14.11.2009
De la possibilité pour les écrivains de critiquer, malgré tout...
Léon Daudet fut un des membres les plus éminents et remuants de l’Académie Goncourt, mais aussi le plus virulent et mordant des polémistes de l’Action Française : ses bons mots, ses outrances verbales, ses accusations parfois terribles, mettaient souvent du sel sur les plaies d’une République qu’il jugeait indigne de notre pays et qu’il dénonçait à longueurs de colonnes et d’années. Lui demander un « devoir de réserve » à l’égard du régime qui gouvernait alors la France aurait déclenché chez lui un rire sonore et provoqué la honte de celui qui aurait invoqué ce principe lié au fonctionnariat républicain (la monarchie lui préfère la « loyauté », tout simplement…).
Autant dire que le patriote intransigeant et l’écrivain libre qu’il était n’aurait guère apprécié la dernière sortie du député Eric Raoult à propos de la lauréate du Goncourt 2009 : je crois même qu’il en aurait rajouté dans la provocation en accusant le maître de M. Raoult d’être le déshonneur de la France, voire pire !
Les écrivains écrivent parfois des bêtises et ils doivent eux aussi accepter la critique, la plus juste comme la plus injuste : mais vouloir brider leur plume n’est guère raisonnable et peu conforme à l’idée que je me fais de la liberté de l’esprit. Je trouve qu’il y a déjà assez de censure comme cela, en particulier sous le joug du « politiquement correct » pour ne pas apprécier que l’on veuille encore en appeler à Anastasie et à ses ciseaux… Et, comme ma devise personnelle le clame : « La liberté, ça ne se renifle pas, ça se respire ! »
D’autre part, la France ne se limite pas, Dieu merci, à ses maîtres de passage : son histoire plus que millénaire a d’autres modèles à nous offrir que ceux de M. Sarkozy et de M. Raoult, et je ne la confonds pas non plus avec la République, née d’une usurpation ancienne et contre laquelle je n’en ai pas encore fini… Là encore, nous ne sommes pas loin du débat sur « l’identité française » et, plus largement, sur la définition même de la nation française, si différente, qu’on le veuille ou non, des autres nations d’Europe. Quand, à son tour, M. Sarkozy passera, la France restera : non pas qu’elle soit immortelle (et Paul Valéry nous a mis en garde contre cette possible illusion), mais elle a le « devoir de vivre », pour elle-même comme pour le monde ! Et les écrivains français participent aussi, parfois à leur corps défendant, à cette vie française dans le monde et dans le temps… Léon Daudet, comme son éternel adversaire Edouard Herriot, maire radical de Lyon et écrivain lui-même, en ont, malgré leur querelle politique permanente, convenu ! Miracle de la France, sans doute, miracle éternellement renouvelé, y compris par la littérature, si riche et diverse en la langue (et la patrie) de Molière.
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19.10.2009
Toujours la République...
La politique française doit-elle se résumer à des affaires crapoteuses ou à des polémiques foireuses ? Au regard de l’actualité récente, il serait facile et pas totalement illogique de répondre par la positive, mais cela serait plus un aveu d’impuissance et d’impolitique qu’une véritable réponse : la politique n’est pas forcément ce que la République oligarchique de 2009 en montre, loin de là !
L’affaire de la candidature du fils de Nicolas Sarkozy à la présidence de l’EPAD (Etablissement public d’aménagement de la Défense), celui que la presse qui se veut « républicaine » (mais qu’est-ce que cela signifie en… République ?) baptise du titre qui se veut péjoratif (mais qui est surtout immérité et illégitime !) de « Prince Jean » (sic !), est aussi le reflet des contradictions d’une République qui passe son temps, faute des principes de service et d’honneur, à osciller entre anarchie parlementaire et oligarchie néo-féodale : certes, la Cinquième République avait, par la volonté et l’enracinement dans l’histoire de France de son fondateur, tenté de garantir l’Etat contre les offensives féodales et lui avait redonné un lustre certain, dont il reste de beaux restes et quelques institutions… Mais l’actuel locataire de l’Elysée et sa Cour semblent oublier les devoirs de l’Etat pour ne reconnaître que les droits de leurs clans et de leurs clientèles ! C’est Rome moins la gloire !
