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01/06/2019

Elections, piège à cons ? (après le 26 mai)

Il y a un peu plus de 50 ans, Daniel Cohn-Bendit et ses amis criaient « élections, piège à cons », et de Gaulle remportait celles qu’il avait convoquées pour le mois de juin 1968, confirmant aux yeux des royalistes aussi que le salut ne viendrait pas des urnes : la majorité qui se revendiquait du Commandeur n’était en fait que le reflet de l’impressionnante frousse que Mai 68 avait suscitée pour celles que l’on pourrait appeler les « classes possédantes » et leurs obligés. Bien sûr, nombre d’électeurs étaient aussi de braves gens inquiets devant les risques d’une prise du pouvoir par le Parti Communiste, crainte dont l’avenir montrera qu’elle n’avait rien de crédible ni de possible, comme de Gaulle le savait depuis son entrevue avec le général Massu à Baden-Baden ; d’autres, bons travailleurs et honnêtes commerçants, avaient voté, sans plus d’argumentation, contre la chienlit et pour le général, parce que c’était de Gaulle ; mais une grande part du public électoral de juin était constituée des « troupeaux de la peur », et ils n’étaient gaullistes que de circonstances et non d’espérance. Est-ce le même réflexe qui a, l’autre dimanche, animé les électeurs de la liste macronienne, après six mois de Gilets Jaunes et la crainte d’un score trop massif des populistes locaux, de droite comme de gauche ? c’est bien possible, et cela pourrait expliquer l’asphyxie des listes modérées mais libérales (ou « libéralisantes »), comme celle des Républicains menée par un catholique devenu désormais sulfureux par ce simple fait de « croire » au-delà des seules croyances politiciennes. Là, le réflexe du « vote utile » et de la « grande peur du bloc bourgeois », selon l’expression désormais consacrée et qui sonne comme une saillie bernanosienne, a sans doute permis de réduire les possibilités d’alternance à néant, au moins jusqu’en 2027, terme du deuxième mandat désormais probable de l’actuel locataire de l’Elysée.

 

Il faut être clair : le scrutin de dimanche est une victoire du camp macronien, et peu importe que la liste menée par la catastrophique Mme Loiseau soit arrivée en seconde position avec un trop léger retard pour être appelé défaite. D’ailleurs, à peine une semaine après, l’on n’évoque même plus celle qui fut la première liste en termes de voix et de pourcentage ! Les deux vainqueurs du scrutin sont bien M. Macron et son premier ministre M. Philippe, sorti renforcé par la déroute de la liste Bellamy à laquelle il n’a pas été étranger. Vainqueurs au plan national, il est moins certain qu’ils le soient au plan européen, et les prochaines semaines risquent de le démontrer à l’envi, quand les nominations aux postes de commandement des institutions de l’Union Européenne seront faites. La seule victoire crédible du président français serait la nomination de Michel Barnier à la tête de la Commission européenne, mais nous en sommes loin encore.

 

Quant aux Verts, la vague évoquée un peu imprudemment par les médias n’a rien d’un raz de marée pour la France car le score (en pourcentage) de la liste menée (habilement, d’ailleurs) par M. Jadot est moins élevé que celui de la même liste menée en 2009 par l’ancien anarchiste de Nanterre aujourd’hui rallié à M. Macron. En revanche, c’est sa troisième place qui est une nouveauté, et sa capacité de nuisance pour la Gauche qui pourrait bien rappeler celle de l’ancien Front National pour la Droite… Cela annonce-t-il une possible « alternance écologiste » pour les prochaines élections à venir, des municipales aux législatives, l’élection présidentielle étant, a priori, exclue de cette possibilité ? Rien n’est moins sûr, mais cela n’est pas impossible non plus, surtout si le vote des jeunes de dimanche dernier se cristallise lors des prochains scrutins : la préoccupation environnementale (surtout liée à l’inquiétude climatique entretenue par les scientifiques et par les manifestations autour de la jeune Suédoise médiatisée) ira-t-elle, d’ailleurs, au-delà d’un vote « vert » pour se transformer en véritable mouvement de fond « déconsumériste », voire décroissant ? Si cela peut être souhaitable, ce n’est en rien évident ! Mais il y a là une espérance de meilleure prise en compte du souci environnemental qu’il ne faut ni méconnaître ni bouder, en particulier parce que nous l’avons attendue (et l’attendons encore) depuis si longtemps : « l’écologie intégrale », chère aux royalistes, pourrait trouver ainsi sa place dans le débat politique et redonner, par la même occasion, une nouvelle actualité aux propositions institutionnelles monarchistes d’un « Etat écologique pérennisé naturellement par l’enracinement dans la succession dynastique ».

