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31.03.2008
L'Action Française, résumé du numéro 2744, du 20 mars au 2 avril 2008.
Il y a un siècle, au détour d’une rue de Paris, l’écrivain Maurice Barrès, s’étonna de lire une affiche de promotion pour un nouveau journal quotidien, intitulé « L’Action Française » : il haussa les épaules, persuadé que ce titre ne passerait pas l’année, celle de 1908. Pourtant, en ce mois de mars 2008, si Barrès est presque oublié (sans doute de façon injuste, d’ailleurs), le titre dont il se gaussait existe encore : le journal, désormais bimensuel, a d’ailleurs profité de cet anniversaire hautement symbolique pour afficher en couverture une fleur de lys dessinée spécialement par le peintre Georges Matthieu auquel il est d’ailleurs rendu hommage quelques pages plus loin. En tout cas, un siècle après sa naissance, le journal monarchiste est toujours fidèle à sa ligne de défense de la nation française, comme le prouvent à l’envi ses pages et, en particulier, celle dédiée à « la politique » et dans laquelle Charles Moussay dénonce « le parti de l’étranger, nouvelle manière » en des termes qui rappellent que l’AF cultive la longue mémoire française sans céder aux sirènes de la facilité dialectique ou de la mode, qu’elle soit « européiste » ou « communautariste » : « Pour nous, qui connaissons la politique parce que nous connaissons l’histoire, c’est un étonnement et un chagrin permanents que de voir notre pays non seulement travaillé de l’intérieur par des puissances étrangères aux multiples figures, qu’ont décryptées Maurras puis De Gaulle, mais si bien trompé par ces machinations qu’il en perdit souvent jusqu’à la conscience de ses traditions propres, de ses principes propres, de ses intérêts propres. » Et de rappeler les formes et les commanditaires anciens de ces pratiques qui ont tant coûté à notre pays durant l’histoire, que cela soit l’Angleterre médiévale, l’Espagne de Philippe II ou, plus proche de nous, les Etats-Unis ou de « l’Europe » idéologique… « Une chose est neuve pourtant : depuis une année, non seulement le parti de l’étranger est partout parmi les classes possédantes (conséquemment parmi les faiseurs d’opinion, conséquemment dans les partis et finalement l’Etat) mais, plus grave encore, la tête de l’Etat n’appartient pas simplement au parti de l’étranger : elle est tout simplement étrangère à la France. » Face à cette situation inédite, Charles Moussay regrette, à juste titre, la division et la marginalisation du parti de l’indépendance nationale qui semble n’avoir plus ni voix ni homme pour l’incarner, et souligne l’importance d’avoir un journal pour défendre cette cause aujourd’hui malmenée par ce que Pierre Boutang aurait sûrement appelé « le semble-Etat ». Philippe Champion répond d’une certaine manière aux inquiétudes de Moussay par un bel entretien qu’il accorde au journal dont il est désormais le directeur depuis le décès de Pierre Pujo, en évoquant la situation actuelle et les projets de l’AF, presse comme mouvement. Et il en appelle à la mobilisation des lecteurs, anciens comme nouveaux : « A la suite des quelques modifications formelles du journal et du renouvellement des rédacteurs, les retombées sont favorables, mais il faut que cela se traduise par un surcroît d’abonnements et d’achats au numéro. Le seul moyen de prolonger le journal est de renouveler son lectorat, particulièrement en le rajeunissant, et pour cela, rejoindre, dans la fidélité à nos principes des préoccupations différentes de celles des gens de mon âge. (…) Je ne suis pas un taxidermiste. Notre propos est de tirer tous les enseignements possibles de notre école de pensée pour apporter des réponses à des situations inédites. (…) J’appelle tous nos amis à jeter toute leur énergie pour refaire de L’AF le journal qu’elle mérite d’être. » Un appel qu’il est bon et nécessaire d’entendre. Déjà, des groupes de vendeurs de l’AF, dans la tradition des Camelots du Roi, proposent le journal aux portes des principales gares parisiennes avec un certain succès… Pour conquérir de nouvelles énergies et intelligences dans notre pays, Arnaud Naudin propose une voie : « il faut « royaliser » les abstentionnistes » ! Dans un article précis et fort juste, il décrypte ce que les grands médias ont, la plupart du temps, négligé de souligner : « En premier lieu, la vigueur de l’extrême gauche et plus particulièrement de la LCR qui réalise des scores non négligeables. Un vague retour de Mai 68 ? Ou nouvel aspect du vote protestataire ? Plus important, le score de l’abstention. Les élections municipales n’ont attiré que 60 % des électeurs. A comparer avec les 83 % de participation à la dernière élection présidentielle. Electeurs patriotes du FN déçus, défenseurs des valeurs traditionnelles, hostiles au style bling-bling, Français ne voyant aucun intérêt à la mascarade républicaine, tous doivent être le terreau de recrutement et de propagande des militants d’Action française. Et auparavant, montrer que l’abstention n’est pas indifférence à la chose publique, mais une mesure de salut nécessaire contre un régime qui ne vit que des votants. » En somme, un véritable vivier de futurs royalistes qu’il faut convaincre d’agir pour changer les choses dans le bon sens ! Pour convaincre, encore faut-il analyser les situations, proposer des pistes de réflexion et approcher des alliés potentiels : de nombreux articles de ce numéro répondent à ces critères éminemment politiques, comme, par exemple, celui sur « la politique industrielle » écrit par Nicolas Vey, qu’il faut lire, relire et faire connaître. Après une analyse claire des problèmes industriels de notre pays et des stratégies mises en place par l’actuelle République, il rappelle les conditions d’un réveil de l’industrie nationale : « conduire une véritable politique industrielle exigerait de sortir des cadres définis par le libéralisme actuel. La première des choses est de refuser la marche forcée vers la « globalisation », qui n’a rien d’une fatalité mais est le fruit des vagues successives de déréglementation voulues par la plupart des gouvernements depuis les années soixante-dix. Il s’agit ainsi de rejeter