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16/06/2019

La faute de Mme Loiseau.

Les propos peu amènes de Mme Loiseau à l’égard de ses concurrents comme de ses partenaires, y compris au sein de son groupe européen bruxellois, l’ont écarté d’une présidence des « libéraux » qui, pourtant, lui semblait promise au regard du nombre de députés français dans cette formation parlementaire qui se veut « centriste, libérale et européenne ». Il serait néanmoins vain d’épiloguer sur cette dame qui ne donne guère une bonne image de l’état d’esprit européiste, ni de son propre camp dit « modéré », qualificatif qu’il faudrait, sans doute, nuancer un peu : « L’extrême-centre » n’est-elle pas une étiquette crédible pour saisir la nature de l’idéologie portée par les macronistes qui, lorsqu’elle est contestée, répond par le mépris et la morgue mais aussi par la répression parfois la moins honorable, et dont le sinistre M. Castaner est l’indigne représentant auprès du président ? Mme Loiseau, pourtant ancienne ministre des affaires européennes (ce qui, a posteriori, laisse songeur…), n’a guère brillé en son temps à cette fonction, mais elle s’en prend, devant des correspondants de presse européens, aux journalistes (et, en filigrane, aux électeurs eux-mêmes) français qui ont suivi et couvert les dernières élections européennes en des termes très révélateurs de sa pensée profonde, faite d’une suffisance qui a visiblement mal supporté l’opposition et le simple débat : « Que cela fait du bien de se retrouver avec des journalistes qui suivent les affaires européennes, parce que deux mois et demi avec des gens qui n’y comprennent rien, c’est long »… Des propos que les uns et les autres apprécieront, bien sûr. Pourtant, a-t-elle vraiment eu à se plaindre des médias français qui ont souvent repris les éléments de langage du président Macron pour évoquer les questions européennes, au demeurant souvent indexées sur la problématique nationale ? Au regard de ses maladresses à répétition, nombre de ses électeurs doivent tout de même se poser quelques questions sur la qualité de la tête de liste censée incarner la nouveauté et la modernité en Europe, si l’on en croit sa profession de foi et ses déclarations d’avant le 26 mai…

 

En fait, cela est aussi révélateur de la piètre qualité de la classe politique en France et de certains dirigeants du pays, souvent mauvais connaisseurs des réalités complexes de notre pays et de ses populations, et cela malgré leurs diplômes et leurs états de service parfois impressionnants dans le monde économique : le « pays légal », selon l’expression popularisée par Maurras, n’est pas vraiment à la hauteur des espérances mais aussi des nécessités, au risque de fragiliser l’ensemble français déjà ébranlé par les problématiques nouvelles du monde contemporain. Le plus agaçant est que certains députés européens de cette liste Loiseau ont des qualités certaines, que même leurs idées ne déparent pas trop et qui peuvent être utiles à la cause française sans nuire à l’Union européenne elle-même. Mais le système parlementaire européen, à la fois parce qu’il se veut « démocratie représentative » sans place aucune pour la « démocratie directe » (ou référendaire) et qu’il obéit à des logiques qui négligent trop souvent les réalités mêmes des pays européens, ne leur permet et ne leur permettra pas de donner le meilleur d’eux-mêmes, ce qu’il n’est pas interdit de regretter.

 

Les électeurs et les abstentionnistes du dimanche 26 mai ne doivent pas se détourner de la politique ni des débats nationaux et européens : car la politique, si elle n’est qu’un moyen, est « le » meilleur moyen, s’il n’est évidemment pas le seul, de peser sur le destin du pays et le sort des populations, et c’est sans doute pour cela que les multinationales (qui préfèrent la gouvernance aux gouvernements, symboles politiques encore actifs) comme nombre de membres des institutions européennes aimeraient bien que les Français désertent le champ politique comme le gouvernement français, lui, souhaiterait évidemment que les Gilets jaunes « rentrent dans le rang » pour reprendre le cours de réformes retardées, nous dit-on, par la contestation fluo et ses manifestations, voire ses violences. « Politique d’abord », disait le jeune comme le vieux Maurras, et en cela, il n’avait pas tort si l’on précise qu’il ne s’agit de mythifier ni « le », ni « la » politique, et qu’il faut éviter toute divinisation ou absolutisation politique, porte ouverte à des totalitarismes abrupts dont le XXe siècle ne fut pas avare, malheureusement…

