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26/10/2020

Face à l'islamisme. Partie 2 : L'unité est-elle suffisante pour vaincre l'idéologie ?

 

Pour l’heure, si le combat civilisationnel n’est pas inutile et, même, nécessaire (comme Georges Bernanos le pensait et le clamait), c’est par l’action du politique que l’idéologie islamiste (j’ai bien écrit « idéologie », je ne parle pas, ici, de religion ou de spirituel) peut être réduite aux plus faibles et aux plus inoffensives proportions, et je doute que l’actuelle République soit en mesure de le faire efficacement, piégée qu’elle est par ses « valeurs » elles-mêmes et le fait qu’elles négligent trop souvent ce qui, dans notre propre être historique et spirituel, a permis à la France de durer et de se transmettre : je renvoie, pour me faire mieux comprendre, au discours du 18 juin 1940 du général de Gaulle qui, lui, évoque d’autres valeurs (pas forcément républicaines...) pour appeler à la résistance, dans une posture d’Antigone face aux Créon du moment... Que des monarchistes comme Rémy, Cordier ou Honoré d’Estienne d’Orves, y aient retrouvés les accents de leur propre révolte contre l’occupation allemande n’est pas une coïncidence ni une erreur, mais participe d’une logique politique éminemment royaliste et capétienne que, étrangement, le doctrinaire Maurras n’a pas suivi, comme s’il avait eu peur que cette résistance difficile ne ruine totalement l’unité française face à l’ennemi : mais il est des moments où il faut savoir prendre le risque de « l’aventure » pour retrouver la liberté, y compris au détriment (temporaire) de l’unité (mais ce terme n’est-il pas, trop souvent, confondu avec l’idée de consensus, plus « lâche » - parfois à tous les sens du mot - ?) qui, de fait, aura toujours plus de chance de renaître et de se renforcer quand le sort aura tranché, à la suite des vainqueurs. Si l’unité française peut être la finalité de l’action politique, ce qu’Anatole France lui-même suppose dans les quatre tomes de son  « Histoire contemporaine », elle doit sans doute se ressourcer régulièrement, y compris par les ruptures avec ce « consensus » qui, parfois, peut mener, non à l’harmonie et à l’équilibre de la nation historique et civique, mais à la « démission globale » : l’histoire nous le prouve régulièrement et parfois bien cruellement, ce sont les « minorités énergiques » (une formule de Maurras que méditera aussi… Lénine !) qui entraîne les populations et qui, par le dissensus, aspirent à créer un nouveau consensus autour de leur idéologie ou de leur liberté. Le rôle de l’État est d’assurer, non le consensus mou propre aux démocraties incertaines (et l’on a vu à quoi cela pouvait aboutir dans les années 1930…), mais d’incarner l’unité « intemporelle » du pays, non pas forcément ou seulement « horizontalement » (de façon juste contemporaine) mais bien plutôt « verticalement », au-delà du moment présent et dans l’enracinement en une « fidélité créatrice » qui relie les siècles entre eux, et que certains nomment l’identité, à la suite de Fernand Braudel.

 

