07.09.2009
La France et le Brésil, une entente nécessaire.
Le président Sarkozy est à Brasilia en ce jour de fête nationale du Brésil et en cette « année de la France au Brésil », passée malheureusement plus inaperçue en France qu’en Amérique du Sud. Ainsi, le défilé militaire de Brasilia sera ouvert par le bagad de Lann-Bihoué et ses cornemuses, survolé par les fumées tricolores des avions de la patrouille de France et clôturé par des légionnaires du 3ème Régiment étranger d’infanterie basé à Kourou, dans la Guyane voisine. Bel hommage, inédit d’ailleurs, de la nouvelle puissance économique mais aussi politique brésilienne à la France : car le Brésil a eu une tradition intellectuelle francophone importante et ce n’est pas vraiment un hasard si Georges Bernanos s’y est exilé pour fuir une France de la IIIe République et une Europe incapables d’affronter leurs démons intérieurs et d’échapper au « règne de Sauron » (pour reprendre une image tolkienienne), et s’il y a, là-bas, non seulement des écoles qui portent son nom mais aussi des écrivains (y compris français) qui se réclament de son héritage.
Le Brésil est une puissance qui compte désormais de plus en plus, au-delà même du continent américain, et dont l’appartenance à ce que l’on appelle les « puissances émergentes » et le « Bric » (Brésil-Russie-Inde-Chine) ne doit pas être négligée : dans la redistribution des cartes géopolitique, la France, si elle veut vivre et peser, si elle veut être écoutée et respectée, doit marquer sa présence par le renforcement des liens avec les pays qui lui sont proches culturellement ou avec lesquels elle a des relations qui ne sont pas qu’économiques. Ce que j’ai souligné pour l’Inde, invitée du défilé du 14 juillet 2009 à Paris, est tout à fait valable pour le Brésil : ce n’est pas la confusion de la France avec la seule Union européenne, ensemble économique à défaut d’être puissance politique souveraine, qui peut servir le monde, l’Europe et la France !
La diplomatie de la France doit être à la fois indépendante, fidèle à ses alliances tant qu’elles sont avérées (mais sans oublier la fameuse formule du général de Gaulle : « les alliances sont saisonnières »…) et capable d’assumer une grande diversité dans ses relations privilégiées, c’est-à-dire de prôner, au niveau mondial, « la multipolarité » : en somme, pratiquer la politique traditionnelle de la France au niveau international, baptisée parfois du qualificatif de « gaullienne » mais plus anciennement de « capétienne ».
Le Brésil, parfois fort critiquable dans sa gestion de la forêt amazonienne, peut néanmoins constituer le pôle dynamique d’une présence diplomatique et politique française en Amérique du Sud, accordée à la stratégie même du président Lula da Silva : lorsque celui-ci affirme que « Le Brésil doit jouer un rôle de pacificateur, de conciliateur », il dit aussi ce que doit être le rôle de la France, puissance moyenne mais ancienne et, par là-même, susceptible d’être « puissance médiatrice » entre les uns et les autres, puissances diverses et Etats de toutes les tailles et de tous les poids.
La France a un avenir qui ne se limite pas aux frontières (mal définies d’ailleurs !) de « l’Europe » : c’est Bernanos, ce royaliste intransigeant et amoureux passionné de sa terre natale française comme de sa terre d’exil brésilienne, qui le rappelait : « le monde a besoin de la France ». A l’heure où les Empires se toisent, les médiations se feront de moins en moins par les institutions internationales (malgré leurs réunions incessantes et leurs noms variés : OMC, FMI, G20, etc.) et de plus en plus par les Etats constitués et assurés d’eux-mêmes : la gouvernance impériale mondiale se comprend dans une logique de domination des Forts sur les Faibles quand les relations intergouvernementales sont, au contraire, le gage d’un véritable dialogue et d’un équilibre possible des Etats et des nations, des peuples politiques, dans le respect de leurs richesses et de leurs qualités, de leurs traditions et de leurs libertés…
15:18 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : brésil, france, bernanos, de gaulle, entente, alliances, sauron, empire, gouvernance, politique.