 

Pour l’heure, nous en sommes encore au bilan des élections européennes, et pas encore aux conséquences pratiques et idéologiques de celles-ci. Et l’on pourrait rajouter au vieux slogan anti-électoraliste une autre affirmation : « abstention, piège à cons » ! Cette année, parce qu’elle avait reculé en France de 9 % environ, elle a été présentée aussi comme la perdante de la journée, alors même qu’elle est proche de 50 %. Ce qui est certain, c’est que, pas plus que les votes blancs ou nuls, elle n’a d’influence sur la vie politique nationale comme européenne : « les absents ont toujours tort », dit-on, et la démocratie représentative en est la meilleure illustration. Mais les élections n’étant guère plus enthousiasmantes, que faire ? Doit-on céder au fatalisme et renoncer à toute action et considération politiques ? Cette tentation, parfois si forte, est la meilleure alliée d’un système qui se dit démocratique mais n’est qu’oligarchique, et y céder serait accepter de renoncer à une large part de notre liberté et des moyens de la défendre. Ce serait aussi s’abandonner au fil du courant, « morale de feuille morte » comme l’écrivait, je crois, le royaliste Barbey d’Aurevilly…

 

L’action politique ne peut se limiter aux périodes électorales et à l’injonction du « Vote et tais-toi » : elle se fait, elle se construit au fur et à mesure des années, des circonstances et des besoins profonds de la société et de la nation, et elle doit pouvoir s’exprimer au-delà du calendrier électoral. Une démocratie vivante n’est pas celle qui s’enferme dans une boîte transparente un dimanche de printemps, mais celle qui respire au grand air, dans les cadres sociaux, communaux ou professionnels, ceux de la proximité plutôt que d’un lointain Paris ou Bruxelles, et qu’une Autorité d’Etat, légitimée par l’histoire et son devoir de service permanent, garantit sans, pour autant, renoncer à cette part de décision politique qui forme la colonne vertébrale de toute nation organisée.

 

 

08/05/2013

La Gauche sans la rue ?

 

Les manifestations de rue sont une des formes majeures de l’exercice de la citoyenneté et de la liberté d’expression, même si elles signalent d’ordinaire l’opposition plus que l’assentiment à la politique du Pouvoir en place… Ainsi, ce printemps 2013 montre-t-il, par la multiplicité des défilés, des actions de rue et des veilles, le désaveu des politiques gouvernementales par une partie importante de l’opinion publique et, parfois, pour des raisons fort différentes.

 

Mais la Gauche, d’habitude plus prompte à occuper la rue que la Droite, se trouve cette fois largement débordée, et frustrée de ne plus être celle qui bat le pavé dont elle faisait jadis un symbole de son identité « révolutionnaire » : cette situation est-elle si étonnante ? Même M. Mélenchon a fait les frais de cette réalité du moment qui veut que la Gauche ne puisse plus descendre dans la rue sans être accusée de faire le jeu de la Droite ou de l’extrême Droite ! Ainsi, sa démonstration de force du dimanche 5 mai n’a-t-elle pas été très convaincante et a-t-elle, au contraire, montré l’isolement de cette mouvance antilibérale de Gauche au sein de la Gauche en général et une certaine indifférence amusée de la population à son égard : les chiffres, d’ailleurs, sont cruels, même si M. Mélenchon, en bon connaisseur des réalités politiques, savait sans doute qu’ils seraient effectivement à son désavantage, et qu’il le savait avant même le jour de sa manifestation…

