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05/04/2017

L'absence malheureuse d'un royaliste au grand débat...

Je l'avoue, je n'ai pas tout vu ni tout suivi du débat présidentiel à onze : sans doute était-ce le regret de « ne pas y être », c'est-à-dire de ne pas avoir de candidat qui, comme Bertrand Renouvin en 1974, représentait le courant royaliste dans ce débat. Bien sûr, des idées portées depuis toujours par le mouvement royaliste « traditionnel » dans ses multiples composantes étaient évoquées et défendues par d'autres, de la nécessité d'un État solide face aux défis de la mondialisation à la non moins nécessaire défense des travailleurs, de la dénonciation d'une construction européenne mal engagée car trop libérale et américanophile à la défense des services publics qui maintiennent vie et activité sur nombre de nos territoires ruraux, etc. Mais il manquait un candidat qui pose, vraiment et au-delà des effets de manche et des formules magiques sur la Sixième République, la grande question de l’État et de son inscription dans le long terme, non celui d'un trop bref quinquennat (trop bref dans les institutions mais parfois bien trop long au regard des deux derniers...), mais d'un enracinement qui lui permette d'engager de grandes politiques sans craindre leur déconstruction immédiate au changement de majorité gouvernementale ou parlementaire.

 

Certains s'étonneront de mon propos, considérant que la place des royalistes n'est pas dans ce grand défouloir présidentiel et cette course à l'échalote qui vise un bail de cinq ans dans le palais de Mme de Pompadour. Bien sûr, je n'attends rien, en tant que monarchiste, des échéances du printemps, et je sais trop bien que l'élu du 7 mai prochain ne sera ni celui de mon cœur ni celui de la raison politique. Bien sûr, nombre de royalistes voteront pour l'un ou pour l'autre avec l'idée de voter pour le « moins pire », et j'en entends quelques uns me reprocher de « diviser » tel ou tel camp qui aurait besoin des voix monarchistes : comme si celles-ci allaient forcément permettre d'emporter la décision ! Si tel devait être le cas, cela me donnerait un argument supplémentaire à la présentation de candidats royalistes à chaque élection, quelle qu'en soit la forme, la motivation institutionnelle et l'enjeu...

 

Il y a un an, j'expliquais que, plus qu'une candidature royaliste à la présidentielle, il importait de faire une grande campagne sur le thème même de l'alternative royale, et, avec de maigres moyens, le Groupe d'Action Royaliste a initié celle-ci, sans beaucoup d'échos ni de soutiens dans le petit monde monarchiste, et cela malgré la bonne volonté de quelques fidèles de la « Cause ». Un sondage de BVA publié à la fin de l'été dernier donnait le chiffre étonnant de 17 % de Français favorables à la Monarchie en France, et pouvait nous apporter quelque réconfort et nous fixer certains devoirs, comme celui de consolider ce chiffre et lui donner une réalité politique par l'organisation d'un mouvement ou d'une « tendance » qui aurait pu poser quelques jalons vers l'instauration d'une Monarchie « à la française » dans notre pays, avec modestie mais avec détermination et l'assurance de faire œuvre utile et de long terme : il n'en a rien été, et je ne peux que le regretter. Mais cela n'est pas suffisant pour me décourager : « Ce n'est pas parce que les choses sont difficiles que nous les faisons pas, c'est parce que nous ne les faisons pas qu'elles nous paraissent difficiles », dit-on, et ce n'est pas faux...

 

Aujourd'hui fleurissent en Région parisienne comme dans l'Ouest de la France, et ailleurs aussi, des affiches fleurdelysées qui proclament : « Présidentielle ? Plutôt le Roi ! », et cela à quelques milliers d'exemplaires ; quelques articles de presse vont évoquer cette prise de position royaliste et quelques courriers des lecteurs répercuteront le même message, comme autant de bouteilles jetées à la mer... C'est déjà cela ! Mais j'avoue que, pour utile que cela soit, c'est encore bien insuffisant alors même que le temps presse et que les murs de la réalité (dettes et conflits) semblent se rapprocher toujours plus vite, comme si la France était cette voiture devenue folle et incontrôlable sur une plaque de verglas...

 

S'il y avait eu un candidat royaliste au « débat des onze », une part de notre histoire française et l'espérance d'un nouveau régime auraient été au moins visibles, en attendant d'être, pour la seconde, politiquement crédible : cela n'a pas été, une fois de plus et alors même que nos concitoyens continuent à chercher une solution institutionnelle aux défis contemporains, en particulier sur le plan social.

 

Il est temps pour les royalistes, désormais, de parler stratégie...

 

 

 

04/04/2017

Hommage politique au roi Henri IV.

Dimanche 2 avril, comme chaque année depuis 2008, le Groupe d'Action Royaliste rendait un hommage à la fois historique et très politique au roi Henri IV devant sa statue du Pont Neuf, en présence d'une trentaine de personnes et de nombreux touristes intrigués par les drapeaux multicolores des régiments de la Monarchie d'Ancien régime. Après Frédéric Winckler, président du G.A.R., et avant Mgr Charles-Emmanuel de Bourbon-Parme, j'ai, selon la formule consacrée, prononcé quelques mots, que je livre ici à la lecture. Le texte est parfois un peu différent des paroles effectivement entendues, car le passage de l'écrit à l'oral entraîne parfois quelques coupes ou, à l'inverse, quelques rajouts... Voici, en somme, la version originale telle qu'elle est apparue sous le crayon...

