« 2008-04 | Page d'accueil | 2008-06 »

29.05.2008

La Chine et sa nouvelle diplomatie.

La Chine est l’objet de multiples interrogations, de quelques espoirs et de certaines inquiétudes : les événements du Tibet, survalorisés en France, et les réactions au passage de la flamme olympique à Paris en ont dévoilé quelques aspects mais ont souvent empêché de regarder lucidement et, surtout, politiquement et géopolitiquement, les mutations de la diplomatie chinoise et de sa présence au monde, dans le monde plus exactement. Il me faudra y revenir, en particulier après les Jeux olympiques qui marquent une étape importante dans la reconnaissance de la Chine comme puissance, mais pas seulement économique…

 

Une information est passée presque inaperçue en France, c’est celle que « La Croix » évoque en première page de son édition du jeudi 29 mai, sous le titre évocateur : « La Chine révise sa diplomatie ». En fait, l’article rapporte ce qui peut être qualifié de « moment historique » selon l’éditorialiste François Ernenwein, c’est-à-dire la rencontre entre Hu Jintao, président de la Chine populaire, et Wu Poh-hsiung, président du Kuomintang, le parti au pouvoir à Taïwan (la « Chine nationaliste » qui avait été battue par Mao en 1949), sur la place Tien An Men de Pékin : « Cette rencontre, à forte portée symbolique, indique une rupture. Elle confirme que les responsables de Pékin ont entamé une révision diplomatique visant à mieux inscrire la Chine dans le jeu mondial en en intégrant les usages. Cette normalisation en direction de Taïwan en prépare sans doute d’autres, en direction des Etats-Unis, de la Russie, de l’Europe, voire de l’Afrique. (…)

 

Mais cette rencontre, presque précipitée, n’aurait pas été possible rapidement si les responsables de Pékin n’avaient pas gagné du poids sur la scène internationale. Mieux assurés de leur puissance, ils ont désormais changé de tactique. Plus pragmatiques, ils normalisent leurs pratiques en politique étrangère. Ils montrent un peu moins leurs muscles et discutent un peu plus. Il est vrai que la conquête des territoires renvoie au passé. Celle des marchés prépare l’avenir. »

 

En somme, l’économie a permis, durant deux décennies, à la Chine de remplir ses caisses en se servant des appétits de profit des grandes entreprises occidentales, avides de faire des affaires, pas seulement avec les Chinois mais aussi avec les populations de la Triade soucieuses de consommer à moindre frais. Mais, désormais, cette manne accumulée permet d’envisager l’accession au statut de grande puissance diplomatique pouvant peser sur les affaires du monde, et la Chine ne manquera pas à cette « mission », comme il sera loisible de l’observer dans les années prochaines, et pas seulement en Afrique…

 

Reste à savoir comment la France va se positionner par rapport à cette nouvelle donne, et quels moyens elle mettra en œuvre pour sauvegarder sa liberté de manœuvre sur une scène internationale en mutation. La relecture du fameux chapitre «  Que la France pourrait manœuvrer et grandir », dans « Kiel et Tanger », ouvrage majeur de Maurras qu’il faudra bien rééditer (et commenter, voire expliquer), n’est plus seulement d’actualité, elle est d’urgence !

 

 

 

 

28.05.2008

Langues régionales.

Dans le cadre du site du quotidien Le Figaro, je me suis permis d’intervenir dans le débat sur la question des langues régionales reconnues, presque en catimini, par l’assemblée nationale la semaine dernière, dans une indifférence presque totale : il semble bien que les jacobins soient désormais dépassés et qu’ils ne mènent plus que des combats de retardement sur de multiples sujets, même s’il peut advenir que leur « nationalisme », quand il s’adresse à la question de l’existence de la France « malgré » l’Union européenne, peut se croiser avec celui des monarchistes attachés à la liberté de parole et de manœuvre de notre « cher et vieux pays », pour reprendre l’expression célèbre du général de Gaulle.

 

Né en Bretagne en pays gallo (à Rennes), je suis toujours agacé des falsifications historiques et des reconstructions « a posteriori », plus idéologiques qu’autre chose, et je dénonce le bilinguisme français-breton dans ma ville natale de Rennes où on n’a jamais parlé breton, ni au Moyen-Âge ni à une autre époque, à part, depuis les années 60, dans quelques cercles d’intellectuels et d’universitaires, mais sûrement pas dans le peuple local qui, dans les faubourgs et les campagnes avoisinantes, s’exprimaient en gallo, parler local qui n’a rien à voir avec la langue bretonne ! Mais, cette mise au point étant faite, je suis tout à fait favorable à la reconnaissance des langues provinciales et locales, ne serait-ce qu’à titre patrimonial et culturel, sans méconnaître que le français doit rester, non pas la seule langue officielle, mais la langue commune de tous les Français, patrimoine de civilisation de notre nation et reconnaissance de son unité au-delà des différences et des diversités.

