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12/03/2017

Non à la retraite à 67 ans que veulent nous imposer Berlin et Bruxelles !

Lorsque les historiens écriront sur notre époque et sur son histoire sociale, peut-être remarqueront-ils que la première manifestation sur la voie publique contre l'élévation de l'âge légal de la retraite à 67 ans, en France, a été le fait de quelques monarchistes sociaux, non loin de l'église Saint-Germain-des-Près, au milieu de l'hiver 2011 : je faisais partie de ces quelques uns, distribuant les tracts du Groupe d'Action Royaliste, et interpellant les passants, malheureusement dans une certaine indifférence... Sans doute n'est-il jamais bon d'avoir raison trop tôt et de jouer les Cassandre, peu populaires car trop souvent vus comme des oiseaux de malheur alors qu'il s'agit, justement, de l'annoncer pour mieux l'éviter. Mais nous lisions la presse économique et nous savions écouter les radios, et celles-ci nous expliquaient, en janvier 2011, que l'Allemagne souhaitait imposer, avec le concours de la Commission européenne, ce plancher de 67 ans. C'est aussi ce que confirmera l'année suivante le ministre allemand des Finances, M. Wolfgang Schäuble, après l'élection de M. François Hollande, quand il expliquera, avec sa rudesse habituelle, que la décision du nouveau président de revenir à la retraite à 60 ans (ce qui ne fut que partiellement fait, d'ailleurs) n'était « pas conforme aux choix européens »...

 

Cette mesure de la retraite à 67 ans s'imposa ainsi en 2012 en Pologne : c'est le premier ministre d'alors, M. Donald Tusk, européiste convaincu et aujourd'hui reconduit comme président du Conseil européen, qui se chargea de la faire adopter par les parlementaires polonais. La même mesure s'appliqua aussi, l'année suivante, aux Pays-Bas, mais aussi, même si la date de son application complète est plus tardive, en Espagne et, bien sûr, en Allemagne, même si une retraite anticipée est possible dès 63 ans (mais avec décote de 7%), et en Grèce où elle sera totalement effective dès 2022...

 

Ainsi, ce qui semblait improbable et qui, lorsque nous l'évoquions dans les rues de Paris en 2011, nous valait des haussements d'épaules et des moqueries, s'est répandu comme une traînée de poudre libérale et européiste... En France même, c'est bien l'âge de 67 ans qui, pour ma génération et celles qui suivent, est celui de la « pleine retraite » : or, dans un pays où les études sont souvent longues, il n'est pas facile d'obtenir le nombre de trimestres requis pour avoir tous ses droits à la retraite pleine et entière avant 65 ans, voire beaucoup plus...

 

Mais, à l'automne dernier, le nouveau gouvernement conservateur de Pologne, souvent taxé d'europhobe, a tenu sa promesse de détricoter la loi présentée par M. Tusk quelques années auparavant, et a ramené l'âge légal de la retraite à 65 ans pour les hommes et à 60 ans pour les femmes, au grand dam de la Commission européenne qui y a vu, à travers quelques uns de ses membres, une « remise en cause des engagements européens de la Pologne » dans le contrôle des déficits. Mais la même baisse de l'âge légal de départ à la retraite pourrait bientôt intervenir aux Pays-Bas malgré les mises en garde des experts libéraux qui y voient une mesure « irréaliste » et « beaucoup trop coûteuse », comme cette spécialiste interrogée dans les colonnes du Figaro économie ce samedi 11 mars 2017. Ce sont les populistes, les socialistes et le mouvement des retraités « 50Plus » qui proposent cet aménagement plus favorable aux salariés, à rebours du gouvernement sortant formé de libéraux et de travaillistes, « fidèle » à la philosophie actuelle de l'Union européenne.

 

Et la France, là-dedans ? M. Fillon était, semble-t-il, favorable quand il était premier ministre de M. Sarkozy à un alignement des pays de l'UE sur les souhaits de l'Allemagne, même si, aujourd'hui, il parle de 65 plutôt que de 67 ans comme âge légal de départ à la retraite. Mais, si les candidats restent aujourd'hui plutôt discrets sur cette épineuse question des retraites, l'Union européenne, par la voix de la Commission européenne, l'est beaucoup moins : l'appel aux réformes « urgentes », toujours au nom du respect des déficits publics et de l'intégration à la mondialisation, inclut cette élévation de l'âge légal de la retraite : après les élections présidentielle et législatives, M. Moscovici se chargera de le rappeler aux heureux élus, sans, évidemment, tenir compte des populations directement concernées, comme on l'a vu et le voit toujours dans le cas de la Grèce et des Grecs. On pourrait paraphraser Lénine, dont M. Moscovici fut, en d'autres temps, le chantre, pour signifier cette attitude des Européens de Bruxelles : « le peuple, pourquoi faire ? »...