 

Quand la préfecture de police annonce 30.000, le nombre de manifestants a de bonnes chances d’être sous-évalué, comme le furent ceux des manifestations contre le mariage homosexuel des 13 janvier et 24 mars, ramenés aux environs de 300.000 par les mêmes compteurs (conteurs ?) de la préfecture.

 

Deux remarques néanmoins sur les chiffres :

 

  1. Ce chiffre de 30.000, c’est, de toute façon, dix fois moins que celui annoncé par cette même préfecture de police pour les manifestations d’opposition au mariage homosexuel, ce qui tend à prouver que M. Mélenchon est bien loin de pouvoir, en ce domaine, concurrencer Mme Barjot et ses amis. Du coup, en quoi les revendications de M. Mélenchon seraient-elles plus écoutées que celles de Mme Barjot ? Si l’on s’en tient à une simple « démocratie comptable », M. Mélenchon est, là encore, le grand perdant de la rue…

 

  1. Le même jour, pour une manifestation sans grand enjeu destinée à maintenir la pression sur le gouvernement, « la Manif pour tous » réunissait, toujours à Paris, 15.000 personnes selon la préfecture, ce qui équivaut déjà à la moitié de la manifestation nationale de M. Mélenchon, alors même que d’autres manifestations contre le mariage homosexuel rassemblaient, à Lyon ou à Rennes, plusieurs dizaines de milliers de personnes, pour un total dépassant les 100.000… Là encore, dans la même logique de « démocratie comptable », M. Mélenchon est aussi le perdant du jour…

 

Dans cette affaire, M. Mélenchon n’a pas réussi à convaincre les électeurs de Gauche de descendre dans la rue pour contester le libéralisme supposé du gouvernement de M. Ayrault, ne serait-ce que parce qu’il me semble que, en fait, la Gauche est tétanisée par la situation actuelle : la plupart de ses électeurs, fussent-ils très critiques envers la politique suivie, ne veulent pas donner l’impression de se désavouer et préfèrent se réfugier dans une sorte d’attentisme en espérant que les choses iront mieux dans quelques temps. D’autre part, il devient difficile pour eux de descendre dans la rue quand, depuis plusieurs mois, le gouvernement ne cesse de répéter que ce n’est pas la rue qui fait la loi, en visant les opposants au mariage homosexuel mais aussi, par ce discours, en mettant en garde ceux qui à Gauche auraient pu être tentés par cette initiative… D’autant plus difficile qu’une partie du public de Gauche, en particulier à Paris, éprouve désormais une aversion profonde pour « le peuple des pavés » et en appelle, comme le prouvent à l’envi de nombreuses interventions sur les médias ou forums de discussion sur la toile, à une véritable répression contre les manifestations de rue, même contre celles, pacifiques, des « veilleurs », allant parfois jusqu’à demander l’interdiction des manifestations contre la loi Taubira pour le simple fait que cette loi est votée… Drôle de conception de l’Etat de Droit : devrait-on ainsi limiter la discussion, et éventuellement l’opposition, à tout ce qui n’est pas encore voté ?

 

Ainsi, la Gauche abandonne-t-elle la rue à ses opposants et le gouvernement semble dire que la Gauche, désormais, doit être avec lui ou ne pas être reconnue comme telle… M. Mélenchon n’a pas réussi à briser cette logique malgré ses efforts certains et, d’une certaine manière, méritoires.

 

 

17/03/2010

L'abstention de Gauche.

