02/11/2007
Argent, distraction et contestation.
Quelques universités s’agitent depuis la semaine dernière, sous l’impulsion de certains groupes politiques qui, défaits sur le terrain électoral, cherchent à se refaire une santé en soulevant une contestation étudiante contre les dispositions de la loi sur l’autonomie des universités adoptées l’été dernier. Dans une logique démocratique « intégrale », c’est le jeu et les mouvements étudiants, de quelque bord qu’il soit, y participent. Bien sûr, l’extrême gauche en profite, y voyant aussi l’occasion de recruter des troupes fraîches en annonçant « le grand soir » (toujours repoussé…). Quant à l’UNEF, syndicat étudiant marqué à gauche, c’est l’occasion de repérer les « jeunes pousses » qui, demain, seront intégrées à l’appareil du Parti socialiste : il est toujours amusant de voir la carrière de ceux qui, à l’automne 1986, promettaient la révolution et sont aujourd’hui, comme Darriulat (à l’époque dirigeant trotskyste), sénateurs ou députés socialistes.
Cela étant, la contestation qui monte est, en fait, au-delà même des raisons politiques ou politiciennes, un signe de l’agacement et de l’impuissance face à une manière de gouverner qui fait la part belle aux seuls critères économiques et semble vouée à favoriser les « déjà favorisés » au mépris du rôle propre du Politique qui se doit d’être indépendant des forces d’Argent pour être légitime ou, au moins, juste. Mais le président Sarkozy est à l’image de ce temps qui ne donne de valeur qu’à ceux qui réussissent financièrement, l’Argent ayant remplacé (en de nombreux cas) Dieu ou la patrie : en cela, il est aussi à l’unisson des autres dirigeants de la planète, imprégnés par cette « idéologie de l’Avoir » qui se conjugue avec une « Liberté » indexée sur l’Argent et non plus sur la vie des hommes. Mais il est aussi en phase avec une Opinion publique qui réclame plus sa « part de gâteau » que le renversement du Veau d’Or et qui raisonne d’abord en termes de consommation : j’en veux pour preuve les réactions à la hausse du prix de l’essence ou le désir de l’ouverture des magasins le dimanche, à rebours des acquis sociaux anciens…
Aussi, la contestation étudiante, si elle se cristallise dans les semaines prochaines au sein des facs et dans la rue, au-delà des conséquences sur les études de l’année universitaire, risque de ne pas poser les vrais problèmes et de n’être qu’une « distraction » dans une société qui a érigé la provocation et l’agitation en spectacle pour éviter toute remise en question plus fondamentale.
Cela ne doit pas empêcher de poser des vraies questions et de repenser le politique, de vouloir changer les rapports sociaux au profit d’une « philosophie de l’être », tout en ne se leurrant pas sur le spectacle que les uns ou les autres veulent faire jouer dans cette « comédie de l’affrontement » : s’il reste utile de discuter avec les uns et les autres, il nous appartient de refuser la fausse alternative que veulent mettre en avant les grévistes et qui ne peut que dévier toute contestation vers une impasse.
Quant à la loi qui donne l’occasion de cette agitation encore limitée (mais qui sait ?), il me faudra en reparler car elle n’est pas entièrement négative, loin de là, et elle réactualise une idée forte que les royalistes attachés aux libertés universitaires défendent depuis fort longtemps : l’autonomie des universités.
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Quelques réponses à des objections sur la Monarchie.
Réponses à quelques objections… Sur la Toile se déroulent de nombreux débats, y compris autour de la Monarchie : voici quelques bribes de discussions, extraites de mon ancien blog, qui peuvent éclairer nos positions sur notre vision du régime monarchique :
A propos de la monarchie et de l’unité nationale : Un intervenant s’appuie sur le cas de la Belgique pour contester l’idée que le roi puisse être un arbitre et le symbole de l’unité nationale : Dans le même temps, plus près de chez nous, nous sommes en train d'assister à un déchirement de la Belgique entre les Flamands (dans la partie nord la plus riche et la plus dynamique de Belgique) et au sud les Wallons francophones. Déjà la Wallonie et la Flandre ont leur propre parlement.