03.07.2009
Détails au bac d'histoire.
Je viens de finir les corrections des copies du bac, et je confirme mes propos sur la « mascarade du bac 2009 », ne serait-ce que parce que, cette année, au-delà des consignes malvenues de l’Education nationale déjà évoquées ici, les sujets de composition de géographie n’en étaient pas vraiment mais bien plutôt des thèmes, ce qui n’a évidemment ni le même sens ni la même portée… En somme, quelques connaissances suffisaient pour obtenir une note « satisfaisante », et aucun effort de réflexion n’était vraiment exigé, il suffisait juste de ressortir un cours appris dans l’année : bien sûr, ce n’est pas forcément négligeable mais cela dévalorise notablement l’exercice et le diplôme afférent.
Néanmoins, les copies du bac sont fort instructives pour saisir l’état d’esprit et, plus exactement, « l’idéologie dominante » qui est transmise dans le cadre de l’enseignement (public ou privé, il n’y a, en définitive, guère de différences) et retranscrite par les écrits des élèves : lire les copies des candidats est sans doute plus révélateur que bien des enquêtes sociologiques officielles !
Juste un petit exemple : le texte de la « mineure » de l’épreuve d’histoire-géographie était, cette année, un extrait des mémoires de l’ancien conseiller puis secrétaire d’Etat du président des Etats-Unis Richard Nixon, Henry Kissinger, extrait qui évoquait la présidence du général de Gaulle. L’une des questions posées portait sur « les principaux axes de la politique extérieure du général de Gaulle » et l’on pouvait logiquement attendre des candidats qu’ils évoquent « l’indépendance nationale » ou « l’indépendance française », ne serait-ce qu’à la lecture et l’explication du texte même de Kissinger.
Or, sur une quarantaine de copies ayant choisi cette explication de documents d’histoire, un seul (je dis bien : un seul !) a écrit le mot « indépendance », sans y rajouter, d’ailleurs, ni le qualificatif de « nationale » ou de « française »… Un détail ? Peut-être, mais évidemment révélateur ! Si le mot « indépendance » n’apparaît pas, même quand il nous paraît « évident », sous la plume des élèves, c’est sans doute parce qu’il ne leur parle pas directement et qu’il est absent de leur vocabulaire habituel, tout simplement ! Il y a là une nouvelle réalité qu’il serait bon que ceux qui s’acharnent à défendre la souveraineté française (et c’est un combat louable) saisissent pour pouvoir réagir : la langue, le vocabulaire, le sens des mots,… sont des éléments qu’il importe de ne pas négliger, et c’est par là que l’on gagne les batailles, ou qu’on les perd… Là encore, sans doute faut-il relire le maître-livre de George Orwell, « 1984 », et les pages qu’il consacre au « novlangue », pages absolument fondamentales pour comprendre la nature de ce qui constitue une « idéologie dominante » et pas seulement un totalitarisme…
Autre petit exemple, tiré des mêmes copies et du même sujet : à l’une des questions portant sur l’image donnée par Kissinger du général de Gaulle, une trentaine d’élève ont répondu que le conseiller de Nixon considérait le président français des années 60 comme un « héros », sans que la plupart des élèves ne sachent exactement expliquer pourquoi, sans doute du fait de l’actuelle disparition de « l’héroïsme » historique (j’insiste sur ce dernier terme, car il est d’autres formes d’héroïsme qui occupent le champ social, voire sociétal) du champ de l’enseignement même de l’Histoire (j’y reviendrai dans une note prochaine). Mais, tous ces élèves, sans exception, ont écrit « héro », en oubliant le « s » qui est la marque de ce mot en français. Pourquoi cette erreur commune à tous les candidats, pourtant issus de différents lycées, de classes elles aussi différentes ? Pourquoi ce mot a-t-il été écrit à l’anglo-saxonne ? Si cela avait été le fait de quelques uns, on aurait pu en sourire : mais c’était le fait de tous ! Détail ?