la nouvelle division internationale du travail que l’on nous propose. Cette organisation du monde fait des pays émergents et de la Chine en particulier le grand atelier de la planète, fabriquant à bas coût les innombrables produits de consommation dont se gavent les pays riches. Pays riches qui le sont de moins en moins à force de cumuler les déficits commerciaux – 39 milliards d’euros pour la France en 2007 -, mais qui se rassurent en écoutant les lieux communs à la mode sur « l’économie de la connaissance ». (…) L’enjeu est donc de se donner les moyens de mettre en œuvre un néo-protectionnisme qu’il serait absurde de vouloir systématique, mais qui doit permettre de protéger, selon les circonstances, différents secteurs de l’économie française, qu’ils soient fragiles, innovants, ou de nature stratégique. (…) Enfin, un progrès considérable devra être effectué dans le domaine de la recherche et du développement grâce notamment à une meilleure articulation entre secteurs public et privé. Tout ceci demande cohérence et vision à long terme, deux choses bien difficiles à concevoir pour l’homme de coups médiatiques qu’est Nicolas Sarkozy. » L’industrie n’est qu’un moyen de notre politique et la diplomatie en est un autre, que les capétiens ont développé avec « mesure et prescience ». Si Bainville a su retrouver la veine capétienne dans la première partie du XXe siècle, c’est sans nul doute l’un de ses fils spirituels, l’ancien ministre des Affaires étrangères Hubert Védrine, qui a pris le relais, ce que n’oublie pas de signaler François Roberday, à la suite de Pierre Pujo, par un article titré « C’est Védrine qu’il nous faut ! ». Il est vrai que son ouvrage récent, « Continuer l’histoire », conforte ceux qui ont compris Bainville et s’attachent à la place de la France dans le monde : « En relisant le bref essai de politique étrangère qu’Hubert Védrine a publié au début de l’année 2007 (…) on se dit qu’avec son auteur, la France pourrait bénéficier des services d’un véritable homme d’Etat pour tout ce qui concerne les Affaires étrangères. Et ce ne serait pas un luxe dans l’obscurité des temps où nous sommes. (…) Dans la grande tradition capétienne et, sous certains aspects, gaulliste, ce diplomate d’exception ne se place nulle part ailleurs que du côté des rapports de force et des possibilités concrètes. Indifférent aux modes et aux intérêts du temps, il sait que l’invocation d’une « moralité supérieure » cache souvent des égoïsmes féroces.» Des accents qui résonnent évidemment familièrement à des oreilles habituées aux leçons maurrassiennes de « Kiel et Tanger »… : « Partisan d’un retour à une « conception classique de la politique étrangère », Hubert Védrine voit des possibilités de manœuvrer et de grandir entre les empires pour une « nation moyenne » comme la France. Il observe que l’Angleterre et l’Allemagne ne s’en privent pas et se demande pourquoi nous devrions le faire au nom de l’Europe. Persuadé que la France a pour vocation d’être un « pays occidental fidèle à ses alliés dans les crises graves mais autonome et libre de ses mouvements dans tous les autres cas », il aimerait que son peuple et ses élites renoncent à la fois à leur vision angélique du monde et à leur tentation de se laisser netraîner dans « une politique américaine de « bloc » occidental. » » Ces articles d’actualité sont utilement complétés par des réflexions politiques sur notre histoire et ses leçons, en particulier celles signées par le rédacteur en chef Michel Fromentoux qui, depuis presque quarante ans, ordonnent les colonnes du journal et met les plumes en ordre de bataille. Ainsi, voici, dans la rubrique « cette année-là », l’heureuse date de 1638, celle de la naissance d’un enfant qui allait faire briller la Monarchie française au firmament, Louis-Dieudonné, plus connu sous son nom de règne : Louis XIV. Dans ce même numéro, Michel Fromentoux rend un bel hommage au dernier poilu français, Lazare Ponticelli, véritable modèle pour ceux qui n’oublient que, pour vivre, une nation doit savoir se défendre. C’est aussi une double page consacrée au dernier livre de Xavier Martin (Régénérer l’espèce humaine – Utopie médicale et Lumières, 1750-1850.) que signe le rédacteur en chef sous le titre « De la « Révolution guillotinière » à la philanthropie eugéniste » et qui montre combien les idées issues des Lumières ont entraîné une véritable « chosification » des êtres humains, sous le couvert de médecine et de progrès, et qu’elles sont à la base d’une attitude en définitive « épuratrice », voire exterminatrice des difformes ou des « impurs », y compris idéologiques… : « Rien n’est innocent dans le langage : assimiler la nation à un organisme revient évidemment à parler de ses imperfections comme de maladies qu’il faut neutraliser, voire extraire, afin de ragaillardir le corps, de le « régénérer. Là est le maître-mot de la décennie [révolutionnaire]. (…) Qui dit régénération ne sous-entend évidemment pas médecine douce. Mais la Révolution alla plus loin : c’est « ontologiquement » qu’elle se fit « guillotinière », selon l’expression du conventionnel (et médecin !) Baudot, lequel se déclarait prêt à faire guillotiner le quart de la population alsacienne, dont un bon contingent de juifs… ». L’évocation du docteur Cabanis (1757-1808) attaché à la « perfectibilité de l’homme » : « L’hygiène et l’éveil des sens, autant que l’éducation et les techniques de manipulation, fêtes civiques et uniformes, devaient rapprocher toujours plus l’homme d’un « type parfait ». Mais cet homme était appelé à s’épanouir au sein de masses, de collections, d’agglomérats donc d’abstractions, seules pouvant exister dans un monde qui condamnait les communautés naturelles comme non naturelles. (…) Vouloir créer un type parfait d’homme (les « hommes supérieurs » rêvés par Helvétius) et en même temps ne parler que d’hommes en troupeaux, cela peut sembler contradictoire. La solution de Cabanis est éclairante sur les futures réformes de l’enseignement en France jusqu’à nos jours. Il s’agissait en fait, explique M. Martin, d’un « parfait type moyen » réunissant en lui la meilleure « intelligibilité » (savoir en somme exceller