Malgré les discours d’un Chef de l’État qui ne méconnaît pas la nécessaire altitude de sa fonction sans être toujours capable de la pratiquer, les attitudes « munichoises » devant la barbarie restent ancrées au sein même de l’École, comme le souligne l’historien Georges Bensoussan (toujours dans le numéro de Marianne publié mercredi) : « (…) A force de ne pas être suivis, voire d’être considérés parfois comme les responsables premiers de la situation conflictuelle qu’ils dénonçaient, en bref d’avoir « provoqué » des élèves déjà par ailleurs « victimes de tant de discriminations » (autrement dit, d’être des « professeurs maladroits », ce qui revient à ramener un problème politique à une question de savoir-faire pédagogique), beaucoup ont fini par se taire. Il est vrai aussi qu’un chef d’établissement, soucieux de sa carrière, n’a pas intérêt à faire état d’une multiplication d’incidents. Le fonctionnement de l’Éducation nationale lui-même est en cause, tant il nourrit le conformisme. Les enseignants courageux – ils sont nombreux – sont désarmés. » Et l’historien de poursuivre, dans un élan qui dépasse une République que, d’ailleurs, il ne cite plus, comme si la magie du terme (le sortilège, diraient certains dont je peux être) ne faisait désormais plus d’effet : « Les islamistes, dont la visée n’est pas seulement de se séparer de nous mais de détruire notre univers culturel, sont servis par le poids du nombre conjugué à la lâcheté des uns comme à la stupidité d’un certain « gauchisme culturel ». D’un autre côté, en quarante ans, la bourgeoisie d’affaires a aidé à constituer cette masse de manœuvre d’un prolétariat étranger qui a tiré les salaires vers le bas et plongé dans le désarroi social et culturel les classes populaires françaises. » Cet abandon des classes populaires considérées comme « trop coûteuses » (à cause des lois sociales et de la hausse des salaires constante et accélérée depuis la fin des années 40) par la République dominée par les intérêts financiers et économiques, a eu des conséquences délétères : l’immigration de masse, ainsi utilisée comme le moyen idéal pour le patronat de contourner les revendications ouvrières, a pu ensuite servir de vivier pour ceux qui s’appuyaient sur les conditions misérables faites aux nouveaux venus pour les enjoindre à la « révolte » (voire à la « conquête », si l’on suit quelques-uns des « prêcheurs de haine ») contre le pays d’accueil.

 

Car, il faut le dire : la République n’a pas toujours été généreuse avec ses nouveaux « invités », comme elle avait été profondément injuste avec ceux qui avaient pourtant combattus sous le drapeau tricolore, ces fameux harkis parqués en des conditions indignes dans quelques camps du sud de la France… Mais la République a cru ensuite qu’elle pouvait « acheter » la paix sociale dans les quartiers où elle avait entassées les nouvelles populations par quelques aides et autres allocations qui lui évitaient de répondre aux questions sociales et, même, civilisationnelles, posées par la Société de consommation, ce « grand remplacement » des anciennes sociétés enracinées et traditionnelles par une société fondée sur l’argent et l’individualisme, sur cette loi de la compétition permanente qui fait oublier les valeurs de partage et d’entraide. Les « gauchistes », déçus après Mai 68 par une classe ouvrière « nationale » en définitive peu motivée par les mots d’ordre de « révolution sociale », se sont alors tournés vers le « lumpenproletariat » venu des anciennes colonies pour parvenir à leurs fins et établir la domination de leur bien-pensance mondialisée, dans l’imitation d’une « Internationale » fantasmée issue d’une lecture rapide de Marx et Trotski… Mais l’islamisme, dont la véritable naissance date de l’année 1979 et de la chute de la monarchie persane de Reza Pahlavi, a été plus fort car il s’appuyait sur un appel au retour aux sources identitaires et religieuses, sources négligées par la Société de consommation persuadée que son modèle signifiait la fin de l’Histoire : nous vivons là les conséquences de l’aveuglement de la République française face à un phénomène qu’elle n’a pas saisi quand elle aurait encore pu en éviter la victoire en Iran, cette victoire (dans le monde chiite) provoquant, en réaction mimétique et par crainte de voir « l’hérésie » chiite entraîner tout le monde islamique derrière lui, la naissance de l’islamisme, se revendiquant d’un sunnisme extrémiste (malgré ceux qui le pratiquaient tranquillement), dont nous subissons désormais les attaques sur notre territoire.

 

Ce que M. Bensoussan, venu de la Gauche historique, a compris, c’est que la République a failli et, sans qu’il le dise, il me semble qu’il ne croit plus guère que la République telle qu’elle est aujourd’hui puisse vaincre l’hydre islamiste : « C’est un combat perdu s’il n’y a pas une réforme de certaines institutions publiques. Si nous n’imposons pas un véritable pluralisme des idées et des intellectuels dans les médias financés par l’argent public. Le chœur des pleureuses mobilisé après la décapitation de ce malheureux professeur d’histoire suscite le malaise. La déploration est un discours de vaincus. » Et, là encore, la réponse est éminemment politique : un État fort, soucieux de renouer avec sa tradition de conciliation de l’autorité et des libertés, assez solide au sommet pour permettre une véritable décentralisation et redonner aux provinces (et pas seulement aux régions administratives aux frontières parfois trop artificielles pour être crédibles) la possibilité d’agir et de faire aimer « l’ensemble français », ce n’est pas qu’une option, c’est une nécessité. Car l’École elle-même n’est rien d’autre que l’un de ces instruments susceptibles de relayer une stratégie politique qu’elle n’élabore pas par elle-même : pas d’État fort, alors pas de colonne vertébrale solide à l’école ! Mais, dans le même temps, l’État doit-il régenter l’École ? La préserver, oui, mais la régenter ? La question mérite d’être posée, en attendant quelques éléments de réponse plus précis.

