31.03.2009

Mayotte la Française.

« Tout en bas de la carte du monde, légèrement sur la droite, au beau milieu de l’Océan Indien, un petit coin de France, oublié et doux » : c’est ainsi que, dans un entretien paru en 1987, le chanteur Michel Sardou évoquait l’île de Mayotte.

 

Dimanche soir, en entendant les résultats du référendum sur la départementalisation de cette île lointaine, je n’ai pu m’empêcher de penser à Pierre Pujo, ce vieux monarchiste têtu, éternel directeur depuis 1966 d’Aspects de la France puis de L’Action Française jusqu’à sa mort survenue à l’automne 2007. En effet, Mayotte, c’était « son » combat et, depuis le milieu des années 70, il n’a cessé de le mener, attentif à ce qui se passait « là-bas » : Aspects de la France est sans doute l’hebdomadaire imprimé en métropole qui a consacré le plus de pages à Mayotte et à ses voisines, les îles d’Anjouan, de Mohéli et de la Grande Comore.

 

Pendant toutes ces années, les habitants de Mayotte, les Mahorais, ont affirmé, de façon claire et nette : « Nous voulons rester Français pour être libres », et tous les référendums qui se sont déroulés sur l’île ont confirmé, toujours très largement, cette volonté éminemment populaire qui, pourtant, semblait ne pas aller dans le « sens de l’histoire » cher aux libéraux et aux marxistes. Dimanche, plus de 95 % des électeurs mahorais qui ont voté l’ont fait pour approuver la départementalisation : ainsi, Mayotte sera, en 2011, le 101ème département français, malgré les criailleries du gouvernement de l’Union des Comores et de l’Organisation de l’unité africaine qui dénoncent ce vote « illégal » et voudraient mettre la main sur cette île française depuis le traité de 1841, ratifié par le roi Louis-Philippe en 1843. L’argument des Comores, qui parle d’ « unité » de l’archipel des Comores est d’ailleurs anhistorique puisque l’île de Mayotte a plutôt cherché à s’émanciper d’un voisinage et d’une tutelle des Comores trop lourds pour elle… C’est d’ailleurs cela qui l’a poussé à traiter avec les envoyés du roi de France au XIXe siècle !

 

En 1974, le président Giscard d’Estaing a voulu se débarrasser des quatre îles de l’archipel, car l’Outre-mer était désormais « obsolète » à l’heure d’une Construction européenne qui n’était rien d’autre qu’une forme de repli sur le seul continent européen et qui considérait les terres françaises lointaines comme autant de fardeaux, financiers comme sociaux. Mais la population de Mayotte a refusé ce qu’elle considérait comme un abandon pur et simple et elle s’est battue pour pouvoir rester française, contre la volonté de la République giscardienne. A l’époque, Mayotte comptait seulement 40.000 habitants et personne (ou presque !), en métropole, ne connaissait « l’île aux parfums » : il a fallu toute l’énergie de Pierre Pujo et des Camelots du Roi, en particulier de Nice au moment du congrès de l’UDR, parti du premier ministre de l’époque, Jacques Chirac, pour intéresser les parlementaires français au sort de cette petite île lointaine qui ne voulait pas renoncer à croire en la France, sa « mère protectrice ». Dans un livre passionnant et très documenté intitulé « Mayotte la Française », Pierre Pujo raconte ce combat qui semblait perdu d’avance…

 

Aujourd’hui, la départementalisation (promise depuis les années 80 !) est enfin acquise ! Les Mahorais de l’époque (dont le président d’alors du conseil régional Younoussa Bamana, aujourd’hui décédé, et qui s’est souvent rendu, en métropole, aux réunions de l’Action Française) ne se sont pas battus en vain. Relisons le message d’espoir formulé par le prince Jean, duc de Vendôme et descendant du roi Louis-Philippe en 1991, à l’occasion du cent-cinquantenaire du rattachement de Mayotte à la France, et désormais confirmé par cette étape importante dans le vie de l’île : « Je forme des vœux pour que, dans l’avenir, les liens entre Mayotte et la France métropolitaine se resserrent encore davantage et que Mayotte demeure toujours terre de France ». Oui, Mayotte est bien « terre de France » : qu’elle soit à plusieurs heures d’avion de Paris n’y change rien puisque son cœur bat au même rythme que la métropole…

 

« Le désespoir en politique est une sottise absolue », affirmait Maurras : la preuve par Mayotte !