 

Il est bien possible, et fort probable, qu'une nouvelle réforme des retraites soit présentée dans la foulée des élections, quoique l'on en dise aujourd'hui dans certains états-majors politiques : si M. Fillon ne cache pas, lui, ses ambitions en ce domaine, M. Macron est moins disert, mais sa volonté de « coller » à l'Europe de Bruxelles pourrait rapidement mener à une nouvelle tentative d'élever l'âge légal, même s'il propose aussi des alternatives ou des formes adoucies à cette réforme voulue par la Commission...

 

Les affiches royalistes de 2011 contre la retraite à 67 ans n'ont jamais cessé d'être d'actualité : Cassandre ne se décourage pas !

 

 

 

 

 

Post-scriptum : une précision s'impose, pour éviter tout malentendu : il ne s'agit pas d'imposer à tous ceux qui veulent travailler au-delà de la soixantaine de s’arrêter d'exercer leur profession, mais de défendre l'idée que l'âge légal de départ à la retraite doit être raisonnable pour permettre à tous de profiter d'une vie agréable au-delà même de la vie professionnelle, si tel est le souhait exprimé des personnes concernées, tout simplement !

 

 

 

17/07/2015

La retraite à 67 ans : socialement absurde en Grèce comme en France.

La Grèce, prisonnière de son endettement et des institutions européennes qui ne lui font (et feront...) aucun cadeau, est redevenue le laboratoire d'un libéralisme de plus en plus violent, encore plus arrogant depuis la « victoire de l'Europe » (sur la Grèce...) vantée par M. Hollande dans un exercice d'autosatisfaction qui promet bien des désillusions. Ainsi, l'âge du départ à la retraite des Grecs sera désormais de 67 ans... Pour ceux qui me lisent régulièrement, ils se souviendront que, depuis le début 2011, je dénonce ce projet (qui n'est pas nouveau) défendu par la classe dirigeante allemande, la Commission européenne et les divers patronats d'Europe pour qui ce n'est qu'un « début », certains prônant le passage à 69, voire 70 ans, tandis qu'il était évoqué, en France il y a quelques mois, par les services de Mme Marisol Touraine, la possibilité de retarder le départ à la retraite des chirurgiens à... 72 ans !

 

Si le choix était laissé, librement, aux personnes concernées, et qu'elles l'acceptent, pourquoi pas ? Je crois me souvenir que mon grand-père n'a jamais pris sa retraite et qu'il était encore en activité quelques semaines avant d'être emporté par la maladie, à 75 ans... Mais, dans le cas grec et dans les propositions insistantes du Medef et des fonctionnaires européens (qui, eux, gardent un système de retraites très avantageux !), cet âge de départ serait inscrit dans le marbre de la loi et n'ouvrirait de droits à toucher une pension, d'ailleurs pas forcément pleine et entière, qu'à partir de celui-ci, ce qui est proprement dément quand on connaît le taux de chômage en Grèce et plus généralement en Europe, et la difficulté à retrouver du travail après 50 ans !

Ce qui est certain, c'est que « la stratégie du choc » et du chantage pratiquée par l'Union européenne sous domination allemande permet de véritables « avancées » libéralistes qui m'apparaissent comme autant de régressions sociales, et je sais trop bien que la France en sera sans doute prochainement (après l'élection présidentielle et les législatives de 2017 ?) la victime, toujours « au nom de l'euro » et de « l'application des traités ».

 

La retraite à 67 ans comme obligation légale est un véritable scandale, qui repose sur quelques malentendus ou (et ?) manipulations. L'argument d'un accroissement permanent de l'espérance de vie est l'un de ceux-ci, ne serait-ce que parce que, dans le même temps, l'espérance de vie en bonne santé est aujourd'hui, en France, de 62 ans et 5 mois, donc bien inférieure à 67 ans ! De plus, et je reviens sur ce fait indéniable, les personnes de plus de 50 ans, réduites au chômage, ont de moins en moins de chances et de possibilités de retrouver un emploi stable dans leur branche d'activité initiale ou dans une nouvelle fonction pour laquelle leur formation peut être plus ou moins longue, au risque d'accroître la période de non-emploi et, donc, de les pénaliser encore dans le calcul de leurs retraites...

 

Un autre point, peu évoqué par les économistes, c'est le déséquilibre de l'espérance de vie selon le métier et la catégorie sociale : un professeur ou un cadre peut espérer vivre, en moyenne, près de sept ans de plus qu'un ouvrier... Or, ces derniers sont ceux qui, en double peine pourrait-on dire, ont le plus le malheur de connaître une période longue de chômage, en particulier en fin d'activité professionnelle, et qui risquent aussi le plus d'accidents du travail, parfois lourdement handicapants : cela explique en partie la différence d'espérance de vie avec d'autres salariés, même si c'est souvent la dureté des conditions de travail (sur les chantiers par tous les temps, y compris en période de canicule ; dans les usines avec des gestes répétitifs qui peuvent entraîner de lourds problèmes squeletto-musculaires ; etc.) et la difficulté à pouvoir se nourrir de façon équilibrée qui l'expliquent encore plus sûrement...

