Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

19/03/2018

Quelle étincelle pour un "nouveau Mai 68" ?

Cinquante ans après, la grève du 22 mars sera-t-elle à l'origine d'un grand « soulèvement de la vie » tel que l'évoquait Maurice Clavel à propos de Mai 68 ? Si le choix de la date par les syndicats peut ne pas être entièrement le fruit du hasard et renvoyer au souvenir du comité du même nom qui « inaugura » ce fameux mois de Mai, il est peu probable (même si l'histoire n'est jamais complètement écrite avant de se réaliser) que ce mouvement de jeudi change la donne en France : à écouter « le peuple des comptoirs », je ne sens pas vraiment se lever la tempête. Les lycéens sont calmes et semblent, même, largement indifférents aux événements sociaux et politiques, malgré les tentatives renouvelées depuis fin janvier de mobiliser ces masses scolaires sans lesquelles il n'y a généralement pas de recul gouvernemental (exception faite de la grève de 1995), et les professeurs parlent d'autre chose, sans savoir, pour l'heure, comment considérer exactement les réformes annoncées, de celle de l'entrée en université, de l'organisation du cycle d'études lycéennes et de la nouvelle configuration du baccalauréat : cela ne signifie pas qu'il n'y ait pas d'inquiétude ou de mécontentement, mais cela tient plus des conditions locales d'application possible de ce qui est annoncé que d'une contestation globale.

 

Bien sûr, les revendications des retraités sont sans doute légitimes, et il me semble que l'un des enjeux des décennies prochaines sera l'accueil de ceux-ci dans une société qui semble vouloir de plus en plus les négliger, et cela au-delà des questions financières ; bien sûr, la grogne de certaines catégories de fonctionnaires est compréhensible, tout comme l'est la volonté politique de réformer la Fonction publique ; bien sûr, les cheminots ont beaucoup à perdre, au moins statutairement, au regard de la libéralisation du rail exigée par les directives de l'Union européenne... Mais tout cela ne fait pas une révolution, ne serait-ce que parce que les intérêts des uns et des autres ne s'accordent pas facilement dans une situation de mondialisation et de libéralisation globale, et dans le cadre et contexte d'une société de consommation qui « tient » mieux les populations que les dictatures classiques ne sauraient le faire : Huxley avait déjà saisi, avant même que ce globalitarisme mondial ne soit définitivement en place, les possibilités de celui-ci et la « servitude volontaire » (pour plagier La Boëtie) qu'il suscite et entretient. Ainsi, la « convergence des luttes », ce jeudi 22 mars, ne peut être qu'extrêmement temporaire, et il est peu probable qu'elle débouche sur un mouvement plus général et plus visible ou actif.

 

Néanmoins, le gouvernement ferait bien de se méfier, car il est un sujet qui pourrait enflammer les lycées et universités et, ainsi, « prendre la rue » au risque d'affaiblir la capacité de l’État et de remettre en cause son autorité : c'est celui du service national universel que le président a annoncé et que défendait l'autre jour dans les médias l'ancienne socialiste Juliette Méadel avec la ferveur des nouveaux convertis au macronisme. Bien sûr, pour l'heure, les contours de ce service national universel sont flous : une partie obligatoire devrait s'accompagner d'une partie facultative, et une tranche d'âge (de 16 ou 18 ans à 25 ans) serait d'abord concernée ; ce service pourrait être civique plutôt que militaire, et durer un, trois ou six mois, mais rien n'est sûr... Or, c'est le caractère obligatoire de ce service qui inquiète une grande part de mes élèves qui y voit, à tort ou à raison, un obstacle au bon déroulement de leur parcours scolaire après le baccalauréat. Cette inquiétude pourrait vite devenir la source d'une véritable mobilisation des nouvelles générations contre les projets du gouvernement... S'il y a un risque de « printemps chaud », c'est bien là qu'il se trouve, ce qui explique la discrétion gouvernementale et présidentielle sur ce sujet, et il est fort possible que ce projet de service national universel ne soit pas présenté tout de suite pour éviter une explosion lycéenne et étudiante qui pourrait tout remettre en cause des réformes en cours d'adoption et d'application.

 

Etre attentif à ce sujet si peu évoqué aujourd'hui n'est évidemment pas suffisant, et il convient, dès maintenant, de réfléchir sur les projets qui peuvent permettre aux jeunes générations de s'intégrer complètement à une société et de s'y épanouir, dans l'espérance de cet avenir que tout Français conscient et soucieux de la nécessaire pérennité de la nation plurielle française souhaite à son pays, à notre pays...

