01.12.2009

Sommet de Copenhague, décembre 2009.

A partir du 7 décembre se tient à Copenhague le Sommet sur le changement climatique, en présence de la plupart des chefs d’Etat et de gouvernement des grandes pays de la planète : il est vrai que les enjeux sont d’importance puisqu’il s’agit de chercher et de trouver des solutions aux problèmes posés par des activités humaines énergivores et polluantes dont les conséquences ne sont pas toutes connues même si certaines apparaissent hautement et dangereusement probables… En fait, les tractations entre puissances ont déjà commencé depuis quelques mois, et celles-ci sont d’ailleurs fort révélatrices des nouveaux rapports de force sur la planète : Chine et Inde sont les pays les plus courtisés par les pays européens pour limiter leurs rejets de gaz à effet de serre, alors même que les puissances émergentes sont en pleine ascension économique ou, plutôt, en pleine affirmation de leur nouvelle puissance, et qu’ils voient les négociations sur le climat comme une manœuvre des pays occidentaux destinée à freiner, au nom de grands principes moraux et environnementaux, cette redistribution des cartes en cours sur la planète…

 

Ce Sommet va-t-il faire avancer les choses ? Les pays européens, et leurs opinions, ont pris conscience du problème climatique. Cela signifie-t-il qu’ils sont prêts, les uns et les autres, à faire quelques « sacrifices » ? Malgré les intentions affichées et les grandes promesses, malgré les attitudes plus responsables des Etats comme des populations, il n’est pas certain que les mesures destinées à limiter les rejets de gaz à effet de serre soient populaires et bien acceptées par les consommateurs : le cas récent de la taxe carbone en France désapprouvée par une grande partie de l’opinion montre la difficulté qu’il y a à passer de la déclaration de principe à la pratique… Et pourtant ! Si elle n’est pas entièrement satisfaisante, cette taxe a au moins le mérite de pousser à la recherche de nouveaux modes de déplacement et à une meilleure gestion (collective comme individuelle) de ceux-ci pour diminuer leur impact environnemental. On imagine aisément que, si cette mesure anodine et relativement indolore (cela dépend évidemment des revenus des personnes concernées) a tant de mal à passer, des mesures plus avancées pour limiter les consommations d’énergies, de matières premières, etc., risquent de se heurter à la bronca des consommateurs et de la grande distribution. La difficulté est surtout de mettre en place une politique de réduction des consommations qui ne soit pas considérée comme une dégradation d’un niveau de vie, trop souvent confondu encore avec la quantité plutôt qu’avec la qualité…

 

La Chine, l’Inde et le Brésil (ce dernier pays s’affirmant lui aussi comme une nouvelle puissance économique soucieuse de jouer sa partition écologique) sont bien conscients des problèmes climatiques de demain, mais ils ne veulent pas sacrifier leur développement actuel à des contraintes dont ils estiment qu’elle répondraient, tardivement d’ailleurs, à des attitudes de consommation et de gaspillage des pays du Nord, et ils s’appuient pour argumenter leur défense sur le niveau de rejet de gaz à effet de serre, non par pays (car, dans ce cas, la Chine vient de ravir la première place aux Etats-Unis...) , mais par habitant, car, dans ce cas-là, ils sont largement en deçà des niveaux des pays du Nord : « l’empreinte écologique » des habitants de nos pays d’Europe ou occidentaux est très supérieure, non seulement à celle des Chinois ou des Indiens, mais à ce qui est raisonnable pour assurer la survie même de la planète.

 

Il y a aussi l’attitude ambiguë des Etats-Unis qui, malgré le succès des théories d’Al Gore sur le changement climatique et des films catastrophes sur ce sujet comme « Le jour d’après », continuent à penser que leur modèle de développement et de consommation « n’est pas négociable » selon la formule célèbre de l’ancien président Bush : M. Obama se rend à Copenhague en sachant fort bien que les mesures qui y seront prises ont peu de chances d’être ratifiées par le Sénat états-unien… Ce double jeu des Etats-Unis risque néanmoins d’être peu apprécié par les autres puissances mais il n’est pas non plus certain, à moyen terme, que cette stratégie soit payante, ne serait-ce que parce que les Etats-Unis ont de moins en moins les moyens de leur politique… et de leur consommation !

 

Quant à la France, si les intentions de M. Borloo et celles avancées par le Grenelle de l’environnement sont fort honorables, il n’est pas certain, là encore, que la volonté politique puisse, ou veuille, s’imposer (et parfois s’opposer) aux intérêts économiques des grandes sociétés et de la grande distribution dont la responsabilité dans les processus de production et de consommation est encore trop négligée, à tort : « l’hyperconsommation » qui est désormais le propre d’une société de consommation comme la nôtre continue de développer sa logique périlleuse à terme, autant sur le plan environnemental qu’elle l’est sur le plan moral ou spirituel, celle du « Consommer pour produire », fort bien dénoncée en son temps par l’essayiste royaliste Pierre Debray. D’autre part, sa stratégie de « séduction » poursuit ses ravages, en particulier dans les jeunes générations : au-delà du symbolique téléphone portable aux déclinaisons multiples et constamment renouvelées, devenu un « besoin » quand il n’était à l’origine qu’un « gadget », c’est tout un système de pensée et de valeurs qu’il faut remettre en cause, et il n’est pas sûr que nos sociétés en soient capables ou en aient la volonté. Dans ce cas, c’est au Politique d’intervenir et d’agir, « avant qu’il ne soit trop tard ». Mais, une République qui s’appuie sur des clientèles électorales qu’il faut savoir ménager pour conserver le Pouvoir peut-elle engager de grands projets environnementaux sur le long terme et faire comprendre que quelques efforts sont nécessaires pour préserver ce qui doit l’être ? D’autre part, peut-elle s’engager pour une politique de sobriété consumériste quand la tête de l’Etat elle-même semble plus préoccupée par les apparences et le « bling-bling » que par les « œuvres de la nature » ?

