23.12.2009

Panne d'électricité.

Lundi après-midi, une partie de la Provence a été privée d’électricité durant plus d’une heure, suffisamment longtemps pour désorganiser la vie locale et surtout commerciale au-delà de ce temps de coupure électrique : il est vrai qu’aujourd’hui, tout est électrique, des balances aux distributeurs de monnaie, des réfrigérateurs aux « cartes bleues », des ordinateurs aux moyens de chauffage… Cette dépendance extrême de notre société à l’électricité peut s’avérer problématique, en particulier en ces temps de grand froid ou de « disette énergétique », au moment aussi où l’on cherche à diminuer l’impact des activités humaines sur l’environnement. Notre société est énergivore, voire « énergivorace », mais sait-elle encore exploiter les énergies naturelles, animales ou humaines, autres que fossiles ? Poser la question c’est déjà, en partie, y répondre…

 

Ce n’était pas, ce lundi, une panne mais bien un délestage volontaire pour éviter de « faire sauter le système » de tout le sud de la France : car la Provence, comme la Bretagne, ne produit pas l’électricité qu’elle consomme, et constitue ce que les spécialistes appellent une « péninsule électrique », presque totalement dépendante de l’extérieur pour ses besoins en électricité. Si l’on prend le cas de la Bretagne, celle-ci produit seulement 7 à 8 % de son électricité consommée, ce qui est évidemment problématique et peu viable à terme, un terme d’ailleurs de plus en plus proche…

 

Devant cette situation, que faire ? Là encore, il n’est pas de réponse unique mais un faisceau de réponses qui, par leur conjonction et soutien mutuel, peuvent permettre d’améliorer la situation et d’envisager l’avenir plus sereinement.

 

Tout d’abord, et tout simplement, économiser l’électricité : les appels du RTE (Réseau de transport d’électricité) de la semaine passée à destination des Bretons ont permis de faire baisser la consommation de 1 à 1,5 % aux heures de pointe et d’éviter la mésaventure provençale de lundi dernier. Cela étant, cela reste encore bien modeste et il semble utile de repenser le rapport des sociétés et des consommateurs à l’électricité : une attitude plus sobre s’avère nécessaire et peut d’ailleurs permettre de dégager un peu plus de pouvoir d’achat pour les foyers économes en allégeant la facture électrique. De multiples conseils pour parvenir à cette sobriété (qui n’est pas la privation !) sont aujourd’hui fournis par les organismes étatiques et les associations environnementales sans qu’il soit besoin ici d’y revenir maintenant.

 

Mais, au-delà, il faut mettre en place de nouveaux moyens de permettre l’indépendance énergétique (ou « la moindre dépendance ») des régions de Bretagne et de Provence.

 

S’il semble aujourd’hui délicat de construire une nouvelle centrale marémotrice en Bretagne (celle de la Rance, près de Saint-Malo, permet à elle seule de produire 3 % de la consommation électrique bretonne, ce qui n’est pas rien !), utiliser les mouvements des vagues pour produire de l’électricité peut être une piste (déjà exploitée par l’Ecosse, me semble-t-il), tout comme l’installation d’éoliennes au large des côtes ou d’hydroliennes sous l’eau, entre autres ! La Bretagne, comme la Provence, sont des régions côtières ou les énergies du vent comme des courants marins peuvent être utilement exploitées, des énergies qui ont l’avantage d’être éternellement renouvelables même si, à l’heure actuelle, elles nécessitent des équipements encore lourds et que ceux-ci doivent s’intégrer dans les paysages et non les défigurer comme c’est trop souvent le cas pour les immenses pylônes des éoliennes, si peu esthétiques ! On peut aussi évoquer l’énergie solaire, en particulier pour la Provence…

 

Ce qui est certain, c’est que l’occasion est offerte par l’actualité (et par la nécessité !) d’entamer une véritable mutation des modes de production électrique, vers une production plus propre d’une part, plus renouvelable d’autre part. C’est aussi le moment de repenser nos propres modes de consommation et nos capacités d’indépendance et de proximité énergétiques, pour préparer un avenir moins « fossile »…

 