 

 

 

 

03/03/2016

Cette contestation qui vient... (partie 1)

Le projet de loi de Mme El Khomry a ouvert la boîte de Pandore d'une contestation dont il est difficile aujourd'hui de prévoir le destin et les conséquences, et la date du 9 mars est devenue celle que certains redoutent tandis que d'autres espèrent qu'elle sera le début d'une crise politique qui mettrait le gouvernement en difficulté.

 

Ce n'est pas le projet de loi lui-même qui a, aujourd'hui, le plus d'importance, et il semble bien qu'il devienne vite, quelles que soient les modifications qui y seront apportées, un simple épouvantail pour les uns tandis qu'il sera un étendard, sans doute bien effiloché, pour les autres : à ce moment-là, les faits et le texte lui-même comptent moins que les intentions qu'on lui prête ! Quant à sa contestation, elle peut vite devenir un simple point de départ pour une contestation plus large et plurielle : assistera-t-on alors à une sorte de « convergence des luttes » qui n'aurait plus comme objectif que de dézinguer le gouvernement Valls-Macron (ou simplement Valls...) ? C'est fort probable, au regard des rancœurs accumulées et des haines recuites à l'égard du Premier ministre et de sa politique social-libérale ou, plus exactement, euro-libérale, en laquelle beaucoup ne veulent voir que le libéralisme et non l'européisme qui la sous-tend...

 

La grande crainte du gouvernement est, évidemment, que les jeunes (en fait, des minorités actives -les minorités énergiques évoquées par Maurras- entraînant des étudiants et lycéens aux motivations parfois bien peu politiques, surtout s'il fait soleil...) descendent dans la rue et l'occupent, la monopolisent aux yeux des médias, au risque d'affrontements violents et répétés avec les forces de l'ordre, dans une geste renouvelée des grandes heures de Mai 68, véritable mythe urbain d'une gauche qui n'a, depuis les années 1980, plus guère d'idéal...

 

Bien sûr, l'extrême-gauche est à la manœuvre, et les Jeunes Socialistes tentent d'organiser la contestation pour mieux la contrôler et, en fait, la stériliser, comme en de multiples occasions ces dernières décennies. Je me souviens encore de ce responsable trotskiste qui, en novembre 1986, apparaissait régulièrement devant les caméras, et qui « représentait » les étudiants en colère contre le projet de loi Devaquet sur l'Université, avec des mots qui fleuraient bon la lutte des classes et le souvenir du cuirassé Potemkine : il s'appelait (et s'appelle toujours) David Assouline et il est aujourd'hui sénateur socialiste et a même été porte-parole du Parti Socialiste de 2012 à 2014... Mais je pourrai aussi évoquer Henri Weber, l'un des dirigeants de la contestation en Mai 68 et ancien responsable de la Ligue Communiste de Krivine, devenu lui aussi sénateur, puis député européen jusqu'en 2014, et toujours ponte du même Parti Socialiste. Sans oublier l'inénarrable Daniel Cohn-Bendit, responsable anarchiste à Nanterre devenu symbole de Mai 68, devenu cet homme politique « libéral-libertaire » et symbole fort de ce « politiquement correct » qui cherche à étouffer toute pensée « dissidente » (même si je fais crédit à Cohn-Bendit d'accepter toujours le débat, y compris avec les adversaires de ses opinions)... Et combien d'autres responsables lycéens et étudiants récupérés par un système politique qu'ils prétendaient dénoncer, d'Isabelle Thomas à Bruno Julliard en passant par Nasser Ramdane pour les trois dernières décennies... Ces trois cités sont aujourd'hui des responsables et élus politiques du Parti Socialiste : étonnant, non ? Pas vraiment, en fait...

 

C'est pour cela que je reste un brin sceptique sur cette contestation qui monte et cherche à s'affirmer dans la rue, mais qui est, sans le savoir, prisonnière des petits jeux politiciens propres au Parti Socialiste et, plus largement, à cette République des apparences et des faux-semblants. Après tout, pourquoi servir de faire-valoir à quelques futurs politiciens qui voient dans les événements contestataires une simple occasion de rentrer de plain-pied dans une République dont ils espèrent quelque reconnaissance politicienne ou financière (l'une n'empêchant pas l'autre, d'ailleurs) ?

 

Mais, ces réserves mises à part, ne doit-on pas profiter de l'occasion pour faire entendre une véritable voix dissidente et éminemment politique sans être politicienne ? « Le Diable porte pierre », pourrait-on dire...

 

 

 

(à suivre : les limites de la contestation de gauche, et comment les dépasser ; pourquoi le 9 mars peut être une heureuse occasion ; le « Que faire » des royalistes en ce mois de mars 2016 ; la notion de « tiers-pouvoir lycéen et étudiant » ; etc.)