05.10.2009
L'incendie suspect de l'hôpital royal de Versailles.
J'étais au lycée Hoche samedi matin, au moment même où l'ancien hôpital royal (voisin de l'établissement scolaire), celui appelé aussi ancien hôpital Richaud, était en train de brûler : la fumée noire surplombait ma salle de cours mais sans danger pour les élèves ni le lycée lui-même, et l’agitation liée à l’incendie (sirènes de pompiers, hélicoptère survolant l’incendie, etc.) n’a guère empêché ma classe de Première S de l’heure de composer sur des thèmes aussi divers que « L’Argent dans les révolutions industrielles » ou « l’automobile, moteur ou acteur de la 2nde industrialisation »… Sortant de cours à 13 heures, les bras chargés de copies, j’ai alors aperçu les dégâts, considérables : la toiture dévastée et effondrée par endroits laissait apparaître un squelette de bois noirci dont des fumées continuaient à s’échapper par endroits.
Il se trouve que, quelques jours auparavant, passant par la rue Richaud avec quelques collègues et regardant les dégâts du précédent incendie, celui survenu il y a à peine quelques mois et qui faisait suite à un premier feu en 2008, nous « plaisantions » (ironiquement, s’entend !) sur « le prochain incendie », évoquant les appétits de quelques promoteurs ou de ceux qui souhaitaient transformer cet espace historique en centre commercial ou en appartements de standing : nous ne savions pas alors que le samedi suivant nous repasserions au même endroit quand les flammes dévoreraient la partie jusque là épargnée de l’hôpital, triste ironie d’une triste histoire.
Soyons clairs : cet incendie est fort « étrange », à peine quelques jours après l'annonce qu'il était « sauvé » des promoteurs et mes collègues ne croient pas à un « malencontreux hasard » : 3 incendies en moins de 2 ans, c'est au moins un de trop... Cet incendie remet en cause la restauration prévue (et annoncée par la municipalité le 24 septembre dernier) dont le coût vient évidemment de « flamber », c'est le (triste) cas de le dire... De plus, ce feu éclate dans les combles, semble-t-il, deux jours avant que le site ne soit sécurisé par la force publique : il n’est pas étonnant alors que les Versaillais rencontrés ces derniers jours ne soient pas dupes de ce qui s’est réellement passé et des enjeux financiers qui se cachent derrière une affaire qui rappelle d’autres lieux et d’autres mœurs que l’on croyait réservée aux scénaristes de cinéma. L’opération financière de sauvetage risque d’être remise en cause, et l’état désormais de ruine des bâtiments risquent d’entraîner des solutions plus « rentables », c’est-à-dire la vente à des capitaux privés qui ne manqueront pas de transformer cet espace en un lieu à « fort rendement spéculatif et immobilier », l’argument mis en avant par certains étant désormais que les Versaillais ne peuvent supporter seuls par des dépenses (et donc des impôts…) supplémentaires le poids de la réhabilitation du lieu… J’ai d’ailleurs lu sur des forums qui rapportaient l’information de l’incendie des commentaires qui ne comprenaient pas pourquoi garder un hôpital en ruines, fut-il un monument historique…
Désespérant... Décidément, la cupidité reste la plus forte chez certains... Et certains promoteurs, disons-le comme grand nombre de Versaillais le pensent et le disent, sont des voyous !
Post-scriptum : des photos des dégâts et d’un appel à témoin sont visibles sur le lien du « Post » suivant : http://www.lepost.fr/portfolio/2009/10/04/1725331_incendi... .
15:53 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : incendie, promoteurs, versailles, hôpital richaud, hôpital royal, argent, cupidité.
22.06.2009
Sarkozy chez Louis XIV.
Ce lundi se tient le Congrès à Versailles et la République se donne des grands airs, comme si elle voulait, dit-on, copier l’ancienne Monarchie absolue : d’ailleurs, n’est-ce pas la statue du roi Louis XIV qui accueille les parlementaires et le président ? Ainsi, comme l’y autorise désormais la Constitution, M. Sarkozy, prince des apparences, va prononcer son « discours du trône » dans le palais des rois : un de mes collègues, dans la salle des profs, ironisait : « l’hommage du vice à la vertu », ce qui ne pouvait qu’enchanter le fidèle royaliste que je suis…
En fait, M. Sarkozy, au regard de l’Histoire, n’est que ce « bourgeois gentilhomme », trop arriviste pour comprendre le mystère de l’Etat et des devoirs qu’il impose : s’il se veut hyperactif, il lui manque la patience, cette maîtrise humaine du temps qui permet d’inscrire l’action politique dans la durée. Il confond vitesse et précipitation et oublie que les grandes réformes, si elles nécessitent un vigoureux « coup de rein », doivent aussi s’enraciner pour s’épanouir véritablement. Il lui manque le temps, et l’humilité devant celui-ci : il n’est pas un roi, il n’est que le chef d’une majorité provisoire qui durera le temps d’un ou deux quinquennats.
D’autre part, M. Sarkozy confond les apparences avec le prestige : quand Louis XIV soigne sa tenue et le décor de la Monarchie, il le fait avec l’ambition de servir l’Etat en le mettant en scène. Il ne s’agit pas, en somme, de faire de la politique-spectacle, mais de mobiliser les formes spectaculaires pour prouver la puissance de l’Etat et sa capacité à rayonner, y compris au-delà des frontières. Le prestige de la Monarchie permet à la France de montrer au monde qu’elle est, fondamentalement, un Etat et une civilisation, et pas seulement une société égale aux autres… Cette stratégie monarchique vaudra à Versailles d’être imité un peu partout en Europe et, donc, d’être la référence sur laquelle les autres pays, sans parfois bien le saisir, calqueront leur politique du prestige…
Or, que restera-t-il, dans quelques décennies, de l’ère sarkozienne ? Quel grand projet de civilisation laissera-t-il à la mémoire des générations futures ? Quand Versailles reste une scène de la politique (est-ce un hasard si la République y donne ses grands rendez-vous ?) et que Louis XIV peut encore inspirer nos politiques et nos stratégies, que ce roi-soleil incarne encore pour les Etrangers « la France », que peut-il rester de celui qui, malgré ses talents certains de bateleur et quelques réformes dont il est trop tôt encore pour mesurer toutes les conséquences (bonnes ou mauvaises, d’ailleurs), s’aveugle sur ce qu’il est lui-même ?
Demain, le château de Versailles sera rouvert au public : il y entendra les échos de la grandeur passée des rois ou plus exactement la grandeur passée de la France sous les rois, à travers toutes les pièces, les tableaux, les jardins… Ce prestige-là ne meurt pas, quand le discours de l’actuel président se sera déjà envolé des mémoires qui ne retiennent que l’essentiel…
15:37 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : sarkozy, versailles, congrès, louis xiv, prestige, monarchie.