 

Copenhague, en somme, n’est qu’une étape dans un processus plus long et lent de prise de conscience générale du fait que « les hommes ne peuvent commander à la nature qu’en lui obéissant » : mais c’est au Politique de jouer son rôle de protection des intérêts communs, au sein de chaque Etat ou groupe d’Etat, au contact et avec le consentement (qu’il faudra susciter et cela ne sera pas toujours facile…) des populations concernées. Aux Etats et aux gouvernements, et non à une dangereuse gouvernance mondiale qui se parerait des vertus écologiques pour mieux imposer sa globalisation qui, en définitive, oublierait ou nierait ce qui fait la nature des hommes et, au-delà, de leur environnement…

 

31.10.2009

Comprendre et combattre la crise.

J’étais mercredi dernier à Rennes, ma ville natale, pour quelques heures consacrées à ma famille, mes amis et, bien sûr, au combat politique : j’assumais ce dernier par la tenue d’une conférence-discussion autour du thème de « la crise », thème sur lequel je me suis penché avec insistance ces mois derniers à travers mes lectures et mes prises de notes. Ainsi, durant environ deux heures, dans la belle salle du premier étage du Piccadilly, ce café qui a vu tant de mes « aventures » politiques (entre autres…) des années 80-90, j’ai présenté quelques éléments pour saisir le sens de ce que nous appelons la crise, ses conséquences et les propositions qu’il est possible d’avancer pour en amortir les effets en France, tout cela devant quelques personnes fort attentives et, parfois, heureusement participatives.

 

Voici un petit résumé, forcément incomplet, de mes propos :

 

 

« L’étymologie du mot « crise » nous apprend que celui-ci signale une séparation entre un « avant » et un « après », ce que le théoricien marxiste Gramsci résumait en assurant qu’elle « est ce qui sépare le vieux du neuf ». En fait, celle que le monde voit rouler et se dérouler depuis quelques années, peut aussi être comprise comme le transfert de richesses et de puissance des pays du Nord, anciennement industrialisés, vers ceux du Sud, en fait plus exactement les puissances dites « émergentes » (mais le terme, dans ces cas-là, commence à dater un peu…), soit la Chine, l’Inde, le Brésil… Dans toute crise, il y a des gagnants et des perdants ! Doit-on y voir, aussi, l’application idéologique d’une forme de « darwinisme » économique et social à l’échelle de la planète ?

 

Pour autant, la crise, apparue bien avant la faillite de la banque Lehman Brothers à l’automne 2008, est multiforme : financière, économique mais aussi sociale, voire politique et géopolitique. Elle apparaît, pour nombre d’observateurs, comme révélatrice des déséquilibres d’un monde qui se veut global, au détriment parfois des équilibres internes des continents et des nations. Est-elle une « crise du système » capitaliste, libre-échangiste et consumériste ? Elle semble plutôt être une « crise systémique » qui, en soi, ne remet pas en cause le capitalisme lui-même ni la société de consommation mais se contente de les « purger » ou de redistribuer les cartes, cette fois au détriment de nos pays et de nos populations… On peut peut-être le regretter mais il semble bien que cela soit ainsi, et peu de nos concitoyens remettent en cause l’esprit même du capitalisme libéral malgré quelques grincements de dents : pas de révolution à l’horizon, semble-t-il !

 

L’actuelle redistribution des cartes au plan mondial se fait au bénéfice des puissances émergentes, et que le G8 ait définitivement cédé la place au G20 en est un indicateur non négligeable : cela cache-t-il un G2 Chine-Etats-Unis qui est souhaité beaucoup plus par Washington que par Pékin ? Ce n’est pas exclu…

 

Face à cette crise multiforme (qui prend parfois aussi des aspects de « crise de civilisation », même si nos concitoyens n’en ont pas encore conscience), que faire ?

 

L’Union européenne, pour l’heure, semble peu réactive en tant que telle, et ce sont les pays membres qui, par des politiques de relance et d’endettement, affrontent réellement les problèmes. Le temps du « libéralisme sans contraintes » est, apparemment (je précise bien « apparemment » : reste à voir ce qu’il en sera sur la durée), dépassé et c’est plutôt au retour de l’Etat-pompier auquel on assiste, avec des « dérives déficitaires » parfois inquiétantes, faute de politique vraiment fondée sur le « long terme » dans la plupart des cas, en particulier en France.

 

La France n’est pas épargnée par la crise et ses conséquences, en particulier sociales, avec la montée de la précarité et l’augmentation du chômage, principalement dans le domaine industriel, d’où un sentiment de malaise et d’inquiétude, voire d’amertume et de révolte, d’une révolte qui a du mal à trouver une traduction politique concrète.