dans la moyenne, se comporter, selon Cabanis, « de manière optimale » dans la moyenne…) et la meilleure « gouvernabilité », autrement dit la docilité. Il était bien entendu qu’il n’y aurait nulle place pour la fantaisie dans cet univers de remodelage, tout juste bon pour des « robots supérieurement téléguidables » - les hommes aujourd’hui sans visage de la « pensée unique »… Ce que les utopistes de la Révolution et du Consulat n’ont pas su créer parce qu’ils finirent par faire peur, les idéologues de notre temps, capables de la manière soft, ne sont-ils pas en train de le réaliser ? » Un article passionnant qui donne envie d’en savoir plus long et de se précipiter sur ce livre de Xavier Martin. En feuilletant ce journal au titre désormais centenaire, de nombreux autres articles retiennent l’attention et montrent combien l’AF reste une école politique tout à la fois de raison (et de « raisons »…) et de passion, celle pour la France qui jamais ne doit s’éteindre au risque d’entrer dans le monde glacé des apparences et des hypocrisies. Barrès peut bien hausser les épaules mais, s’il revenait, il constaterait que la fidélité des monarchistes pour la France reste l’une de ses dernières chances « d’être et de durer »…
23:07 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : nationalisme, maurras, védrine, politique industrielle.
Banderole anti-ch'tis.
Cela faisait suite aux très violents incidents survenus dans un cadre qui n’avait rien de sportif sur l’île de Mayotte, dans l’archipel des Comores, île qui est française et a refusé, dans les années 70 et par référendum, une indépendance que les autres îles des Comores ont approuvée et dont elles ne cessent, depuis, de se mordre les doigts. Là-bas, jeudi dernier, des manifestants d’origine anjouanaise (selon les autorités locales mahoraises) se sont livrées à une véritable « chasse aux Blancs » qui visait les Français de métropole, au motif que le gouvernement français avait exfiltré le président de l’île voisine d’Anjouan renversé la veille par des troupes venues de la Grande Comore. Plusieurs métropolitains ont été blessés, certains grièvement, et l’ambiance sur cette île pourtant calme d’ordinaire est désormais lourde de menaces.
Dans ces deux événements, c’est la France qui est visée et touchée, et en particulier son unité et son caractère de « composé » souligné par Jacques Bainville il y a presque un siècle dans sa magistrale « Histoire de France ». Si la réponse peut être la répression, ce n’est qu’une réponse insatisfaisante et à court terme. La vraie réponse est politique et c’est l’Etat qui doit reprendre l’initiative en rappelant que la France est plurielle et qu’elle est, en même temps, une unité au-delà des différences, qu’elles soient ethniques, linguistiques ou religieuses. C’est parce que l’Etat ne sait plus incarner la parole et l’unité du pays que de tels actes « séparatistes », de haine et de bêtise, sont possibles. Et, à force de vanter à tout crin « l’Europe, l’Europe, l’Europe », on a oublié ce qui constitue encore la meilleure médiation entre les hommes de l’hexagone et de son outre-mer, leurs appartenances familières et « identitaires » et l’universel : la nation française, son histoire, son être éminemment politique…
Les « séparatistes » parisiens comme les clandestins anjouanais (ces derniers qui confondent la France et « les Blancs ») méritent une réponse politique ferme qui ne soit pas que « théorique » : mais on ne reconstituera pas le rideau déchiré de notre unité par quelques paroles, il y faut aussi une forte volonté politique et, surtout, beaucoup d’amour, voire de la passion, celle que Bernanos éprouve quand il parle de la France, notre pays, celui qui est riche de ses diversités et fort de son unité particulière, celle que l’histoire a forgée au fil d’un millénaire… Sans amour, la France n’est plus…
12:22 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : mayotte, ch'tis, unité française, banderole.
30.03.2008
Financer l'école.
Dans cette affaire, on se heurte à plusieurs difficultés, en particulier financières : comment continuer à payer pour l’enseignement public dans un Etat qui avoue un déficit de plus de 1.000 milliards d’euros ? Ainsi le problème du financement est-il le plus déterminant dans la prise de décision du Ministère et dans ses arbitrages, souvent cruels et, plus grave encore, injustes. Que proposer ? Un impôt nouveau et circonstanciel pour financer l’école des prochaines années, comme il a existé un « impôt sécheresse » certaines années de canicule ? Après tout, pourquoi ne pas faire appel à la solidarité nationale pour cette cause d’importance ? Mais la contestation risque d’être vive dans une population qui, aujourd’hui, peine à amortir le choc de l’inflation et à surmonter le sentiment (qui rejoint d’ailleurs la réalité…) d’une érosion du pouvoir d’achat. D’autre part, j’ai pu constater que, en de maints endroits, les professeurs ne sont guère populaires, accusés parfois des pires maux et de tous les défauts de l’Education nationale. Aussi, un tel impôt risquerait bien de « plomber » un peu plus les relations entre les citoyens et les enseignants…
Une autre proposition (je préfère employer ce terme à celui de « solution », peut-être trop présomptueux) serait de taxer les « stocks option » des grandes entreprises ou les bénéfices boursiers pour aider au financement de l’école, mais certains évoqueraient alors « l’inquisition fiscale » et le risque de « fuite des capitaux » pourtant nécessaires à l’économie française : doit-on, peut-on en prendre le risque ? Au risque de passer, à tort, pour un odieux « collectiviste », ma réponse est clairement positive. Mais je l’accompagne d’une nuance ou, plutôt, d’un complément, d’une condition : une telle taxe doit être expliquée et être aussi l’occasion de repenser les rapports du monde de l’entreprise et de la finance avec l’école. Pourquoi ne pas penser une plus grande implication des acteurs économiques dans les structures mêmes de l’Education nationale, par le biais de partenariats et de financements d’origine privée de certaines activités scolaires, comme les « classes à projets » ou les voyages scolaires ?