Certains imaginent que nous sommes en Monarchie quand la République de M. Sarkozy n’est qu’une « monocratie oligarchique » qui se cherche une histoire et une légitimité en caricaturant ce qu’ils croient avoir été la Monarchie : cette dernière cherchait (sans toujours l’atteindre, d’ailleurs…) le « bien commun » qui, par essence, ne peut se confondre avec l’intérêt d’un clan ou d’un parti, d’un seul homme ou d’une majorité parlementaire…
Nous sommes bien en République, et celle-ci perd de plus en plus ce qui lui servait en fait de colonne vertébrale ou de garde-fou, c’est-à-dire le sens de l’Etat : c’était écrit, d’une certaine manière, dès 1965 lorsque la « solution royale » incarnée par le comte de Paris a été abandonnée par de Gaulle, qui lui préféra sa propre personne, persuadé qu’il serait élu dès le premier tour de l’élection présidentielle, ce qui ne fut d’ailleurs pas le cas, à la grande colère du général.
Nous sommes bien en République et ce sont donc les électeurs qui ont « sacré » le monocrate de cette couronne de bulletins, lauriers éphémères d’une République qui recycle les féodalités en partis et les féodaux en ministres ou présidents de conseils, généraux ou régionaux.
Soyons clair : ce ne sont pas ces « Etats dans l’Etat » qui sont les plus gênants mais plutôt que certains se posent « contre l’Etat » et, surtout, que l’Etat soit la proie de leurs jeux et enjeux, parce qu’il paraît faible ou peu assuré face aux groupes de pression qui, en définitive, font aussi les élections par des biais fort divers sans être moins efficaces.
La Monarchie ce n’est pas cette République-là ! Bien au contraire, en Monarchie, le Roi n’est pas « le premier des féodaux » ou le suzerain suprême, il est le Roi de tous et le souverain fédérateur, il est l’Etat et la nation, l’arbitre suprême sans être forcément consensuel mais simplement juste. C’est aussi ce que rappelle le prince Jean, celui qui porte le beau nom de France, dans son livre d’entretiens paru il y a quelques jours : rien à voir avec les petites manœuvres d’un fils, ambitieux pour lui-même, du locataire de l’Elysée…
Oui, décidément, la politique française vaut mieux que cette foire des ambitieux, cette éternelle querelle des « pourquoi pas moi ? »… Elle mérite un roi, tout simplement !
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27.09.2009
La vengeance de Nicolas Fouquet.
L’affaire Clearstream m’est complètement incompréhensible et je ne vois dans le procès qui se déroule depuis quelques jours que de tristes règlements de compte et la vengeance d’un homme qui n’a ni le sens de l’Etat ni celui de l’honneur, et cela malgré le poste qu’il occupe et qui devrait l’obliger. Mais, après tout, et comme le disait Maurras avec une pointe d’amertume : « tant vaut l’Etat, tant vaut sa raison ». On devrait parler ici de déraison, d’ailleurs, tant l’acharnement de M. Sarkozy sur celui qui fut son Premier ministre de tutelle et son rival véritable ressemble plus à une psychose qu’à la recherche d’une hypothétique vérité…
Triste spectacle que nous donne la République, et qui a, une fois de plus, le prétoire comme théâtre : la pièce est-elle complètement écrite ? Là encore, je n’en sais rien, et j’ai le souvenir de procès qui n’ont pas tourné, au regard de l’Histoire, à l’avantage de ceux qui les avaient initiés… Mais il est vrai que l’appareil politique et judiciaire de la Monocratie sarkozienne est tout entier mobilisé dans la vendetta contre celui qui, pourtant, fut, un jour de l’hiver 2003, la voix et l’honneur de la France, celui qui reprit les accents gaulliens pour marquer la liberté et la fierté de la France, envers et contre l’Empire étoilé, et pour rappeler au monde que la Force brute et déraisonnable ne pouvait être le remède véritable à une tyrannie orientale qui, au moins, parvenait à contenir des forces bien pires encore que celles incarnées par Saddam Hussein…
Il est vrai qu’à l’époque M. Bernard Kouchner, actuel ministre des Affaires étrangères, était favorable à la guerre de M. Bush, et que M. Sarkozy, s’il n’a pas contredit alors la politique chiraco-villepiniste, rongeait son frein en attendant de pouvoir défaire ce que ses prédécesseurs avaient engagé.