En tout cas, comme pour me remettre de ces petits détails (parfois déprimants, il faut bien le reconnaître) qui cachent tant de choses, je reprends, ce midi, le livre d’Etienne de Montety : « Honoré d’Estienne d’Orves, un héros français »…
(à suivre : l’idéologie dominante à travers les devoirs de géographie…)
12:27 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : bac, de gaulle, kissinger, novlangue, orwell, langue, héros.
10.02.2009
Soldats allemands en Alsace.
L’installation de soldats allemands en Alsace annoncée dans la même semaine où la république française annonce aussi sa réintégration totale dans l'OTAN n'est pas la chose la plus judicieuse ni la plus heureuse qui soit...
Doit-on y voir la fin de toute indépendance nationale, au nom d'une Union européenne qui a elle-même renoncé à toute puissance politique et risque de n'être qu'un vaste supermarché protégé par des troupes commandées de Washington ?
Cette double décision est maladroite mais les réactions à ces annonces présidentielles semblent prouver une sorte de "lâche soulagement" de la part de nombre de nos compatriotes et d’Européens : en somme, l'Europe des 27 veut simplement qu'on lui fiche la paix à défaut d'être capable de la défendre...
Or, la paix est un bien fragile qui ne vit que si on l'aime passionnément et qu'on est prêt à la défendre, y compris... les armes à la main ! N'oublions pas les (tristes) leçons de mai 1940 pour ne pas avoir à en revivre les conséquences...
D'autre part, l'histoire nous enseigne que la plus précieuse des libertés, celle qui garantit les autres, c'est la liberté du pays, l'indépendance nationale : ne pas dépendre des autres pour nous défendre et pour librement agir et penser.
"Mon verre est petit mais je bois dans MON verre", disait le général de Gaulle. Il ajoutait, conscient des retournements de l'histoire, que "les alliances sont saisonnières"...
L'Union européenne ne se fera pas sur des malentendus ou des compromissions mais sur des réalités et des nations, particulières sans forcément être "particularistes", égoïstes ou antagonistes, bien au contraire.
L'Europe, de toute façon, n'existera que le jour où elle aura envie de vivre libre, y compris du "grand frère états-unien" : pas de puissance sans indépendance, remarquait encore de Gaulle, à la suite des Capétiens.
Avant d'inviter les Allemands sur notre sol, il aurait été utile de savoir s'ils étaient disposés à défendre l'idée d'une Europe libre, forte et respectueuse de ses particularités et de ses nations : si ce n'est pas le cas, cette décision d'installation en France aura plutôt fait régresser la construction européenne et attisé quelques rancoeurs supplémentaires...
Dernière chose : espérons que les soldats allemands présents en France feront l'effort de parler français, et non l'anglais, et que les Français qui les accueilleront feront aussi quelques efforts en allemand, et non en anglais, car, si l'anglais devait être la seule langue "commune" aux militaires des deux pays, cela serait la preuve que l'Europe a renoncé, en fait, à la pluralité linguistique pour ne plus être qu'une zone de l'américanosphère, sans culture ni histoire : ce serait dommage !
22:32 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : soldats allemands, alsace, armée, otan, défense, de gaulle, indépendance nationale
28.01.2009
Révolution ?
La colère monte, dit-on et constate-t-on un peu partout en France, et l’arrogance des puissants, de la finance comme de la République sarkozienne, exacerbe cette montée de la fièvre contestatrice. Le succès annoncé de la manifestation du jeudi 29 janvier tient beaucoup à ce sentiment diffus et confus, et c’est sans doute ce qui est le plus dangereux, car les syndicats eux-mêmes ne savent pas comment gérer la colère des masses, parfois versatiles et violentes lorsque les cadres sociaux sont fragilisés ou brisés et que l’énergie de la fureur se libère brutalement, en explosion dévastatrice, que cela soit pour de bonnes ou de mauvaises raisons d’ailleurs.
