23/04/2010
De Philippe Auguste à Jeanne d'Arc.
Voici la deuxième partie du résumé de mon propos tenu dimanche dernier devant les participants au « Cercle Lutétia », dans le cadre des activités du Groupe d’Action Royaliste : en fait, ce résumé est enrichi de quelques éléments que j’ai rajouté après coup, et qui mériteront évidemment plus de développements dans la brochure à paraître sur ce sujet, sans doute durant l’été prochain :
De Philippe Auguste à Jeanne d’Arc :
Après Hugues Capet, les premiers capétiens vont voir leurs vassaux s’émanciper les uns après les autres mais le domaine royal va, au contraire, se renforcer et s’approfondir, condition indispensable à tout éventuelle et future extension solide du territoire. Le règne de Philippe Auguste (1180-1223) va marquer une étape importante dans la construction nationale, autant sur le plan territorial que politique et sentimental : effectivement, c’est la bataille de Bouvines du 27 juillet 1214 qui voit l’ébauche d’un véritable sentiment national avec le soutien des bourgeois des villes, soutien qui vient confirmer la formule des légistes du royaume « Le roi de France est empereur en son royaume », formule destinée à déjouer les ambitions des adversaires de la France, en particulier de l’empereur germanique Otton. Cette union entre les bourgeois et l’Etat indique une remise en cause de plus en plus affirmée des mécanismes de la féodalité et la mise en place de plus en plus nette d’un Etat qui s’affranchit des liens vassaliques pour créer de nouveaux liens avec les communautés, liens fondés sur une relation privilégiée avec le monarque, incarnation du royaume.
Dans le même temps, le règne de Philippe Auguste marque un trait important de la tradition politique française : le refus de l’empire territorial et administratif, qu’il soit européen ou autre, refus que Maurras rappellera dans son livre « Kiel et Tanger » et que De Gaulle, fidèle ici à la tradition capétienne, pratiquera au XXe siècle… Cela vient en complément du refus de la théocratie pontificale et montre combien, dès ses origines, la monarchie fondatrice de la nation et de son unité politique a pratiqué, à l’intérieur comme à l’extérieur, le « Politique d’abord » : à l’intérieur par le refus des communautarismes et des féodaux qui se pliaient mal à l’obéissance envers l’Etat royal, mais aussi par l’incorporation des communautés, des populations des nouveaux territoires conquis au sein du royaume vécu comme ensemble territorial uni et représenté par le Roi, au-delà de sa seule personne physique et par ses multiples incarnations physiques successives signalées par la formule « Le roi est mort, vive le roi ! ». Unité par delà le temps et les générations… A l’extérieur par sa politique que l’on peut qualifier de « libre destin » ou d’ « indépendance nationale » en des termes plus contemporains.
Les conquêtes territoriales du roi Philippe Auguste, roi audacieux et chanceux, sont importantes et aboutissent à quasiment tripler la superficie d’un royaume qui devient conséquent : c’est aussi la démonstration que, dans cette histoire médiévale française, c’est bien l’Etat, et plus précisément l’Etat royal, qui bâtit la nation, qui « fait la France », lentement certes mais sûrement, au regard du résultat que nous connaissons aujourd’hui et qui diffère peu de celui de la veille de la Révolution…
Cela étant, les progrès vécus et renforcés par les successeurs de Philippe Auguste sont-ils alors pérennes et n’ont-ils pas connu des remises en cause ? La Guerre de Cent ans a effectivement failli emporter l’ouvrage mais, après plus d’un siècle de troubles, de souffrances et de tragédies marquées aussi de gloires et de quelques joies (heureusement !), la France non seulement a survécu mais elle sort renforcée, en son corps comme en son esprit : Jeanne d’Arc en est peut-être le symbole le plus marquant même s’il ne faudrait pas négliger pour autant ce que nous apprend la présence de Bertrand Duguesclin, Breton des environs de Dinan, aux côtés du roi de France, c’est-à-dire le rayonnement du royaume au-delà de ses limites territoriales.