Cette occasion sera-t-elle prise ? Il faut le souhaiter mais cela remet en cause quelques habitudes et quelques intérêts… Là encore, le Politique a le devoir d’intervenir, non par un étatisme étouffant, mais par l’impulsion et l’encouragement : or, la République, piégée par un système électoraliste qui empêche le long terme et corrompt le présent, peut-elle mener cette « révolution énergétique » ? Ne risque-t-elle pas de céder aux sirènes de la démagogie et de « l’immédiateté » qui lui font oublier d’imposer les intérêts des générations futures aux égoïsmes consuméristes du présent ? Il ne s’agit pas de tomber dans le piège d’une « écologie punitive » mais de permettre l’inscription dans la durée du Bien commun. Là encore, la République souffre de ses propres principes…

 

Si l’on veut une politique énergétique et écologique intelligente, raisonnée et durable, il paraît nécessaire d’inscrire le Politique lui-même dans la durée et, donc, l’Etat (ou sa représentation symbolique et active, c’est-à-dire sa magistrature suprême) dans la continuité pour éviter qu’une majorité gouvernementale défasse ce qu’a fait la précédente…

 

Et, d’ailleurs, qu’y a-t-il de plus naturel, de plus écologique, que la transmission d’un père à son fils du Bien qu’il a lui-même reçu en héritage avec le devoir de le préserver et de l’enrichir ? Dans la tradition capétienne, le Roi est aussi considéré comme « le jardinier de France »…

24.10.2009

La voiture électrique, une nouveauté ?

Dans le cadre de la préparation d’un sujet de khôlle sur « l’automobile », j’ai trouvé il y a quelques jours un article extrait de la grande revue « L’Illustration », daté du 25 juin… 1898 !, ce qui ne nous rajeunit pas… S’il est intéressant et utile, sans doute, à reproduire, c’est qu’il montre à l’envi que, dans le domaine automobile comme dans beaucoup d’autres, ce sont des choix qui déterminent la suite des événements (constatation qui n’a rien de particulièrement exceptionnel en soi…) et qui expliquent parfois aussi les inquiétudes, les difficultés actuelles ou les malentendus, les erreurs, parfois même les fautes. Ce qui rappelle que « tout choix engage » et qu’il n’est pas inutile d’en peser les conséquences mais aussi d’en voir les suites dans la durée, la longue (à échelle des générations humaines) étant plus importante encore que la courte ou l’immédiate.

 

Cet article de 1898 porte sur le premier salon de l’automobile à Paris et il présente les différentes énergies nécessaires au fonctionnement de ces « voitures sans chevaux » : je n’en garde ici que les deux principales évoquées pour les automobiles individuelles :

 

« Le Pétrole. – Nous sommes ici dans le domaine du tourisme ; quand les puits d’énergie électrique seront assez nombreux le long des routes, ou que l’on aura trouvé – oh, rêve ! – le générateur pratique, le pétrole baissera pavillon partout devant l’électricité, comme il va le faire bientôt pour Paris ; mais en attendant, le pétrole est le maître incontesté de la locomotion automobile, car il est l’énergie qui se débite en bidons chez tous les épiciers du monde…

 

L’Electricité. – Les voitures électriques exposées… ont prouvé qu’elles pouvaient faire face à toutes les exigences de la circulation dans Paris. Mues par des moteurs de 5 chevaux, elles sont capables de fournir des trajets de 70 à 100 kilomètres, ce qui est plus que suffisant pour Paris. Les frais de consommation sont, approximativement, de 3 francs par jour. Reste à voir… ce que coûtera le changement d’une batterie… »

 

Ainsi, la voiture électrique était déjà évoquée et vendue il y a plus d’un siècle, et semblait alors particulièrement adaptée à la circulation urbaine quand le pétrole semblait mieux adapté au « tourisme », comme le signale l’article ! Il paraît, avec le recul, particulièrement dommage que l’on n’ait pas suivi ce qui paraissait alors le plus logique, la voiture électrique pour les villes et les trajets courts, la voiture à essence pour les trajets longs et « touristiques » : cela aurait évité, sans doute, bien des problèmes de pollution… et de taxe carbone ! Et puis, que de temps perdu pour la recherche d’énergies propres ou relâchant moins de gaz carbonique dans l’atmosphère : au bout d’un siècle, sous la contrainte quand il aurait mieux valu prévoir dans le temps de la facilité, la voiture électrique réapparaît… Au début du XXe siècle, c’est plus une logique économique (voire financière et spéculative…) qui a prévalu que la pensée du long terme, alors même que l’on savait que les ressources pétrolières n’étaient pas renouvelables et, donc, à plus ou moins long terme, étaient condamnées à se tarir (ce qui est en train d’arriver pour de nombreux gisements aux Etats-Unis mais aussi dans les pays arabes…).