Peut-on, aujourd’hui, passer de la révolte à la révolution, comme le titrait jadis le quotidien « Combat », imité en cela par toutes les feuilles contestatrices, maoïstes, anarchistes ou, même, monarchistes à la suite du philosophe Maurice Clavel, « révolutionnaire chrétien » qui, à la veille de sa mort, avait reconnu dans les royalistes post-maurrassiens de la Nouvelle Action Française ses « héritiers » ? Si l’on voit bien ce que peut recouvrir le terme de révolte, que peut vouloir signifier celui de révolution à l’heure où l’histoire nous rappelle que celle-ci fut souvent sanglante et cruelle dans ses diverses déclinaisons et qu’elle devient tout aussi terrifiante, dans l’imaginaire des populations occidentales, que les guerres et les totalitarismes ?
Maurras, qui ne passait pas particulièrement pour un gauchiste, affirmait qu’était nécessaire une « révolution rédemptrice » qu’il qualifiait, plus loin, de « conservatrice » (sans, évidemment, les connotations actuelles que lui donnent les libéraux et leurs contempteurs), et se proclamait « traditionaliste révolutionnaire ». Le plus intéressant était son idée qu’il est de bonnes révolutions et qu’elles se font principalement « par le haut », par l’action même de l’Etat et, particulièrement, de sa magistrature suprême.
Les exemples contemporains les plus fameux sont, entre autres, celle accomplie par le général de Gaulle par son action réformatrice à la tête de l’Etat et qui a donné naissance à cette « monarchie inachevée » qu’est la Cinquième République, et celle menée, du haut de sa position « d’héritier libre du franquisme » (et libéré par son essence même de cet héritage encombrant), par le roi Juan Carlos d’Espagne entre 1975 et 1981 et qui a permis une transition en douceur de la dictature à la démocratie, souvent qualifiée de « révolution tranquille », formule d’ailleurs reprise par les partisans de François Mitterrand en 1981-1983…
C’est bien « par le haut » que peut, en France, se faire la véritable révolution politique, condition nécessaire d’une justice sociale retrouvée : il est possible que, comme en 1958, les événements de la rue servent de détonateur à cette révolution souhaitable. Mais c’est bien la magistrature suprême ainsi instaurée qui peut agir et remettre les puissants à leur place qui ne doit pas être la première, comme le soulignaient tout autant Louis XI que Louis XIV ou de Gaulle… « La politique de la France ne se fait pas à la Corbeille » (à la Bourse, dirait-on aujourd’hui), formule gaullienne qui fait écho à la mise au pas d’un Fouquet (l’homme le plus riche du royaume, véritable oligarque de son temps !) par le roi-soleil, résume bien la nécessaire révolution qu’il s’agit de mener, à la fois éminemment politique à la tête de l’Etat et, en même temps, dans les esprits et les mœurs des pouvoirs publics.
M. Sarkozy n’est pas l’homme de cette révolution car il incarne le Pouvoir du Seigneur Argent, celui qui tient la République quand elle-même tient sa légalité du jeu des influences et des clientèles, des partis et des factions : la véritable révolution, qui n’est pas non plus celle d’un Besancenot ou des nihilistes, est bien celle de l’Etat et de sa magistrature suprême. Reste, pour les monarchistes qui attendent et espèrent cette révolution, à trouver les moyens de la faire advenir…
Recherche Talleyrand, pour instauration royale, nécessaire et urgente…
21:27 Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : révolution, crise, état, de gaulle, sarkozy, monarchie, maurras.
08.01.2009
Faire la paix.