 

Ne plus être dans les larmes et la peur, et fonder une nouvelle unité de la France, à la fois plurielle et commune. N’est-ce pas ainsi que la France pourra défaire l’islamisme, et j’emploie le verbe « défaire » à dessein, car il s’agit aussi de cela ? Détruire quelques réseaux ne suffira pas, mais défaire l’idéologie islamiste n’est possible que si l’État sait « faire et refaire » : « faire France », au sens politique, pour « refaire des Français », au sens civique et civilisationnel.

 

Face à l’islamisme, on ne pourra pas faire longtemps l’économie du débat sur l’État, son sens comme ses institutions…

 

 

(à suivre)

 

 

 

28/06/2020

Plaidoyer pour une Monarchie royale. Partie 1 : Quand la légalité de la République ne satisfait plus le corps civique.

 

Les nouvelles économiques ne sont pas bonnes, et le chômage menace nombre de nos concitoyens quand, dans le même temps, le numérique et la robotisation accélérée sont présentés comme les cadres, quasiment obligatoires, du monde de demain, d’un proche lendemain qui semble s’annoncer et se déployer déjà en ce cruel aujourd’hui. Sans doute le principal choc social aura-t-il lieu à la rentrée de septembre prochain, quand plus de 700.000 jeunes arriveront sur le marché du travail et quand, dans le même temps, les entreprises et activités liées au tourisme, à la restauration et aux loisirs, feront leurs comptes qui pourraient, pour beaucoup, ne pas être bons. Mais c’est maintenant qu’il faut agir et prévenir, et c’est l’État qui devrait être le grand ordonnateur de la nécessaire réaction économique et sociale au choc, en se faisant le plus politique possible, non de manière étatiste, mais comme un stimulateur, un investisseur et un protecteur. En somme, « être l’État » et appliquer la maxime traditionnelle du « Gouverner c’est prévoir » qui n’est vraiment possible que quand l’État est conscient de sa force et décidé à l’utiliser face aux appétits des charognards économiques et aux événements, même contraires.

 

L’actuelle République a montré, dans les premières heures de la crise sanitaire, ses faiblesses et révélé ses carences : manque d’anticipation, absence de politique claire et efficace, sans oublier les vastes étendues de son incompétence, voire de ses fautes. Mais la révélation la plus inquiétante a été celle du désarmement de l’État face aux enjeux du temps long : la République, en ses dernières présidences et en ses derniers gouvernements, a préféré le court-terme économique et l’immédiateté électorale au long terme politique et à la durée sans lesquels il n’y a rien de solide qui puisse être établi et tenir face aux tempêtes contemporaines. L’affaire des masques, entre autres, a montré l’incapacité de la République actuelle à se projeter au-delà d’un simple calendrier électoral dont la présidentielle serait l’horizon ultime et, parfois, vain.

 

La politique erratique du gouvernement face à la crise sanitaire ne doit néanmoins pas cacher le fait que, au milieu de l’épreuve, l’État a su, en quelques occasions, apparaître comme le protecteur que les Français, inquiets ou angoissés, attendaient : cela peut expliquer que, malgré ses fautes avérées, la République, à travers son premier ministre plutôt que par son président, a vu sa côte de popularité remonter, dans une sorte de réflexe de peur et de reconnaissance mêlées, comme cela a pu arriver en d’autres temps et au profit d’autres personnes ou institutions. Certains y ont vu une sorte de rappel de 1940 qui avait, au cœur de la douloureuse défaite, vu les Français se regrouper autour des figures d’une nouvelle légalité qui remplaçait celle qui avait fait défaut face à l’invasion (mais, malgré le désir et l’illusion, le résultat ne fut, en définitive, guère heureux). En fait, là, en 2020, c’est comme si la République avait synthétisé un président Albert Lebrun avec un maréchal Philippe Pétain dans le même mouvement d’ensemble ! Ce qui est certain, c’est que nous avons assisté à la confirmation de Créon, de cette légalité dont il n’est pas sûr qu’elle soit entièrement légitime au regard de l’intérêt commun quand elle peut l’être, néanmoins, électoralement parlant…