Ce procès n’est pas le procès de quelques fausses listes et de leur utilisation abusive, dans la plus pure tradition barbouzarde chère à notre République, de Robespierre à nos jours : il est juste l’élimination d’un clan par un autre, ou du moins sa tentative !
Comment pourrait-il en être autrement dans une République qui est en « présidentielle permanente » et qui ne vit que de la victoire d’un parti sur un autre, d’une faction sur une autre, d’un intrigant sur un autre ? Ce que le septennat avait limité, le quinquennat l’a libéré, et cela n’a fait qu’amplifier un mal qui est consubstantiel à la République, la lutte des Féodaux pour la première place, au risque de dévaloriser l’Etat et sa magistrature suprême et de diminuer le crédit de la France à l’étranger.
Oui, décidément, la France mérite mieux que cette République des clans et de leur lutte pour le Pouvoir ! Il serait temps de penser à libérer l’Etat de ces Nicolas « Fouquet’s » comme le roi Louis XIV l’a libéré de l’avide Nicolas Fouquet en 1661. Rendre à la magistrature suprême de l’Etat sa dignité et son rang au-dessus des querelles de factions passe par un mode de désignation et de transmission qui ne doive rien à l’élection et à ses calculs, voire à ses fraudes… N’est-ce pas l’un des grands avantages et mérites de la Monarchie successorale ?
22:58 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : clearstream, villepin, sarkozy, procès, république, féodaux, monarchie.
27.07.2009
Le malaise du président Sarkozy.
J’ai roulé tout le dimanche après-midi vers Sauternes, la radio diffusant tout ce temps des nouvelles du Tour de France et du malaise « vagal » (sic !) du président Sarkozy, la dernière information prenant vite le pas sur la compétition et le spectacle cyclistes : ainsi, les personnalités présentes sur les Champs-élysées, politiques et sportives, y allaient toutes de leurs « vœux de bon rétablissement » pour le président Sarkozy ou de formules « rassurantes » sur la tête de l’Etat, assurée quoiqu’il en soit par la pratique constitutionnelle…
Dans cette affaire d’un malaise fortement médiatisé, la communication politique de l’Elysée et, en fait, les médias eux-mêmes ont accrédité l’image d’un président tellement actif que, tel un Molière contemporain, il s’effondre, au bord de la scène, comme foudroyé en pleine gloire ! Mais, miracle, il se remet vite sur ses pieds, il n’a jamais perdu connaissance, nous explique-t-on, et il tient bon la barre. En somme, c’est l’image d’un Chef d’Etat infatigable qui ne s’arrête, à peine, que contraint et forcé par un malaise lors d’une course à pied qui rappelle son côté sportif, moderne, jeune… Même RTL y consacre un débat, ce lundi 27 juillet, sur le thème « M. Sarkozy en fait-il trop ? », formulation qui, d’ailleurs, est plutôt « ambiguë » car elle peut être comprise de deux manières bien différentes :
- Il est « tellement actif » (comme déjà dit précédemment), il mène tambour battant les réformes, il est surmené par un travail de tous les instants, il devrait se reposer un peu, il a bien mérité des vacances… : communication impeccable qui en fait une « victime sympathique » du travail d’Etat, qui « ne demande pas qu’on le plaigne » comme le dit un partisan de l’UMP sur RTL. Tout bénéf’ pour M. Sarkozy et son image, tandis qu’il fait encore l’actualité, au moment où l’été tournait à la litanie des plans sociaux et des réactions de colère des ouvriers…
- Malgré son malaise, la communication élyséenne est trop pesante et monopolise beaucoup trop l’espace médiatique, au risque d’énerver les citoyens et les auditeurs : « Comment ? Encore Sarkozy ?! »…
En fait, dans cette « République du spectacle » contemporaine, ne sont-ce pas les médias eux-mêmes qui ont donné une telle importance à ce qui n’était sans doute pas préparé ni prévu (contrairement à ce que certains commencent à murmurer : toujours un complot à dénoncer…), qui peut arriver à tout le monde mais qui, évidemment, prend toujours une certaine tournure quand il s’agit d’un homme d’Etat, d’une personnalité institutionnelle et politique, d’un souverain (étranger puisque la France n’est plus, pour l’heure, une Monarchie), etc. ?