 

Voici, ci-dessous, le texte de ma courte intervention dans ce débat (sur la Toile) évoqué sur le site figaresque la semaine dernière :

 

 

« Sous les rois de France, ceux-ci s'adressaient au pays en évoquant "les peuples de France" : la République, elle, s'est voulue "une et indivisible" et a détruit les parlers locaux car elle avait peur de la diversité et des traditions. La République est incapable d'accepter les libertés provinciales sans menacer l'unité du pays. La France avait, pourtant, développé un modèle original d'incorporation des provinces et des communautés au sein de la nation, par l'oeuvre patiente de ses rois : en somme, la monarchie fédérative est moins frileuse que cette République encore marquée par des relents de jacobinisme... »

 

27.05.2008

Poubelle littéraire...

Les poubelles sont pleines de gens irremplaçables, pourrait-on dire au regard de ce que l’on y trouve parfois : ainsi, ce soir, en ouvrant le local aux susdites poubelles de mon immeuble, j’ai eu la surprise d’y découvrir une bonne quinzaine de livres et de manuels de littérature publiés dans les années 60-70, dans des collections du type « Lagarde et Michard ». Ainsi, Ronsard côtoyait Molière et Villon au milieu des cartons de chaussures et des briques vides de lait, et Frison-Roche terminait sa cordée dans les odeurs de salade pourrie et au milieu des factures déchirées, tandis que la littérature médiévale surnageait au milieu d’un océan de publicité d’électroménager…

 

Spectacle navrant, révélateur d’une société et d’un état d’esprit qui consomme sans compter et élimine sans penser. Peut-il en être autrement dans ce monde et cette République dont l’élu quinquennal moque la pauvre princesse de Clèves au motif qu’elle serait incompréhensible aux jeunes générations ? Dans une société du spectacle qui communique à défaut de transmettre ? Dans une « démocratie économique » qui ne pense plus qu’en terme de nombre et d’efficacité, et pour laquelle la culture littéraire « ne sert à rien » ?

 

Je suis un sentimental : j’ai récupéré tous ces livres promis à une fin indigne et je les ai ramenés chez moi, leur trouvant une petite place sur les nombreuses piles qui encombrent déjà mon studio. Demain, j’en emmènerai quelques uns au lycée, au CDI ou au « bar des professeurs » : une nouvelle vie pour ces ouvrages bafoués qu’il me plaît d’avoir « sauvés »…

 

 

26.05.2008

Main-mise allemande sur Airbus.

Il y a quelques années, Airbus était présenté comme le symbole de la construction européenne, autant dans les médias que dans les manuels scolaires : ces temps-là semblent bien révolus et, s’il doit être encore le symbole de l’Union Européenne, ce n’est guère rassurant, ne serait-ce qu’au regard des récents développements de l’actualité de l’entreprise EADS…

 

Dans « Le Parisien » du lundi 25 mai, une double page est consacrée aux « tensions franco-allemandes » au sein du groupe industriel, et ce que l’on n’y apprend mérite attention. En sous-titre : « les salariés français et les élus locaux s’inquiètent de l’hégémonie allemande au sein du groupe »… Un autre titre, extrait d’un entretien avec le député socialiste de Haute-Garonne : « On s’est fait rouler dans la farine ». En veut-on encore ? Voici un troisième titre : « Une note accuse l’Allemagne de « spolier » Airbus ». Et un sous-titre, encore, dans cette double page : « Menaces d’agressions physiques à Toulouse »…

 

En fait, il semble bien que les intérêts économiques (en particulier ceux des actionnaires) et les pressions de l’Allemagne, soucieuse de mettre la main sur l’industrie aéronautique française en jouant la carte « européenne », véritable alibi des démissions françaises et nouveau tabou qui évite d’avoir à réfléchir, sont en train d’entraîner « la fin de l’aéronautique française », comme il y a eu la mainmise de l’Indien Mittal sur Arcelor, celle de Lucent sur Alcatel, ou celle de l’entreprise canadienne Alcan sur Péchiney : c’est le député socialiste qui, dans son entretien avec le journal, déclare : « L’équilibre franco-allemand au plus haut niveau décidé à l’été 2007 par Sarkozy et Merkel est un marché de dupes. Louis Gallois [président français du groupe EADS] est isolé, les Allemands sont partout aux manettes. (…)

 

Louis Gallois se contente de faire du mécanoindustriel et de délocaliser dans les pays de la zone dollar. Pendant ce temps, sur le terrain, on est en train de dépecer la filière aéronautique française et de détruire des milliers d’emplois sans que le gouvernement dise un mot. C’est scandaleux. Il ne s’agit pas d’être antiAllemands, mais de constater qu’eux ont une véritable politique industrielle. En France, nous n’avons même pas de ministre de l’Industrie. Sur l’affaire Airbus, le gouvernement Fillon se met la tête dans le sable pour ne pas froisser Angela Merkel avant la présidence française de l’Union européenne. (…)