 

Mais se pose alors la question, l’immense question du « Que faire ? », à laquelle il n’est pas facile de répondre simplement : les royalistes politiques n’hésitent pas à évoquer la question institutionnelle et insistent sur la nécessité d’un Etat qui ne doive rien, dans sa nature et dans son statut, aux jeux électoraux, ce qui n’empêche évidemment pas que ces derniers puissent se faire aux autres échelons de l’Etat, du gouvernement et des cadres nationaux et provinciaux (entre autres). Mais faut-il attendre la Monarchie pour intervenir et agir ? Cela serait la négation même de la raison d’être des royalistes qui est, au moins, d’assurer une sorte de régence politique partout où ils peuvent le faire, en travaillant, dans le même temps, à crédibiliser le « recours au prince », non pour détruire un ancien régime mais pour en fonder un nouveau, par-delà les partis et sans effacer ce qui a été, mais juste ce qui ne doit plus être, politiquement et socialement…

 

 

19/11/2018

Les gilets jaunes, une partie révoltée du pays réel.

L’État semble ne pas en avoir fini avec les gilets jaunes et le gouvernement paraît inflexible, à défaut de savoir comment gérer ce mouvement de colère désordonné et insaisissable, sans doute plus politique dans sa signification que dans sa formulation. Bien sûr, cette colère retombera ou s'épuisera, et ce que l'on pourrait qualifier de « pays légal », qu'il soit syndical ou politicien, respirera, tandis que la mondialisation poursuivra sa marche en avant, néanmoins ralentie et plutôt déconsidérée ses dernières années dans nos contrées : mais rien ne sera réglé, et le ressentiment des classes populaires et moyennes les moins aisées ira croissant, s'exprimant dans les urnes (sans menacer vraiment l'ordre des choses établi depuis longtemps par la République) et sur les réseaux sociaux, déversoirs de la colère et, en définitive, nouveaux amortisseurs de cette dernière après en avoir été le catalyseur et l'éphémère organisateur.

 

Pour l'heure, le gouvernement joue la carte du pourrissement du « conflit », en espérant que « ceux qui se lèvent tôt » se fâchent contre les « fâchés des taxes » : les boulangers privés de farine à cause des blocages alors que les commandes non traitées s'accumulent et profitent aux grandes surfaces, mieux achalandées et préparées à ce genre de situation (au moins pour les premiers jours), ou les commerciaux obligés de patienter des heures dans les ralentissements et perdant parfois de précieux clients, entre autres, n'apprécient guère les formes du mouvement même si, eux aussi, se plaignent de la pression fiscale trop forte. « Diviser pour mieux régner » reste la stratégie privilégiée par une République à court d'idées et d'arguments, mais indique aussi sa fragilité, confirmée par quelques sondages qui, au-delà du président Emmanuel Macron, signalent une sorte de « démotivation démocratique » plutôt inquiétante car possiblement nihiliste.

 

Ce qui est certain, c'est que ce mouvement mérite considération et, au moins sur la question du « terreau des révoltes », réflexion, voire approbation et soutien. Cela ne signifie ni aveuglement ni suivisme, bien au contraire, et ce serait gravement impolitique de se contenter de slogans et de ne pas penser des pistes de propositions et de solutions, au-delà de la seule question du diesel ou de celle, plus large, des modes de déplacement motorisés. Plusieurs thèmes peuvent ainsi être abordés sans sortir du sujet : les mobilités et les types d'énergies nécessaires à celles-ci ; la localisation de l'habitat et le lieu du travail (et les formes que peut revêtir celui-ci pour réduire l'éloignement entre ceux-ci) ; l'aménagement du territoire (des territoires, devrait-on dire) et les circulations, et leur gestion, publique comme privée, corporative comme politique ; etc. Dans ces réflexions, les monarchistes ont leur mot à dire et des idées à avancer, et il serait dommage qu'ils restent en marge des discussions.