En tout cas, dans cette République qui ne vit qu’au rythme des élections présidentielles et des débats autour de celles-ci, le moindre « incident de santé » d’un président ou d’un prétendant à la présidence se pense en termes éminemment « électoraux » : il sera intéressant de regarder, à l’heure même où ils sont tant controversés, les sondages des semaines prochaines, à l’aube d’une rentrée politique qui s’annonce socialement chaude…
Quand un roi qui n’a pas, a priori, besoin de se constituer une « clientèle » en vue d’une prochaine réélection, tombe malade, ce sont les sentiments qui priment : en République, à entendre les uns et les autres au regard du malaise du président Sarkozy, ces mêmes sentiments, s’ils sont bien (et naturellement) présents (et c’est d’ailleurs tant mieux), n’empêchent pas que ce sont néanmoins les arrière-pensées qui semblent dominer…
20:26 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : malaise, sarkozy, médias, république, spectacle.
19.07.2009
Le quinquennat présidentiel.
La France connaît, à l’instar des autres pays du monde, une crise économique qui a aussi des traductions financière et sociale, mais qui semble, étrangement, renforcer la monocratie républicaine si bien incarnée par l’actuel président, Nicolas Sarkozy ! Paradoxe qui n’est qu’apparent et qui démontre à la fois les complexités politiques françaises et les ambiguïtés d’une Cinquième République aux multiples couleurs et tentations, et qui singe, à défaut de pouvoir lui ressembler, l’ancienne et multiséculaire Monarchie fondatrice de la France : doit-on y voir là une marque d’un subconscient politique français qui survivrait au-delà des épreuves et des ruptures de l’Histoire nationale ? Sans doute…
En tout cas, l’année qui vient de s’écouler a vu la mise en pratique de la réforme constitutionnelle votée en l’été 2008, et les atermoiements, voire les déchirures profondes, de l’opposition officielle au Chef de l’Etat ont aidé grandement ce dernier à passer sans trop de dommage politique les douze derniers mois, de la présidence française de l’Union européenne aux élections au Parlement européen de Strasbourg-Bruxelles… En somme, le président de la République, fort de ses succès et surtout des échecs de ses adversaires tétanisés par son activisme et sa capacité de récupération des personnalités des autres camps que le sien propre (capacité digne d’un François Mitterrand, diraient certains…), pense déjà à son prochain quinquennat : l’élection présidentielle de 2012 peut lui apparaître comme une simple formalité, si l’on s’en tient à la situation présente. S’il semble d’ailleurs si peu s’en préoccuper, c’est aussi sans doute pour marquer sa différence avec tous ceux qui, antisarkozystes bruyants, ne pensent et ne parlent, en définitive, qu’en fonction de cette échéance, comme si nous étions dans une « présidentielle permanente »…
Ce dernier trait est d’ailleurs un des vices de la République qui s’est véritablement aggravé depuis l’adoption, par référendum (septembre 2000), du quinquennat : en réduisant le temps accordé à un président élu, il soumet également le calendrier politique à une pression plus forte de la part des prétendants à la magistrature suprême de l’Etat qui, lorsqu’ils ne sont pas déjà en place, à l’Elysée, ne pensent plus et n’agissent plus que par rapport à cette échéance. Celle-ci apparaît être et, en fait, est le véritable enjeu de la vie politique française, particularité que l’on ne retrouve pas avec une telle prégnance chez nos voisins européens, en particulier dans les Etats monarchiques (au nombre d’une dizaine en Europe) : chez ces derniers, il est vrai que, selon le mot célèbre, « la première place est prise », ce qui, à défaut d’empêcher les ambitions (ce qui ne serait pas vraiment politique, d’ailleurs, et peu souhaitable), les limite « par le haut », et en préserve la magistrature suprême, dans sa dignité comme dans son indépendance.