 

Nous nous sommes fait rouler dans la farine par les Allemands. Comme Nicolas Sarkozy s’y était engagé pendant la campagne de la présidentielle, le gouvernement doit reprendre en main l’avenir de la filière aéronautique. On ne peut pas accepter de voir disparaître l’un des fleurons de l’industrie française. (…) Pour l’instant, la ligne d’EADS aujourd’hui, c’est des dividendes pour les actionnaires et des larmes pour les salariés. » Terrible réquisitoire contre cette entreprise en passe de quitter la France, au nom de la « compétitivité », et contre une République sarkozienne oublieuse de ses promesses électorales qui, selon la formule célèbre, « n’engagent que ceux qui y croient »…

 

Les propos du député Gérard Bapt sont confirmés par cette « note blanche, confidentielle, insérée dans le dossier qu’a remis la chambre de commerce et d’industrie (CCI) de Toulouse à la ministre de l’Economie, Christine Lagarde, il y a une semaine » : elle ne laisse aucun doute sur les manœuvres dilatoires des dirigeants allemands d’EADS, dont le président Gallois se fait, en définitive, le complice (à moins qu’il n’en soit le prisonnier ?), en expliquant que « le simulacre de vente des usines allemandes est une honte. EADS devait savoir depuis longtemps qu’elles étaient invendables, que la société qui s’est porté acquéreur était « bidon » et que les allemands n’ont jamais eu l’intention de les vendre. On a tout de même laissé ce simulacre de processus se dérouler. » A hurler de colère, de rage !

 

Et la note de s’indigner justement en quelques phrases qu’il faudrait rappeler à tous nos gouvernements républicains qui font de la « gouvernance » quand il faudrait faire acte de gouvernement et œuvre d’Etat : « Va-t-on laisser longtemps encore l’Allemagne spolier ouvertement le savoir-faire et la part de travail qui revient à la France, laquelle grâce à Concorde, que les allemands n’ont pas financé, a permis le succès des programmes Airbus ? »

 

Relocalisons Airbus en France ! Après tout, pourquoi pas ? Il serait temps de sortir d’une logique purement comptable ou actionnariale pour penser une véritable politique industrielle française, avec ou sans un ministère attitré.

 

25.05.2008

Nature.

C’était, ce ouiquende, la fête de la nature organisée par le magazine Terre sauvage et de nombreuses institutions attachées à la protection et à la mise en valeur de l’environnement : plus de 1.500 manifestations gratuites se sont ainsi déroulées, destinées à faire découvrir et apprécier la diversité de notre nature française, aussi riche que nos terroirs et nos villes, elles aussi concernées par cette fête. Le journal « La Croix » y a consacré un intéressant dossier dans son édition du vendredi 23 mai et il faudrait citer tous les articles publiés dans icelui : je me contenterai de quelques phrases glanées au fil de la lecture, et qui rejoignent et étayent mes préoccupations environnementales, qui sont aussi éminemment politiques et civiques.

 

Ainsi, le président du Conservatoire du patrimoine naturel de la Savoie, Eric de Kermel, souligne que « la préservation des milieux naturels doit être au cœur de toutes les politiques d’aménagement du territoire.

 

Elle implique que la politique de la nature soit animée par tous ceux qui en sont les usagers : agriculteurs, associations de protection de la nature, aménageurs et collectivités locales, pratiquants des loisirs de nature ». Il oublie de citer l’Etat français lui-même qui doit jouer son rôle d’initiateur et de soutien, voire d’arbitre lorsque des intérêts divergents sont engagés : l’idée, intéressante, du « Grenelle de l’environnement » qui a permis de mettre autour d’une même table les principaux acteurs environnementaux et économiques était une bonne initiative mais dont les résultats, claironnés triomphalement à l’automne, apparaissent désormais comme fort… mitigés (dans le meilleur des cas), voire inexistants dans d’autres, sans même parler de l’affaire des OGM. D’autre part, il n’y aura de véritable politique d’aménagement du territoire que si l’Etat est assez décidé et ferme pour lui donner l’impulsion et l’organiser dans ses grandes lignes de force au niveau national, quitte ensuite aux collectivités locales à l’amender ou à le pratiquer librement mais dans le respect de la pensée initiale de cette réorganisation du pays, plus que jamais nécessaire.