 

Les royalistes pourraient se contenter de se joindre au fatalisme ambiant et renoncer à toute réflexion sur ce sujet, en attendant la reprise tant annoncée… cela ne correspond ni à leur tradition ni à leur politique, heureusement ! D’où, au-delà des analyses sur la crise, la volonté de trouver des solutions réalistes mais aussi imaginatives, tout en respectant le principe fondamental, rappelé aussi par la récente encyclique pontificale : « L’économie doit être d’abord au service des hommes, et non l’inverse ».

 

La politique monarchiste tient en quelques propositions simples, qui ne cherchent pas à « faire système » mais plutôt à « faire force » pour le pays et son économie :

 

-         Néocolbertisme intelligent et adapté aux réalités du moment, dans lequel l’Etat n’est pas le « patron » mais bien plutôt celui qui lance les projets et l’impulsion, qui aide et arbitre, qui fixe des cadres et quelques objectifs simples mais laisse la direction aux entrepreneurs (sous réserve qu’ils acceptent le cadre général fixé par l’Etat) ;

-         Protectionnisme modulé selon les domaines et les cas, qui s’appuierait sur une relocalisation partielle de la production industrielle et agricole, mais aussi des industries de transformation, en particulier alimentaires, et sur la protection des secteurs aujourd’hui menacés par la concurrence déloyale des multinationales qui produisent à bas coût et sans souci social.

-         Aménagement du territoire qui chercherait à maintenir les équilibres au sein du pays et à revitaliser, par le redéploiement rural (entre autres), des zones aujourd’hui désertifiées ou en déshérence démographique : les nouvelles technologies, qui doivent être accessibles en tous les points nécessaires du territoire national, peuvent permettre de « désurbaniser » une partie des emplois du secteur tertiaire, par exemple.

-         Politique de grands projets et de grands travaux, qui peuvent utilement compléter les propositions évoquées précédemment : la « grande gare internationale de Paris » qui permettrait de relier les différents réseaux ferroviaires passant par la capitale pourrait être un de ces grands projets, tout comme la construction de nouveaux porte-avions qui seraient bien utiles en cette période de montée des tensions internationales et permettraient, au-delà de la finalité de Défense, de maintenir l’activité de nombreux ports et chantiers navals ; etc.

 

Cette liste n’est évidemment pas exhaustive, mais encore faut-il que le pouvoir politique d’Etat ait la volonté et, au-delà, la durée suffisante pour mener à bien ces projets et cette stratégie : la République, au regard de son état actuel et de ses limites électorales, est-elle la mieux placée et la mieux adaptée pour relever les défis de la crise ? Poser la question, c’est déjà y répondre… Le philosophe Michel Serres insistait, il y a quelques temps, sur la nécessité d’une « politique du long terme », politique qu’il voyait entravée par les constantes bagarres, querelles d’ego et combats de coqs pour la magistrature suprême de l’Etat. En inscrivant le temps de l’Etat, en sa tête, dans la durée et par la continuité, la Monarchie, à défaut de résoudre d’un coup de sceptre magique les problèmes du pays et du monde, donnerait plus de force à l’Etat et à la nation ainsi incarnée pour résister aux tempêtes qui soufflent, mais aussi à celles qui s’annoncent…

 

24.12.2008

Jouets.

« Les enquêteurs ont observé souvent les mêmes situations difficiles : des salaires de misère, inférieurs au minimum légal (…) ; des journées de travail qui peuvent aller jusqu’à seize heures en haute saison, soit le double autorisé par la loi (certains confient même avoir été obligés de travailler trente heures d’affilée pour honorer les délais d’une commande) ; l’utilisation de machines non sécurisées entraînant des accidents quotidiens, ainsi que l’utilisation de produits chimiques dangereux sans protection adéquate…

Le jour de repos hebdomadaire n’existe pas. Ceux qui voudraient démissionner en sont empêchés par le simple fait que la direction retient de manière illégale quarante-cinq jours sur le salaire de chaque ouvrier. Les conditions d’hébergement sont épouvantables, avec des dortoirs surchargés et des sanitaires insalubres, pour un coût qui atteint le quart, voire le tiers du salaire. »

Ce texte n’est pas un document d’histoire sur la condition ouvrière au XIXe siècle, pour mes élèves de Première ; c’est un document sur la condition ouvrière au XXIe siècle, dans l’atelier de jouets du monde, c’est-à-dire les régions chinoises de Zhongshan, Dongguan et Shenzen, extrait du quotidien « La Croix » du mardi 23 décembre 2008… Pourquoi en parler à la veille de Noël ? Simplement parce que la situation décrite concerne les usines qui fabriquent les jouets pour Disney, ceux-là mêmes qui envahissent les rayons des grands magasins français et que nos enfants regardent avec envie, du rêve plein les yeux…

Alors que faire pour dénoncer cette situation intolérable, comment agir contre cet esclavagisme moderne qui, pourtant, permet à nos enfants d’être heureux en ce jour particulier ? L’idée émise par la CFTC (dans ce même numéro de « La Croix ») n’est pas inintéressante, loin de là, et mérite l’attention : « Il s’agit de créer un label de traçabilité sociale et environnementale sur les services et les produits. (…)