 

Faut-il adapter l'âge légal de départ à la retraite à la profession exercée ? Cela peut être une réponse intelligente, même si elle ne peut avoir son plein effet positif que si elle s'inscrit dans une stratégie économique et sociale (l'un ne devant pas être complètement disjoint de l'autre) plus générale et dans une logique qui n'oublie pas les personnes, les familles et, tout simplement, la vie...

 

 

 

 

(à suivre : quelques arguments supplémentaires contre la retraite légale à 67 ans.)

 

 

 

27/08/2012

La retraite à 67 ans s'étend en Union européenne, dans le silence assourdissant des médias...

 En janvier 2011, je signalais sur ce blogue la volonté de l’Allemagne d’imposer à tous les pays de la zone euro, au nom de l’harmonisation européenne, le recul de l’âge légal de départ à la retraite à 67 ans : cette information, passée quasiment inaperçue dans la grande presse et peu diffusée dans l’Opinion publique, faisait sourire mes collègues lorsque je l’évoquais dans la salle des profs. Même accueil incrédule dans les rues de Paris quand, avec quelques militants du Groupe d’Action Royaliste, nous distribuions des tracts dénonçant cet oukase allemand, un samedi de février 2011 !

 

Et pourtant ! En quelques mois, plusieurs pays de l’UE ont adopté ce relèvement de l’âge minimal légal de départ à la retraite, de l’Espagne à la Pologne… Et, en cet été 2012, c’est au tour des Pays-Bas d’accéder à la demande allemande, comme l’évoquait « Les échos » le 12 juillet dernier : « Suivant l’exemple de nombre de ses partenaires européens, les Pays-Bas ont entériné une réforme historique du système de retraite prévoyant l’allongement de deux ans de la cessation légale d’activité. Fixé à 65 ans depuis 1957, l’âge de la retraite des Néerlandais passera à 66 ans en 2019 et à 67 ans en 2023, selon la loi que vient d’adopter le Parlement de La Haye. »

 

Cette réforme s’est d’ailleurs faite malgré l’opposition syndicale et, comme l’écrit le quotidien économique, « au mépris des traditions du « modèle des polders » », ce qui en dit long sur les méthodes employées pour faire passer cette loi de régression sociale…

 

Ce qui surprend, c’est le silence en France sur cette « harmonisation européenne » en cours qui se fait au détriment des salariés : les syndicats n’en disent rien et même les partis de Gauche semblent ne prêter aucune attention à ce processus qui, pourtant, risque de toucher bientôt notre pays, piégé par un jeu européen qui lui échappe, au moins sur le plan social. Car la question d’un relèvement de l’âge de la retraite finira, et sans doute plus vite que l’on croit (avant la fin du quinquennat de M. Hollande ?), par se poser dans notre pays, comme le prédit régulièrement la presse d’Outre-Rhin. Déjà, à lire et écouter les médias et les pages économiques françaises, ce relèvement paraît inéluctable et certains économistes parlent, à propos du départ à la retraite à 62 ans en France (l’actuelle réforme en cours, votée sous la présidence de M. Sarkozy) d’une « exception française » ou, même et plus violemment, d’une « aberration » !

 

Je ne méconnais pas l’élévation de l’espérance de vie dans notre pays, mais je rappelle que celle-ci reste très inégale selon les métiers et qu’un cadre ou qu’un enseignant a environ une dizaine d’années de plus d’espérance de vie qu’un ouvrier… D’autre part, l’espérance de vie « en bonne santé », elle, ne cesse de diminuer dans notre pays et elle est aujourd’hui de 62 ans. Là encore, ce chiffre varie si l’on regarde les professions et l’on retrouve la même inégalité que pour la simple espérance de vie. Ce sont des éléments que l’Etat et les économistes ne peuvent négliger.

 

Cela veut-il dire que je suis opposé à ce que l’on travaille jusqu’à 67 ans et même au-delà, si on le souhaite personnellement ? Bien sûr que non ! Mais je suis opposé à ce que cette limite soit « obligatoire » pour tous et qu’elle prive des personnes fatiguées, ou plutôt usées, dès l’entrée dans la soixantaine (voire avant : considérez les personnes qui travaillent en usine ou dans le bâtiment, par exemple), d’un repos bien mérité et d’un temps « pour soi » qui, pour autant, n’est pas forcément économiquement improductif !

 

Cette question des retraites n’est pas close, et il faudra trouver des pistes nouvelles pour leur financement si l’on ne veut pas voir disparaître cette forme de solidarité financière intergénérationnelle. Mais les réformes, à faire et à venir, ne doivent pas oublier de prendre en compte les facteurs sociaux et tout simplement humains.