 

Mais il y a une réflexion politique plus large à avoir en ces temps de colère : après tout, cette révolte des gilets jaunes n'est pas, comme le signale Christophe Guilluy une simple jacquerie : « C'est une confirmation de la confrontation entre la France périphérique et la France des métropoles. Nous ne sommes pas en face d'un mouvement marginal et catégoriel. C'est pourquoi le terme de « jacquerie » me semble inapproprié. La fronde dépasse le monde rural et touche l'ensemble des catégories modestes. (…) Surtout, je crois que nous sommes face à un processus de réaffirmation culturelle des classes moyennes. » Certains pourront y voir une définition sommaire du « pays réel » (définition incomplète, voire inexacte car trop limitée à des classes sociales), pays dont les contours restent d'ailleurs à préciser pour 2018, et il n'est pas scandaleux de l'évoquer si on veut bien, justement, le définir et en comprendre les potentialités et les limites, les unes et les autres nombreuses et non moins certaines... Mais, s'il faut la connaître et tenter de la comprendre, se contenter de voguer au gré de la vague jaune ne peut suffire pour ceux qui se targuent de vouloir changer de situation ou de régime politique : le « pays réel » n'est pas, en soi, une avant-garde, mais plutôt « ce pays qui vit, qui travaille, qui produit et consomme » dans un cadre relativement stable sans être immobile, ce pays enraciné qui se reconnaît, au-delà de ses différences multiples, dans une nation historique et « habituelle ». Il ne fait pas les révolutions, s'il peut les suivre et les confirmer, ou non. Dans nos démocraties, il donne droit, par son vote, au « pays légal » de faire la loi. Mais quand ce droit ne fait plus devoir au « pays légal » de respecter le « pays réel », la démocratie perd de sa consistance et, surtout, de sa légitimité : c'est alors le pouvoir de Créon, et cela peut bien encolérer les électeurs-contribuables qui se sentent floués et incompris, voire ignorés. Nous en sommes sans doute là, et le « pays réel », en ses parties les plus insatisfaites, se couvre alors de jaune fluo pour dénoncer l'illégitimité de certaines taxes ou l'usage abusif du recours étatique à l'impôt. Ses maladresses et ses emportements peuvent le décrédibiliser, certes, mais cela n'enlève rien au fond de la colère et au sentiment d'injustice qui le motive pour protester.

 

Le rôle des royalistes contemporains est, sans doute, de montrer que c'est par le moyen du politique et par la liberté affirmée et assumée de la magistrature suprême de l’État que les questions sociales, territoriales et environnementales peuvent trouver des débouchés plus favorables au « pays réel » (ou « réels », au pluriel, ce qui correspondrait sans doute mieux à la multiplicité des communautés et des points d'attaches, en particulier sociales et locales), tout en inscrivant l'action politique dans le long terme et la continuité nécessaire à la bonne mise en place des grandes stratégies écologiques, économiques et sociales, entre autres. Si l'instauration monarchique paraît lointaine, il n'en est pas moins utile de rappeler sa nécessité au regard des enjeux, des défis et des attentes de notre temps et pour cet avenir qui dure longtemps, selon l'heureuse expression du Comte de Paris. Loin d'être un « sceptre magique », la Monarchie ouvre la voie à des possibilités multiples que l'actuelle République ne peut développer, prisonnière de son calendrier et d'un « pays légal » sans imagination ni altitude mentale...

 

 

 

 

12/12/2015

La peur européenne de la démocratie directe...

La démocratie représentative n’est pas la seule forme de démocratie possible, comme l’ont jadis prouvé les inventeurs athéniens du mot qui, dès les origines de ce mode d’expression et de décision politique, ont produit les critiques les plus vives, les plus circonstanciées comme les plus injustes parfois, de ce système. A Athènes, c’était une forme de démocratie directe qui prévalait, les décisions prises par le démos à l’Ecclésia s’imposant à tous les citoyens, pour le meilleur comme pour le pire : s’il avait eu ses grandes et belles heures, ce système avait aussi mené à la perte de la cité par des votes inconsidérés et cette « arrogance démocratique » que l’on retrouve parfois aussi dans nos propres sociétés et dans une histoire pas si lointaine que cela. Mais cette participation directe des citoyens à la prise de décisions avait au moins le mérite de donner aux Athéniens eux-mêmes la responsabilité de leurs actes, et elle ne me semble pas totalement illégitime même si j’en connais et reconnais les risques et les conséquences dans l’histoire, et s’il me semble qu’elle doit être « arbitrée » par un Etat souverain et légitime. D’ailleurs, cette forme de participation directe des citoyens à la prise de décision (et pas seulement politique) me semblerait fort judicieuse et encore plus légitime si elle s’appliquait à l’échelon des quartiers, des communes ou des provinces (terme que je préfère à celui de région, malgré ses racines latines peu glorieuses, puisque les Romains rappelaient ainsi aux provinciaux que ces derniers descendaient des vaincus…), sur des questions d’aménagement du territoire ou d’urbanisme, de gestion locale ou de financement des politiques de proximité, etc.