L’idée est d’attribuer une pastille de couleur sur un produit, un jouet dans un premier temps. « L’octroi de cette pastille garantira que le produit a été fabriqué en respectant les normes internationales du code du travail, ainsi que les normes environnementales internationales » (…). Pour bénéficier du label, les marques devront avoir accepté une vérification sur place de la garantie qu’elles prétendent apporter. « Les marques sont de plus en plus soucieuses de leur image (…). Elles y viendront forcément. Cela ne veut pas dire qu’il n’y aura plus de jouets fabriqués dans de mauvaises conditions, mais au moins l’acheteur saura à quoi s’en tenir. » »

Responsabiliser les marques, responsabiliser les consommateurs : certes, voilà d’excellentes choses, mais, au-delà, ne faut-il pas repenser l’économie et dépasser les simples présupposés de la société de consommation, en privilégiant la qualité plutôt que la seule quantité ? En somme, limiter la marchandisation du monde, celle-là même qui ouvre la voie à tous les excès et à toutes les exploitations…

Pour l’heure, n’omettons pas de faire ce qui peut facilement être fait. Les jouets sont destinés principalement aux enfants, mais ce sont les adultes qui les achètent : choisir des jouets peut aussi être un acte civique, et il peut servir à ne plus cautionner l’exploitation outrancière des populations (et des enfants, parfois) des pays émergents.

Pour que les jouets que nous offrons soient des cadeaux pour ceux qui les reçoivent comme pour ceux qui les fabriquent…

22.12.2008

A la conquête de Mars...

J’ai attendu quelques semaines avant de publier cette note sur un sujet qui peut paraître anecdotique quand il me semble, au contraire, révélateur et très important sur le plan géopolitique. En fait, après les quelques lignes consacrées à ce sujet dans l’édition du quotidien « Le Monde » du samedi 6 décembre 2008, je n’ai lu aucun autre article approfondi sur cette information, à mon grand étonnement, alors que je pense que celle-ci méritait de faire quelques gros titres et d’être étudiée, analysée… Sans doute, l’élection de Miss France ce même jour était-elle plus fondamentale !

Voici ces lignes qui ont attiré mon attention, sous le titre « Pékin et Moscou préparent une mission conjointe vers Mars » :

« La Chine va s’associer à la Russie afin de lancer, en octobre 2009, deux sondes en direction de Mars et de l’un de ses deux petits satellites. La sonde, baptisée « Yinghuo-1 », sera lancée par une fusée russe, qui emportera également un satellite construit par Moscou, rapporte le journal Beijing News. La Chine est devenue en 2003 le troisième pays à envoyer un homme dans l’espace par ses propres moyens, après l’Union soviétique et les Etats-Unis. »

Certains hausseront les épaules et n’y verront qu’une information insignifiante, concernant un « détail » de la conquête spatiale. Or, j’y vois autre chose : la nouvelle donne de la concurrence spatiale semble désormais tourner (j’ai bien écrit « tourner » et non, pour l’instant, « être ») à l’avantage des puissances émergentes ou (réémergentes, dans le cas de la Russie) tandis que la NASA connaît des difficultés désormais récurrentes qui gênent ses activités spatiales et les rendent moins visibles.

C’est sans doute l’un des signes d’un certain déclin des Etats-Unis ou, plus exactement, de la nouvelle situation de multipolarité mondiale dans laquelle les fameux BRIC (Brésil, Russie, Inde, Chine) prennent de plus en plus de place.

D’autre part, il n’est pas inutile de se souvenir que c’est le fait que l’URSS, dans les années 80, n’a pas pu suivre le rythme donné par l’administration Reagan dans le cadre de la conquête de l’espace qui a précipité un déclin déjà amorcé sur d’autres terrains… Les Russes et, à leur suite, les Chinois qui sont de bons observateurs, n’ont pas oublié ce genre de « détails » si lointains des préoccupations de nos contemporains : cette marche vers la conquête de Mars est-elle le symbole de la « revanche » russe, et le rappel qu’elle reste une puissance spatiale incontournable qui, alliée avec la puissance chinoise (puissance dynamique et même vorace…), peut damer le pion aux autres puissances ? N’est-ce pas l’annonce d’une inversion des puissances (par rapport à la situation qui prévalait depuis 1990) ou, même, sa symbolisation concrète ?

L’axe Pékin-Moscou passe aussi par les airs… Cela veut-il dire qu’il sera plus solide que l’axe Berlin-Moscou de 1939 ? Rien n’est sûr car les Russes, malgré leur coopération spatiale avec les Chinois, n’en restent pas moins méfiants à leur égard. Les pays européens, la France en tête, auraient une carte à jouer avec la Russie au lieu de s’acharner à rejeter celle-ci dans les bras de la Chine : le programme Ariane montre les capacités spatiales des pays d’Europe (et particulièrement de la France) et il s’agirait désormais de tisser des liens avec la Russie plus forts que ceux déjà existants depuis longtemps et qui ont permis à la France d’acquérir une expérience spatiale fort satisfaisante.

Mars n’est désormais pas si loin, et c’est aussi dans l’espace que se joue l’avenir des relations diplomatiques et des puissances géopolitiques bien terrestres : la France ne doit pas négliger ce que la Chine et la Russie, elles, n’hésitent pas à valoriser…

06.09.2008

Jeux paralympiques.

