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21/12/2008

Le plein s'il vous plaît (bis).

L’an dernier, j’avais consacré une note au livre de Jean-Marc Jancovici et Alain Grandjean intitulé « Le plein s’il vous plaît ! », livre évoquant le problème de l’énergie et des moyens à envisager pour se libérer des sources d’énergie non renouvelables, c’est-à-dire principalement le pétrole. A l’heure où les produits pétroliers voient leurs prix s’effondrer, au grand dam des partisans d’une moindre consommation de ceux-ci (car des prix bas entraînent un moindre investissement dans la recherche pour pallier à la fin inéluctable du pétrole et de ses nombreux dérivés dans des délais plus ou moins longs, qu’il reste à déterminer), il me semble utile de republier cette note ancienne sur ce petit livre nécessaire et fort instructif :

 

Cet ouvrage est passionnant car il détaille les éléments du problème et, ne se contentant pas des « yaka », propose quelques solutions concrètes, en particulier la « taxe » sur les produits pétroliers et gaziers, taxe progressive destinée à éviter un choc trop brutal lorsque les échéances seront arrivées, c’est-à-dire lorsque la raréfaction du pétrole entraînera une hausse mécanique et violente des prix, difficile à supporter pour les moins aisés : « L’argument essentiel pour augmenter les taxes est d’éviter des coûts futurs exorbitants, qu’ils soient sociaux (…) ou environnementaux (…). Avec l’argent tiré d’une hausse du prix de l’énergie fossile (de toutes les énergies fossiles – essence et diesel, certes, mais aussi gaz naturel, fioul domestique, kérosène, charbon, et tout le reste), nous pourrions précisément financer des investissements qui aideraient à faire baisser la consommation d’hydrocarbures. (…) Nous pourrions ensuite utiliser cet argent pour aider tous les acteurs économiques (entreprises et ménages) à gérer l’inéluctable modification de l’urbanisme et du système de transport découlant d’une énergie progressivement plus chère. »

Effectivement, taxer, si cela est forcément impopulaire, semble nécessaire pour éviter, ou atténuer, la surconsommation de ressources dont la pérennité n’est plus assurée que pour quelques décennies, un délai qui pourrait se réduire encore si les demandes en énergie des pays en forte croissance (Chine, Inde, etc.) continuent d’augmenter au rythme actuel. D’autre part, les auteurs rappellent qu’il ne faut pas oublier le coût environnemental de la consommation par nos sociétés et ses individus, un coût de plus en plus lourd même s’il semble « invisible » au regard du PIB des pays : « Non seulement la majorité des atteintes à l’environnement ne sont pas comptabilisées dans le PIB, mais elles le font croître, en nourrissant des activités de prédation, ou en engendrant des besoins de dépollution ou de reconstruction qui mobilisent des paires de bras et créent des revenus. » Mais, comme le signalent les auteurs, le simple jeu démocratique ne suffit pas à diminuer les atteintes à l’environnement ou la pression de nos sociétés de consommation sur les réserves énergétiques de la planète : « La démocratie, ce n’est pas nécessairement la voix de la sagesse, c’est celle de la majorité. (…) En démocratie, nous serons perpétuellement insatisfaits de notre sort (…). Un sondage effectué en 2004, par exemple, donnait encore 85 % de nos concitoyens opposés à une hausse volontaire du prix des carburants. (…) La clé du problème se trouve dans la notion même de démocratie (…). La contrainte volontaire en démocratie, s’il n’existe ni sanctions ni pénalisation économique, ne pousse jamais à l’action résolue plus de 1 à 2 % de la population. » Ainsi les discours et les campagnes de sensibilisation ne sont pas encore suffisants pour agir sur les citoyens-consommateurs, « se souciant surtout de consommation, très peu du long terme, tout en reprochant à leurs élus de ne pas s’en soucier plus qu’eux. (…) Totalement obnubilés par notre « droit à consommer sans entraves », nous ne prenons absolument pas le chemin de la réduction volontaire de la consommation de combustibles fossiles ». De plus, laisser agir le seul mécanisme du Marché n’est guère plus probant, par le principe même du système économique actuel : « Comment des industriels pourraient-ils décider par eux-mêmes d’une contrainte significative dans un monde de plus en plus concurrentiel ? (…) Seule la puissance publique peut fixer de telles règles du jeu, conformément au bon sens et aux enseignements les plus solides des économistes ».