 

C’est aussi  et d’autant plus vrai pour la mise en place de « la trame verte et bleue » évoqué dans l’engagement 73 du Grenelle de l’environnement et que rappelle et développe le responsable du pôle nature de France Nature Environnement, Christophe Aubel : « Faire une trame verte et bleue ce n’est pas seulement faire des corridors pour la grande faune vertébrée. (…)

 

On comprend bien que si ces corridors forestiers sont pertinents pour les grands ongulés, les oiseaux migrateurs auront eux besoin d’escales régulières sur le littoral. Tandis qu’ailleurs c’est un réseau de mares qu’il faudra préserver, un maillage de haies qu’il faudra restaurer, des écosystèmes humides qu’il faudra maintenir le long d’une rivière, ou des bords d’autoroute qu’il faudra éviter de rendre imperméable à toute vie…

 

C’est en maintenant des réseaux que l’on permettra un bon fonctionnement des écosystèmes, et le maintien des services rendus par la biodiversité. » C’est aussi vrai pour l’intérieur des terres que pour nos littoraux, pour la préservation des ressources halieutiques aujourd’hui menacées dans leur variété comme dans leur pérennité. Or, la France peut agir concrètement et de manière influente en Europe et au-delà : en particulier par son outre-mer encore important et éminemment stratégique dans le monde, y compris en ce domaine de la protection environnementale qui ne peut être abandonnée aux jeux du seul Marché, peu raisonnable en ce domaine comme on a pu le constater avec l’affaire (et la disparition) de la morue de Terre Neuve, victime d’une surpêche commerciale et, en définitive, mortifère… N’oublions pas non plus que la France possède, grâce à ses possessions d’outre-mer, le deuxième espace maritime du monde, ce qui n’est pas rien : que l’Etat français agisse en ses territoires a, alors, un véritable poids que ne peuvent négliger les autres pays du monde, aussi puissants soient-ils.

 

D’autre part, « faire une trame verte et bleue ce n’est pas mettre la nature sous cloche » et elle se doit de concilier protection de l’environnement et développement des territoires : là encore, une politique d’aménagement du territoire intelligente doit tenir compte des réalités humaines et des nécessités environnementales, et c’est ce travail d’équilibre que l’Etat doit arbitrer entre les différents acteurs et intérêts des territoires. C’est un formidable défi qu’il appartient à la France de relever : cela ne se fera pas aussi facilement que sur le papier (qui souffre tout, comme on le sait), mais l’engagement fort de la France peut donner des idées à nos voisins, ce qui ne doit pas empêcher notre pays de s’inspirer des expériences étrangères en ce domaine, parfois fort enrichissantes et réussies.

 

Néanmoins, si l’Etat doit jouer un grand rôle dans cette affaire en pensant et assumant le « souci environnemental », cela ne doit pas dispenser les collectivités locales et les citoyens de s’impliquer dans cette politique : il en va de leur qualité de vie et des héritages naturels que nos générations transmettront à celles qui s’annoncent. Sensibiliser les populations à la protection de la nature, but de cette double journée de la fête de la nature, est utile, au moment même où nos contemporains commencent à ressentir les effets de la « bousculade terrestre » qui fait trembler les colonnes mêmes de notre monde et, en tout cas, de notre modèle de société, trop consumériste pour être, à long terme, viable et supportable par la Terre.

 

 

 

22.05.2008

Les royalistes en Mai 68

Jeudi 22 mai, l’Alliance Royale m’invite à inaugurer son « café politique » versaillais par une petite conférence sur le sujet de mon mémoire de maîtrise (vieux de 20 ans, déjà), ou du moins une partie de celui-ci, les royalistes en Mai 68 : en fait, il s’agit d’ailleurs d’évoquer le seul mouvement monarchiste militant de l’époque, l’Action Française (rebaptisée alors « Restauration Nationale » depuis 1955), et sa réaction face à l’événement, autant dans la rue que sur le terrain des idées.

 

Lorsque Mai 68 éclate, les monarchistes d’AF ont, depuis quelques années, retrouvé quelques couleurs au Quartier latin et ailleurs, même si la défaite de « l’Algérie française » dans laquelle le mouvement maurrassien s’est énormément investi n’a pas encore été totalement digérée. Les étudiants d’AF disposent d’un mensuel, « AF-Université », qui répercutent leurs campagnes tandis qu’ « Aspects de la France », l’hebdomadaire d’Action Française, ronronne un peu, malgré les analyses originales et novatrices de Pierre Debray.