Les Jeux olympiques de Pékin se sont terminé il y a quelques semaines mais, à partir de ce samedi, s’ouvrent dans ce même « nid d’oiseau » de la capitale chinoise les Jeux paralympiques, dans une relative et regrettable indifférence, à part quelques articles dans la presse papier et la couverture (et un dossier de 4 pages) du quotidien « La Croix » (le seul à avoir demandé à la Fédération Handisports française une accréditation pour suivre ces Jeux à Pékin) dans son édition du samedi 6-dimanche 7 septembre. Et pourtant ! Quelle belle manifestation sportive, celle du courage physique, de la souffrance intime dépassée, du « désespoir surmonté » comme le dirait Bernanos !

Mais la République française n’a pas daigné s’intéresser véritablement à ces Jeux si peu « bling-bling », comme le font remarquer les sportifs handicapés sélectionnés (ils sont 121 Français à défendre les couleurs tricolores), déçus de ne pas avoir été visités par le président Sarkozy, au contraire de son prédécesseur, attentif à eux autant pour les précédents Jeux de Sydney que ceux d’Athènes.

Ce n’est pas le cas de la République populaire de Chine qui a fait du handisport une « cause nationale », au point de faire porter à Paris la flamme olympique, celle des Jeux du mois d’août, à une jeune sportive en fauteuil roulant devenue depuis un symbole fort du patriotisme chinois pour avoir défendu la torche (éteinte) contre les assauts des manifestants parisiens. (Je recommande la lecture de l’article de « La Croix » sur ce sujet de l’handisport chinois, très instructif, en page 4.)

L’attitude du régime chinois, pourtant détestable sur de nombreux autres points, est ici exemplaire et devrait susciter plus d’attention de la part des autorités françaises : alors que les caméras se sont, pour la plupart, éteintes sur Pékin depuis août pour ne pas se rallumer en ce mois de septembre, la Chine, elle, n’a pas hésité à investir énormément dans la formation et l’entraînement des sportifs handicapés, au point de susciter l’envie de nombreux sportifs valides des pays occidentaux… Cette politique vise aussi à changer les mentalités des Chinois à l’égard des personnes handicapées (80 millions dans cet immense pays d’Asie) et permet de rapprocher valides et « blessés de la vie » : là encore, il est peut-être quelques exemples à prendre du côté de Pékin… Cela ne nous fera pas pour autant oublier les côtés plus sombres du régime dictatorial chinois, mais il serait injuste de ne pas reconnaître les bonnes initiatives d’où qu’elles viennent quand il s’agit d’améliorer les choses en un domaine ou en un autre…

 

31.08.2008

Fin de vacances.

Je profite des derniers jours de vacances pour préparer quelques cours et compléter mes dossiers par le tri et le découpage des articles de journaux amassés ces deux derniers mois : à bien y regarder, cet été fut sacrément riche en événements, de la libération d’Ingrid Betancourt à la tension internationale entre la Russie et le camp occidental, sans oublier les Jeux olympiques de Pékin et la guerre en Afghanistan, ou encore l’Union pour la Méditerranée, la mort de Soljenitsyne, le sacre d’Obama à la convention démocrate de Denver… A relire mes notes sur ce blogue, je constate que j’ai accordé une grande importance aux événements extérieurs mais en gardant toujours à l’esprit les nécessités et les possibilités françaises, premières dans l’ordre de mes priorités, ne serait-ce que parce que la politique c’est d’abord la vie de la cité (de sa propre cité à bien y regarder) comme l’indique l’étymologie du mot, et que c’est sur cette cité proche que l’on peut concrètement réfléchir et agir avant de, ou pour, « faire la paix aux antipodes », selon la formule populaire… Nous ne sommes efficaces que parce que, d’abord, nous sommes en un lieu et en un temps, et que nous en tenons compte : c’est en s’appuyant sur les réalités concrètes que nous pouvons penser solidement, et non sur les seuls sables mouvants de la théorie ou de l’idéologie.

Cela ne veut pas dire limiter notre regard ou nous taire lorsque des situations sont lointaines et apparemment hors de portée de notre voix, de nos sens. Mais cela veut dire que, en politique, l’humilité bien comprise et la voix bien posée valent mieux que l’agitation vaine, la gesticulation qui donne bonne conscience et, en définitive, n’est qu’une hypocrisie facile, peu coûteuse mais si peu honorable. A quoi bon hurler pour la libération du Tibet si, dans le même temps, on se gausse de ces provinces françaises qui veulent vivre « libres », c’est-à-dire autonomes du Pouvoir central sans pour autant remettre en cause l’unité du pays ? Le jacobinisme chinois, plus récent que celui issu de la Révolution de 1789, ne doit pas être la paille dans l’œil du voisin qui nous empêcherait de voir la poutre dans le nôtre… Et il nous est tout à fait loisible de dénoncer le centralisme négateur des diversités françaises (qu’il soit de Paris ou de Bruxelles) et d’agir concrètement pour nos libertés provinciales, quand il est moins évident, par l’éloignement et la force des choses, d’atteindre le pouvoir central de Pékin à plusieurs milliers de kilomètres de la France !

