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21/07/2017

L'importance d'un bon budget militaire pour la France.

Les premières mesures budgétaires de l'ère Macron, survenant au cœur d'un été que l'on espère plus paisible que celui, meurtrier, de l'an dernier, soulèvent évidemment nombre de critiques, et chacun, ou presque, y trouve à redire, de plus ou moins bonne foi selon les cas. Pourtant, personne ne nie que la situation financière de notre pays est délicate et qu'une meilleure maîtrise des dépenses s'avère nécessaire pour pouvoir retrouver une certaine crédibilité sur le plan européen, et, plus important, les moyens d'une véritable souveraineté économique, qui n'est pas l'isolement mais la capacité à « être et agir » librement pour l’État politique face aux féodalités de l'Argent, qu'elles prennent les formes de puissances financières légales, de fonds vautours ou de multinationales industrielles ou commerciales.

 

Si nombre de mesures annoncées, pour désagréables qu'elles puissent être à court terme, ne me choquent pas outre mesure (comme le gel du point d'indice pour les fonctionnaires, dont je suis, et le rétablissement du jour de carence), d'autres me paraissent inappropriées et, même, dangereuses. Ainsi la diminution (provisoire ?) du budget de la Défense, celle-là même qui a provoquée la colère, puis la démission du général de Villiers, n'est pas une bonne nouvelle au regard des périls internationaux actuels et du rôle de l'armée française dans la protection du continent européen, rôle et place qui faisaient dire au président de la Commission européenne pour une fois bien inspiré que « l'armée européenne c'est l'armée française », reconnaissant ainsi que, plutôt que de vouloir une hypothétique Défense européenne unifiée, mieux valait reconnaître et renforcer ce qui existait déjà, nationalement, et que c'est bien la France, et elle seule, qui incarnait le mieux cette Défense... Au moment où le monde vit un réarmement général, il ne faut pas baisser la garde, même si la solution n'est pas que militaire mais d'abord politique. En disant cela, je ne suis pas militariste mais prudent, tout simplement : si la confiance entre amis est honorable, elle n'enlève rien à la nécessité de se préserver de ceux qui ne le sont pas, ou qui en sont de « faux »... Et, en diplomatie, l'on sait aussi que, selon la formule du général de Gaulle, « les alliances sont saisonnières » : mieux vaut, donc, se garder soi-même, sans méconnaître les possibles coopérations et, bien sûr, les communautés de combat que les événements obligent parfois.

 

Les 850 millions pris aux armées cette année peuvent avoir, si l'on n'y prend garde, des conséquences fâcheuses sur les terrains, sans doute trop nombreux aujourd'hui, sur lesquels la France est militairement engagée. Et je doute fortement que le rétablissement d'une forme de service militaire (quel qu'en soit le nom), égalitaire de plus, soit une bonne nouvelle pour une armée qui risque bien d'y perdre une partie de son temps et de son énergie, comme si elle n'avait pas assez à faire par ailleurs ! Déjà, l'opération Sentinelle qui a mobilisé et épuisé une partie des troupes pour des activités de surveillance sur un territoire, le nôtre, que nous pensions à l'abri de toute guerre et de tout éclat terroriste, s'est avérée très lourde et peu efficace au regard des moyens engagés, et il me semble que ce n'est pas le rôle de l'armée (hors gendarmerie) d'assurer la sécurité dans nos rues et devant nos lycées, sauf de façon très ponctuelle et limitée dans le temps.

 

Dans les années 30, le royaliste Maurras terminait nombre de ses articles consacrés aux questions européennes et internationales par un « Armons, armons, armons » qui n'a pas été écouté ni entendu, sinon trop tardivement en 1938... La catastrophe passée et l'Allemagne enfin vaincue, il sera facile pour ceux qui n'avaient rien voulu voir venir de dénoncer et condamner Maurras pour des fautes qu'il n'a pu commettre que parce que ses plus rudes avertissements, justifiés comme l'histoire l'a montré, n'avaient pas été pris en compte : c'est Cassandre alors emprisonnée, insultée, condamnée à l'infamie. Mais l'avertissement de Maurras reste toujours actuel, et il faut l'entendre désormais pour ne pas avoir à affronter, peut-être, un prochain « Mai 40 » dont l'histoire nous a appris les funestes conséquences pour le pays comme pour ses habitants, mais aussi pour l'équilibre du monde.