 

A Nanterre, Patrice Sicard, militant bien connu du mouvement monarchiste, suit la montée en puissance de l’agitation et d’un certain Cohn-Bendit qui, d’ailleurs, s’en prend nommément à lui en l’accusant (à tort) d’être complice des bombardements américains au Nord-Vietnam et d’être le responsable des étudiants d’AF…

 

Lorsque le Quartier latin s’embrase, les royalistes ne restent pas inactifs, même si leurs marges de manœuvre sont plutôt étroites, coincés entre le pouvoir gaulliste et les contestataires, anarchistes ou gauchistes de toutes tendances… A partir du 13 mai, ils organisent des manifestations quotidiennes « contre la subversion » sur les Champs Elysées et dans le quartier de l’Opéra, et ce jusqu’au 20 mai. Durant ces manifestations, préparées dans les locaux d’Aspects de la France (rue Croix-des-petits-champs, à Paris 1er), les jeunes monarchistes, s’ils brandissent des calicots surtout anticommunistes, développent des arguments un peu différents de ceux de leurs aînés, arguments plus « avancés » et très critiques à l’égard de la Société de consommation, déjà dénoncée par leur « maître spirituel » Pierre Debray. Les affrontements avec le groupe d’extrême-droite et européiste « Occident », qui se joint au bout de quelques jours aux manifestations « contre-révolutionnaires » menées par l’AF, sont assez violents et montrent clairement la dichotomie entre les stratégies et les idées des deux mouvements. Mais les deux mégaphones de ces manifestations restent la propriété de l’AF, tenus solidement par Yvan Aumont et un autre jeune militant, parfois Gérard Leclerc qui harangue ses camarades sur le pavé parisien en vantant le « socialisme de Maurras », socialisme pris dans son sens véritable et non pas idéologique. Contre Marx, Maurras !

 

Après cette semaine de manifestations, passées malheureusement inaperçues au regard des événements du Quartier latin, les jeunes royalistes retournent dans leurs facultés et lycées, et présentent les idées monarchistes et maurrassiennes à leurs camarades de classe ou d’amphi, malgré les pressions et les provocations gauchistes ou maoïstes. Ainsi, au lycée Berlioz où c’est Patrice Bertin (futur directeur de l’information à « France inter »…) qui organise la « riposte d’AF » en plaçant 5 militants royalistes dans un comité de grève qui compte 11 membres ; ainsi, à la fac de Droit d’Assas où Patrice Sicard tient avec ses amis un stand qui, comme à Sciences-Po, présente un grand portrait de Maurras face à ceux de Lénine et Mao ; ainsi, à la Sorbonne, où Pierre Debray présente lui aussi dans un amphi surchauffé les analyses d’AF ; etc.

 

Ainsi, lorsque le mois de Mai s’achèvera, l’AF aura su tirer parti et profit de son expérience et de sa présence en des terrains difficiles, et son université d’été, le Camp Maxime Real del Sarte, annoncera environ 180 participants, un record jamais égalé depuis.

 

Voici quelques éléments que je développerai ce jeudi lors de ma petite conférence dans ce café qui me sert de véritable écritoire (y compris pour la plupart des notes de ce blogue…), le « Franco-belge », désormais bien connu de mes élèves qui viennent parfois s’y enquérir de l’avancement de mes corrections de (leurs) copies d’Histoire-géo…

 

 

21.05.2008

Pays légal, République sans âme.

La Droite parlementaire semble empêtrée dans ses contradictions et dans ses hésitations, au point de contredire les intentions, les propos, voire les décisions du Président Sarkozy ou du gouvernement Fillon. Il est vrai que la colère et l’incompréhension montent à l’égard de celui que les députés UMP ont, l’an dernier, plébiscité et qui, depuis ce congrès de janvier 2007, n’a cessé d’engendrer déceptions et désillusions : ses rappels à l’ordre permanents passent de plus en plus mal et agacent plus qu’ils n’impressionnent. La Droite est en plein désarroi mais la Gauche n’est pas en meilleur état, et la lutte ouverte pour la succession de François Hollande, à couteaux tirés et pièges à feu, donne une pitoyable image d’un parti qui se veut représentant « l’opposition »… Pendant que les partis se déchirent, la République semble s’abandonner, entre une diplomatie de sujétion et une posture commémorative, comme une vieille coquette qui s’habillerait comme une adolescente, ridicule et impuissante à retarder les effets de l’âge, et perdue dans ses souvenirs d’un autre temps…

 

La République, aujourd’hui de la façon la plus visible qui soit, dessert la France : M. Sarkozy, qui invoquait hier Jeanne d’Arc et Clémenceau, n’a pas compris que notre « cher et vieux pays » n’est pas une simple entreprise qu’il suffirait de gérer pour la gouverner. La France c’est une nation qui, malgré ses défauts, ses blocages ou ses illusions, reste une nation éminemment politique dont une part, la part active et fière, ne pense pas seulement en termes économiques mais en termes de « grandeur », de « service », d’ « honneur ». Que ceux-là qui vivent ainsi la France ne soient pas nombreux n’empêche pas qu’ils en représentent la chance et l’espérance, au-delà des malheurs du temps !

 

Certains penseront que je me berce d’illusions et qu’il est vain de vouloir sauver ce qui me semble devoir l’être, à l’heure de la mondialisation et de « l’unification européenne », du Nombre triomphant et de la Croissance obligatoire. Et pourtant ! L’Union Européenne manque de souffle épique et n’apparaît que comme un vaste marché, de plus en plus large et déréglementé, où les citoyens se pensent et agissent d’abord comme des consommateurs… Or, est-on amoureux d’un taux de croissance ?