 

« La République de la peur » : c’est ainsi qu’elle peut apparaître aux yeux de nos contemporains et des opposants, souvent démunis car incapables d’accéder aux médias qui font l’Opinion publique, « gros animal bête que l’on mène » à défaut de le préserver vraiment. Mais cette République-là tient bon, non aux événements mais à ses oppositions qui ne sont pas toujours sensées ni politiquement assurées : car, pour s’opposer efficacement à cette République de Créon, encore faut-il la conscience d’Antigone et sortir de cette pensée qui emprisonne la légitimité dans la légalité dite démocratique. Non, la légalité issue des urnes, si elle peut apparaître comme l’expression majoritaire des citoyens à un moment donné, n’est pas forcément la légitimité susceptible de donner du sens et de l’autorité aux institutions du pays et des peuples d’icelui. Une masse d’électeurs ne fait pas, seule, la légitimité d’un État et elle la fonde encore moins quand la démocratie présidentielle paraît ne plus être que le spectacle de l’affrontement entre deux « absurdités » : le choix se limite alors à l’élimination du « pire » sans satisfaire complètement une large partie du corps électoral « éliminée » dès le soir du premier tour de la présidentielle… Le résultat final accroît la frustration d’un électorat qui se croit privé de sa capacité d’intervenir vraiment, dans son identité politique (qu’elle soit de droite, de gauche, écologiste ou nationaliste, sociale ou morale), dans le choix de la direction de l’État.

 

Cette crise sanitaire est l’occasion de poser donc la question de l’État légitime, et d’envisager quelles pourraient être ses possibilités, autant face à une crise sanitaire ou économique que face à celle de la représentation civique, de ce que l’on nomme communément (et peut-être abusivement) « démocratie ». Tout d’abord, quelles institutions peuvent garantir l’inscription de la volonté politique dans la durée tout en assurant la possibilité de contestation de celle-ci et de remise en cause sans atteindre à la stratégie de long terme de l’État ? Pour assurer la continuité de l’État, le mieux semble bien de garantir celle de sa magistrature suprême et cela ne peut se faire, concrètement, que par la pratique du principe de succession dynastique : le Chef de l’État succède à celui d’une génération précédente, parce le fils succède au père. Au-delà du rajeunissement immédiat de la tête de l’État, qui n’est pas une mauvaise chose, ce système permet d’éviter le choc des ambitions partisanes pour sa conquête et, donc, la dépréciation de l’État lui-même.  La présidentielle, en effet, semble soustraire les voix (qu’il faut considérer comme « énergies civiques » permettant la reconnaissance et l’action de l’élu) du candidat battu au second tour des voix du gagnant, ce qui limite les marges de manœuvre du président élu, souvent de manière négative ces dernières décennies (1). Ce qui aurait pu permettre un « bain de légitimité » au-dessus des partis, comme le souhaitaient les fondateurs de la Cinquième République et le comte de Paris (1908-1999), est, très vite, devenu une désacralisation de la magistrature suprême, sans doute dès les années 1970, parce que l’élection présidentielle, au lieu d’être la rencontre d’un homme avec le peuple civique, s’est muée en « horizon ultime des ambitieux », ceux-ci affaiblissant par leurs stratégies électoralistes et leurs luttes politiciennes la tête de l’exécutif qu’ils semblaient vouloir couper avant que de l’incarner à leur tour… Chaque présidentielle depuis les années 1970 a affaibli la présidence, en particulier face aux féodalités économiques et financières de plus en plus nécessaires à l’ascension d’un candidat vers le Mont-Blanc élyséen ! Et, une fois élu, le nouveau souverain de la Cinquième est condamné à préparer sa réélection. Cette République est ainsi devenue, contre l’idée du général de Gaulle, une « présidentielle permanente ».