Bien sûr, certains qui veulent plus d’argent pour l’école mais se crispent sur l’idée, aujourd’hui peu crédible, d’un financement uniquement « public », vont hurler à la mort contre cette dernière proposition (j’en ai d’autres, encore plus « choquantes », et je n’en suis pas désolé…) en évoquant l’entrée du loup dans la bergerie. Dois-je leur rappeler que la principale exigence des parents d’élèves à l’égard de l’école est d’assurer à leurs enfants une insertion la plus profitable possible dans le monde professionnel, celui-là même dont je demande l’intervention, ou l’implication dans le financement des établissements et activités scolaires ? Il ne s’agit pas de faire des collèges et lycées des annexes des entreprises mais de trouver un moyen réaliste et pérenne de financer leur fonctionnement et leur développement, sous le double contrôle des conseils d’administration et de l’Etat. J’ai là aussi quelques idées sur l’organisation des structures à mettre en place dans ce cadre.
Cette proposition n’en est qu’une parmi beaucoup d’autres que je pourrai faire, ayant (depuis quelques années) beaucoup réfléchi sur ce sujet et, surtout, ne voulant pas critiquer sans proposer, attitude qui me semble contre-productive et stérile. Mais je constate que cette proposition de plurifinancement de l’école, idée que je défends depuis près de 25 ans (de l’Université à l’enseignement, mes tracts depuis 1982 en faisant foi…), avec des aménagements selon les cadres envisagés et les conditions contemporaines, a encore du mal à être acceptée par certains syndicats ou partis qui voudraient, semble-t-il, « le beurre et l’argent du beurre » en oubliant que l’argent ne tombe pas du ciel et qu’il nous faut penser au meilleur moyen de concilier l’intérêt public et les fonds publics…
Cela étant, dans l’urgence actuelle, il me semble nécessaire de rappeler au Ministère et à l’Etat actuels que l’éducation justifie des moyens importants et que l’on se batte intelligemment pour elle sans rogner tout le temps sur ce qui est la condition d’avenir de notre pays : la principale richesse de la France c’est la « matière grise » et la négliger serait criminel. En détruisant des postes et en « désarmant l’école » au lieu de la dégraisser et de la muscler, la République sarkozienne (qui reste bien la République, quoiqu’en disent certains qui semblent oublier le sens des mots) étouffe l’enseignement. Desserrer cette mortelle étreinte s’impose : mais, soyons prudents, car s’agiter dans le désordre et la panique risque d’étrangler un peu plus ce qu’il s’agit de sauver…
13:11 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : ecole, éducation, financement, propositions.
26.03.2008
En léger différé...
Certains s’indignent d’un tel procédé qui, ni vu ni connu, permet un contrôle efficace des images et des événements, sans que le public ne se rende compte de quoi que ce soit : or, dans notre société de l’image et de l’immédiateté revendiquée (et affichée par les grands médias sans qu’il y ait vraiment moyen de la vérifier), ce qui est vu à la télé existe, ce qui n’y apparaît pas n’a jamais existé… Modernes saint Thomas, nos contemporains veulent voir pour croire, au risque de passer, en définitive et de toute bonne foi, à côté de la vérité.
Mais le différé n’est pas un monopole chinois ou des pays totalitaires : c’est même aux Etats-Unis, première puissance démocratique du monde, que ce procédé a été élargi à toutes les émissions dites (à tort) « en direct », et ceci depuis le scandale du « sein dévoilé » (bien malgré elle…) de Janet Jackson lors d’une grande émission très populaire vue par des dizaines de millions d’Etats-Uniens et qui avait indigné les prudes téléspectateurs d’Outre-atlantique. Il y a fort à parier qu’il y a peu de raisons que les Etats-Unis renoncent à ce procédé, ne serait-ce que pour satisfaire aux exigences des grandes multinationales « sponsors » des Jeux olympiques qui n’ont pas envie de laisser gâcher leurs opérations de promotion mondiale dont le sport est le principal vecteur, selon le principe encore plus vrai aujourd’hui qu’au temps de la Rome antique et résumé par la formule « Du pain et des jeux »…
D’autre part, sans même avoir besoin de faire des remarques aux cameramen occidentaux, ceux-ci, très professionnels là encore, savent, comme ce fut le cas ce dimanche à Olympie, passer à un « plan large » pour éviter de rendre visible et intelligible l’incident : pas besoin de censure chinoise, comme on le voit, et les meilleures images diffusées étaient des images filmées sur des téléphones portables et non celles des caméras officielles des pays démocratiques…
Les démocraties, d’ailleurs, qui donnent des leçons au monde entier (morale obligatoire : en somme, grands principes et… petite vertu !), apparaissent parfois bien hypocrites : la Grèce, membre de l’Union européenne (Union qui nous inonde d’un discours permanent et répétitif sur les droits de l’homme, la démocratie unique, la paix et j’en oublie…), n’hésite pas à menacer les trois manifestants de Reporters sans frontières d’un an de prison pour « outrage aux symboles olympiques » (ou quelque chose d’approchant). A croire que la manifestation d’opinions (valables ou non, ce n’est pas ici la question) « différentes », dès qu’elle semble sortir de la bienséance et risque de brouiller l’Europe avec un client important, est dangereuse pour la démocratie elle-même : cela augure mal d’un monde qui n’aurait plus que cette démocratie comme horizon ou comme destin, car il n’est pas sûr que la liberté de l’esprit y trouve sa juste et légitime place…
00:05 Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : jeux olympiques, télé, chine, démocratie, images.