19:51 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : quinquennat, république, sarkozy, temps, monarchie, monocratie.
06.07.2009
Le président Sarkozy, Michelle Obama et le travail du dimanche.
Et revoilà la question du travail du dimanche ! Mardi 7 juillet, alors que les vacances scolaires sont engagées et que de nombreux Français se sont déjà transformés en touristes tandis que les autres attendent avec impatience leur tour de déposer « pioche et sacoche » (en fait, aujourd’hui, d’éteindre leur ordinateur et la lumière dans leur bureau…), les députés vont à nouveau plancher sur la question de l’ouverture des commerces le dimanche, véritable obsession du président Sarkozy.
Le dernier argument utilisé par le président me navre et est véritablement révélateur de son état d’esprit : « Nous sommes le pays au monde qui reçoit le plus de touristes, 80 millions de touristes à l’année. Est-ce qu’il est normal que le dimanche, quand Mme Obama veut avec ses filles visiter les magasins parisiens, je dois passer un coup de téléphone pour les faire ouvrir ? » Ainsi, le tourisme serait juste une activité commerciale, en particulier d’achats… J’avais l’idée que cela pouvait être l’occasion de se promener, de découvrir le patrimoine (et Paris, me semble-t-il, ne manque pas de musées, monuments, parcs, etc., sans compter les nombreuses animations artistiques, picturales ou musicales) et que, ma foi, les grands magasins pouvaient, ce jour-là, faire « relâche », donnant ainsi aux gens l’occasion de reposer leur porte-monnaie. Que soient ouverts, comme le prévoit la loi du 13 juillet 1906 sur le repos dominical (car, après tout, n’était-ce pas l’un des objectifs de cette loi, de rendre un peu de temps libre aux travailleurs, de « temps libre commun au plus grand nombre » plus exactement ?), un certain nombre de commerces des métiers de bouche, d’activités de tourisme patrimonial ou de services publics (de transports, policiers ou médicaux), n’est pas en soi une mauvaise chose, mais il est bon que cela reste des « exceptions » et non la règle : « banaliser le dimanche », en faire un jour comme un autre n’est pas sain ni juste, comme le rappellent dans le même mouvement le Prince Jean de France, la CFTC (Confédération française des travailleurs chrétiens), mais aussi les socialistes et… les communistes !
D’autre part, je croyais que les lois s’appliquaient, en cette République cinquième du nom, à tous, y compris au Chef de l’Etat : mais apparemment, « un coup de téléphone » peut passer par-dessus les lois, et « le fait du prince » (pour autant que l’on puisse comparer M. Sarkozy à un « prince »… Bon, d’accord, je suis un peu caustique…) semble indiquer que la séparation des pouvoirs, tant vantée (à tort, d’ailleurs) comme une marque de la démocratie, n’est qu’une formule facile et pas exactement appliquée, au grand dam des disciples de Montesquieu sans doute (dont je ne suis pas, je le rappelle).
Dernier point : que les centres commerciaux ou les magasins de luxe que Mme Obama voulait « visiter » (sic !) soient devenus les exemples mis en avant par le président Sarkozy me semble tout à fait révélateur de ce « pouvoir de classe » qu’est « devenue » (re-sic !) la République. Nulle démagogie ou gauchisme dans mon propos, mais une certaine colère devant ce triomphe visible des puissances économiques et ce règne de l’Argent et de la Consommation : il me semble que la vie ne peut se résumer à cela, ne doit pas se plier à cela, et que les vraies valeurs ne sont pas celles que l’on compte…
Le temps où le dimanche ne sera plus qu’un jour ordinaire supplémentaire, il manquera à notre société cette pause qui permet de faire la différence entre une semaine et la suivante, tout simplement…
20:25 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : sarkozy, obama, travail dominical, dimanche, repos, 1906, argent, prince jean.