 

La liberté a un coût sans doute élevé, mais il sera toujours plus léger que celui de la servitude...

 

 

 

 

 

10/02/2009

Soldats allemands en Alsace.

L’installation de soldats allemands en Alsace annoncée dans la même semaine où la république française annonce aussi sa réintégration totale dans l'OTAN n'est pas la chose la plus judicieuse ni la plus heureuse qui soit...
Doit-on y voir la fin de toute indépendance nationale, au nom d'une Union européenne qui a elle-même renoncé à toute puissance politique et risque de n'être qu'un vaste supermarché protégé par des troupes commandées de Washington ?
Cette double décision est maladroite mais les réactions à ces annonces présidentielles semblent prouver une sorte de "lâche soulagement" de la part de nombre de nos compatriotes et d’Européens : en somme, l'Europe des 27 veut simplement qu'on lui fiche la paix à défaut d'être capable de la défendre...
Or, la paix est un bien fragile qui ne vit que si on l'aime passionnément et qu'on est prêt à la défendre, y compris... les armes à la main ! N'oublions pas les (tristes) leçons de mai 1940 pour ne pas avoir à en revivre les conséquences...
D'autre part, l'histoire nous enseigne que la plus précieuse des libertés, celle qui garantit les autres, c'est la liberté du pays, l'indépendance nationale : ne pas dépendre des autres pour nous défendre et pour librement agir et penser.
"Mon verre est petit mais je bois dans MON verre", disait le général de Gaulle. Il ajoutait, conscient des retournements de l'histoire, que "les alliances sont saisonnières"...

L'Union européenne ne se fera pas sur des malentendus ou des compromissions mais sur des réalités et des nations, particulières sans forcément être "particularistes", égoïstes ou antagonistes, bien au contraire.
L'Europe, de toute façon, n'existera que le jour où elle aura envie de vivre libre, y compris du "grand frère états-unien" : pas de puissance sans indépendance, remarquait encore de Gaulle, à la suite des Capétiens.
Avant d'inviter les Allemands sur notre sol, il aurait été utile de savoir s'ils étaient disposés à défendre l'idée d'une Europe libre, forte et respectueuse de ses particularités et de ses nations : si ce n'est pas le cas, cette décision d'installation en France aura plutôt fait régresser la construction européenne et attisé quelques rancoeurs supplémentaires...
Dernière chose : espérons que les soldats allemands présents en France feront l'effort de parler français, et non l'anglais, et que les Français qui les accueilleront feront aussi quelques efforts en allemand, et non en anglais, car,
si l'anglais devait être la seule langue "commune" aux militaires des deux pays, cela serait la preuve que l'Europe a renoncé, en fait, à la pluralité linguistique pour ne plus être qu'une zone de l'américanosphère, sans culture ni histoire : ce serait dommage !

21/08/2008

Les Français dans la guerre civile afghane.

Dix soldats français sont tombés lundi soir sous les balles en Afghanistan dans des circonstances qui, déjà, soulèvent la polémique. Mais avant d’aller plus loin, je m’incline respectueusement devant la mémoire de ces jeunes hommes qui portaient l’uniforme français, de ces hommes qui sont « l’épée et le bouclier » de la France, ici et ailleurs, et dont les noms vont s’inscrire désormais dans la pierre des monuments aux morts, à la suite de tant d’autres. Ce jeudi, alors qu’une pluie persistante mouille le pavé rennais, mon café a un goût de cendres. Devant moi, les gros titres de la presse s’étalent : hier la Géorgie, aujourd’hui l’Afghanistan et la France, parfois l’Algérie, et toujours le sang, la guerre malgré la « trêve olympique »… Lorsque l’été se refermera, il apparaîtra bien meurtrier cette année.

En ce jour d’hommage national aux soldats tombés en Afghanistan, les journaux s’interrogent sur les finalités de la présence française à Kaboul et ses environs, et sur les conditions de l’embuscade, les difficultés des soldats à se dégager : le manque de munitions, la question du commandement, le retard des renforts, etc. complètent ces interrogations.

