Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

05/05/2010

Au-delà des cendres du volcan...

J’ai retrouvé hier mardi mes classes de Seconde et de Première, et j’en ai profité pour faire un bref résumé des grands sujets d’actualité des vacances de printemps : trois thèmes importants (même si ce choix peut paraître, et est effectivement, subjectif) à mes yeux, et qu’il n’est pas inutile de signaler sur ce blogue.

 

Premier thème : le nuage de cendres et ses conséquences géopolitiques « annexes » ou révélatrices, en particulier en Europe. Car ce nuage est « tombé au bon moment », si l’on peut dire : au moment des funérailles du président de la République polonaise, président controversé car catholique traditionnel et nationaliste polonais ! Ce nuage a permis aux chefs d’Etat et de gouvernement des pays d’Europe occidentale d’excuser leur absence à cette cérémonie funèbre… Absence pourtant inexcusable ! Pourquoi ? Au-delà de la simple courtoisie élémentaire, cette absence est une erreur géopolitique grave car elle laisse entendre aux Polonais, pourtant membres de l’Union européenne, que leur peine vaut moins que les embarras créés par une éruption volcanique… Et la mauvaise excuse du volcan au nom imprononçable laisse la place libre à la puissance européenne réaffirmée que constitue la Russie qui, elle, a su être présente (malgré les cendres qui n’ont visiblement pas effrayé le président Medvedev…), une semaine après sa spectaculaire reconnaissance du crime soviétique de Katyn, aux côtés de ses ennemis héréditaires d’hier… En quelques jours, la « réconciliation » entre Pologne et Russie a fait un pas de géant, à l’égal de la réconciliation franco-allemande initiée par De Gaulle et Adenauer lors de la fameuse rencontre entre les deux hommes ! N’oublions pas que ce précédent a été la véritable origine, beaucoup plus que la fort technocratique démarche du plan Schuman de 1950 sur la CECA, de la construction européenne avec cette mise en marche du « moteur franco-allemand »…

 

Recomposition géopolitique à l’est, au moment où l’Union européenne se délite vitesse grand V à l’occasion de la crise de la zone euro ? Ce n’est pas impossible, et l’on aurait tort de méconnaître ces éléments symboliques des semaines dernières…

 

 

 

(à suivre : les deux autres thèmes…)

09/11/2009

Un mur peut en cacher un autre...

La question est aujourd’hui à la mode : « Que faisiez-vous le jour de la chute du Mur de Berlin ? ». Pour ma part et au risque de surprendre, je n’en ai aucun souvenir particulier et il me faudrait sans doute rouvrir mes cartons d’archives politiques pour y retrouver quelques traces d’éventuelles réactions à cet événement… Par contre, je me souviens très clairement de nombreux autres faits marquants de cette riche année 1989 : au-delà des débats et incidents liés à la commémoration du bicentenaire de la Révolution française, l’écrasement du « printemps de Pékin », survenu le même jour que la mort de l’ayatollah Khomeiny, en juin, et la fuite et la capture de Nicolae Ceaucescu, dirigeant communiste de Roumanie, au plus près de Noël, m’ont plus marqué que les événements de Berlin… Je pourrai, bien sûr, m’inventer des souvenirs et me donner une bonne conscience : il est facile, vingt ans après, de prendre des postures de « grand résistant au totalitarisme » et de se reconstituer une virginité, voire un rôle de visionnaire et d’acteur (« j’y étais ! »), comme le font de nombreux politiques de notre République, y compris au plus degré de l’échelle institutionnelle… Mais la réalité ne colle pas toujours, en définitive, à la « reconstitution » a posteriori !

 

Sans doute la fin du Mur de Berlin ne m’a pas, le jour même, marqué autant que cela aurait du le faire. Mais sans doute aussi parce que je pensais (et je le pense toujours, d’ailleurs !) que « la partie n’était pas finie » : la forte répression en Chine des manifestations de juin 89 m’avertissait sur les risques d’une euphorie trop rapide, d’une chute finale d’un système (au-delà même de son caractère idéologique) qui, s’il connaissait des déclinaisons différentes en Europe et en Asie, n’en continuait pas moins à exister et à menacer. Et si les événements de Berlin puis la chute, dans les mois qui suivirent, de l’Union soviétique n’avaient, en fait, été que le passage de témoin d’une superpuissance agonisante à une autre, toute fraîche et avide de conquêtes, cette fois-ci plus économiques que militaires ou idéologiques ? Il me semble que la question mérite d’être posée…

 

La grande illusion de ce 9 novembre 1989 fut de croire que cette journée heureuse pour les Allemands et pleine d’espoir pour une grande partie des populations européennes marquait le début de « la fin de l’Histoire » : non, c’était juste « le début d’une autre Histoire », tout simplement…

 