22.06.2009
Sarkozy chez Louis XIV.
Ce lundi se tient le Congrès à Versailles et la République se donne des grands airs, comme si elle voulait, dit-on, copier l’ancienne Monarchie absolue : d’ailleurs, n’est-ce pas la statue du roi Louis XIV qui accueille les parlementaires et le président ? Ainsi, comme l’y autorise désormais la Constitution, M. Sarkozy, prince des apparences, va prononcer son « discours du trône » dans le palais des rois : un de mes collègues, dans la salle des profs, ironisait : « l’hommage du vice à la vertu », ce qui ne pouvait qu’enchanter le fidèle royaliste que je suis…
En fait, M. Sarkozy, au regard de l’Histoire, n’est que ce « bourgeois gentilhomme », trop arriviste pour comprendre le mystère de l’Etat et des devoirs qu’il impose : s’il se veut hyperactif, il lui manque la patience, cette maîtrise humaine du temps qui permet d’inscrire l’action politique dans la durée. Il confond vitesse et précipitation et oublie que les grandes réformes, si elles nécessitent un vigoureux « coup de rein », doivent aussi s’enraciner pour s’épanouir véritablement. Il lui manque le temps, et l’humilité devant celui-ci : il n’est pas un roi, il n’est que le chef d’une majorité provisoire qui durera le temps d’un ou deux quinquennats.
D’autre part, M. Sarkozy confond les apparences avec le prestige : quand Louis XIV soigne sa tenue et le décor de la Monarchie, il le fait avec l’ambition de servir l’Etat en le mettant en scène. Il ne s’agit pas, en somme, de faire de la politique-spectacle, mais de mobiliser les formes spectaculaires pour prouver la puissance de l’Etat et sa capacité à rayonner, y compris au-delà des frontières. Le prestige de la Monarchie permet à la France de montrer au monde qu’elle est, fondamentalement, un Etat et une civilisation, et pas seulement une société égale aux autres… Cette stratégie monarchique vaudra à Versailles d’être imité un peu partout en Europe et, donc, d’être la référence sur laquelle les autres pays, sans parfois bien le saisir, calqueront leur politique du prestige…
Or, que restera-t-il, dans quelques décennies, de l’ère sarkozienne ? Quel grand projet de civilisation laissera-t-il à la mémoire des générations futures ? Quand Versailles reste une scène de la politique (est-ce un hasard si la République y donne ses grands rendez-vous ?) et que Louis XIV peut encore inspirer nos politiques et nos stratégies, que ce roi-soleil incarne encore pour les Etrangers « la France », que peut-il rester de celui qui, malgré ses talents certains de bateleur et quelques réformes dont il est trop tôt encore pour mesurer toutes les conséquences (bonnes ou mauvaises, d’ailleurs), s’aveugle sur ce qu’il est lui-même ?
Demain, le château de Versailles sera rouvert au public : il y entendra les échos de la grandeur passée des rois ou plus exactement la grandeur passée de la France sous les rois, à travers toutes les pièces, les tableaux, les jardins… Ce prestige-là ne meurt pas, quand le discours de l’actuel président se sera déjà envolé des mémoires qui ne retiennent que l’essentiel…
15:37 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : sarkozy, versailles, congrès, louis xiv, prestige, monarchie.
18.06.2009
La France et l'Afrique.