29.03.2009

"à mort la monarchie" (sic!)...

Sur certains forums, quelques extrémistes s’excitent contre les royalistes avec des slogans qui se veulent assassins et qui ne sont que ridicules… Aussi voici ma réponse à ces personnes qui oublient que le libre débat ne doit pas se limiter à l’imprécation ou à l’incantation…

 

Ceux qui crient aujourd’hui “à mort la monarchie” devraient être contents, ils sont en république depuis tellement d’années…

En tout cas, cette expression, qui rappelle la logique de Saint-Just, est révélatrice d’un certain état d’esprit belligène et mortifère au-delà du simple aspect liberticide : les royalistes, eux, préfèrent crier “vive le roi”, y compris quand cela accompagne et succède à “le roi est mort” : ainsi, politiquement, en monarchie, la vie triomphe toujours de la mort, par le simple mécanisme de la succession héréditaire.

 

28.03.2009

Encore l'Action Française...

Je viens de passer trois journées à Paris pour suivre, de bout en bout, le passionnant et motivant colloque sur « le maurrassisme et la culture » organisé par le Centre d’histoire de Sciences Po. Comme l’a souligné Olivier Dard dans sa conclusion, il s’agissait de « ramener le maurrassisme à sa dimension historique », comme « objet historique », et c’est une œuvre qui est loin d’être achevée, au point de susciter de prochains colloques, comme celui du mois de mai 2009 à Metz sur l’un des compagnons de Maurras, Jacques Bainville, et le quatrième, annoncé pour l’an prochain à Paris, de la série sur « L’Action Française : culture, société et politique ».

 

J’ai beaucoup appris lors de ce colloque et j’ai hâte de lire le volume des actes d’icelui qui sortira l’an prochain : le « continent Action Française » est si vaste qu’il y a encore de multiples explorations à en faire, ce à quoi se sont attelés de nombreux historiens, de l’Oregon à l’Allemagne, de la France au Royaume-Uni…

 

Ainsi furent évoqués dans ces trois jours des personnalités aussi différentes que l’historien de l’Art Louis Dimier, Thierry Maulnier ou Jean Rivain qui, chacun en leur domaine, ont incarné un « aspect d’Action Française », voire « un moment ». Il était intéressant d’étudier comment l’AF pouvait influencer les mouvements ou les écoles culturelles, en musique comme en histoire ou, au contraire, être influencée par eux : cela amenait à poser la question du rapport entre culture et politique au sein de l’Action Française, mais aussi celle de l’apogée de l’AF qui, selon Olivier Dard, se situerait autour des années 20, plutôt au début de celles-ci, mais avec des décalages temporels, selon les domaines considérés.

 

Il me faudra reparler de ce colloque ultérieurement parce que, au-delà de l’aspect historique, il me semble nécessaire d’en étudier les leçons stratégiques : si l’AF « a vécu », au sens politique du terme, elle n’en reste pas moins une expérience unique dans l’histoire du royalisme contemporain et celle qui a eu la plus grande épaisseur idéologique de tous les mouvements attachés à ce que l’on nomme, en politique, le traditionalisme ou la Contre-Révolution, et il serait illusoire d’oublier, ou de renier, ce qu’elle peut encore apporter au combat royaliste actuel.