 

Cela étant, il ne faudrait pas refaire la même erreur qu’il y a un siècle en fondant tous nos espoirs sur la seule voiture électrique, ne serait-ce que parce que le lithium qui sert à la fabrication des batteries électriques de ces voitures est, lui aussi, une ressource non-renouvelable et donc épuisable à plus ou moins long terme (deux à trois décennies, semble-t-il, selon le niveau de consommation considérée). Il paraît donc nécessaire de penser aux énergies alternatives et renouvelables, aux techniques permettant de les exploiter au mieux et sans risques ni nuisances environnementales mais aussi aux nouveaux modes de transports susceptibles de se déplacer avec le moindre impact écologique possible, et sans provoquer ces engorgements et encombrements qui sont bien trop encore la caractéristique des grandes métropoles…

 

Des questions qui méritent réflexion et des solutions proposées qui méritent évaluation

 

26.01.2009

Tempête dans le Sud-ouest.

La grande tempête qui vient de frapper le Sud-ouest nous rappelle que la nature reste souvent la plus forte malgré tous les pouvoirs et inventions des hommes : ce qui n’empêche pas nos sociétés, quand elles se font prévoyantes et humbles, de pouvoir surmonter ces épreuves sans trop de souffrances.

Ainsi, des leçons ont été tirées des précédentes tempêtes dévastatrices de 1987 et 1999, ce qui a permis d’en atténuer quelques unes des conséquences sans les empêcher toutes.

En 1987, la Bretagne, frappée par une très violente tempête au mois de septembre, s’était plainte de la relative indifférence des médias nationaux, c’est-à-dire principalement parisiens, et y avait vu le mépris de l’Etat jacobin à l’égard d’une province négligée et moquée pour son climat. Aujourd’hui, rien de tel : les télés, radios et journaux ont consacré de nombreuses émissions et articles à la situation du Sud-ouest, en appelant de suite à la solidarité nationale de tous les Français à l’égard des régions frappées, quand les principales instances de l’Etat se mobilisaient pour faciliter la remise en ordre des infrastructures et des activités dans ces mêmes régions. Il faudra voir, bien sûr, au-delà des effets d’annonce quels seront les résultats de tels appels et la rapidité de réaction des compagnies d’assurance et des services de l’Etat, un peu plus tard, dans la gestion de la reconstruction et replantation dans cette région sylvicole qui a perdu plus de 60 % de ses ressources en bois en une seule journée.

Il semble aussi que, malgré les efforts accomplis par les acteurs publics, il subsiste quelques insuffisances, parfois lourdes de conséquences : ainsi, le réseau électrique a été rudement touché, privant au plus fort de la tempête environ 2 millions de foyers (soit 6 millions de personnes) de courant, car une grande partie des lignes qui devaient être enterrées depuis la précédente tempête de 1999 ne l’ont pas été, pour des raisons qui ne sont pas forcément bonnes.

A l’heure où la crise financière continue, elle, de produire ses effets dans une tempête dont on espère la fin rapide sans en voir les prémisses, et où les caisses de l’Etat sont désespérément vides, cette catastrophe naturelle risque de dévoiler un peu plus, après les premiers mois de remise en ordre des lieux et des activités sociales, le triste état des finances publiques : l’urgence d’une « autre politique »  mais aussi d’une forme de consommation moins dépensière en énergie et en ressources se fera plus pressante. L’occasion est à saisir, politiquement comme économiquement, et il faut souhaiter que la mesure et la solidarité retrouveront leur juste place dans une société qui, aujourd’hui, souffre d’avoir rompu avec ses fondamentaux-là…