L’intervention israélienne dans la bande de Gaza soulève les passions, y compris en France : cela m’inquiète, au regard des tensions intercommunautaires qui peuvent se révéler et dégénérer, comme quelques incidents heureusement isolés et marginaux le rappellent. Même dans les classes du lycée, on peut parfois, au détour d’une tentative d’explication de la situation complexe de la région, constater que certains se laissent emporter par une argumentation qui reflète plus une position communautaire que nationale française. Or, et je l’ai rappelé aux élèves, la France n’est pas militairement impliquée dans le conflit et elle ne doit pas devenir le champ de bataille « délocalisé » et par communautés interposées d’une guerre lointaine, même si les images vues à la télé ou sur la Toile nous rapprochent presque de façon impudique et voyeuse des événements tragiques de Gaza.
Bien sûr, on peut s’indigner des violences et rechercher les causes, en discuter, voire se quereller sur les moyens pour la diplomatie française d’agir pour la paix dans la région. Mais prendre parti pour un camp ou pour un autre en prenant à partie d’autres Français qui, par leurs racines ou leur religion, seraient dans le camp opposé est risqué et déplacé : il est bien l’heure de dire « France d’abord ! », c’est-à-dire que les Français, quelles que soient leurs appartenances, leurs choix ou leurs intérêts, ne doivent pas juger autrement qu’en fonction des intérêts français et de ceux de la simple humanité que la France a pour vocation de défendre et de rappeler (même si elle ne répond pas toujours à cette exigence…).
C’est d’ailleurs à cette condition que les manifestations en France pour la paix et l’arrêt des violences pourront avoir une chance d’être crédibles et acceptables pour les deux camps : ce n’est pas autrement, dans ce cas précis (qui n’est pas forcément le cas général), que l’on pourra peser sans aviver les tensions ou les ressentiments. En prônant « la paix des braves » (qui est une formule qui a le mérite de contenter chacun des camps qui peut se reconnaître, à tort ou à raison d’ailleurs, dans cette appréciation, comme l’a pensé en son temps le général de Gaulle) et, donc, un arrêt des combats qui ne pourrait s’accompagner que de la forte pression internationale nécessaire pour imposer de véritables négociations entre les belligérants ou, plus exactement, leurs représentants « légaux » (même si la légalité peut être sujette à caution…).
Certains me diront que je fais peu de cas des horreurs commises par les uns ou par les autres, chacun des camps se jetant des cadavres à la figure et se rejetant la responsabilité du commencement des hostilités. Je n’oublie rien en tant qu’historien, mais il est des heures où ce n’est pas la vengeance ni même la « justice » ou le « bon droit » qui comptent, mais bien le but à atteindre : l’extinction des feux et, au-delà, « par delà la mémoire et l’oubli », l’établissement d’une paix durable et profitable à tous. Sinon, jamais la guerre ne s’arrêtera, ni la volonté de « faire payer à l’autre » les souffrances qu’il vous a fait endurer.
Je pense en ce moment à la réconciliation franco-allemande, qui n’aurait jamais été possible si le général de Gaulle n’avait pas eu à la fois la légitimité historique (l’homme du 18 juin, le symbole du refus de l’occupation allemande) et la « capacité d’oubli » (qui n’est pas exactement de l’amnésie mais bien plutôt la capacité à « oublier » ce qui fâche ou divise lorsque l’enjeu impose le dépassement des « anciennes querelles ») qui marque les grands hommes d’Etat soucieux de préparer demain et non pas de ressasser hier. Si elle a été possible, c’est parce que, aussi, le politique primait sur le sentiment ou le religieux. C’était d’ailleurs aussi la politique, souvent incomprise des populations, des rois de France, tel « le renversement des alliances » imposé (malgré son impopularité) par Louis XV et qui rapprochait, y compris par le symbole d’un mariage entre le jeune prince Louis et l’archiduchesse autrichienne Marie-Antoinette, deux Etats adversaires pendant presque trois siècles…
La paix est un bien précieux : s’il est difficile de la faire advenir, elle n’est pas moins souhaitable, forcément nécessaire… Pour que les oliviers palestiniens abritent les colombes israéliennes, et que, à défaut de se connaître, les peuples israélien et palestinien acceptent de se reconnaître…
23:54 Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : paix, gaza, israël, palestine, de gaulle, réconciliation, oubli
14.10.2008
L'Europe des Etats face à la crise.