24.03.2008
Principe des nationalités et risques communautaristes.
Mais le candidat Obama est un fin politique et sa réponse, mardi 18 mars, a été très nette, en particulier en précisant qu'il refusait le communautarisme, et cela au profit de la nation : « la nation est plus grande que la somme de ses parties ». Sans prendre parti dans cette élection qui ne nous concerne pas directement (j’en suis spectateur, pas citoyen états-unien) et pour laquelle, pour l'heure, je n'ai pas d'opinion encore bien tranchée, je dois avouer que cette réponse me semble bien définir ce qu'est la conception juste d'une nation, y compris de ce « composé » qu'est la France, conception qui s'oppose à celle, ethniciste ou communautariste, qui aujourd'hui est mise en avant par les « identitaires » férus du fameux (et ô combien belligène) « principe des nationalités ».
Il se trouve qu’au même moment je faisais aux classes de Première mon cours sur les conséquences de la guerre de 1914-1918, et que, justement, on voit bien comment c’est ce fameux principe des nationalités, parfois décliné au profit de communautés qui se veulent « séparatistes » de leur société civique et politique nationale et menacent l’unité de l’ensemble, qui va faire « perdre la paix » : les « quatorze points » du président Wilson et les traités de paix de la région parisienne sont l’application malheureuse du « droit des peuples à disposer d’eux-mêmes », dont l’ambiguïté naît des débats autour de la définition même du terme de « peuple », souvent compris comme « communauté ethno-culturelle », comme on vient encore de le voir, pour le plus grand malheur des Balkans, dans l’indépendance du Kosovo albanophone. Ainsi, le lien politique tient désormais, dans cette optique communautariste, à l’appartenance, non plus à une histoire vécue en commun au-delà des différences linguistiques ou ethniques, mais à une « communauté » qui se reconstruit une « exclusivité » qui entraîne logiquement l’exclusion des « autres communautés » pourtant proches et anciennement reliées à celle qui s’émancipe.
Dois-je rappeler que cette logique, qualifiée avec justesse dès les années 20 de « nationalitaire » par le maurrassien René Johannet, a mené à la volonté pangermaniste de rassembler toutes les personnes de culture germanique au sein d’un seul Etat, quitte à mutiler ou à détruire les anciennes nations dynastiques et à bousculer les anciens équilibres et médiations politiques et géopolitiques ? La grande erreur des traités de paix de 1919 fut de conforter l’unité allemande (unité née des idées révolutionnaires et des conquêtes napoléoniennes) et de briser l’Etat « multinational » d’Autriche-Hongrie, véritable confédération de peuples danubiens autour du trône des Habsbourg et loin de l’image de « prison des peuples », jadis véhiculée par les nationalitaires de toute tendance pour des raisons évidentes… La même erreur de principe (mais pour des ensembles évidemment différents) se reproduit sous nos yeux dans les Balkans mais aussi tout à côté de nous, en Belgique…
Il n’est pas impossible que cette même spirale de parcellisation qui affaiblit, en définitive, les Etats et arrange les grands groupes économiques (pour qui les nations sont souvent des obstacles à la liberté des affaires), atteigne bientôt notre pays, au nom des mêmes principes et encouragée par une Union européenne pour qui le « contrôle de l’inflation » aura toujours plus d’importance que l’Histoire et ses leçons, que les nations et leur médiation nécessaire entre les citoyens d’appartenances diverses par l’entremise arbitrale d’un Etat, que l’exercice d’une politique indépendante des simples intérêts économiques et financiers… Quand la Commission européenne comprendra-t-elle pourtant qu’on n’est pas amoureux d’un taux de croissance ?
11:19 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : principe des nationalités, obama, wilson, kosovo, nation.
20.03.2008
Jeux olympiques en Chine.
Certains hommes politiques français, fort maladroitement, proposent que nos sportifs portent sur leur tenue de compétition ou de défilé un écusson reproduisant le drapeau tibétain : ils semblent oublier que le règlement olympique interdit, en tout cas pour les sportifs, toute manifestation ou propagande politique sous peine d’exclusion : là encore, quel sportif, aussi humaniste soit-il, risquera la disqualification –et la perte de ses contrats avec les sponsors- pour quelques Tibétains perdus dans les montagnes d’Asie ? Je crains que l’honneur ne soit pas ici en cause mais bien plutôt la simple raison : pourquoi les sportifs qui vivent d’abord de leur gloire conquise, parfois durement, sur les stades, se sacrifieraient-ils quand les politiques, eux, ont depuis longtemps renoncé à leurs responsabilités et se contentent de discours moraux qui masquent leur impuissance face à un empire qui, désormais, peut dicter ses conditions à ses « clients » devenus depuis longtemps ses débiteurs ?
En fait, le piège ne s’est-il pas refermé sur les pays occidentaux qui, par recherche du plus grand profit, se sont engagés jusqu’à la garde dans une Chine dont il leur est devenu impossible de se dégager sans menacer leur propre croissance ? En effet, on n’imagine mal nos concitoyens se passer de chaussures ou de ticheurtes à bas prix, désormais produits en masse dans « l’atelier du monde »… Alors, que faire ? Commencer, peut-être, à reconquérir notre indépendance économique ou, du moins, à ne pas nous livrer pieds et poings liés à des empires qui raisonnent en termes de puissance quand nos sociétés pensent, pour notre malheur, en termes de jouissance…
00:04 Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : tibet, chine, sport, jeux olympiques, économie.