 

A l’heure où l’Histoire semble s’emballer et rebat les cartes des forces et des puissances, l’humilité devant les faits devrait plutôt incliner les hommes politiques et l’Etat à repenser leur rapport au monde, à partir de la seule réalité qui, tout compte fait, apparaît comme solide et viable, c’est-à-dire la nation, ce cadre historique et humain jamais complètement défait dans notre pays à la forte singularité, à la forte personnalité.

 

Tandis que le théâtre politicien du pays légal ressemble à un spectacle de Guignol, il est plus urgent que jamais de revenir au politique, non pas celui qui pipolise et s’agite, mais celui qui fonde et qui agit, au sens noble du terme. Parler politique n’est pas vulgaire mais nécessaire…

 

20.05.2008

Pétrole.

La nouvelle donne internationale favorise des puissances hier moquées et méprisées par les grands pays du Nord, et le cas du pétrole en est l’un des exemples les plus révélateurs, comme le souligne un article paru dans « Le Monde » dans son édition du mardi 20 mai et intitulé, à juste titre : « Pétrole : le pouvoir a changé de camp ». En effet, ce sont les pays producteurs de pétrole, comme l’Arabie saoudite ou la Russie, qui s’imposent aux pays consommateurs, et les Etats-Unis en font les frais, eux dont le président en est « réduit à quémander auprès du roi d’Arabie saoudite une hausse de la production de l’Organisation des pays exportateurs (OPEP) pour faire baisser les prix. » En vain, d’ailleurs… En fait, « l’évolution du baril se joue dans les coulisses du Kremlin et les méandres du pouvoir iranien, dans les mangroves nigérianes et sur les bords de l’Orénoque vénézuélien, dans les couloirs viennois de l’OPEP et les salles du New York Mercantile Exchange. Et, surtout, dans les palais saoudiens. »

 

Il faut bien admettre que les Etats-Unis se sont piégés eux-mêmes en considérant, selon l’expression du président George W. Bush, que « le mode de vie américain n’est pas négociable »… Ce qui risque d’entraîner une augmentation sensible de son taux de dépendance énergétique, comme le souligne « Le Monde », « de 60 % à 80 % »…

 

Or, les Etats-Unis ont-ils encore les moyens de leur puissance ? Malgré une économie qui reste la première du monde, une armée techniquement la plus performante (mais sur le papier beaucoup plus que sur le terrain…), une diplomatie agressive et un système d’alliances apparemment solide, sans parler du ralliement récent de la France sarkozienne à sa stratégie, les Etats-Unis sont sur le déclin, ce qui ne veut pas dire qu’ils vont s’effondrer en quelques années, voire en quelques décennies, mais seulement qu’ils vont devoir partager le pouvoir sur la planète avec d’autres puissances, en particulier de ce que l’on nomme encore, de façon de plus en plus gênée, « le Sud ».

 

Quant à la France, en jouant précocement la carte du nucléaire et en cherchant, parfois trop timidement, des alternatives au pétrole ou en initiant des politiques d’économies (la fameuse « chasse au gaspi » dans les années 70, malheureusement abandonnée quand elle aurait du être toujours renforcée au fil des années), elle a su limiter sa dépendance aux pays pétroliers sans, pour autant, pouvoir s’en libérer complètement, par la force des choses. Au lieu d’attendre un « nouveau choc pétrolier », déjà bien engagé, et le risque de crise d’angoisse de notre société frustrée de son « pétrole quotidien », l’Etat français, au lieu de papillonner, ferait mieux d’engager un vrai « plan de l’énergie » pour les décennies prochaines, qui ne peut se mener utilement que dans le cadre d’une nouvelle politique plus dynamique et volontariste d’Aménagement du territoire et, en particulier, des transports, trop gourmands encore en pétrole. Cela pour diminuer la consommation de produits pétroliers et en permettre la pérennité sur le long terme. Comme l’écrit « Le Monde » : « La seule réponse réside dans une baisse de la consommation. Or la flambée des prix n’a réduit la demande qu’à la marge, puisque les transports fonctionnent à 97 % grâce aux dérivés du brut. Une telle baisse est vitale pour renforcer la sécurité énergétique et lutter contre le réchauffement climatique. Le pétrole le moins cher et le plus propre est encore celui qu’on ne brûle pas ». Cela ne peut se faire que par une limitation des déplacements (à quand une généralisation, là où c’est possible, du télétravail ? Je la réclamais déjà dans un tract distribué lors de ma campagne électorale législative à Vitré… en 1995 !), une meilleure politique des transports en commun (or, la SNCF continue chaque année de fermer des centaines de kilomètres de voies !), une autre approche de la consommation et la réactivation des solidarités à tous les niveaux, etc. Si l’Etat ne peut pas et, surtout, ne doit pas tout faire, il lui revient de donner l’impulsion à cette nouvelle politique et de donner l’exemple de cette stratégie d’économies et de responsabilité, et de préserver sa population des malheurs du temps, y compris énergétiques…

