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10/08/2021

L'âme de la France, et le pardon.

 

Le père Olivier Maire est mort, assassiné par celui à qui il avait tendu la main. Son sacrifice prouve à notre société et à notre temps que des valeurs plus hautes que la consommation, le confort ou l’individualisme, existent et vivent, et qu’elles nous donnent, non pas des moyens d’existence mais des raisons de vivre, au-delà de nous-mêmes. Que ce sacrifice ait lieu sur la terre de Vendée qui a, jadis, prouvé que la foi en Dieu ouvrait souvent, dans les années les plus tristes de la Révolution française, les portes du martyre, peut être vu comme un intersigne, et montre les liens invisibles entre les temps et les lieux : la Vendée n’est pas un simple lieu, elle est une histoire, un peuple sculpté à la fois par la République de la Terreur et par la résistance « catholique et royale », et, à jamais, le nom de Vendée évoque des images terribles et belles aussi. Les colonnes exterminatrices de 1794 et la grande geste de cette armée de paysans et de nobles endimanchés, la laideur d’un Carrier et la jeunesse d’un « Monsieur Henri », le souffle de la haine et le courage du pardon… Ce même « pardon de Bonchamps » que le père Maire avait accordé à l’incendiaire de la cathédrale de Nantes ; ce même pardon que l’Église catholique accorde encore dans ses prières au meurtrier, et qui nous rappelle, tragiquement, le sens premier de l’amour christique… « Grâce aux prisonniers », gémit Bonchamps mourant à Saint-Florent-le-Vieil à l’automne 1793, et malgré les horreurs perpétrées par les troupes républicaines, « Bonchamps l’ordonne », les soldats bleus sont épargnés. Dans la noirceur des temps, et nos temps contemporains semblent parfois plus tristes qu’ensoleillés malgré toutes nos techniques, nos médecines et notre espérance de vie, il n’est pas inutile de nous souvenir (pour mieux les accepter et les pratiquer) des valeurs qui sont celles, qu’on le veuille ou non, de notre civilisation française, de ces valeurs hélléno-catholiques qui nous empêchent, ou devraient nous empêcher, de basculer dans le mal, la haine et la vengeance…

 

« S’en prendre à un prêtre, à un homme d’Église c’est s’en prendre à l’âme de la France » : ces mots, prononcés par le Ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin, sont sans doute les seuls que l’histoire retiendra quand l’émotion soulevée par l’assassinat du père Olivier s’apaisera, après les discours et les réactions politiques convenus que le « pays légal » ne manque pas de produire à chaque drame… Que les politiciens, surtout en période présidentielle, soient plus sensibles, cela ne me dérange pas, même si, chez certains, je sens une pointe d’hypocrisie ou de facilité, et quelques arrière-pensées à peine discrètes. Mais j’avoue que, au-delà des polémiques qui, sans doute, ont raison d’être au regard de la situation et des enjeux, cette phrase a profondément retenti en moi, comme au cœur, j’en suis sûr, de nombre de Français, catholiques ou non, royalistes ou républicains. Qu’un ministre de la République évoque ainsi « l’âme de la France » n’est pas anodin, alors que cette même République, plus attirée d’ordinaire vers les grands vents de la mondialisation que par les forêts vivantes de la tradition, a détruit tant des fondations spirituelles et culturelles de notre nation. Est-ce le cœur enraciné de l’homme qui, d’un coup, a dicté ses mots resurgis d’une mémoire dans laquelle se côtoient les « saintes fondatrices de la France » (Blandine, Geneviève, Clotilde, Jeanne d’Arc) et le baptême de Reims ? Je ne sais, mais j’entends.

 

Oui, la France a une âme, elle est une âme par elle-même : que M. Darmanin nous le rappelle, même « malgré lui », doit nous inciter à ne jamais désespérer d’elle, ni de son éternel miracle toujours renouvelé depuis plus d’un millénaire…

 

 

 

11/03/2012

Un tabou historique en train de tomber...

Un de mes collègues a glissé une coupure de presse dans mon casier, en arguant du fait qu'elle pouvait m'intéresser, en particulier par ce qu'elle annonçait : une émission de télévision sur la Révolution française et, plus particulièrement, sur les débuts terribles de la République en 1793-1794.