La Guerre de Cent ans a renforcé « l’unité de sentiment » : la France existe et suscite le désir de se battre pour que son Chef d’Etat soit issu de son histoire et de la famille qui siège sur un trône de plus en plus territorialisé et politique. C’est ainsi que l’on peut comprendre la chevauchée héroïque mais surtout éminemment politique de Jeanne d’Arc qui, non seulement reconnaît le dauphin Charles, mais le fait, contre toute logique stratégique, d’abord sacrer roi à Reims (Charles VII) plutôt que de pousser son avantage militaire : Jeanne comprend que rien ne sert de gagner des batailles si la légitimité de l’Etat royal français n’est pas assurée et pérennisée à travers l’institution de « l’unité renouvelée » intergénérationnelle, c’est-à-dire la transmission héréditaire de l’Etat au sein d’une même famille selon les règles initiées par Hugues Capet et ses successeurs. En somme, pas d’unité du royaume sans l’affirmation du principe de continuité (autre forme de l’unité, mais là sur le plan temporel) !
(à suivre)
13:07 | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : nation, royaume, philippe auguste, capétiens, jeanne d'arc, continuité.
21/04/2010
La comédie présidentielle de la sécurité.
L’installation d’un nouveau préfet en Seine-Saint-Denis a été l’occasion d’une polémique sur la manière dont celle-ci a eu lieu, et en particulier sur la fermeture, trois jours d’affilée, de la préfecture de Bobigny elle-même, sur ordre, semble-t-il, des services de l’Elysée… Les administrés, eux, n’ont même pas été prévenus, au risque de se heurter à une porte close lorsqu’ils venaient effectuer des démarches parfois prévues de longue date ! Mais c’est devenu une habitude de tout bloquer de la vie d’une administration ou de mobiliser des effectifs pléthoriques de forces de l’ordre quand l’actuel président se déplace quelque part, au moment même où les effectifs de police se réduisent d’année en année, « remplacés » comme l’évoquait (et s’en félicitait !) un ponte de l’UMP ce matin, par des systèmes de vidéoprotection…
Deux remarques : la première c’est l’écart grandissant entre un pays légal, « présidentiel », qui se coupe délibérément des populations par sa pratique méprisante de ses prérogatives, oubliant par là-même ses devoirs d’Etat, et un pays réel qui réclame la sécurité, non pour les seuls déplacements présidentiels mais pour la vie quotidienne dans les quartiers, les villes comme les campagnes ! Est-il normal que l’on mobilise des centaines de policiers ou de gendarmes pour un discours présidentiel au risque de manquer d’effectifs, le même jour, pour assurer la simple sécurité urbaine, par exemple ? L’Etat, qui parle constamment (et ce n’est pas forcément anormal) de faire des économies, devrait, en sa tête, donner l’exemple et faire preuve d’un meilleur usage des deniers publics : il ne s’agit pas de supprimer toute protection d’un Chef de l’Etat forcément exposé de par sa fonction (cela serait, évidemment, et absurde et dangereux !), mais d’être moins dispendieux et d’appliquer, en ce domaine comme en d’autres, la juste mesure.
Deuxième remarque : la vidéoprotection ne sert à rien si les moyens humains sont réduits au point de ne pas pouvoir exploiter les données enregistrées par les caméras placées désormais aux quatre coins des grandes villes ! On a sans doute de très belles images des agressions de personnes sur les quais de métro ou à la sortie du tramway, comme à Grenoble dernièrement, mais les agresseurs savent se protéger des regards de l’objectif et tous les moyens techniques de contrôle ne valent que s’il y a des personnes derrière pour en tirer profit, et, mieux encore, pour éviter, par leur présence dissuasive, les incidents ou les méfaits !