 

 

 

Devant la statue équestre du roi Henri IV, ce n'est jamais une simple commémoration que nous devons faire, c'est un rappel de l'histoire et un appel politique.

 

Henri IV, qui deviendra le « bon roi Henri » avant même sa mort et sa postérité populaire, a renoué les fils de l'unité française et a permis la réunion des Français alors divisés par tant de guerres civiles, religieuses et politiques tout à la fois. Ce n'était pas une mince affaire, mais il a pu mener cette œuvre parce qu'il a assumé la charge de roi, de ce roi qui n'était pas un suzerain, ni le premier des nobles ni le premier des catholiques, mais bien plutôt, fondamentalement, par son statut de roi de France peu à peu reconnu après son sacre de Chartres, le souverain, le roi de tous les Français, y compris de ses adversaires d'hier et de ceux du moment...

 

Cette position de hauteur institutionnelle n'est pas la plus facile et elle aurait pu lui donner le vertige. Mais l'on ne choisit pas de devenir roi : c'est le destin ordonné, c'est l'ordre d'une succession dynastique, un ordre forgé jadis et source de légitimité malgré les contestations et les jalousies.

 

Roi, Henri IV a su réunir autour de lui ceux qui l'aimaient et ceux qui ne l'aimaient pas : miracle de la Monarchie, comme le disait Thierry Maulnier !

 

Roi, il était la France et on le suivait pour cela, on l'écoutait pour cela : sa parole, ferme, était celle d'un souverain, père et arbitre, et elle portait et, surtout, tranchait, garde du dernier mot...

 

Roi, il n'était pas un Créon de passage, il était une Antigone qui, du sommet de l’État, sait l'importance de la justice et de l'honneur, ces vertus qui motivent les hommes et les ordonnent au Bien commun.

 

Roi, il n'était pas le candidat ou l'homme d'un parti : il n'était pas de l'un ou de l'autre, il était au-dessus et, même, au-delà des partis. « La Monarchie n'est pas un parti », répétait à l'envi le comte de Paris du XXe siècle...

 

C'est bien cette situation de hauteur et de service qui manque tant aujourd'hui, République oblige : car la République, qu'on le veuille ou non, c'est la querelle des féodaux, plus vive encore en période de présidentielle. Quand les arguments des candidats s'affrontent, quand les promesses s'accumulent, quand les postures s'affichent, ce n'est pas la France qui peut en sortir grandie ou réconfortée.

 

Un président élu, souvent par la peur et par défaut ces dernières décennies, n'est pas un roi : il peut en imiter les gestes, il peut mimer, même, la Monarchie mais tout cela reste la République ; à l'heureux élu président, il manquera toujours le temps, car cinq ans, c'est bien court, comme le remarquait il n'y a pas si longtemps le philosophe Michel Serres. De plus et contrairement au roi, le président sera toujours l'élu d'une partie des Français contre les autres, et on le lui reprochera souvent, malgré tous ses efforts qui peuvent être, reconnaissons-le, méritoires et louables, mais épuisants et souvent inutiles.

 

Quoique le président élu fasse, la République, par principe, sera toujours la division politique jusqu'au sommet de l’État : la République, c'est la « soustraction permanente », les gagnants moins les perdants...

 

Henri IV, lui, nous a montré que si la Monarchie n'est pas toujours facile, elle est, d'abord, l'addition des uns et des autres, quelles que soient leurs opinions, leurs positions et leurs antagonismes. Elle est l'unité par le haut qui permet la diversité à tous les étages.

 

Elle n'a pas vocation à tout régler, ni à créer un « homme nouveau », mais la Monarchie est ce régime capable d'oublier les fautes des uns ou des autres pour ne valoriser que leurs qualités et leurs énergies, comme l'a prouvé Henri IV et tant de nos rois, avant et après lui.

 

En ces temps de longue et dure querelle présidentielle, Henri IV nous rappelle que l'union des Français autour de l’État et du pays est toujours possible, au-delà des divergences d'opinion ou de sensibilités. Et c'est la Monarchie qui est le meilleur moyen de cette union nécessaire pour affronter la rudesse des temps qui sont et de ceux qui viennent.

 

Pour que vive la France, dans la paix, la concorde et le libre débat, oui, encore une fois et quatre siècles après le règne d'Henri, reprenons le vieux cri du pays : Vive le Roi !

 

 

 

14/03/2017

Un candidat royaliste à l'élection présidentielle, est-ce possible ? Partie 1 : la candidature Renouvin, en 1974.