 

La transmission du père au fils, plus simple et, en définitive, plus humainement naturelle, ramène les appétits politiques à l’échelon inférieur, celui du gouvernement, qui n’est pas moins important sur le plan de l’exercice de l’État mais, du coup, cela libère la magistrature suprême de certaines pressions partisanes et lui permet de jouer un rôle d’arbitre suprême de la politique sans « abîmer » inutilement la figure de l’État, préservée des querelles, du moins dans le principe. « La première place est déjà prise », et cette règle simple établie, cela permet d’envisager la politique gouvernementale de façon aussi plus libre et moins obsédée par la conquête de l’échelon supérieur. En somme, le Roi assume, comme l’évoquait le républicain Régis Debray dans un écrit ancien préfaçant un ouvrage de réflexion royaliste (1), le « spectacle de l’État » et libère ainsi et aussi le gouvernement de cette fonction nécessaire de représentation étatique. N’est-ce pas le meilleur moyen d’assurer une plus grande efficacité au gouvernement lui-même, et cela quelle que soit sa couleur politique ?

 

 

(à suivre)

 

 

Notes :

 

(1) : 52 ou 66 % forment une majorité électorale, mais cela peut être calculé différemment dans une République « clivante », et si on pense en termes « d’énergies civiques », c’est plutôt par la soustraction qu’il faut penser les choses, ce qui donne alors un résultat moins beaucoup moins net : 52 % des partisans du gagnant moins les 48 % des perdants, ce qui donne alors juste un résultat de 4 % de « plus », que nous pourrions qualifier de solde énergétique civique positif, évidemment plus important quand c’est 34 % qu’il faut retirer de 66 %, mais constatons que l’énergie « minoritaire » (au regard du résultat de second tour de l’élection présidentielle de 2017) s’est muée en multiples oppositions extrêmement dynamiques et paralysantes, du moins un temps, des initiatives et actions de l’État, considérées comme légales et d’ailleurs inscrites dans la loi, mais de moins en moins acceptées et considérées, à tort ou à raison, comme « illégitimes », et cela malgré le « sacre électoral » dont l’onction semble ne plus satisfaire nombre de membres du corps civique français…

 

(2) Le livre « Monarchie et politique étrangère » d’Yves La Marck, publié en 1985 par la Nouvelle Action Royaliste, était préfacé par Régis Debray qui avait été un temps conseiller du président François Mitterrand.

 

 

 

31/12/2018

Comment sortir de la crise "par le haut" ? Quelques propositions royalistes...

L’année 2018 se termine sur l’incertitude, l’inquiétude et l’espérance, dans une sorte de valse endiablée que nul ne semble en mesure d’arrêter : le « Mai jaune », inattendue commémoration du précédent Mai d’il y a cinquante ans, n’en finit pas de rebondir, sous des formes diverses et parfois « scandaleuses » au regard de la démocratie représentative, fort malmenée par les manifestants au nom d’une forme de démocratie directe rebaptisée, peut-être abusivement ou maladroitement, « RIC » (Référendum d’Initiative Citoyenne). L’incertitude devant la suite du mouvement des Gilets jaunes, l’inquiétude des classes dominantes souvent malmenées par les slogans des manifestants, mais aussi l’espérance, sous des formes diverses et des points de vue différents, d’une sortie de crise : une équation compliquée, qu’il ne s’agit pas de négliger mais dont il faut chercher, et tenter autant que faire se peut, la résolution sans trop tarder.

 

Le président Macron, légalement et démocratiquement élu il y a moins de deux ans, se retrouve dans la situation la plus inconfortable qui soit, celle de la souveraineté impopulaire, voire discréditée, avec le risque de la paralysie et de la lente agonie d’un quinquennat désormais ensablé dans les mécontentements. La foudre qu’il était censé commander, en bon Jupiter présidentiel, s’est retournée contre lui, dans une sorte d’électrocution politique générale, et ni le gouvernement ni ses oppositions parlementaires n’en sont sortis indemnes. La défiance envers le président est devenue méfiance à l’égard de toutes les institutions de la démocratie partisane légale (y compris syndicales), et ce qui, aux dernières consultations électorales, se transformait en vote protestataire ou en abstention s’est tout d’un coup paré de jaune, désormais couleur de la colère !