Si les Wallons sont très royalistes et attachés à l'unité du pays, les Flamands sont quant à eux de plus en plus favorables (regardons les résultats en hausse du parti nationaliste flamand, le Vlaams Belang) à une république flamande.
Dans ce cas précis, le roi ne joue pas le rôle d'arbitre et semble au contraire cristalliser les oppositions entre ces deux peuples.
On voit bien que la monarchie en elle même ne résout pas les problèmes des sociétés mais comme en République, il faut une véritable volonté (et une vision) politique que Raman IX, le roi de Thaïlande, possède mais que la dynastie belge ne semble plus avoir.
Notre réponse : Le cas de la Monarchie belge est intéressant car elle doit faire face à la poussée de certains ethno-nationalismes, en particulier flamand, et elle est effectivement en première ligne car "supprimer la monarchie, c'est supprimer la Belgique" comme le dit le Vlaams Belang. En fait, le roi Albert II et sa famille sont plus actifs qu'on le croit généralement mais ils sont gênés par un certain esprit du temps qui pousse en avant les communautarismes au risque de défaire l'unité de la Belgique. Les discours récents du roi sont d'ailleurs fort explicites contre les dérives racistes de certains Flamands qui se veulent républicains car ceux-ci savent bien que, de par son essence, la monarchie dépasse les barrières communautaires et joue le rôle d'un trait d'union nécessaire. A lire, à ce propos, le livre de Paul Vaute, "Voie royale", qui fait la description la plus fine qui soit de la monarchie belge, de sa nature et de son fonctionnement.
En tout cas, cela rappelle que la monarchie, si elle doit sublimer par nature les différences et diversités d'opinion d'une nation, n'est pas pour autant un facteur "neutre" de l'unité de ce pays mais la « condition active de l’unité nationale » : si celle-ci vient à disparaître, le pays ne dispose plus de sa colonne vertébrale, à moins d’en imposer une, fondue dans l’acier de l’autoritarisme, voire du totalitarisme… L’histoire des nations d’Europe est pleine de ces drames causés par l’élimination des monarchies, le plus souvent au nom d’un funeste « principe des nationalités » hérité des idées de la Révolution française. Dans le cas français, il est marquant de constater que la République n’a pu s’imposer que par la destruction de tout ce qui lui était opposé et des libertés provinciales, communales comme professionnelles. Maurras, à la suite des royalistes du XIXe siècle, a repris le combat contre « l’uniformisation jacobine » en lui opposant la notion de « monarchie fédérative » évoquée, en particulier, dans son ouvrage « L’étang de Berre », tout comme il avait défendu l’idée, reprise de son ami provençal Albert Arnavielle, du « roi des Provinces-Unies », du roi trait d’union et principe actif de l’unité des diversités, de ce roi qui sublime les différences pour mieux assurer la vie de l’ensemble national sans pour autant opprimer les « libertés du pays réel » : c’est parce que l’Etat royal est indépendant des factions, qu’il ne leur doit rien, et qu’il est fort de cette liberté première, qu’il rend possible, y compris dans les tempêtes, une véritable décentralisation et non une simple déconcentration qui ne pourrait qu’attiser les séparatismes et les identitarismes… Un de nos amis royalistes (du blogue Royal-Artillerie ) intervient à son tour : On néglige trop souvent l'influence des familles royales dans nos monarchies people.
Outre le facteur de cohésion nationale, ces familles servent de repères et de modèle quand les temps l'exigent. Le roi de Siam est dans ce rôle. Le roi des Belges est intervenu efficacement contre les désordres des institutions dans les affaires de moeurs. Dans les vieilles monarchies nordiques (Pays-Bas compris) l'attitude de la famille royale en temps de guerre a été d'un grand secours moral aux affligés et au Danemark efficace tout court - le roi y fut un héros. Par contre celle du père d'Albert II fut mal acceptée, ce qui prouve en creux son influence.