Depuis dimanche soir, l’abstention est l’objet de toutes les attentions des politologues et des différents survivants du premier tour qui, tous, appellent à une « mobilisation des électeurs », pour leur compte respectif, bien sûr ! Si la Droite y a laissé quelques plumes, il n’est pas faux de constater que la Gauche est aussi victime de cette désaffectation envers les urnes du corps électoral : les traditionnels bastions du communisme ou du syndicalisme ouvrier sont parmi les territoires les plus touchés par le phénomène. Mais pas seulement quand l’on peut constater, comme le fait ce mercredi matin Dominique Reynié dans « Le Figaro », en signalant que, par la comparaison entre le vote pour Ségolène Royal en 2007 et le vote de Gauche aux Régionales, on remarque « une perte de 4,9 millions de suffrages, soit un recul de 51 % ».

 

Il semble que l’offre politique de la Gauche et de l’Extrême-gauche ne satisfasse pas ceux qui ont, jadis, cru ou croient encore à un bouleversement profond des politiques gouvernementales ou à la Révolution sociale : la fin des espérances révolutionnaires n’est pas vraiment récente et elle remonte sans doute aux années 80 et au ralliement à la social-démocratie européiste de la plupart des partis de Gauche, tandis que le rêve communiste d’un monde meilleur se révélait en définitive n’être qu’une sinistre farce, éminemment mortelle pour les pays qui y avaient cru…

 

Du coup, tout un « peuple de Gauche » se retrouvait orphelin de l’espérance et commençait à déserter les isoloirs (si l’on met de côté le basculement d’une forte proportion du vote ouvrier vers le Front National, comme on le constate encore dans le Nord-Pas-de-Calais), se réfugiant à la fois dans une nostalgie des « grandes heures révolutionnaires » et dans un individualisme festif et parfois « communautaire », mais surtout dans une sorte de sourde désespérance sociale, qui ne profite même pas aux partis les plus contestataires de Gauche : l’effacement électoral de l’Extrême-Gauche, qui peut paraître surprenant au premier abord, signale la difficulté ou l’impossibilité de cette mouvance à traduire la colère ou la désespérance sociale en voix ou en militants, faute sans doute d’un projet porteur et visible, et surtout qui apparaisse crédible à l’heure d’une mondialisation qui paraît (peut-être bien à tort, d’ailleurs…) inéluctable.

 

Il y a autre chose : c’est le ralliement (évoqué plus haut) trop marqué du Parti Socialiste à l’européisme social-démocrate qui semble, en fait, un renoncement du Politique face au « triomphe de l’Economie ». D’autre part, le fait que le « Non » de Gauche à la Constitution européenne (en fait, Traité constitutionnel européen) n’ait pas trouvé d’incarnation ni même d’écoute au sein de l’appareil dirigeant du PS, et que le Traité de Lisbonne (porteur de cette même Constitution, à quelques virgules près) soit passé par la voie parlementaire en France, avec l’accord et le vote massif des députés et sénateurs socialistes, a sans doute détourné un certain nombre d’électeurs habituels (mais aussi potentiels) des urnes régionales… Car, après tout, pourquoi voter à Gauche si celle-ci n’écoute ni ne respecte ce que le corps électoral de cette même Gauche a dit clairement, encore plus que l’électorat de Droite, en 2005 ? En somme, « l’Europe a désespéré Billancourt », et la Gauche n’a pas réussi à rassurer ceux qui avaient marqué leur inquiétude, largement fondée sur la question sociale, par le vote négatif au référendum de mai 2005.

 

Et puis, la Gauche peut-elle marquer une vraie différence avec la politique actuelle quand, ces dernières années, on constate la facilité de certaines de ses têtes de proue à passer de « l’autre côté » (M. Bernard Kouchner, par exemple le plus significatif) ou à rejoindre de grandes institutions « capitalistes » comme le FMI (M. Strauss-Kahn) ou l’OMC (M. Lamy), ou de grands groupes financiers ou industriels ? Là encore, cela peut désillusionner les électeurs de Gauche les mieux intentionnés à l’égard de celle-ci…

 

 

 

 

 

(à suivre)