18.03.2008
Armons, armons, armons !
Touchant de près à la « chose militaire », mon camarade de ce samedi m’évoquait l’état désastreux de notre armée, pauvrement dotée au moment même où la situation nécessiterait une véritable mobilisation des moyens et des capacités : le bilan, effectivement n’est guère brillant, avec un porte-avions indisponible pour encore un an, des hélicoptères et des transalls vieillissants, des effectifs insuffisants et une diplomatie aujourd’hui résolument atlantiste et « humanitariste ». Une armée dont les hommes ne manquent pas de courage mais bien de moyens en matériel.
Je ne suis pas un militariste ni un belliciste aventureux mais un « nationaliste conséquent » qui se souvient que, dans l’histoire et par delà les temps, une nation qui n’a pas les moyens de dissuader l’attaque et de se défendre « au cas où » est condamnée à subir la loi d’autrui, voire pire : la guerre, l’invasion et l’occupation. Notre pays en a connu l’amère leçon à plusieurs reprises depuis deux siècles et ne s’en est pas forcément bien porté : ce lundi d’hommage national aux combattants français de la « Grande guerre » est une piqûre de rappel qui n’est pas inutile, loin de là, et qui devrait nous inciter à nous poser les questions des conditions de notre survie politique et de notre liberté, publique ou personnelle. Me revient en mémoire la formule de Maurras : « La plus précieuse des libertés humaines, c’est l’indépendance de la patrie ». Il l’accompagnait, dans les années trente, d’une supplique, d’un conseil, d’un ordre : « Armons, armons, armons ! ». Il ne fut pas écouté, pas entendu : on sait ce qu’il en advint et la chute brutale de 1940 dont nous n’avons pas totalement fini de payer le prix, repentance comprise…
Je ne vibre pas au clairon qui sonne et les poèmes de Déroulède me laissent froids : mais je suis un pragmatique inquiet, sans doute un peu Cassandre, murmurant parfois un « ça finira mal » qui était déjà celui du perroquet de Bainville… Je ne suis ni un décliniste ni un grincheux fataliste : j’aime la vie et j’imagine, j’espère des lendemains les plus heureux possibles, sans tomber dans l’optimisme béat (ce « bonheur des imbéciles » comme le dénonçait Bernanos), l’illusion du paradis sur terre ou de la perfection absolue de l’espèce humaine. C’est d’ailleurs pour cela que je souhaite le meilleur pour mon pays et ceux que j’aime, de ce pays-là et d’au-delà de ses frontières. Et c’est pour cela que je reprends l’appel évoqué plus haut, mille fois répété par Maurras : « Armons, armons, armons ! » Oui, pour mettre notre nation à l’abri des docteurs Folamour qui aujourd’hui profitent de notre faiblesse pour préparer leurs sinistres projets dans les recoins et les ombres (mais parfois aussi en pleine lumière…) de notre planète.
Pour préserver notre droit à vivre et à boire dans nos verres, enfoncés dans nos fauteuils, devant nos cheminées, et à écrire ce que notre liberté nous inspire, envers et contre tout.
Nous aurions pu dire tout cela à notre illustre promeneur de la place Saint-Sulpice, mais l’aurait-il compris, lui qui a, depuis longtemps, renoncé à une diplomatie indépendante et a préféré le confort des alliances atlantique et européenne qui, pourtant, ne sont que le mol oreiller de l’abandon… Que lui faudra-t-il pour que ces yeux se dessillent et qu’il voit, enfin, les risques que ses déclarations et sa « politique » si peu politique font peser sur notre pays ?
00:22 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : armons, guerre, armée, kouchner, maurras, indépendance.
17.03.2008
Rééquilibrage.
Il y a aussi une autre raison, peu évoquée, du désaveu ou de l’indifférence d’un certain nombre d’électeurs classés parfois (et de plus en plus à tort) « à droite » à l’égard des listes de Droite, voire du scrutin lui-même : c’est le fait que voter semble ne plus avoir beaucoup d’importance dans une démocratie qui, lorsque les oligarques sont mécontents du résultat, n’hésite plus à contourner le suffrage universel pour imposer leur point de vue, en se référant à la seule « légalité » du vote parlementaire… La comédie de la ratification du traité de Lisbonne, par le Congrès réuni à Versailles et par l’assemblée nationale quelques jours après, en a découragé plus d’un et a fait perdre quelques illusions sur la démocratie représentative à de nombreux « nonistes » de mai 2005. Ce désabusement d’une part de l’électorat « souverainiste » ou « contestataire » (de droite comme de gauche) n’a pas été mesuré par les instituts de sondage ni même signalé par les analystes électoraux, ce qui me semble une erreur ou plutôt, sans doute, une omission regrettable.
Je dois avouer que, sans diviniser le suffrage universel ou le recours au référendum populaire dont la légitimité ne me semble pas toujours bien établie ni même acceptable dans certains cas, je suis dans ce cas de figure de ne plus voir, pour l’instant, l’intérêt qu’il y a à se déplacer un dimanche matin pour glisser un morceau de papier dans une urne transparente, en fait un « chiffon de papier » si l’on en croit le sort réservé à la décision référendaire de mai 2005, quelles que soient là encore les raisons, bonnes ou mauvaises, de celle-ci et de son contournement parlementaire moins de trois ans après.
Et pourtant, je ne me désintéresse évidemment pas de la politique, locale comme nationale (même si mon cœur bat plus pour ma ville natale de Rennes que pour Le Chesnay…), mais j’accorde de moins en moins d’importance à ces épisodes électoraux, persuadé que les vrais enjeux et débats sont ailleurs que dans le sort des urnes, même si je ne les méconnais pas pour autant.