 

J’ai déjà dit ce que je devais à l’AF, et il est certaines de ses intuitions que je partage, certaines de ses idées que j’approfondis et revendique : il en est aussi beaucoup que je récuse et je n’oublie pas que, si l’AF a été riche de ses différences, elle l’est peut-être encore plus de ses dissidences… Les « ardeurs incomprises » d’Henri Lagrange et les « audaces stendhaliennes » de « la Revue Critique » ; les « lys sauvages » de la « Jeune Droite » des années 30 ; les « nouveaux chemins » de Philippe Ariès et de Pierre Boutang : autant d’aventures royalistes, politiques ou intellectuelles, qui peuvent encore alimenter la réflexion et qu’il serait regrettable de négliger.

 

Mais il ne faut pas chercher à copier ce qui a été, il s’agit de trouver de nouvelles voies ou, plus exactement, des voies adaptées à « notre bel aujourd’hui » pour « passer » : en cela, je reste tout à fait fidèle à Maurras qui clamait (malheureusement parfois sans se l’appliquer à lui-même…) : « la vraie tradition est critique ».

Vidéo de mon discours au banquet monarchiste du 22 mars.

Dimanche dernier, à l’invitation du Groupe d’Action Royaliste et malgré un sévère rhume, j’ai prononcé quelques mots au « banquet Camelot » organisé pour commémorer l’entrée le 22 mars 1594 du roi Henri IV dans sa capitale. C’était juste une sorte de point d’actualité sur la crise et quelques arguments en faveur de la Monarchie : bien sûr, cela mériterait des développements plus longs et plus approfondis mais je ne faisais pas une conférence ni un séminaire…

 

Voici le lien pour voir cette petite vidéo tournée par le Sacr (nom prédestiné…) : http://www.dailymotion.com/mychannel/Chauvinroyaliste/vid... .

 

N’hésitez pas à réagir en commentaires de cette note blogue ! Merci d’avance !

25.03.2009

Au-delà de l'Action Française...

Cette semaine, je fais faux bond à mes élèves durant deux jours pour me rendre au colloque organisé par le Centre historique de Sciences Po sur un thème qui m’intéresse au plus haut point, « Le maurrassisme et la culture ». En fait, c’est la troisième partie d’une série débutée en 2007 à Paris et poursuivie en 2008 à Metz, et qui a déjà donnée lieu à la publication d’un fort volume intitulé « L’Action Française : culture, société, politique » auquel j’ai consacré deux longs articles publiés dans « L’Action Française » actuelle.

 

Le programme des trois journées du colloque est fort alléchant et j’avoue une certaine impatience à entendre les conférences annoncées qui devraient permettre de mieux cerner les aspects de la « culture d’AF » et ses limites, ses influences sur les débats de l’époque, ses répercussions ou ses échos jusqu’à aujourd’hui, etc. Redécouvrir (ou, même, découvrir tout simplement) des idées, des textes, des interventions, etc. issus du courant monarchiste maurrassien, de cette école de pensée à laquelle je dois, dans une très large mesure, d’être devenu royaliste, et d’avoir aussi su « m’inventer » un royalisme plus personnel, non moins politique, non moins fidèle mais peut-être moins dogmatique, moins doctrinal, moins « daté » aussi…

 

Ce colloque est aussi un moyen pour moi de prendre la mesure de ce qu’il me reste du patrimoine ou de l’héritage d’AF, ce que j’en ai gardé et ce que je n’ai jamais accepté, ce que j’ai rejeté et ce que j’ai récupéré, parfois transformé : ce qui est certain, c’est que j’ai une immense dette intellectuelle envers l’Action Française, et que je n’ai pas l’intention de renier cette part de ma vie politique et militante. Certes, Maurras n’est pas mon seul « maître », et sans doute n’a-t-il été qu’un médiateur pour m’ouvrir à d’autres perspectives. Après tout, Maurras ne disait-il pas qu’il ne voulait pas faire des maurrassiens mais bien plutôt des royalistes ? En ce sens, il a plutôt bien réussi avec moi, même si c’est justement parfois en m’éloignant de lui que je le suis resté…