 

L'article lui-même est effectivement intéressant mais aussi révélateur. Le titre : « la face sombre de la Révolution », en lui-même, annonce que cet événement fondateur de la République n'est sans doute pas le « bloc » que voulait y voir Georges Clémenceau ou, plutôt, que tout en accepter serait risquer d'en occulter les aspects terribles, désormais perçus de façon négative (cela n'a pas toujours été le cas...). En repensant à la formule de Clémenceau, d'ailleurs, je me suis dit que lui-même n'en méconnaissait pas les horreurs (il était Vendéen...) mais qu'il les excusait en arguant de la nécessité de sauver, coûte que coûte, la Révolution qui se faisait alors et d'en préserver l'héritage sans risquer de l'amoindrir par une critique de certains de ses moments violents. Les temps ont changé et les enjeux ne sont plus les mêmes, et il n'est pas certain qu'aujourd'hui Clémenceau serait aussi affirmatif...

 

L'article qui suivait le titre était illustré d'une gravure ainsi légendée : « Les noyades à Nantes sont un épisode de la Terreur où des milliers de personnes, suspectes aux yeux de la République, et sur ordre de Jean-Baptiste Carrier, ont été noyées dans la Loire. » Vous avez compris que l'article annonçait donc l'émission documentaire de France 3 du mercredi 7 mars (à 23 heures...) sur « Robespierre, bourreau de la Vendée ? », émission diffusée au moment même où ont repris les débats sur la notion de génocide et sur ses applications pratiques dans l'histoire, de l'Arménie de la Grande Guerre à la Vendée des débuts de la République française.

 

Carrier, si l'on suit la légende de la gravure, semble le principal coupable des crimes de la Terreur commis dans l'Ouest, ce qui pourrait décharger Robespierre et ses proches compagnons de la responsabilité des crimes républicains de Nantes et de Vendée : en fait, le corps de l'article lui-même rétablit (en partie) les faits et les véritables responsabilités. Après tout, Carrier ne fut qu'un exécutant, sans doute plus zélé que d'autres, prenant au pied de la lettre les discours enflammés des républicains de Paris appelant à la « régénération guillotinière », à cette sorte de table rase humaine (tout à fait inhumaine, en vérité…) nécessaire à l'avènement de « l'homme nouveau » révolutionnaire.

 

Voici l'article en son intégralité, avec quelques commentaires : « En 1793, la France bascule dans la Terreur. A la fin de l'année, et particulièrement dans la nuit du 13 au 14 décembre, l'armée républicaine va se livrer au massacre minutieux de milliers de Vendéens. Les textes de l'époque parlent de près de 3000 morts. » L'auteur de l'article veut sans doute parler des massacres du Mans, dont de récents travaux dans la ville ont dévoilé quelques charniers jusque là méconnus malgré les témoignages de l'époque des survivants.

 

« Cette répression sanglante, initiée par le comité de salut public commandé par Robespierre, est mal connue. Et pour cause. Elle entache par sa violence et par sa cruauté toute la séquence révolutionnaire. Richard Vargas revient sur cet épisode trouble où ce qu'on appelait « la Vendée militaire », territoire de 10 000 kilomètres carrés recouvrant aujourd'hui quatre départements, a vu sa population paysanne s'élever contre les conscriptions militaires. » Il est vrai que les paysans de Vendée n'appréciaient guère l'idée d'aller se battre loin de chez eux pour les couleurs d'une République qui, dans le même temps, s'en prenait à leurs traditions religieuses et décrochaient les cloches des églises pour en faire des canons... La révolte contre l'obligation militaire se fit aux cris à la fois de colère et de fidélité de « Vive Dieu, vive le roi ! », et les paysans s'en furent chercher quelques nobles habitués à commander pour les mettre à leur tête, malgré les réticences de ces derniers, trop conscients de la « folie » de ce soulèvement spontané face à la violence assumée de la République naissante.