D’autre part, dénoncer les méthodes gouvernementales chinoises ou, dans un autre domaine, les destructions d’emplois industriels français, n’a vraiment de sens que si, par sa propre attitude de consommation, on limite ses achats de produits « made in China » et l’on essaye, autant que faire se peut, d’acheter des produits français, locaux, proches. Je ne méconnais pas le coût parfois plus élevé de ces achats mais il faut bien comprendre que cela peut aussi être une incitation à moins mais à mieux consommer : « Nos emplettes sont nos emplois », rappelait une ancienne publicité aujourd’hui considérée comme « protectionniste »… D’autre part, en réduisant les distances de transport, l’impact sur l’environnement en est moindre.

Je ne dirai pas que « tout est politique » mais bien plutôt qu’il faut penser en « politique d’abord », non pas comme une finalité mais comme un moyen d’agir sur l’économique et l’environnement : en somme, éviter de mettre la charrue avant les bœufs…

10.07.2008

Cérémonie d'ouverture des Jeux olympiques à Pékin.

M. Sarkozy ira à Pékin pour la cérémonie d’ouverture des Jeux Olympiques : ce n’est une surprise que pour ceux qui oublient que la politique n’est pas la morale et qui se laissent emporter par les « vagues médiatiques » comme celle, pro-tibétaine, qui a déferlé sur la France au printemps dernier, hors de toute mesure et de toute politique concrète. J’avais expliqué à mes élèves pourquoi M. Sarkozy ne pouvait, logiquement, être absent de Pékin : en août, il n’est pas « que » le président de la République française mais aussi le président (pour six mois) de l’Union européenne, ce qui réduit considérablement (voire entièrement) sa liberté de mouvement en ce domaine. D’ailleurs, tous les Etats de l’UE, au nombre de 27, ont insisté pour que M. Sarkozy représente l’Union à cette cérémonie, tout en s’abstenant, pour certains d’entre eux, d’être physiquement présents ce même jour en Chine… On mesure là combien cette présidence de l’UE peut être un véritable piège pour une diplomatie indépendante française, et sans doute faudrait-il élargir la remarque à l’UE elle-même qui, par son principe, uniformise les diplomaties des Etats européens : il n’est pas certain que cela soit toujours un bien !

D’ailleurs, la Chine est consciente qu’elle a « déjà gagné », selon les termes de Luc Richard qui a publié un livre très intéressant sur ce sujet il y a quelques mois, et la France n’a guère de marges de manœuvre par rapport à elle : à force de faire primer l’économique sur le politique, de vouloir consommer toujours plus et à moindre frais, les pays européens se sont liés les mains et la mondialisation, dont les avantages se sont aussi traduits par de lourds inconvénients qui en réduisent les bénéfices pour les peuples mais pas pour les actionnaires, ne rime pas toujours avec « libération », c’est le moins que l’on puisse dire. En fait, il aurait fallu agir lorsque la Chine aspirait à entrer dans le système économique international, après la mort de Mao (1976): ce dernier événement ouvrait des potentialités que les pays occidentaux, tout à leur recherche d’alliés face à l’adversaire soviétique et à la consolidation du modèle consumériste, n’ont pas su saisir ou susciter en Chine même. Il est bien tard aujourd’hui pour s’en apercevoir.

D’ailleurs, ceux qui, actuellement, sont si bruyants contre la Chine, et je pense en particulier au quotidien « Libération », soutenaient la Chine quand Mao appliquait une politique totalitaire qui provoquait la mort de millions de personnes dans l’indifférence générale, voire pire : c’est pourtant dans les années 70 qu’il aurait fallu agir, et prévenir, au moment où la Chine n’était qu’un « tigre de papier », ce qu’elle n’est plus aujourd’hui.

Pauvres Tibétains, oubliés hier et médiatisés (vainement) aujourd’hui : ils connaissent le sort des peuples vaincus dans un monde qui prône l’uniformisation pour « mieux consommer », et la politique qui leur est appliquée n’est autre que celle que nos jacobins de la Révolution française ont appliqués aux Bretons, aux Corses ou aux Basques, et celle que l’on voit poindre, depuis Bruxelles et au nom de l’économie, en faveur d’une « langue unique des affaires » (avant d’être celle de l’Union européenne, au nom de « l’efficacité » et de « l’unité européenne » ?)… Les jeux Olympiques à Pékin auront bien lieu avec la bénédiction (mesurée, malgré tout, pour certains) des Etats mais, surtout, avec le soutien de sponsors qui sont bien plus coupables que des politiques à qui l’on ne cesse de « rogner les ailes » (au nom de la « liberté du travail et des échanges », de cette « liberté économique » qui, pourtant, n’est qu’une forme dégradée de la liberté humaine), et avec la participation de sportifs qui, de toute façon, ne peuvent s’extraire sans disparaître de ce système du « sport spectacle » qui est la forme contemporaine des « jeux du cirque » jadis pratiqués à Rome…

Mais, si M. Sarkozy est présent à la cérémonie d’ouverture des Jeux (comme ses homologues états-unien et japonais, par exemple), cela ne doit pas empêcher de voir la réalité et de préparer les moyens pour pouvoir peser, demain puisqu’il n’est apparemment pas possible de le faire aujourd’hui, sur le cours des événements et sur les relations avec la Chine, et cela en se rappelant que c’est en renforçant le politique et les moyens de celui-ci, par le biais de l’Etat et de sa capacité d’action, d’intervention et d’influence, en dépassant le fatalisme que les économistes instillent savamment dans les esprits des dirigeants de notre pays et en faisant acte de volonté politique, sur le long terme et avec ferme décision. Cela nécessite aussi de retrouver une certaine autonomie du politique à l’égard des groupes de pression économiques, et de se rappeler que, là encore, il est nécessaire que l’Etat s’impose, « malgré » les intérêts économiques…