La sécurité n’est pas qu’une question de moyens techniques, elle est aussi une question de volonté : car que peuvent les forces de l’ordre si, après être intervenues en tel ou tel endroit, la justice « ne suit pas », préférant relâcher des « présumés coupables », parfois pris en flagrant délit, pour le motif que les faits reprochés ne sont pas « assez » graves ou que les conditions d’interpellation ne sont pas totalement « réglementaires »… C’est d’ailleurs ce qui choque les citoyens ordinaires qui ne sont pas toujours au fait des subtilités administratives et qui ont l’impression que les malfrats sont toujours impunis (ce qui n’est heureusement pas le cas), et que ces derniers peuvent recommencer dès leur sortie de garde-à-vue !
Plus encore peut-être que le sentiment d’insécurité, c’est le sentiment d’impunité des malfrats et des voyous qui agace les citoyens, et c’est celui-ci qui renforce concrètement l’insécurité : est-il normal que des personnes qui, dans certaines cités, ont déposé plainte contre de jeunes violeurs, soient obligées, sous les menaces de leur « voisinage », de déménager de chez eux, ainsi chassés, non seulement par les « amis » et les familles des violeurs, mais par une sorte de « loi du milieu » (ce dernier mot étant pris au sens sociologique du terme, et non maffieux, même si, concrètement, cela y ressemble…) qui veut que l’on ne doit rien faire contre les gens du quartier, fussent-ils les pires des salauds ! On est loin de la scène finale du film « Le plus beau métier du monde » dans laquelle tout le quartier se retrouvait soudé contre les voyous ! Bien sûr, cette loi d’airain des cités sensibles n’est pas systématique mais elle est tout de même assez générale pour ne pas être démentie, malheureusement…
Il est une autre question qu’il faudrait aussi aborder : les problèmes de sécurité ne sont-ils pas liés, aussi et peut-être surtout, à une perte de repères et à une dévalorisation de valeurs telles que « le juste salaire pour une juste peine », l’honneur et l’honnêteté, le respect de la dignité d’autrui, l’attachement à un certain équilibre social, condition de toute justice sociale ? Dans un monde où l’argent (et particulièrement l’argent facile !) est devenue « la » valeur (sic !) suprême, comment la fin, cette fin-là, ne justifierait-elle pas les moyens, « tous les moyens », même les plus indignes, pour l’obtenir ?
Triste monde, triste République…
11:56 | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : sécurité, police, insécurité, impunité, vidéoprotection.
20/04/2010
Des Gaulois à Hugues Capet.
Dimanche matin, j’ai prononcé à Paris une petite conférence dans le cadre du « Cercle Lutétia », cercle d’études du Groupe d’Action Royaliste, sur le thème « Nation et unité française ». En voici ci-dessous la première partie de son résumé.
« La formation de l’unité française »
Il est important de connaître l’histoire, non pas pour la saisir comme une matière morte, mais plutôt comme le champ des expériences passées et le terreau des leçons politiques.
Ce cercle porte sur la formation de l’unité française, c’est-à-dire sur les fondements de la nation française, sur les fondations d’une unité historique, mémorielle, celle-là même que l’on nomme, parfois sans un total discernement, l’identité française.
Au début il y a la Gaule, et la formule « Nos ancêtres les Gaulois » n’est pas si absurde que cela quand on y prête attention (ce que faisait justement remarquer Jean-Edern Hallier), car il s’agit d’appréhender et de penser la formule comme un symbole d’ascendance nationale, historique et non ethnique ! Nous ne descendons pas tous des Gaulois au sens ethnique, mais au sens « national », au-delà de l’appartenance ethnique, culturelle, religieuse. C’est d’ailleurs tout le sens du propos de Bainville, rappelé dernièrement par Rachid Kaci dans son livre « Comment peut-on être français ? » : « Le peuple français est un composé. C’est mieux qu’une race. C’est une nation. »
Mais c’est la colonisation romaine qui voit le début d’une unité, qui dépasse les multiples divisions gauloises, qui formalise des « provinces gauloises » de l’empire et qui trace une trame urbaine et routière, dont le réseau actuel est l’héritage.