Les propos du président de la République à Kaboul ne m’ont guère convaincu, c’est le moins que l’on puisse dire, et ils me semblent « décalés », en particulier au regard du pays concerné et de la politique militaire du président elle-même, mélange de langage comptable et d’esbroufe aux grands principes… Alors même que M. Sarkozy « défait » l’armée française au nom des économies budgétaires et qu’il se réfugie, sans contrepartie véritable, sous le parapluie états-unien au sein de l’OTAN (apparemment un « tigre de papier » piégé dans les montagnes d’Afghanistan), il s’agite et parle de « guerre à gagner » alors que les moyens n’y sont pas ! Les témoignages effarants sur l’état du matériel militaire français sur les terrains d’opération sont une indication inquiétante et qui laissent présager de nouvelles déconvenues, je n’ose écrire « défaites », terme qui risque pourtant de s’imposer dans les mois qui viennent si l’armée française n’est pas plus soutenue par l’Etat (et par autre chose que des mots et des hommages…) et si une véritable stratégie militaire sur le long terme n’est pas pensée dans les temps proches.

De plus, et c’est vrai pour l’Afghanistan comme pour d’autres théâtres d’opérations, il n’y a pas de victoire possible si, à côté du moyen militaire, il n’y a pas un véritable engagement civil de reconstruction du pays, routes et écoles, agriculture et ravitaillement : sans confondre les deux domaines, il est néanmoins évident que l’un n’est pas possible sans l’autre, et réciproquement : l’humanitaire et le militaire. La « politique de la canonnière », chère aux Etats-uniens, n’est pas la meilleure solution (et surtout pas la seule !) à apporter au terrorisme puisqu’il s’agit, dit-on, de cela en Afghanistan.

La France doit-elle se retirer du conflit aujourd’hui ? Cela serait reconnaître l’échec total de sept années de présence militaire et diplomatique françaises sur le terrain afghan, et apparaîtrait comme une défaite terrible. Mais il faut sans doute investir massivement dans la reconstruction de la capitale et des villes encore entre les mains des autorités du président Hamid Karzaï, et repenser les relations avec les différentes parties (en particulier ethniques et tribales) du pays : il ne faut plus attendre mais faire !

Certains diront que l’on « ne construit pas sous un bombardement », selon la célèbre formule de Maurras, mais gare au contresens sur cette citation et sur l’intention de son auteur ! Dans ce cas afghan, il s’agit aussi de reconstruire un Etat, moyen de permettre de sortir de la guerre civile dans laquelle la France apparaît aujourd’hui piégée, en partie par une rhétorique antiterroriste inadaptée à la situation politique intérieure de ce pays. Et si on ne tente pas de le faire, même sous les bombes, rien ne se fera de durable. N’est-ce pas ce qu’a fait Jeanne d’Arc en faisant sacrer roi le dauphin Charles en pleine guerre de reconquête, car elle savait que rien ne se construit sur la seule victoire militaire ?

Il ne s’agit pas d’imposer un modèle étatique à l’Afghanistan qui dispose d’institutions souveraines mais de l’aider à faire ses premiers pas, dans l’intérêt de tous, Afghans et autres. Ce n’est pas aux pays engagés dans le conflit de gouverner l’Afghanistan : cela n’empêche pas de l’aider, au-delà des débats institutionnels intérieurs, et sans préjuger de la forme actuelle ou future des institutions. D’ailleurs, ne paye-t-on pas ici l’erreur des Etats-Unis d’empêcher la restauration monarchique du roi Zaher Chah, aujourd’hui décédé, alors qu’elle était souhaitée, comme facteur d’unité et comme moyen de remettre les Pachtounes, majoritaires dans le pays, à la tête d’un pays dont ils sont les fondateurs ? En tout cas, il est bien tard, et il faut agir vite et bien, en politique autant qu’en militaire : la France, moins impopulaire que les Etats-Unis dans la région, peut encore jouer son jeu et être un arbitre utile au règlement de la guerre civile afghane, sans pour autant renier ses alliances et ses engagements.