Peut-on, néanmoins, se passer de ces modes de désignation des édiles locaux et nationaux ? Au risque de paraître contradictoire (mais relisez bien ce que j’ai écrit précédemment et vous verrez que ce n’est pas le cas, c’est plutôt complémentaire), je ne le pense pas. Mais je crois fortement qu’il faut repenser leur place dans le système de la « décision politique », tout comme il faut repenser les institutions politiques dans le cadre d’une subsidiarité bien comprise et d’une souveraineté nationale assumant l’unité de l’ensemble français. En somme, redéployer le politique sur la base simple de « républiques locales » et d’un Etat central souverain, dynastique qui « libère » la magistrature suprême de l’Etat des querelles politiciennes et des féodalités financières ou communautaristes.
Pour que voter ne soit pas, là où il est légitime et utile de le faire, vain ou démotivé…
00:17 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : élections, droite, gauche, suffrage universel, démocratie.
13.03.2008
La mort du dernier poilu de 14-18.
En fait, il reste beaucoup plus que cela, et je ne suis pas sûr que toutes les traces de cette guerre qui ouvre le siècle des totalitarismes et des horreurs, des progrès techniques de la mort rapide et de masse, de la brutalisation des rapports diplomatiques et politiques, …, soient complètement effacées : la guerre de 1914, dont on connaît les débuts mais dont on ne connaît pas vraiment la véritable fin (8 mai 1945 ? 9 novembre 1989 ?), a bouleversé le monde et ses équilibres, a « tué » un certain mode de sociabilité, déjà bien ébranlé par l’industrialisation du monde, et a ouvert la voie à « l’américanosphérisation » du continent européen.
Jacques Bainville avait bien pressenti cela et il suffit pour s’en convaincre de relire son journal privé des premières années de la guerre (intitulé à sa publication posthume « La Guerre démocratique ») et ses écrits, parfois désabusés et souvent inquiets mais toujours clairvoyants, de son après-guerre… La guerre de 1914 a ouvert de multiples boîtes de Pandore et le principe des nationalités, et celui de la « guerre du Droit », ont tendance à nier les règles classiques de la diplomatie et de la politique au profit d’une « morale » (symbolisée par les fameux « quatorze points de Wilson »…) en définitive grosse des futures guerres qui surgiront dès la génération suivante…
C’est aussi cette guerre qui ruine les sociétés d’Europe et les rend bientôt dépendantes de ceux qui en sont partis, s’en sont déracinés pour créer une société idyllique « sans le passif de l’Histoire », une société où « tout est possible » et dans laquelle cette simple formule autorise tous les moyens pour la vérifier, y compris les moins honorables…
Nous sommes les héritiers de cette Histoire, héritiers lointains et insouciants de ce bouleversement : après tout, on ne revient pas en arrière et il nous faut aller de l’avant ; mais cela ne nous empêche pas de connaître les raisons de ce qui est désormais, et de chercher à fonder (à refonder ?) un nouvel équilibre sans refaire les erreurs qui « nous ont tant coûté »… Bien sûr, la guerre est finie, et c’est tant mieux ; désormais, les ennemis d’hier sont devenus amis, et Strasbourg, d’enjeu, est devenu un « pont entre la France et l’Allemagne ». Cela en finit-il, pour autant, avec les dangers et avec les guerres ? Rien n’est moins sûr, et le souvenir des horreurs, pourtant bien présent dans les années 20-30, n’a rien empêché entre 1939 et 1945…
Le dire, le rappeler n’est pas faire preuve d’autre chose que de cette prudence qui doit présider aux exercices de la responsabilité politique et humaine que nous devons aussi à nos contemporains et aux générations qui viennent, qui viendront. Pour éviter de revivre, en farce tragique ou pire encore (même si, Dieu merci, le pire n’est pas toujours certain !), les « ballets noirs » de l’Histoire, mieux vaut s’armer, politiquement comme militairement, en espérant que la dissuasion sera assez forte pour écarter les tentations bellicistes ou terroristes de ceux pour qui notre pays reste une « terre à conquérir », ou « à convertir »…
Pour que Lazare Ponticelli repose en paix, sur une terre de France (cette terre qu’il a tant aimée et pour laquelle il s’est, avec amour et sans haine, si bien battu) définitivement (ou le plus longtemps possible) « paisible »…
00:48 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : ponticelli, guerre, 1914, bainville, histoire.
12.03.2008
"L'Action Française", numéro 2742.
L’Action Française 2000 profite de son 2742ème numéro, daté du 21 février-5 mars 2008 pour changer la forme typographique de son titre, désormais sur une seule et même ligne, ce qui rappelle celle qui prévalait avant-guerre et jusqu’aux années 60. Mais ce n’est pas exactement une marque de nostalgie, bien au contraire, et il suffit de feuilleter ce numéro pour s’en persuader.
Sans prétendre à être exhaustif, signalons quelques articles qui participent à la richesse de la 2ème livraison de l’AF-2000 du mois de février.