Les funérailles du président Omar Bongo ont donné lieu à quelques manifestations d’hostilité au président français, habitué à des publics plus enthousiastes à son endroit. En fait, il semble bien que ces mécontentements exprimés rentrent surtout dans le cadre d’une succession délicate du chef d’Etat gabonais…
Mais, parmi les cris des manifestants, l’un aurait pu soulever quelques questions chez les journalistes présents, c’est celui de « Nous voulons la Chine », car il est très révélateur du nouveau rapport de forces en Afrique : au moment où la France ne sait plus très bien comment se débrouiller avec une Afrique francophone qui semble lui échapper ou vouloir en finir avec la fameuse Francafrique, les pouvoirs africains se tournent vers de nouveaux protecteurs, peu regardants sur la nature des régimes politiques et sur la question des droits humains, et principalement intéressés par les matières premières du sous-sol africain, par les millions d’hectares de terres « à louer » (malgré la présence de populations indigènes sur celles-ci…) et par le rôle qu’ils peuvent jouer sur ce continent encore en devenir. La Chine est aujourd’hui bien implantée en Afrique et n’a guère de scrupules ni de gêne dans sa politique africaine : pragmatique avant tout, elle a compris que les démocraties européennes, en particulier la France, se repliaient sur leur pré carré et abandonnaient leurs traditionnelles amitiés au Sud, légitimant cet abandon derrière la volonté de solder un post-colonialisme parfois douteux…
Ce repli des démocraties européennes et en particulier de la France est incontestablement une erreur en attendant de devenir une faute : la domination chinoise est un avant-goût de ce qui pourrait bien attendre (et atteindre) les pays européens s’ils ne sortent pas de cet engrenage de la repentance facile et de ce « retrait de l’Histoire » qui laisse entendre qu’ils n’ont plus d’autre volonté que de « consommer en paix ». C’est une tentation que le général de Gaulle a déjà, en son temps, combattue, convaincu que la France avait un rôle notable à jouer dans la recomposition africaine et dans le développement d’une francophonie utile dont l’Afrique reste un moteur nécessaire.
« Nous voulons la Chine » : ce cri sonne comme un véritable échec pour une République française qui, faute d’un grand dessein pour la politique africaine, n’a pas su aborder les temps nouveaux (et l’évolution des mentalités) et n’a pas su offrir à ses partenaires africains une alternative crédible aux jeux des grandes puissances états-unienne et chinoise (en attendant l’Inde…).
Pourtant, il faudra bien que la France, au lieu de s’obnubiler sur la seule construction européenne qui, si elle a une importance indéniable, n’est pourtant pas la seule voie ouverte à l’avenir français, réfléchisse et agisse pour renouer avec une Afrique qui a tant à lui dire et à lui offrir, et envers elle a tant de devoirs et de liens à entretenir.
S’il manque une grande « politique africaine de la France », n’est-ce pas parce que l’Etat ne dispose ni de la durée ni de cet enracinement dans l’Histoire qui sont pourtant si nécessaires pour s’assurer un destin et une place (de médiation, par exemple) dans le monde. Là encore, il manque un Etat à la France digne de son histoire et capable de parler aux Africains sans condescendance ni démagogie : un Etat royal, en somme, qui incarne la France dans la durée et soit capable d’écouter et de soutenir les espérances des Africains.
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13.05.2009
Elections européennes parasitées ?
Je reviens d’un long ouiquende de campagne électorale, avec son cortège de distributions de tracts, de la main à la main ou sous les vitrines des commerces (de Rennes à Lorient), d’affichages et de collages d’autocollants, de discussions parfois passionnées, de rencontres improbables ou de retrouvailles… Cela ne me laisse pas beaucoup de temps pour entretenir ce blogue !
L’intérêt d’une campagne électorale monarchiste n’est pas exactement dans le décompte final des voix, pour l’heure peu nombreuses, mais dans l’obligation faite aux royalistes de sortir de leur « réserve » (au double sens du terme…) et du seul monde des idées. Car une campagne oblige à « convaincre », ou, au moins, à tout faire pour cela et, donc, à préciser le message et les analyses politiques, les propositions, le discours, mais aussi, surtout, à « aller au contact » des populations, et pas seulement des électeurs potentiels : cela oblige, pour ceux qui s’en seraient trop éloignés pour des raisons diverses, à retrouver le terrain, parfois rude, des réalités humaines, sociologiques, économiques, politiques. Il ne s’agit pas d’avoir des réponses à tout, bien sûr, mais d’être sérieux, rigoureux dans le traitement des questions posées (mon Dieu, voilà que je me remets à parler comme un prof !), et de savoir aussi écouter, réfléchir, discuter.