 

Mais il semble que nos démocraties d’aujourd’hui, représentatives et oligarchiques, n’aiment guère cette démocratie directe, voyant dans le référendum une atteinte à leur pouvoir et, même, à leur légitimité : en France, le dernier référendum, celui de 2005, a laissé sur la joue des classes politiques et médiatiques dominantes une marque encore brûlante que, honteux, les perdants d’alors qualifient de « populiste ». L’Union Européenne elle-même n’aime pas plus cet appel au peuple que, déjà, Robespierre dénonçait comme une sorte de procédé contre-révolutionnaire, à l’époque pour sauver le roi condamné par la Convention. Sans doute est-ce cette défiance qui a permis de passer sous silence le référendum qui vient d’avoir lieu au royaume du Danemark la semaine dernière, et qui, pourtant, revêt une certaine importance pour qui croit dans les libertés et leur mise en pratique…

 

En effet, les Danois devaient décider s’ils souhaitaient que leur pays soit associé plus étroitement aux politiques de sécurité et de justice de l’Union Européenne, et les grands partis de droite et de gauche, dits modérés, libéraux ou sociaux-démocrates, avaient appelé à voter Oui, quand les partis dits populistes ou marginaux militaient pour le Non. En fait, ce référendum, s’il y avait été répondu Oui, pouvait mettre fin aux dérogations dont bénéficient le royaume du Danemark depuis son entrée dans l’Union (alors simple Communauté économique), confirmées dans les années 1990, et les électeurs danois, dans leur majorité, y ont vu un risque d’intégration trop poussée dans un ensemble dont ils continuent de se méfier. Ainsi, 53 % des électeurs danois (avec une participation de 70 % des électeurs inscrits) ont rejeté le projet gouvernemental et européen, préférant garder au pays ses prérogatives régaliennes plutôt que de lâcher la proie pour l’ombre, surtout en cette période de renoncement européen à la maîtrise de son destin, renoncement démenti par les institutions et les gouvernements de l’UE mais bien visible aux yeux des habitants européens et, parfois, mal vécus par ceux-ci.

 

Ce qui est tout de même incroyable, c’est que ce référendum, pourtant intéressant pour savoir ce que pense concrètement l’opinion publique majoritaire d’une nation d’Europe et utile pour les débats qu’il a engendrés dans ce pays scandinave sur l’Union Européenne et son rôle mais aussi ses limites, n’a eu aucun écho en France, si ce n’est quelques rares dépêches, et aucune analyse sérieuse n’est apparue dans les colonnes de la grande presse ! Pourtant, ce royaume de 5,7 millions d’habitants est un membre à part entière de l’Union et le débat initié et réglé par un vote portait sur des questions importantes pour les citoyens et les libertés en Europe.

 

En fait, nos démocraties représentatives n’aiment pas vraiment cette « concurrence du peuple » envers les représentants, parlementaires et gouvernements, qui sont les grands gagnants et véritables maîtres de nos pays par le biais de leurs chambres (qu’elles se nomment assemblée nationale, sénat ou diète) et de leurs bureaux ministériels et administratifs : c’est lors des référendums que la dichotomie « pays réel-pays légal », popularisée par Maurras au XXe siècle, apparaît parfois la plus nette.

 

Cette peur du référendum qui traverse nos démocraties représentatives, et en particulier la République française (qui semble ne s’être jamais remise de l’affront gaullien aux partis et politiciens par ce court-circuitage référendaire des jeux parlementaires), n’est pas mienne, et je continue à penser qu’il peut être un bon moyen d’associer (et je parle là du niveau national et plus seulement du niveau local) les citoyens au gouvernement de la Cité. Ce n’est pas pour autant une fin mais bien un moyen, et j’insiste sur ce point. Que la Monarchie danoise soit moins frileuse à l’égard du recours à la démocratie directe (déjà 8 référendums depuis 1972, principalement sur l’Europe) que notre République en dit long sur les blocages de cette dernière…