Et plus récemment en Espagne, c'est bien le côté évènementiel de la famille royale qui a "décalé" les fermentations fascisantes en les ringardisant. Mais on aurait pu attendre de la reine Sophie le mot de trop qu'on lui aurait aussitôt pardonné, sur les lois décadentes du gouvernement Zapatero. En revanche l'implication (toujours indirecte) du roi dans le paysage basque est positive. Il est aussi leur roi, puisque titré "Roi de toutes les Espagnes". Dès qu'ils en seront vraiment convaincus les Basques se calmeront. (…)
Il n'est pas impossible qu'on puisse substituer un jour prochain au président quinquennal actuel dont l'élection provoque un tumulte dévalorisant pour la fonction de chef d'Etat et un drainage d'énergie insupportable, une sorte de secrétaire perpétuel de la Nation qui ne s'userait pas dans la politique du quotidien, mais représenterait plus dignement le pays et serait son point fixe par rapport auquel les communautés diverses se parleraient. (…)
A propos de l’histoire de France : Un contradicteur reproche à la monarchie de reposer sur l’irrationnel : "Notre histoire est aujourd'hui plus marquée par les 5 républiques que par les années de monarchies. C'est d'ailleurs tout naturel: notre culture ne peut qu'être plus fondée sur des idées (républicaines) que sur un sentiment irrationnel et irréfléchi caractéristique des esprits faibles: le besoin de rester béat d'admiration devant un homme qui "en impose" plus par son statut que par sa personnalité".
Notre réponse : Premier point: L'Histoire de France ne commence pas en 1792 avec la 1ère République. Il n'est pas inutile de rappeler qu'il n'y a, tout simplement, de France que parce que les rois depuis Hugues Capet, tout imparfaits soient-ils, l'ont construite, agrandie, fortifiée en même temps qu'ils forgeaient l'Etat, au risque de l'Histoire et de l'adversité. Lorsque la République s'installe à la tête de notre pays, la métropole française est quasiment celle que nous connaissons aujourd'hui, moins la Savoie et Nice. Cela marque l'Histoire, me semble-t-il... Deuxième point: L'Histoire récente, celle des deux derniers siècles écoulés, a donné la plus grande place à l'"idée" républicaine et aux différentes formes qu'elle a prise, de celle de la "Terreur" de 1793-94 à celle de "monarchie élective" depuis la Constitution de la Ve République. Cela a évidemment marqué les esprits et "éloigné" la Monarchie des préoccupations ou des réflexions politiques de nos concitoyens: mais cela n'enlève rien à sa pertinence ou à sa nécessité, même si sa possibilité, sa "faisabilité", paraît certes lointaine, dans le temps comme dans les esprits. Troisième point: Il ne faut pas confondre "Monarchie" et "idolâtrie", cette dernière étant l'un des éléments des Pouvoirs totalitaires (d'où le culte de la personnalité, le dictateur étant considéré comme l'incarnation suprême du Peuple, à travers le plébiscite, dont raffolent les totalitarismes, et du Parti, censé traduire la volonté générale chère à Rousseau...) mais aussi des Démocraties "productrices et consommatrices d'images" et qui reposent sur cette même volonté générale qui survalorisent l'image au détriment du Politique. Il n'est pas inintéressant de constater, d'ailleurs, que l'idolâtrie s'est souvent marquée, y compris dans les stratégies électorales et partisanes, par ce qu'on appelle "l'homme (ou la femme, si l'on pense à la nouvelle "idole" socialiste) providentiel". Cela étant, le roi (ou la reine) a aussi une image et un prestige, souvent plus attachés à sa fonction et à sa situation institutionnelle qu'à des "postures idéologiques", qu'il lui appartient d'entretenir ou de modifier. Mais il en appelle plus au coeur qu'aux "tripes", d'une certaine façon. La Monarchie n'est pas l'idolâtrie (même "people"...) mais bien plutôt la "fidélité créatrice". Alexandre Dumas, d'ailleurs, s'en fait l'écho dans son roman "Les trois mousquetaires".
00:55 | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : monarchie, unité nationale, roi, arbitre, Belgique.