Les deux caractères de la politique à mener, selon les auteurs, sont « durée et progressivité ». « Les énergies fossiles doivent devenir de plus en plus chères, et ne jamais redevenir bon marché, du moins avec quelques milliards de consommateurs sur Terre. La durée, cela suppose encore que les élus ne remettent pas en cause cette hausse, et donc que s’installe un consensus au sein de la population, comme dans le cas de notre système de retraites ». Mais est-ce vraiment possible dans une République toujours coincée entre deux élections, qu’elles soient présidentielles, législatives ou régionales, et avec des politiciens qui en appellent plus aux sentiments des consommateurs qu’au civisme des citoyens, c’est-à-dire qui abandonnent le sens même de la volonté politique ? Le « consensus » à établir dépend, à mon sens, d’abord de l’exemple et de l’action de l’Etat et il me semble que l’un des avantages d’une Monarchie héréditaire est de libérer la magistrature suprême de l’Etat des « tendances consommatrices » et de garantir, au moins à la tête de l’Etat, cette durée nécessaire à la pérennisation d’une politique de l’énergie et de l’environnement considérée comme vitale pour assurer l’avenir des générations à venir. Je parle bien sûr d’une « Monarchie à la française », pas seulement constitutionnelle mais « politique et active » : il me semble même que cette double question énergétique et environnementale sera l’un des éléments de légitimation (ou d’échec, d’ailleurs) de la Monarchie dans sa phase d’instauration et d’enracinement…

08/12/2008

Avertissements sur l'environnement.

 Je suis parfois désespéré lorsque je regarde, comme ce soir sur DVD, les émissions du photographe Yann Arthus-Bertrand sur l'état de la planète et les dégradations que les activités humaines, agro-alimentaires ou industrielles, liées à la société de consommation, provoquent sur cette seule Terre vivante que nous connaissons. Désespéré, parce que ce ne sont pas les avertissements qui manquent mais que ceux-ci se heurtent à l'indifférence, parfois au déni, souvent à l'incrédulité ou au fatalisme.

Je comprends mieux, à cet égard, le chagrin de ce vieux nationaliste français en 1939 (à la déclaration de guerre), ce Démosthène des années trente, qui n'a cessé de dénoncer les risques d'une nouvelle guerre avec l'Allemagne en pointant le réarmement allemand, le danger de cette unité de l'Allemagne maintenue après 1918, les menaces contenues dans le livre d'Hitler, « Mein Kampf », allant jusqu'à demander que ce manifeste nazi soit traduit en français pour avertir les Français du danger hitlérien car tout y était annoncé... En vain ! Maurras, Cassandre extrémiste, vit la triste réalisation de ses prédictions et ne s'en consola pas vraiment...

L'Histoire semble parfois se répéter et tous les avertissements des Nicolas Hulot, des Arthus-Bertrand ou des Corinne Lepage, n'arrivent pas vraiment à faire changer sensiblement les habitudes de consommation ou à imposer raison aux décideurs économiques, à les forcer à réorienter leurs activités en tenant compte des nécessités planétaires et environnementales.

Et pourtant ! Nous commençons à connaître les conséquences des pressions humaines sur l'environnement : disparition des morues de Terre-Neuve (et des bigorneaux de Lancieux...), pollution des cours d'eau en Bretagne et invasion des algues vertes sur les plages de celle-ci, dérèglements climatiques et fonte de la banquise arctique, etc.

Faut-il attendre les prochaines catastrophes pour réagir ? Là encore, le politique a le devoir de responsabiliser les citoyens, à travers l'action de l'Etat, en particulier. Le temps électoral ne suffit pas et, même, il a tendance à empêcher, de par sa nature, le lancement de grandes politiques à long terme, pourtant nécessaires comme le soulignait l'ancien ministre Charles Pasqua sur RTL (à l'émission des "grosses têtes" de Bouvard...) ce lundi 8 décembre. Tout l'intérêt d'une monarchie royale est de permettre au temps d'être l'allié de l'Etat, et non son adversaire. Ce temps qui n'est jamais de trop dans la mise en place de grands projets, industriels comme environnementaux, durables et respectueux des générations présentes comme à venir...

28/10/2008

Protéger les espèces animales.