 

Cette colère, cette sorte de fureur sociale incontrôlable, largement soutenue par les classes moyennes déclassées ou en voie de précarisation, n’est pas facile à calmer et la « classe discutante » (selon le mot de Weber) apparaît mal armée, intellectuellement et sémantiquement parlant, pour la comprendre complètement et, surtout, pour se faire entendre des manifestants devenus parfois émeutiers. En quelques semaines, la production éditoriale, avant la production universitaire et littéraire qui traitera du phénomène avec quelque recul temporel, a rempli les boîtes-archives de tous ceux qui, participants ou contestataires du mouvement, veulent garder une trace et un souvenir de « l’histoire en cours », mais elle n’a pas vidé les rues ni apaisé les réseaux sociaux et les sites de discussion électroniques. J’ai rarement vu, depuis que la toile régit notre temps de débat, une telle effervescence et de tels affrontements, confinant parfois à une sorte de « guerre civile verbale » qui n’est pas, en soi, forcément rassurante…

 

La révolte débouchera-t-elle sur une révolution ? Une grande partie de la réponse dépend aussi de ce que l’on met sous le nom de révolution… S’il s’agit d’un changement d’état d’esprit, cela imposerait alors de rompre avec l’individualisme de masse et la société de consommation, avec cette « société distractionnaire » évoquée par Philippe Muray et cette « dissociété » dénoncée par le philosophe traditionaliste Marcel de Corte ; s’il s’agit d’un renversement des classes dominantes ou, mieux sans doute, de la fin de leurs féodalités financières et économiques, encore faudrait-il un Etat politique qui puisse assumer de recréer une forme de contrat social fondé sur les valeurs, non de jalousie et de ressentiment, mais de partage et d’équité, ce que certains nomment « justice sociale », et qui puisse imposer aux « puissants » d’intégrer un jeu social qui, sans renier leur liberté, leur rappelle leurs devoirs sociaux, comme cela pouvait être, en partie, le cas dans l’Athènes de Solon ; s’il s’agit d’un changement de régime politique, là encore la question de l’Etat est majeure, voire « première », et la nécessité de la sauvegarde et de la pérennisation du « pays ordonné » en relation, sans en être la vassale, avec les institutions internationales, d’Europe et d’ailleurs, s’imposerait…

 

En sommes-nous là ? Pas encore, sans doute, mais les révoltes accélèrent le temps et les processus, et il importe de savoir vers où elles peuvent mener, sans tabou, et vers quoi il serait bon qu’elles mènent ! En ce sens, le projet royaliste peut être un débouché intéressant et, surtout, positif autant qu’il peut nous sembler (mais je ne suis évidemment pas neutre, puisque « engagé car fidèle » selon la belle expression de Georges Bernanos) nécessaire : la Monarchie n’est-elle pas, en sa magistrature suprême, l’incarnation d’une autorité qui, aujourd’hui, manque au président, et d’une légitimité qui, désormais, ne se satisfait plus de la seule élection démocratique quinquennale ?

 

Renforcer l’Etat et sa force de dissuasion (et de persuasion) face aux grandes féodalités économiques, en particulier mondialisées ; décentraliser les pouvoirs, y compris législatifs, selon le principe intelligemment appliqué de la subsidiarité, et en rendre une partie aux citoyens par le biais de « votations » locales ou professionnelles, en s’inspirant, par exemple, de ce qui se fait en Suisse ; favoriser une économie de proximité, autant dans le cycle de production que dans celui de la distribution, et un redéploiement rural des populations et des activités ; mieux valoriser le travail et non la spéculation ; etc. Voici quelques pistes pour sortir « par le haut » de la crise, et pour aider à retrouver une concorde nationale, concorde aujourd’hui gravement menacée par le processus de désaffiliation dont mondialisation et métropolisation sont deux vecteurs importants sans être uniques.

 

Mais la République actuelle, tiraillée entre une tentation monarchique mal assumée et une tentation politicienne toujours vive, peut-elle répondre aux attentes, multiples, d’une France divisée et d’une société souvent conflictuelle ? Au regard des derniers quinquennats et des événements des dernières saisons, il est possible d’en douter. Le premier élément du projet royaliste, même s’il apparaît encore lointain (ce qui n’enlève rien à sa nécessité), est de « refaire l’unité française », entre bien commun accepté et convivialité sociale : il n’est pas certain que cela soit simple ou facile, mais c’est la condition première pour que la France sorte du cycle des révoltes et des crispations…