 

Là encore, le temps et la « décision » sont des alliés précieux, voire des conditions indispensables à une action utile de l’Etat : pas certain que la République, quelle que soit sa « tête » temporaire et élyséenne, dispose de ces alliés, de par ses propres principes… Inscrire l’Etat dans la longue durée sans le désarmer et en préservant les libertés publiques comme privées, c’est bien le rôle d’une Monarchie à transmission héréditaire « à la française »…

 

18.05.2008

Pêcheurs.

L’augmentation des prix des carburants et l’interdiction de poursuivre la pêche au cabillaud (les quotas de pêche décidés par Bruxelles pour cette année sont déjà atteints…) pénalisent les pêcheurs français et cela explique leur mouvement de colère qui se traduit par le blocage de plusieurs ports, en particulier de plaisance, à Boulogne par exemple il y a quelques jours. Lors d’une émission radiophonique récente, l’un des intervenants soulignait qu’il ne fallait pas que le gouvernement cède aux injonctions des pêcheurs, ne serait-ce que parce que « la mer est vide » et qu’il faut « bloquer » la pêche, ici au cabillaud, tant que les stocks ne se sont pas reconstitués dans de bonnes conditions : l’intention n’est, en soi, pas mauvaise, mais que fait-on donc des pêcheurs réduits ainsi à l’inactivité, puis au chômage ?

 

Il me semble qu’il est possible et surtout nécessaire de maintenir une activité de pêche dans notre pays, mais que cela ne peut se faire que si les pouvoirs publics et quelques intervenants privés se décident à investir en temps et en argent dans la réorganisation et le soutien de cette activité nourricière importante. En somme, que l’Etat impulse et soutienne une véritable « politique de la pêche », avec l’aide des régions, du secteur agroalimentaire et des organisations socioprofessionnelles de la Mer, mais aussi les associations environnementales.

 

Quelques propositions :

 

-         la création d’une « trame bleue » qui comprendrait les zones de frai et de croissance des espèces halieutiques, cela pour permettre le renouvellement dans de bonnes conditions des ressources en poissons et en crustacés, par exemple. Le problème est que, si cela est possible dans les eaux françaises, cela est évidemment plus difficile à faire respecter dans les eaux internationales. Aussi, faudrait-il, à l’aide d’une conférence internationale ou d’accords multilatéraux entre Etats « pêcheurs » et « consommateurs », créer des réserves et des zones interdites de pêche et, surtout, faire respecter ces zones : cela n’est possible que si des Etats assument ce rôle de « police des mers » et en ont les moyens matériels et humains. La France, qui dispose du deuxième espace maritime du monde, pourrait jouer ce rôle, avec d’autres bien sûr.

 

-         La transformation temporaire d’un certain nombre de pêcheurs, par exemple de cabillauds en ce moment, en « jardiniers de la mer », encadrés par des professionnels de l’environnement et de la « gestion des ressources », qui auraient pour objectif de travailler sur l’observation et la préservation des espèces aujourd’hui menacées, le temps suffisant à ce que celles-ci se soient correctement renouvelées et puissent à nouveau être pêchées sans risquer la disparition de la ressource : ce travail ne serait pas une « occupation » mais une véritable tâche de réintroduction, de suivi et de protection des espèces halieutiques dans leur cadre de vie. D’autre part, les pêcheurs concernés seraient évidemment ceux-là mêmes qui, une fois la ressource considérée comme à nouveau suffisante et capable de supporter des prélèvements importants, seraient chargés d’exploiter le stock, c’est-à-dire d’en faire la pêche, ce qui reste, évidemment, leur fonction première.

 

-         La mise en place d’un « code de la consommation des ressources de la mer » dans notre pays qui serait chargé de veiller à ce que des espèces halieutiques considérées comme menacées ne soient plus disponibles à moindre frais dans les espaces commerciaux de la grande distribution. Cela doit s’accompagner d’une politique française de sensibilisation, autant de la population de notre pays que des Etats de la planète, aux risques de la surexploitation des mers et, éventuellement, d’une politique d’aide aux pays en développement pour qu’ils ne bradent pas leurs propres ressources pour des raisons économiques mais, au contraire, la préservent et l’entretiennent.

 

 

Voici quelques propositions, sans doute bien incomplètes, mais qui me semblent réalisables dans un délai relativement bref. Encore faut-il que l’Etat français ne se contente pas de quelques « mesurettes » mais qu’il pense et applique cette véritable « politique de la Mer » qui nécessite un engagement fort et de long terme. Il est urgent d’agir, et c’est l’Etat lui-même qui en a le plus les moyens : pourvu qu’il en ait la volonté !