Les invasions barbares qui bousculent l’ordre romain et traversent ce qui n’est pas encore nominalement la France inscrivent aussi dans l’histoire des éléments de l’unité que l’on retrouve encore aujourd’hui, ne serait-ce que le nom de « France » qui nous vient des Francs, terme qui signifie « hommes libres » et qui peut, après tout, expliquer le caractère de liberté nationale, qualifiée d’indépendance, et la volonté de ne dépendre d’aucune autre force que de celle qui soit issue d’elle-même… En ce sens, ne serions-nous pas encore plus les ancêtres des Francs, sur le plan du caractère géopolitique, que des Gaulois qui, après tout, se sont très vite ralliés à la « pax romana » ?
Clovis, par son baptême, inscrit la marque chrétienne, et particulièrement romaine, dans la définition de la France. Mais la forme de son baptême permettra aussi de préserver l’indépendance du politique à l’égard du religieux et de la tentation théocratique pontificale telle qu’elle se manifestera au milieu du Moyen-âge : en descendant du ciel, comme l’indique la tradition, la colombe qui apporte l’ampoule de saint-chrème qui servira au sacre des rois de France permet au monarque de signifier que sa légitimité sacrée ne vient pas de Rome et du Pape mais directement de Dieu. En fait, la théorie du « droit divin » est aussi un moyen fort politique d’éloigner Rome des affaires du royaume…
Si les mérovingiens et les carolingiens, en définitive, n’arrivent pas à stabiliser leurs constructions politiques, c’est en 987 qu’a lieu la véritable révolution politique qui permet de repérer l’acte de naissance de la France, de son unité qui, désormais, s’inscrit dans la réalité durable, politique comme géopolitique : l’année de l’accession au trône de « Rex Francorum » d’un Robertien, Hugues Capet, ce roi fondateur de la « nation France », roi dont on n’a aucun portrait d’époque quand il est pourtant fondamental et bien réel au regard de l’histoire !
Son règne, plutôt court, est néanmoins déterminant, même si c’est le recul historique qui nous permet de vraiment le discerner et le comprendre :
1. : Hugues Capet décide qu’il n’aura qu’un seul successeur à la tête du domaine royal et que ce sera son fils aîné, qu’il fait d’ailleurs sacrer de son vivant pour mieux « l’installer » et ainsi dépasser le rite de l’élection qui devient juste une confirmation de cette succession et non la vraie désignation du monarque…
2. : Désormais, le domaine royal, qui est alors fort réduit et plutôt dispersé (Paris, Poissy, Mantes, et quelques terres dans l’Orléanais, etc., ce qui représente un « gros » département français d’aujourd’hui, guère plus !), devient inaliénable et, donc, le roi n’en est pas le propriétaire mais le dépositaire. Quant aux autres terres dont les seigneurs sont les suzerains quand ils sont aussi les vassaux du roi, elles prendront d’ailleurs vite leurs distances avec les Capétiens, auxquels il ne reste rapidement que leurs possessions devenues, comme déjà signalé, « domaine royal »… Ainsi, c’est ce domaine qui est la « première France », le noyau dur auquel vont, au fur et à mesure des siècles, s’agréger de nombreux et nouveaux territoires qui en deviendront des provinces : le règne d’Hugues Capet est le début d’un processus de formation de ce qui deviendra l’hexagone métropolitain et qui sera pratiquement achevé quand éclatera la Révolution française !
3. Sur ce domaine, le roi n’est plus seulement suzerain suprême, « le premier des nobles », mais bien un véritable « souverain » qui s’impose à tous, au-delà même des simples liens féodaux classiques : c’est là aussi le début d’un processus, celui de la construction de l’Etat, de ce même Etat qui, comme signalé plus haut, « fait la France » dans un effort politique et géopolitique multiséculaire.
En somme, si « les rois ont fait la France », c’est Hugues Capet qui, par sa politique personnelle, engage véritablement le processus et le rend possible en lui donnant les moyens de s’inscrire dans la durée, au-delà de sa seule personne mortelle…
(à suivre)
01:17 | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : nation, unité française, hugues capet, gaulois, roi, france, féodalité