Sur les 4.651 espèces de mammifères connues et suivies, 1.139 sont menacées d’extinction : une sur quatre ! Le cri d’alarme n’est pas si récent que cela et certains des lecteurs de ce blogue se rappellent que j’avais évoqué la disparition officiellement reconnue en 2007 du dauphin d’eau douce de Chine, le « baiji », une espèce sans doute très ancienne qui avait gardé des traits de ses lointains ancêtres terrestres mais qui n’a pas eu le temps de livrer tous ses secrets avant de disparaître à jamais, victime de la pollution, du trafic maritime et de la construction du grand barrage des Trois-Gorges sur son fleuve, le Yang-Tsé-Kiang. C’était pourtant une espèce protégée depuis 1970, mais cela n’a évidemment pas suffi devant les intérêts économiques d’une Chine en pleine expansion et en passe de devenir la principale puissance industrielle du monde, malgré la crise.

Dans « Valeurs actuelles » de cette semaine (23-29 octobre 2008) est publié un entretien très intéressant avec Florian Kirchner, de l’Union internationale pour la conservation de la nature, qui explique pourquoi « le constat est alarmant mais pas irréversible ». Il évoque les causes d’extinction qui sont la destruction de l’habitat naturel des espèces, par la poussée urbaine et la conquête de nouvelles terres agricoles pour des productions, par exemple, d’huile de palme, mais aussi par la pression du tourisme de masse ; la surexploitation des espèces et le braconnage ; les espèces exotiques invasives et destructrices des écosystèmes locaux ; les dérèglements climatiques, …

L’intérêt de cet entretien est, qu’au-delà du nécessaire cri d’alarme, Florian Kirchner montre que la situation n’est désespérée que si l’on renonce à agir : « Le but est de concilier l’activité de l’homme avec le respect des espèces et de la biodiversité. Parce que c’est aussi notre intérêt. Cette biodiversité, ce n’est pas que le décor de notre vie sur la planète, c’est aussi tous les services que nous rend la nature : ce que nous mangeons, les matériaux de nos vêtements, quantité de médicaments, la pollinisation des cultures…

Le premier remède, c’est de s’attacher à préserver chaque espèce menacée, donc d’en interdire la chasse, le prélèvement ou la cueillette, le temps qu’il faut pour que les populations se reconstituent. Pour des espèces au bord de l’extinction, il faut mener des plans de restauration, en facilitant leur reproduction en captivité, avant de les réintroduire dans leur milieu naturel. Mais cette politique est coûteuse. D’où une deuxième solution : compléter la protection des espèces par la protection des espaces. En constituant des parcs nationaux, par exemple, ou par une politique d’acquisition du foncier, comme le fait le Conservatoire du littoral. Les pouvoirs publics établissent, par ailleurs, des plans d’aménagement du territoire. L’enjeu aujourd’hui, c’est de faire entrer le respect de la biodiversité dans ces documents de planification.

Nous pouvons aussi veiller à ce que notre mode de consommation n’ait pas d’impact sur les espèces, en France comme au bout du monde. Et là, nous pouvons agir par une politique de labels. Le label FSC, par exemple, retrace l’origine du bois. Quand un meuble bénéficie de ce label, nous sommes sûrs que ce bois ne vient pas d’une espèce menacée et qu’il est issu d’une forêt gérée de façon durable, selon des critères reconnus internationalement. Nous savons aussi que les trois quarts des stocks de poissons s’épuisent, mais il existe des poissons non menacés, que nous pouvons consommer sans risque d’extinction de l’espèce. Les consommateurs doivent en être informés. »

La France peut aussi agir utilement, de par sa superficie et de son Outre-mer qui lui permettent d’avoir le deuxième espace maritime mondial, mais aussi de par la diversité de ses paysages et de ses milieux, ainsi que par la présence d’un Etat solide et encore capable de faire respecter ses espaces naturels : « On le sait peu, mais la France fait partie du petit club des pays mégadivers : elle est très riche en espèces animales et végétales, grâce à ses collectivités d’outre-mer, dont les écosystèmes sont très riches mais aussi très fragiles. C’est dire qu’elle a, en matière de protection des espèces, une grande responsabilité. » Grande responsabilité, qu’il est urgent pour l’Etat d’assumer, au regard des générations futures…

Transmettre, le « maître verbe »…