Une part importante est accordée aux entretiens avec, dès la page 2, les réponses du courageux député souverainiste français au parlement européen, Paul-Marie Coûteaux, titrées « La démocratie française est complètement viciée », terrible formule qui montre le discrédit dans lequel notre système politique (et surtout politicien) est tombé et, surtout, l’illusion d’une réaction politique qui chercherait à passer uniquement par le tamis de la démocratie représentative et parlementaire. Le député souverainiste évoque également les conséquences désastreuses du traité de Lisbonne : « Point cardinal du fédéralisme qui permettait au texte Giscard de s’intituler « constitution », la personnalité juridique accordée à l’Union est reprise telle quelle, certes discrètement. A elle seule, elle crée en effet un nouvel Etat qui peut désormais être reconnu comme tel sur la scène internationale, ce qui permet de parler de nouveau de « constitution ». L’Union européenne se trouvera placée sous l’autorité d’un président (…) désormais indépendant de tout Etat – alors qu’il était auparavant un chef d’Etat ou de gouvernement en exercice ; il sera doté d’une autorité propre, ainsi que d’un secrétariat, puis d’un cabinet, etc. Gageons que cet instrument supranational se révélera d’autant plus efficace que, à la différence des autres institutions, il sera incarné... »
Un débat, en pages 8 et 9, permet au libéral chrétien Pierre Manent, auteur d’une intéressante « enquête sur la démocratie », de discuter avec l’écrivain catholique Gérard Leclerc sur le thème des rapports entre politique et religion, et de signaler son trouble devant la disjonction entre les parlementaires et les citoyens français sur la question du traité constitutionnel européen, question d’actualité de la démocratie en France. Un extrait de son intéressante intervention sur la démocratie : « Les sociétés démocratiques ne sont pas seulement démocratiques. Pour Tocqueville, la démocratie, c’est l’égalité des conditions et la passion de l’égalité. Mais elle comporte aussi en son sein des éléments oligarchiques et aristocratiques. Il s’agit bien sûr des aristocraties financières, mais aussi intellectuelles, de la présence religieuse et des cultures nationales particulières. Ce qui est critiqué en général dans la démocratie, c’est l’anarchie des passions, l’ « atomisation » de la vie sociale. Mais la démocratie ne parvient jamais au bout d’elle-même, et reste mélangée à ces autres éléments. » Gérard Leclerc rappelle l’importance des réponses de l’Eglise et de l’autonomie de la décision religieuse à l’égard du politique : « Dans le contexte de la démocratie libérale, la parole de l’Eglise me semble la seule façon d’échapper au magma des opinions. Elle n’est pas seulement une opinion, il y a un magistère, qui donne son avis autorisé sur des sujets cruciaux. Si l’autorité du magistère est maintenue, nous ne sommes plus en danger d’absorption du religieux dans le magma « libéralo-démocratique ». » ; il évoque aussi son inquiétude devant « l’usine à gaz » que constitue l’Europe en construction aujourd’hui, « première puissance sans projet de sa puissance, ni même ses instruments » et, donc, incapable d’exister sur le plan international.
L’écrivain Alain Paucard, en page 3, s’en prend aux grandes tours urbaines, modernes applications de la tour de Babel : « Jadis, la vision lointaine d’un clocher rassérénait le pèlerin et le faisait marcher plus vite. Demain, les tours des capitales européennes appelleront ce qui reste des classes moyennes à acheter des actions, à participer à leur propre aliénation ».
Dans ce monde qui privilégie le devoir de mémoire au détriment, parfois, de l’histoire, il est bon de retrouver Jacques Bainville : c’est Gérard Bedel qui, en page 10, évoque la conception de l’histoire de ce grand royaliste, « historien de l’avenir » selon l’heureuse formule de Jean Montador : « L’histoire est le jugement du monde. Elle est aussi la clinique du monde Que diriez-vous d’un médecin qui ne serait jamais allé à l’hôpital ? ».
Jacques de Guillebon, en page 11, nous invite à découvrir le dernier livre du penseur, et nouvel académicien français, René Girard, intitulé « Achever Clausewitz », tandis que François Roberday souligne tout l’intérêt de lire « La France morcelée », de Jean-Pierre Le Goff.
Michel Fromentoux, quant à lui, se penche sur la figure du roi Henri 1er, à travers l’ouvrage d’Yvan Gobry, et évoque, quelques pages plus loin, celle d’un autre Henri (le quatrième dans l’histoire des rois de France) et de son œuvre, en 1593. Dans ce même numéro, en page 6, il analyse la politique sarkoziste de l’école qui mêle retour à des principes fondamentaux classiques et nécessaires (retour à la grammaire traditionnelle, respect des professeurs, etc.) et « devoir de mémoire » culpabilisateur (encore la repentance ?) et néfaste pour les écoliers de France : « De toute façon, faire pleurer les enfants sur la barbarie comme si tout n’était que noir en ce bas-monde ne sera jamais aussi formateur que de leur donner d’exaltants exemples d’héroïsme et de dévouement. »
C’est en dernière page que l’on trouve l’article (l’éditorial ?) de Charles Moussay, qui dénonce l’attitude de Nicolas Sarkozy, simple commis de Bruxelles et de Washington, et compare le traité de Lisbonne à celui de Troyes, de 1420. Il rappelle aussi combien toutes les étapes du processus de « dépossession » de la France se sont trouvées presque dissimulées par des événements « pipole » qui n’avaient apparemment pas grand lien avec le politique : « le soin mis à distraire l’attention de ce qui ne s’appelle plus le peuple mais « le public » montre à quel point l’affaire du traité importait au Président de la République dont on pourrait dire sans exagérer que s’il fut tant choyé par les puissants de ce monde c’est pour qu’il puisse, comme en cachette, dire oui là où la France avait dit non – non à la politique impériale américaine, en 2003, puis non à un super-Etat européen qui n’en est à bien des égards que le prolongement. La supercherie du gouverneur Sarkozy, certes, fut bien montée, avec la complicité des oligarchies de tous ordres et des médias qui ne sont plus désormais que leur misérable relais. »
Il faudrait citer aussi de nombreux autres articles qui font de ce numéro une bonne « action française » pour l’indépendance de notre pays et la nécessaire instauration royale… Bonne lecture !
15:08 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : royalisme, démocratie, manent, coûteaux.