 

« Considérés comme « le chancre qui dévore le coeur de la République », les Vendéens seront exterminés, sans aucune distinction d'âge ou de sexe. » Reynald Sécher n'hésite pas, en s'appuyant sur les lois votées en août et en octobre 1793 par les parlementaires français de la Convention nationale, et sur la pratique de l'extermination de masse par les fameuses « colonnes infernales » de l'année 1794 (c'est-à-dire après la fin du soulèvement vendéen...) à employer le terme de « génocide », ce qui n'a pas l'heur de plaire à quelques « gardiens du temple » qui veillent à préserver certains « tabous » de la Révolution française, envers et contre toute vérité historique. Reynald, qui est un ami de longue date, en sait quelque chose, et moi aussi, réprimandé par l'Education nationale en 1991 pour avoir fait un cours où j'avais « osé » parler de ce fameux « génocide vendéen » ! D'ailleurs, je me souviens que l'inspecteur d'histoire m'avait aussi expliqué qu'il n'y avait qu'un seul génocide au regard de l'Histoire (du moins celle que la République entend enseigner...), le génocide juif... Ce qui signifie que, aujourd'hui, cet inspecteur pourrait être dénoncé pour « négationnisme », non pas tellement du génocide vendéen mais du génocide... arménien, reconnu par la loi depuis quelques années déjà, même si cette négation n'est pas encore (et c’est tant mieux !) reconnue comme un délit passible des tribunaux, du fait de la censure récente du Conseil constitutionnel... Les temps changent, et j'aimerai savoir ce qu'en pense désormais cet inspecteur désavoué, a posteriori, par l'Etat qui le paye !

 

« Historiens et intellectuels décryptent un massacre jugé tabou. », conclue l'article, dans un élan « politiquement incorrect »...

 

Ah, au fait, une dernière chose : ce court article annonçant un documentaire télévisé n'a pas été publié par « Le Figaro » ou « Valeurs actuelles », mais dans les colonnes de... « L'Humanité-dimanche », hebdomadaire communiste ! Etonnant, n'est-ce pas ?

 

 

04/03/2010

La Vendée martyre.

L’histoire est parfois terrible, et elle semble aimer les coïncidences tragiques : ainsi, la Vendée a été frappée par la tempête dévastatrice Xynthia le 28 février, jour anniversaire du tristement célèbre massacre des Lucs de 1794, massacre perpétré par les fameuses colonnes infernales que la République avait lâché sur la contrée « catholique et royale » pour la punir de sa résistance à l’égard de la Terreur…

 

Cette terrible tempête a entraîné la mort d’une cinquantaine de personnes et dévasté le littoral, inondant et rendant impropre à la culture plus de 45.000 hectares de terres agricoles, noyant des milliers d’animaux, détruisant les parcs ostréicoles et les marais salants, etc. Une catastrophe pour toute la région, au-delà du département vendéen ! Sans oublier toutes ces zones « rurbanisées », ces nombreux lotissements construits parfois de façon anarchique et qui ont été surpris par la montée et l’invasion des eaux…

 

Certes, cette catastrophe pose beaucoup de questions sur le mode de développement de l’habitat, et les polémiques vont désormais bon train pour dénoncer là-bas ce qui continue (et continuera, malheureusement) à se faire ailleurs, en particulier dans la région parisienne ou sur tous (ou presque) les littoraux de notre pays et, au-delà, du monde, pour des raisons touristiques ou économiques. Rappelons-nous que les questions posées aujourd’hui pour le littoral atlantique sont les mêmes que celles déjà posées au moment du tsunami asiatique de 2004 !

 

Il est certain qu’il ne faudra pas refaire les mêmes erreurs que par le passé, relativement récent, de l’urbanisation « individualiste de masse » : cela passe par une véritable réflexion sur l’aménagement des terroirs et territoires, mais aussi sur la préservation des équilibres naturels et littoraux, et sur la définition de protections adaptées aux risques, jamais totalement inexistants si peu fréquents, du vent et de l’eau. Sans doute faudra-t-il envisager de relâcher la pression rurbaine et pavillonnaire sur les littoraux et sur les bords de fleuves et de rivières, et de reconstruire des digues, mais aussi des talus et fossés qui, aujourd’hui en recul pour des raisons qui se voulaient d’efficacité économique, peuvent pourtant jouer un rôle important dans l’évacuation et le « pompage » naturel des eaux : en somme, refaire un bocage qui, trop souvent, a été démembré (au titre du remembrement…) sans penser aux conséquences…

 

En attendant cette reconstruction et cette nouvelle orientation de l’aménagement rural comme urbain et rurbain, il est nécessaire de rappeler la solidarité française envers une région qui, aujourd’hui, est durement frappée en ses flancs comme en son cœur : il faut souhaiter que l’Etat joue son rôle protecteur et sache mobiliser les moyens nécessaires, avec ceux de la Région et du Département, pour panser rapidement les plaies et rassurer les populations. Mais ne négligeons pas, dans le même temps, les enjeux du lendemain…