La crise financière a montré quelle Europe pouvait fonctionner et laquelle n’était qu’une chimère verbeuse et plus idéologique que réaliste : en somme, l’Europe des Monnet et Schuman n’a pas résisté à la tempête boursière tandis que l’Europe des Etats s’est affirmée, au point d’influencer les Etats-Unis dans leur propre politique économique.
En effet, qu’a-t-on vu ? Des Etats qui ont cherché à combattre la crise, non pas en se niant ou en se confiant à d’autres, mais en coordonnant leurs efforts, en s’inspirant du plan du premier ministre anglais Gordon Brown et du volontarisme de Nicolas Sarkozy, lui-même inspiré par la plume du gaulliste social Henri Guaino, anti-maëstrichien notoire… Alors que la Commission européenne brille par son absence et que M. Barroso ne pense qu’à assurer sa réélection au poste de président d’icelle, ce sont les Etats qui ont repris la main et qui « font l’Europe politique », loin des rêves et des manies des technocrates bruxellois, complètement inaudibles depuis quelques mois.
Il faut en convenir : l’Europe fédérale est un échec terrible, même si certains nient encore cette réalité pourtant visible de tous. Par contre, c’est, comme le souhaitait le général de Gaulle, l’Europe confédérale, celle des Etats, qui peut fonctionner ! C’est l’union des Etats qui peut parler, agir, intervenir. Ce n’est pas cet ectoplasme institutionnel qu’est la Commission européenne, qu’il faudrait sans doute, sinon supprimer complètement (quoique…), en tout cas remettre à sa place qui ne peut être celle d’aujourd’hui, trop envahissante.
D’autre part, cette crise montre aussi le retour du Politique, un Politique qui, à tort, était moqué par les technocrates européens et dénié par ces libéraux et ces sociaux-démocrates qui ne juraient (et ne jurent toujours, mais plus discrètement ces temps derniers) que par l’Economique. Ce sont les Etats qui ont sauvé (ou, à l’heure qu’il est, garanti) un système bancaire occidental en capilotade : cela ne devra pas être oublié et, lorsque les temps économiques seront meilleurs, il faudra le rappeler à ceux qui chercheront, une fois de plus, à profiter égoïstement en oubliant leurs devoirs sociaux et en se parant du manteau de la « liberté » dont ils ne veulent voir que les reflets économiques… C’est d’ailleurs à ce moment-là qu’il faudra aussi que notre Etat français soit le plus rigoureux et qu’il soit le plus juste : la justice sociale ne doit pas, alors, rester un vain mot et il faudra sans doute faire rendre gorge à quelques Fouquet indécents. Il n’est pas certain que la République, si dépendante des féodalités financières aujourd’hui discrètes mais demain à nouveau arrogantes (tant d’exemples dans notre histoire le rappellent !), soit en mesure d’affirmer alors son indépendance nécessaire. Un Louis XIV, de par sa position de liberté à l’égard des forces d’argent auxquelles il ne devait ni sa fortune ni son pouvoir ni sa légitimité, pouvait frapper ou flatter les financiers à sa guise, dans l’intérêt de l’Etat qu’il incarnait : un Sarkozy n’a pas la même latitude…
Décidément, la République, malgré quelques beaux sursauts politiques, n’est pas la Monarchie : dans cette affaire de crise financière, la Monarchie (je parle de la Monarchie propre à la France, si particulière) serait allée plus loin et, surtout, plus longtemps, disposant de ce qui manquera toujours à la République, c’est-à-dire le temps, la durée, la continuité…
09:25 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : europe, sarkozy, etats, de gaulle, monarchie, république, politique
18.06.2008
Triste 17 juin...