Il y a deux semaines le quotidien La Croix consacrait un dossier aux « petits candidats », ceux qui ne disposent pas du soutien d'un parti de gouvernement ni de celui de puissances financières, et évoquait leurs difficultés à récolter les fameux parrainages qui doivent leur ouvrir le champ de l'élection elle-même. L'occasion pour mon compte de réfléchir quelque peu à l'histoire des candidatures royalistes à l'élection présidentielle sous la Cinquième République, et d'en tirer quelques leçons pour demain plus encore qu'aujourd'hui.

 

En plus d'un demi-siècle de la République fondée par de Gaulle, il n'y a eu, à ce jour et sans préjuger des prochaines échéances d'après 2017, qu'un seul candidat effectif qui appartenait au mouvement (au sens large du terme) royaliste : Bertrand Renouvin, en 1974, soutenu par la Nouvelle Action Française (NAF) qui, sans faire un score mirobolant (environ 42.000 voix, soit 0,17 % des suffrages exprimés), permit de faire entendre une réflexion monarchiste sur la question et la crise de l’État sous la Cinquième devenue celle des partis, et de prendre place dans le paysage politique français pour quelques décennies. Encore aujourd'hui, c'est vers lui, le plus souvent, que l'on se tourne quand on veut connaître le point de vue des royalistes politiques, y compris dans un récent documentaire télévisé sur Emmanuel Macron.

 

Bien sûr, M. Renouvin n'a pas l'ambition de représenter tous les royalistes, et cela serait, au regard de la dispersion de ceux-ci, une gageure bien impossible (et sans doute peu souhaitable pour lui et peu souhaitée par les autres) à relever : il y a, entre l'actuelle Nouvelle Action Royaliste (issue de l'ancienne « NAF » de 1974) et l'Action Française ou l'Alliance Royale, peu de choses en commun si ce n'est l'étiquette de « royaliste » revendiquée par les uns et les autres groupes ou mouvements. Les royalistes sont aussi divers (version optimiste) ou divisés (version pessimiste) que peuvent l'être les partisans de la République ! Si tous vantent l'unité que peut procurer la Monarchie, ils n'en sont pas eux-mêmes adeptes pour leurs formations militantes et, d'ailleurs, rien d'illogique à cela. Dans un sens, c'est même plutôt une bonne chose et cela permet d'atteindre des publics variés, parfois très éloignés les uns des autres. Après tout, le royalisme vise à l'unité par la Monarchie, mais pas à la confusion des différences et des idées...

 

Il est possible d'être royaliste et de droite, comme il est possible d'être royaliste et de gauche, de préférer un parti-pris écologiste ou de favoriser l'urgence économique, de pratiquer la décroissance ou de prôner la mondialisation... Cela n'enlève rien à ce qui fait le cœur de « l'identité » (terme sans doute imparfait, auquel l'on peut préférer la formule d'« unité profonde ») royaliste elle-même : la préférence institutionnelle pour une Monarchie royale en France, « à la française » même.

 

La campagne de Bertrand Renouvin en 1974 a permis une certaine visibilité du royalisme dans notre pays, même si elle fut temporaire et modeste, mais elle l'a aussi sorti d'un certain carcan idéologique et imagier lié à l'histoire de l'Action Française, histoire brouillée par les polémiques nombreuses de ses engagements d'avant 1940 et de celles, plus dramatiques encore, de son attitude officielle vis-à-vis de Vichy, pourtant résultat (et survivance par certains aspects de son personnel politicien ?) de la calamiteuse Troisième République. Si le symbole du candidat Renouvin n'était pas la fleur de lys, elle s'affichait au moins sur les publications de ses soutiens, de la NAF évidemment à l'Union Royaliste Provençale... A tel point que, jeune adolescent en 1974, je croyais maladroitement, au vu de ses affiches rennaises, que le candidat se voulait « le roi » quand il n'en était qu'un fidèle serviteur et militant ! Ce n'est que quelques années plus tard que je compris mon erreur et le sens de cette campagne qui m'avait, alors, interpellé et, d'une certaine manière, interloqué...

 

En 1981, Bertrand Renouvin n'obtint pas les 500 signatures d'élus désormais obligatoires depuis que Giscard d'Estaing avait fait voter cette nouvelle disposition en 1976, soi-disant pour éviter les « candidatures farfelues ». Pourtant, et la collection du journal « Royaliste » en est la preuve, la campagne présidentielle royaliste débutée dès 1980 était sérieuse et tout à fait justifiée, et les interventions de M. Renouvin appropriées aux enjeux du moment, même si son choix de voter François Mitterrand au second tour fut difficile à comprendre pour nombre de royalistes, inquiets des alliances du candidat socialiste et de son programme...

 

Après cet échec, il n’y aura plus de candidat de la NAR, et il faudra attendre 2007 pour que M. Yves-Marie Adeline relève à nouveau (mais en vain) le défi de la présidentielle, sous les couleurs de l’Alliance Royale qui, cette année encore, présente un candidat, Robert de Prévoisin, sans que celui-ci puisse espérer recueillir les parrainages nécessaires à l’entrée en lice présidentielle, comme il le reconnaît lui-même dans un entretien à la presse…

 

 

 

 

 

(à suivre)