D’ailleurs, il nous faut toujours avoir une certaine humilité devant l’Histoire, comme le laisse entendre régulièrement Hubert Védrine, héritier putatif de Jacques Bainville… Ce même Védrine qui, dimanche soir sur les antennes de BFM-Dailymotion, rappelait que le Mur de Berlin n’était pas tombé mais qu’il s’était ouvert et, même plus exactement, que c’était le régime communiste lui-même, dans une dernière tentative pour se sauver, qui en avait ordonné l’ouverture… Ce rappel apparemment anodin de ce que certains croient être un détail montre bien qu’il nous faut être prudent et ne pas croire qu’il y a une sorte de « fatalité démocratique » qui tirerait l’humanité dans le sens d’un monde toujours plus beau, toujours meilleur et plus pacifique…

 

C’est parce que Cassandre s’est refusé à Apollon que, malgré ses sûres divinations, elle n’était ni écoutée ni crue : le fait de se refuser au jeu de la société médiatique de « l’optimisme obligatoire » et du « bonheur inéluctable » n’empêche pas de mettre en garde nos contemporains contre les risques d’une illusion qui, si elle peut être douce et agréable, n’en est pas moins mortelle

 

22/12/2008

A la conquête de Mars...

J’ai attendu quelques semaines avant de publier cette note sur un sujet qui peut paraître anecdotique quand il me semble, au contraire, révélateur et très important sur le plan géopolitique. En fait, après les quelques lignes consacrées à ce sujet dans l’édition du quotidien « Le Monde » du samedi 6 décembre 2008, je n’ai lu aucun autre article approfondi sur cette information, à mon grand étonnement, alors que je pense que celle-ci méritait de faire quelques gros titres et d’être étudiée, analysée… Sans doute, l’élection de Miss France ce même jour était-elle plus fondamentale !

Voici ces lignes qui ont attiré mon attention, sous le titre « Pékin et Moscou préparent une mission conjointe vers Mars » :

« La Chine va s’associer à la Russie afin de lancer, en octobre 2009, deux sondes en direction de Mars et de l’un de ses deux petits satellites. La sonde, baptisée « Yinghuo-1 », sera lancée par une fusée russe, qui emportera également un satellite construit par Moscou, rapporte le journal Beijing News. La Chine est devenue en 2003 le troisième pays à envoyer un homme dans l’espace par ses propres moyens, après l’Union soviétique et les Etats-Unis. »

Certains hausseront les épaules et n’y verront qu’une information insignifiante, concernant un « détail » de la conquête spatiale. Or, j’y vois autre chose : la nouvelle donne de la concurrence spatiale semble désormais tourner (j’ai bien écrit « tourner » et non, pour l’instant, « être ») à l’avantage des puissances émergentes ou (réémergentes, dans le cas de la Russie) tandis que la NASA connaît des difficultés désormais récurrentes qui gênent ses activités spatiales et les rendent moins visibles.

C’est sans doute l’un des signes d’un certain déclin des Etats-Unis ou, plus exactement, de la nouvelle situation de multipolarité mondiale dans laquelle les fameux BRIC (Brésil, Russie, Inde, Chine) prennent de plus en plus de place.

D’autre part, il n’est pas inutile de se souvenir que c’est le fait que l’URSS, dans les années 80, n’a pas pu suivre le rythme donné par l’administration Reagan dans le cadre de la conquête de l’espace qui a précipité un déclin déjà amorcé sur d’autres terrains… Les Russes et, à leur suite, les Chinois qui sont de bons observateurs, n’ont pas oublié ce genre de « détails » si lointains des préoccupations de nos contemporains : cette marche vers la conquête de Mars est-elle le symbole de la « revanche » russe, et le rappel qu’elle reste une puissance spatiale incontournable qui, alliée avec la puissance chinoise (puissance dynamique et même vorace…), peut damer le pion aux autres puissances ? N’est-ce pas l’annonce d’une inversion des puissances (par rapport à la situation qui prévalait depuis 1990) ou, même, sa symbolisation concrète ?

L’axe Pékin-Moscou passe aussi par les airs… Cela veut-il dire qu’il sera plus solide que l’axe Berlin-Moscou de 1939 ? Rien n’est sûr car les Russes, malgré leur coopération spatiale avec les Chinois, n’en restent pas moins méfiants à leur égard. Les pays européens, la France en tête, auraient une carte à jouer avec la Russie au lieu de s’acharner à rejeter celle-ci dans les bras de la Chine : le programme Ariane montre les capacités spatiales des pays d’Europe (et particulièrement de la France) et il s’agirait désormais de tisser des liens avec la Russie plus forts que ceux déjà existants depuis longtemps et qui ont permis à la France d’acquérir une expérience spatiale fort satisfaisante.

Mars n’est désormais pas si loin, et c’est aussi dans l’espace que se joue l’avenir des relations diplomatiques et des puissances géopolitiques bien terrestres : la France ne doit pas négliger ce que la Chine et la Russie, elles, n’hésitent pas à valoriser…