Triste jour que celui où l’actuel locataire de l’Elysée trahit la doctrine gaullienne de l’indépendance nationale dans l’indifférence générale, en faisant un véritable bras d’honneur aux traditions capétiennes et françaises : est-ce si étonnant quand on connaît le personnage qui, en définitive, suit la logique de son héritage familial et de sa pratique politique ? Le « tropisme d’Empire » propre à la tradition hongroise, pourtant si éloigné de l’histoire française, joue aujourd’hui en faveur des Etats-Unis et il est significatif que les autres pays de l’Union européenne se félicitent du « retour » de la France dans le Commandant intégré de l’OTAN dont le général de Gaulle avait heureusement sorti notre pays il y a plus de 40 ans.
Désormais, il sera plus compliqué à la France de marquer sa différence en Occident et il nous faudra assumer cette nouvelle situation qui nous lie encore plus les mains à l’égard d’un Empire qui ne se prive pas de montrer qu’il reste le maître en Union européenne en « conseillant » sa conduite à l’UE, autant dans son élargissement que dans sa stratégie militaire… Le Traité de Lisbonne, d’ailleurs, n’est-il pas explicite à cet égard, reliant la possible Défense européenne au fonctionnement et aux décisions de l’OTAN ?
Certains me trouveront bien « colère » ce soir, et ils n’auront pas tort. Mais je ne me résous pas à cette vassalisation programmée de mon pays que, sans chauvinisme (malgré mon patronyme…), j’aime profondément, cette « France libre, dans l’honneur et la dignité », selon les beaux mots du général de Gaulle…
Cela étant, l’Histoire de France montre à l’envi que ce pays ne saurait être tout à fait comme les autres, et qu’il a encore de nombreuses et belles pages à écrire : cette nuit, je relis, sans nostalgie et l’espérance au cœur, les « Mémoires de guerre » du chef de la France Libre des années 40. Espérance, douce et belle, terriblement belle sous ses voiles d’amertume…
01:00 Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : europe, otan, indépendance, de gaulle, défense, colère.
01.03.2008
Vulgarité présidentielle.
Ainsi, la réplique vulgaire (même si la colère pouvait être légitime au regard de la brève algarade) a remplacé l’esprit français et ce sens de l’Etat qui obligeait son dépositaire suprême à une certaine hauteur. Cela peut sembler un détail, et c’en est un, mais ô combien révélateur ! Je regardais hier soir le film « le grand Charles » qui évoque le général de Gaulle et, plus particulièrement, son parcours politique entre 1940 et 1958 : les mots durs, voire cruels et injustes, qu’il pouvait avoir à l’égard de ses adversaires comme de ses amis politiques peuvent choquer mais il y mettait cette « patte » politique qui vise à préserver « l’essentiel vital » du pays, son Etat, sa liberté et sa grandeur, et il ne se perdait pas dans les jeux de paillettes et dans ceux des basses insultes. Alain Peyrefitte racontait que, lors de la campagne présidentielle de 1965, de Gaulle avait refusé de dénigrer publiquement son adversaire Mitterrand sur les anciennes « amours vichystes » de celui-ci, et que le général argumentait cette retenue par le simple fait que Mitterrand pouvait, à un moment ou à un autre, incarner l’Etat qu’il dénigrait encore quelques temps avant sa propre élection présidentielle… Préserver la fonction, la magistrature suprême de l’Etat, voilà la doctrine gaullienne qui rappelle la conception capétienne de l’Etat et cette devise qui fut celle des rois de France (et qu’il serait bon de rappeler à l’actuel locataire de l’Elysée) : « Savoir raison garder ».