 

16.05.2008

Société de consommation.

Il y a environ vingt ans j’ai fait mon mémoire de maîtrise d’Histoire contemporaine sur un thème proche de mes préoccupations et de mes interrogations politiques : « L’Action française de Mai 68 à mai 71 : du renouveau à la « dissidence ». » Mon directeur de maîtrise était Michel Denis dont j’ai déjà évoqué la figure dans une précédente note, et que je considère comme un de mes « maîtres » en Histoire même si nous ne partagions pas les mêmes opinions politiques. Il m’a laissé entière liberté pour travailler sur le thème que j’avais choisi, sans faire pression d’aucune sorte : c’était un historien qui cultivait l’art de la liberté de pensée et de parole en une époque où commençait à s’imposer le « politiquement correct » dont nous subissons aujourd’hui toute la lourdeur.

 

Ce mémoire de maîtrise a été tiré à quelques exemplaires et il en circule quelques tirages « pirates » dont l’un illustré de photos et d’images militantes que je n’ai, d’ailleurs, jamais vu : cela m’amuse et la commémoration actuelle m’a incité à le relire, avec un œil critique et je me suis promis d’en récrire quelques pages et, surtout, de le compléter : j’ai commencé à regrouper les tracts monarchistes de l’époque pour en faire une sorte de cahier d’annexes au texte du mémoire.

 

Mardi dernier, justement, Arnaud Guyot-Jeannin m’a invité à son émission de Radio-courtoisie sur le thème des réactions de Droite face à Mai 68 : outre ma modeste personne, se trouvaient dans le studio le maurrassien Gilbert Comte, François Bousquet, et, par téléphone, le directeur de la « Nouvelle Revue d’Histoire », Dominique Venner. Il me faudra reparler des analyses brillantes de Gilbert Comte et de Bousquet, et des présentations fort judicieuses d’Arnaud Guyot-Jeannin. L’émission durait une heure et demi, mais je me suis contenté de parler une dizaine de minutes sur les positions des royalistes d’AF, en particulier à l’égard de la société de consommation qu’ils dénonçaient de la façon la plus ferme qui soit, sans aucune démagogie, comme on peut le constater à la relecture des écrits de Pierre Debray publiés dans « Aspects de la France » (l’hebdomadaire monarchiste d’Action Française) et « l’Ordre Français » (revue non moins monarchiste de réflexion et de prospective) dans les années 60. Je n’ai pas eu assez de temps pour citer des extraits significatifs d’un article majeur de Debray, publié dans « Aspects » en janvier 1969, et intitulé « Paris n’est pas Washington ». Ce blogue est l’occasion de le faire, car je pense que ce texte mériterait d’être relu, diffusé et commenté.

 

En voici donc quelques lignes : « Quand l’école d’Action française condamne la société de consommation, (…) il s’agit de la révolution copernicienne opérée par Ford le jour où il a compris que désormais il ne fallait plus produire pour consommer mais consommer pour produire. C’est que le grand problème n’est plus de fabriquer mais de vendre (…). Comment écouler les milliards d’objets qui sortent chaque jour des usines sinon par l’organisation scientifique du gaspillage ? Nous entrons dans l’ère du gadget, ce qui ne sert à rien, voilà le produit idéal, puisqu’il n’est pas besoin de l’utiliser pour avoir besoin de le remplacer. Chacun peut acheter autant de gadgets qu’il en a envie. Le seul problème est précisément de lui en donner envie. La publicité s’en charge. »

 

Cette analyse de la société de consommation et de son système reste d’une actualité brûlante, quarante ans après : mais, quand Mai 68 a finalement renforcé la société de consommation que les émeutiers prétendaient combattre, l’AF n’a pas cédé sur ce point : la consommation, en tant que telle, n’est pas un péché et c’est même une nécessité humaine ; ce qui est condamnable c’est que consommer soit devenu la finalité principale dans notre société et que l’on vaut, dans celle-ci, par ce que l’on consomme, véritable triomphe de l’Avoir et de la Marchandise sur l’Être et l’échange, le partage, les solidarités actives et naturelles…

 

En définitive, à relire les articles de Gérard Leclerc ou de Pierre Debray de l’époque, il est facile de constater, ce que soulignait Arnaud Guyot-Jeannin l’autre jour, que les monarchistes ont été à la fois plus conséquents et plus « révolutionnaires » que les « soixante-huitards » aujourd’hui reconvertis dans les médias ou la pub… Il n’en est que plus rageant, il faut bien l’avouer, d’avoir eu raison « trop tôt » ou « trop seuls », d’une certaine manière… Cela ne doit pas être, pour autant, l’occasion de se défiler ou de renoncer à vouloir « changer la vie », pour reprendre un slogan de Mai 68…

 

Toutes les notes