troublée par les quelques opposants « nonistes », principalement de gauche altermondialiste. Ainsi, il n’y aura pas de répétition de mai 2005, de cette « insurrection électorale » qui avait tant effrayé le « pays légal » et les européistes. D’ailleurs elle n’avait pas eu de suites politiques, incapable de s’incarner dans un grand projet français et européen, ou dans un courant politique structuré : une simple émeute des urnes qui ne cassait que la vitrine euroconstitutionnelle sans penser à s’en prendre aux vraies causes du malaise citoyen face à la construction européenne et à refonder une politique digne de ce nom. Un coup d’épée dans l’eau qui a autorisé le « pays légal » à discréditer le référendum pour longtemps et à ne penser la démocratie qu’à travers le prisme des institutions représentatives et du « politiquement correct ».

 

Je suis en colère parce que la responsabilité de ceux qui se targuaient de défendre la souveraineté française face aux projets européistes de dépossession des nations d’elles-mêmes est lourde dans ce gâchis : impossible de mettre leurs querelles intestines de côté et d’oublier leurs petits intérêts électoralistes… Doit-on évoquer les ambitions politiciennes de certain d’entre eux qui se sont achevées dans le reniement et le ralliement à l’actuel président, en échange de quelques misérables prébendes électorales ? Où est, alors, l’intérêt français ?

 

Il a manqué, durant ces années, la plume et la puissance de réflexion et de conviction d’un Maurras ou d’un Bernanos, mais surtout un mouvement capable de mener une stratégie d’offensive intellectuelle et politique sur le terrain, de s’engager dans une action fondatrice indépendantiste sans être isolationniste pour notre pays et ses alliés. Ce ne sont pas forcément les bonnes volontés qui ont manqué mais bien plutôt une conscience politique et une ligne doctrinale capable de penser la question institutionnelle et celle, non moins importante, diplomatique. Il a aussi manqué les moyens humains, techniques et financiers pour faire connaître les positions et propositions indépendantistes, mais ce n’était pas le plus grave.

 

En tout cas, les républicains de droite ou de gauche qui accordent grande importance à la sauvegarde de la nation comme condition de la justice sociale ou de la présence au monde devraient désormais cesser de croire que le salut vient ou viendra de la République qui, de façon éminemment symbolique, ornera son prochain timbre officiel des étoiles de l’Union européenne : comme un dernier pied de nez à ceux qui pensaient qu’elle se confondait avec la France libre !

 

 

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