Au même moment, à Séville, des camelots vendaient des porte-clés et des badges reprenant la réplique cinglante du roi Juan Carlos à l’agression verbale du président Hugo Chavez, une réplique qui, si elle était fort simple dans son expression, a uni les Espagnols de toutes les tendances autour de leur monarque, symbole suprême de l’Espagne et défenseur de son unité « malgré tout ». Unir, au nom de l’Etat, et non diviser, voici le programme de tout chef de l’Etat qui respecte la fonction dont il est, pour un temps mais devant l’éternité, le dépositaire. Savoir parler haut et fort, quand l’Etat est agressé, et non s’énerver quand son représentant est personnellement outragé : défendre la fonction et l’Etat impose la fermeté, pas la vulgarité et la facilité d’un échange verbal. Quand le roi d’Espagne défend un principe politique face à Chavez, M. Sarkozy n’a défendu que son ego…
La République a, aujourd’hui, les représentants qu’elle mérite et qu’elle suscite, rien de plus. Mais, de Grévy l’avare à Sarkozy le colérique, c’est la France qui subit…
13:00 Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : sarkozy, de gaulle, juan carlos, président.
10.01.2008
La France et la construction européenne.
Pourtant, c’est en France qu’a été « lancée » la CECA (Communauté Economique du Charbon et de l’Acier) par la fameuse déclaration Schuman du 9 mai 1950, déclaration d’ailleurs rédigée par son ami et complice Jean Monnet. Mais c’est aussi la France qui, à plusieurs reprises, a freiné les dérives européistes : en 1954, par le vote parlementaire contre la CED (Communauté Européenne de Défense), vote qui montre l’hétérogénéité des oppositions à cette politique initiée par les démocrates-chrétiens puisque, au-delà des traditionnels contestataires gaullistes et communistes, une (courte) majorité des députés socialistes (53 contre 50) refuse cette ébauche de « défense européenne » ; en 1965, par la politique de « la chaise vide » pratiquée par la France gaullienne (bête noire des européistes) pour refuser l’idée d’une supranationalité qui condamnerait le pays à la soumission à une instance bureaucratique sans légitimité véritable ; en 2003, par la position particulière de la France face aux velléités états-uniennes d’intervention en Irak, intervention soutenue par la plupart des pays de l’UE et des futurs entrants de 2004 ; en 2005, par le référendum négatif sur le traité constitutionnel européen…
Cela a-t-il empêché la France de jouer un rôle de premier plan dans ce que l’on nomme la construction européenne ? Pas vraiment, et de Gaulle lui-même a pratiqué un « nationalisme pragmatique » qui ne refusait pas « l’Europe » mais entendait la faire sur les réalités, c’est-à-dire sur les nations historiques, avec les Etats politiques et non avec les seuls experts et banquiers ou autres idéologues qui font de l’Europe une nouvelle Parousie. Son idée d’une confédération européenne (et non d’Etats-Unis d’Europe, idée de Monnet) me semble encore possible et sans doute plus réaliste que les rêves d’un « Empire » commerçant et ludique, réglementaire et obligatoire, cette fameuse « Europe des cabris » qui l’exaspérait au plus haut point.
Les successeurs du général n’ont pas vraiment suivi son exemple et sa stratégie, faute de colonne vertébrale et, pour certains, de confiance en notre nation, considérée comme « trop petite » quand ils confondaient ainsi leur propre état d’esprit avec l’ambition nécessaire du pays qui, elle, ne souffre pas cette petitesse : de Gaulle avait bien compris que la France n’est elle-même que lorsqu’elle aspire à la grandeur, d’âme comme de politique, et que peu importe alors les plaintes des financiers et des actionnaires. « La politique de la France ne se fait pas à la Corbeille », rappelait-il avec raison.
La France a un grand rôle à jouer dans la construction européenne en cours mais elle n’est pas pour autant obligée de renoncer à ce qu’elle est, à ce qui fait sa particularité et sa liberté au regard de l’Histoire et de l’Europe : ce n’est pas en uniformisant que l’on créé l’unité d’un ensemble mais en permettant à chacun de développer ses propres qualités et d’en faire profiter ses partenaires. Il n’est pas certain que l’Union européenne actuelle soit à la hauteur des nécessités du moment comme de l’avenir à souhaiter… Ce n’est pas, en tout cas, en lui abandonnant notre destin de nation que l’on relèvera les défis contemporains.
23:55 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : France, construction européenne, de Gaulle