Dernière chose : les pressions chinoises sur le gouvernement français pour qu’il ne rencontre pas le dalaï-lama doivent être sévèrement condamnées : la France est libre d’inviter et de recevoir sur son sol qui elle veut, et quand elle veut ; c’est son droit d’Etat, sa souveraineté et elle doit rappeler à l’ambassadeur chinois en France qu’elle reste maître chez elle, que cela plaise ou non au gouvernement de Pékin. D’autre part, cette position ne remet pas en cause ce que j’ai écrit précédemment, mais, au contraire, la complète…

29.05.2008

La Chine et sa nouvelle diplomatie.

La Chine est l’objet de multiples interrogations, de quelques espoirs et de certaines inquiétudes : les événements du Tibet, survalorisés en France, et les réactions au passage de la flamme olympique à Paris en ont dévoilé quelques aspects mais ont souvent empêché de regarder lucidement et, surtout, politiquement et géopolitiquement, les mutations de la diplomatie chinoise et de sa présence au monde, dans le monde plus exactement. Il me faudra y revenir, en particulier après les Jeux olympiques qui marquent une étape importante dans la reconnaissance de la Chine comme puissance, mais pas seulement économique…

 

Une information est passée presque inaperçue en France, c’est celle que « La Croix » évoque en première page de son édition du jeudi 29 mai, sous le titre évocateur : « La Chine révise sa diplomatie ». En fait, l’article rapporte ce qui peut être qualifié de « moment historique » selon l’éditorialiste François Ernenwein, c’est-à-dire la rencontre entre Hu Jintao, président de la Chine populaire, et Wu Poh-hsiung, président du Kuomintang, le parti au pouvoir à Taïwan (la « Chine nationaliste » qui avait été battue par Mao en 1949), sur la place Tien An Men de Pékin : « Cette rencontre, à forte portée symbolique, indique une rupture. Elle confirme que les responsables de Pékin ont entamé une révision diplomatique visant à mieux inscrire la Chine dans le jeu mondial en en intégrant les usages. Cette normalisation en direction de Taïwan en prépare sans doute d’autres, en direction des Etats-Unis, de la Russie, de l’Europe, voire de l’Afrique. (…)

 

Mais cette rencontre, presque précipitée, n’aurait pas été possible rapidement si les responsables de Pékin n’avaient pas gagné du poids sur la scène internationale. Mieux assurés de leur puissance, ils ont désormais changé de tactique. Plus pragmatiques, ils normalisent leurs pratiques en politique étrangère. Ils montrent un peu moins leurs muscles et discutent un peu plus. Il est vrai que la conquête des territoires renvoie au passé. Celle des marchés prépare l’avenir. »

 

En somme, l’économie a permis, durant deux décennies, à la Chine de remplir ses caisses en se servant des appétits de profit des grandes entreprises occidentales, avides de faire des affaires, pas seulement avec les Chinois mais aussi avec les populations de la Triade soucieuses de consommer à moindre frais. Mais, désormais, cette manne accumulée permet d’envisager l’accession au statut de grande puissance diplomatique pouvant peser sur les affaires du monde, et la Chine ne manquera pas à cette « mission », comme il sera loisible de l’observer dans les années prochaines, et pas seulement en Afrique…

 

Reste à savoir comment la France va se positionner par rapport à cette nouvelle donne, et quels moyens elle mettra en œuvre pour sauvegarder sa liberté de manœuvre sur une scène internationale en mutation. La relecture du fameux chapitre «  Que la France pourrait manœuvrer et grandir », dans « Kiel et Tanger », ouvrage majeur de Maurras qu’il faudra bien rééditer (et commenter, voire expliquer), n’est plus seulement d’actualité, elle est d’urgence !

 

 

 

 

26.03.2008

En léger différé...

La cérémonie d’allumage de la flamme olympique a donné lieu à une manifestation de quelques militants affiliés à Reporters sans frontières, brandissant derrière le responsable chinois de l’organisation des Jeux une banderole dénonçant les violations des droits de l’homme en Chine. D’un calme olympien (c’était bien le lieu…), le dirigeant chinois n’a pas tremblé dans son élocution ni ne s’est même retourné au moment de l’incident, faisant preuve, diront certains, d’un grand professionnalisme. Quant aux téléspectateurs chinois, ils n’auront rien vu de l’agitation survenue, les images étant retransmises avec un léger différé de quelques dizaines de secondes pour permettre de parer à toute initiative hostile au gouvernement de Pékin, en remplaçant les images délictueuses par quelques décors qui rappelleront aux plus anciens des téléspectateurs français les « interludes » d’antan…

 

Certains s’indignent d’un tel procédé qui, ni vu ni connu, permet un contrôle efficace des images et des événements, sans que le public ne se rende compte de quoi que ce soit : or, dans notre société de l’image et de l’immédiateté revendiquée (et affichée par les grands médias sans qu’il y ait vraiment moyen de la vérifier), ce qui est vu à la télé existe, ce qui n’y apparaît pas n’a jamais existé… Modernes saint Thomas, nos contemporains veulent voir pour croire, au risque de passer, en définitive et de toute bonne foi, à côté de la vérité.