Je trouve d’ailleurs que ces campagnes électorales, au-delà de la course perpétuelle après le temps et de la fatigue qu’elles procurent, sont néanmoins une respiration politique nécessaire et pas seulement pour le royaliste que je suis, mais pour tous les mouvements qui se soumettent à ce rituel démocratique : bien sûr, ce sont aussi des moments de tension, de compétition, parfois de rage, et le tissu national peut s’en trouver, en particulier dans notre République fondée sur la « grande brisure révolutionnaire », déchiré, ne serait-ce que (dans le meilleur des cas) momentanément. Mais n’est-il pas déjà une véritable « marqueterie » de tissus différents et multicolores, aux coutures parfois grossières ?
Ce risque de déchirement national alimente le discours monarchiste depuis ses origines et les royalistes s’en servent pour prôner, logiquement, l’établissement d’un Etat dégagé de ces conflits épisodiques et capable d’assumer et d’incarner l’unité nationale et l’arbitrage entre les différentes forces concurrentes, voire antagoniques.
En effet, la Monarchie ne supprime ni les partis ni leurs luttes incessantes, mais en préserve la tête, la magistrature suprême de l’Etat, et c’est là le plus important. De plus, dans la tradition politique française, cela ne fait pas du Roi un simple spectateur, mais bien plutôt un véritable arbitre, capable de prendre et de rendre des décisions, mais aussi d’impulser de véritables politiques publiques et de les garantir dans la durée, par la continuité dynastique.
La République, avec sa présidence remise aux enchères électorales tous les 5 ans, n’offre pas le même apaisement, et le fait que la campagne électorale des européennes se déroule sur des thèmes finalement très franco-français et éminemment républicains (« pour ou contre Sarkozy ? ») le prouve à l’envi ! C’est d’ailleurs aussi ce dont se désolaient certains participants à la « journée de l’Europe » rennaise de samedi dernier à laquelle je me suis rendu en tant que candidat royaliste, tête de liste « Alliance Royale » dans l’Ouest.
Ainsi, au cœur même de la campagne européenne, le message royaliste, même s’il ne trouve pas toujours son public électoral, a de nombreuses et fortes raisons à développer. Au fil des discussions, les arguments que j’utilise s’affinent, se précisent, et, de plus en plus, je suis amené à insister sur le fait que la Monarchie libérerait les élections du seul objectif des partis et de quelques politiciens, celui de « conquérir le Pouvoir ». Lorsque l’Etat est royal, qu’il se transmet par le simple fait naturel de la suite des générations, les élections sont alors d’autant plus libres que « la première place est prise ». Ainsi, la Monarchie en finirait, si elle régnait en France, avec cette « arrière-pensée présidentielle » qui, aujourd’hui, parasite la campagne actuelle, comme elle parasitera, l’an prochain, les élections régionales, et les autres… Cela permettrait d’aborder les débats politiques et les campagnes électorales sans se tromper sur leur sens et leur portée véritables !
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30.04.2009
Travail du dimanche, première réaction.
Le travail dominical n'est pas vraiment nécessaire ni même souhaitable, faut-il rappeler à M. Sarkozy qui reprend là une vieille antienne de la bourgeoisie républicaine (et anticléricale) du XIXe siècle, et qui, malgré la difficulté à obtenir une majorité parlementaire sur ce sujet, s’obstine à vouloir faire voter une nouvelle loi en juillet « libéralisant » (sans le « banaliser » dit-il avec un certain aplomb) le travail du dimanche, déjà permis depuis la loi de 1906 à environ 200 professions, principalement de bouche et de sécurité.
Sans forcément revenir à la loi du 18 novembre 1814 instaurée sous le roi Louis XVIII qui établissait la "sanctification du dimanche", loi violée par la bourgeoisie au nom de la "liberté du travail" (qui n'était pas celle des travailleurs...) puis abrogée par la Gauche républicaine par le vote du 12 juillet 1880 (contre l'avis des députés catholiques et monarchistes...), il me semble nécessaire de redire que le dimanche n'est pas le bon jour pour travailler : il en reste six pour se livrer au labeur... N’est-ce pas largement suffisant ?
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