 

Mais le différé n’est pas un monopole chinois ou des pays totalitaires : c’est même aux Etats-Unis, première puissance démocratique du monde, que ce procédé a été élargi à toutes les émissions dites (à tort) « en direct », et ceci depuis le scandale du « sein dévoilé » (bien malgré elle…) de Janet Jackson lors d’une grande émission très populaire vue par des dizaines de millions d’Etats-Uniens et qui avait indigné les prudes téléspectateurs d’Outre-atlantique. Il y a fort à parier qu’il y a peu de raisons que les Etats-Unis renoncent à ce procédé, ne serait-ce que pour satisfaire aux exigences des grandes multinationales « sponsors » des Jeux olympiques qui n’ont pas envie de laisser gâcher leurs opérations de promotion mondiale dont le sport est le principal vecteur, selon le principe encore plus vrai aujourd’hui qu’au temps de la Rome antique et résumé par la formule « Du pain et des jeux »…

 

D’autre part, sans même avoir besoin de faire des remarques aux cameramen occidentaux, ceux-ci, très professionnels là encore, savent, comme ce fut le cas ce dimanche à Olympie, passer à un « plan large » pour éviter de rendre visible et intelligible l’incident : pas besoin de censure chinoise, comme on le voit, et les meilleures images diffusées étaient des images filmées sur des téléphones portables et non celles des caméras officielles des pays démocratiques…

 

Les démocraties, d’ailleurs, qui donnent des leçons au monde entier (morale obligatoire : en somme, grands principes et… petite vertu !), apparaissent parfois bien hypocrites : la Grèce, membre de l’Union européenne (Union qui nous inonde d’un discours permanent et répétitif sur les droits de l’homme, la démocratie unique, la paix et j’en oublie…), n’hésite pas à menacer les trois manifestants de Reporters sans frontières d’un an de prison pour « outrage aux symboles olympiques » (ou quelque chose d’approchant). A croire que la manifestation d’opinions (valables ou non, ce n’est pas ici la question) « différentes », dès qu’elle semble sortir de la bienséance et risque de brouiller l’Europe avec un client important, est dangereuse pour la démocratie elle-même : cela augure mal d’un monde qui n’aurait plus que cette démocratie comme horizon ou comme destin, car il n’est pas sûr que la liberté de l’esprit y trouve sa juste et légitime place…

 

20.03.2008

Jeux olympiques en Chine.

Le Tibet occupe le devant de l’actualité internationale depuis quelques jours et les discours diplomatiques se succèdent pour appeler les autorités chinoises « à la retenue » tandis que les autorités sportives olympiques s’inquiètent surtout de la bonne tenue des jeux, en dehors de toute considération politique ou humanitaire. Certains s’offusquent d’une telle « indifférence » de la part des instances de l’olympisme mais sans doute faut-il y voir là une réalité que semblent oublier nos modernes critiques : le sport est, aujourd’hui, un élément majeur de la société du spectacle, de ce que Philippe Murray nommait « la société distractionnaire ». Les équipes nationales dépendent désormais plus de leurs sponsors que des autorités politiques du pays dont elles brandissent le drapeau, et leurs commanditaires financiers ont trop d’intérêts économiques en Chine pour pouvoir risquer une absence de leurs couleurs à l’événement mondial que constitue, encore et toujours, les Jeux olympiques. D’ailleurs, ce sont bien des arguments économiques qui ont prévalu il y a quelques années quand l’organisation des JO a échu à la Chine dont le régime politique, pourtant, n’était pas exactement un modèle de démocratie ou de respect des droits et des libertés des personnes et des communautés…

 

Certains hommes politiques français, fort maladroitement, proposent que nos sportifs portent sur leur tenue de compétition ou de défilé un écusson reproduisant le drapeau tibétain : ils semblent oublier que le règlement olympique interdit, en tout cas pour les sportifs, toute manifestation ou propagande politique sous peine d’exclusion : là encore, quel sportif, aussi humaniste soit-il, risquera la disqualification –et la perte de ses contrats avec les sponsors- pour quelques Tibétains perdus dans les montagnes d’Asie ? Je crains que l’honneur ne soit pas ici en cause mais bien plutôt la simple raison : pourquoi les sportifs qui vivent d’abord de leur gloire conquise, parfois durement, sur les stades, se sacrifieraient-ils quand les politiques, eux, ont depuis longtemps renoncé à leurs responsabilités et se contentent de discours moraux qui masquent leur impuissance face à un empire qui, désormais, peut dicter ses conditions à ses « clients » devenus depuis longtemps ses débiteurs ?

 

En fait, le piège ne s’est-il pas refermé sur les pays occidentaux qui, par recherche du plus grand profit, se sont engagés jusqu’à la garde dans une Chine dont il leur est devenu impossible de se dégager sans menacer leur propre croissance ? En effet, on n’imagine mal nos concitoyens se passer de chaussures ou de ticheurtes à bas prix, désormais produits en masse dans « l’atelier du monde »… Alors, que faire ? Commencer, peut-être, à reconquérir notre indépendance économique ou, du moins, à ne pas nous livrer pieds et poings liés à des empires qui raisonnent en termes de puissance quand nos sociétés pensent, pour notre malheur, en termes de jouissance…

 

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