 

Depuis ce Noël 1977 où maman m’a offert, en cette année de mes quinze ans, un gros bouquin orange intitulé « Œuvres capitales » et signé d’un certain Charles Maurras dont je ne connaissais rien à l’époque, sinon qu’il était « de Droite » de façon assez vague, j’ai pratiquement « fait le tour » de la pensée maurrassienne et je n’y ai pas toujours trouvé mon compte : en somme, il m’a fallu le compléter, voire le dépasser, pour faire fructifier ce que j’avais appris à sa fréquentation livresque. La lecture de Bertrand de Jouvenel et, en particulier, de ce qui fut mon « maître livre », son ouvrage « Du Pouvoir » m’a sans doute permis plus facilement de remettre en cause certains préjugés sur une Démocratie dont je ne percevais pas aussi bien auparavant le mécanisme de renforcement du Pouvoir sur les personnes et les communautés.

 

Mais il y eut aussi Georges Balandier et son livre « le dédale » ; les écrits de Pierre-André Taguieff ; ceux de Bertrand Renouvin dont celui qui m’a le plus marqué : « La République au Roi dormant » ; et tant d’autres, monarchistes ou non.

 

Ce qui m’intéresse aussi dans ce colloque, c’est de saisir en quoi le maurrassisme et ses surgeons intellectuels ont pu jouer un rôle dans le processus, incomplet et inachevé, de « monarchisation de la République » sensible, de façon fort diverse et même antagoniste (qu’y a-t-il de commun entre De Gaulle et Sarkozy, tous deux pourtant traités de « monarques » ?), au gré des présidences de la Cinquième.

 

Derrière l’histoire des cultures et des idées politiques de l’Action Française, souvent passionnante et passionnée, aventurières et aventureuses, se profilent quelques questions politiques et institutionnelles, voire civilisationnelles, qui n’ont pas tout perdu de leur actualité ! Si tel était le cas, d’ailleurs, serai-je royaliste et partisan d’une magistrature suprême de l’Etat « libre et active » ?

 

De plus, en tant qu’historien, il m’intéresse aussi de voir où en est la recherche sur les royalismes français du XXe siècle, et comment, désormais, ils s’inscrivent dans le temps des historiens et dans la « mémoire savante ».

 

Autant de raisons, historiques et politiques, dans lesquelles le sentiment n’est pas très loin non plus, qui fondent mon impatience : vivement mercredi après-midi que le colloque commence…

  

24.03.2009

Henri IV.

J’étais dimanche à Paris pour la commémoration de l’entrée du roi Henri IV, le 22 mars 1594, dans cette ville qui ne l’avait pas accepté naturellement et lui avait même fait la guerre, avant de se laisser séduire par ce monarque d’origine protestante qui avait été assez politique pour ne pas la brusquer.

 

Ainsi, nous étions une délégation d’une bonne vingtaine de monarchistes, drapeaux au vent, dont celui, nouveau, des Volontaires et Camelots du Roi, émanation du Groupe d’Action Royaliste auquel je participe depuis sa création, il y a quelques mois. Mon ami Frédéric, que je connais depuis 1981, a rappelé en quelques mots l’importance du roi Henri dans le processus de réconciliation des Français entre eux, au sortir de la pire des guerres qui soient, la guerre civile. Le Navarrais, surnommé aussi « le vert galant », aurait-il pu réussir s’il n’avait eu une haute idée et conscience de la fonction royale, de cette fonction d’arbitrage qui manque tant aujourd’hui à la tête de l’Etat ? C’est douteux.

 

Le mérite de l’institution royale est d’offrir, dans son principe de succession héréditaire à la magistrature suprême de l’Etat, la capacité d’un tel arbitrage car elle ne doit son pouvoir et sa légitimité que d’une naissance qui est le fait le plus naturel qui soit et le moins controversé, en définitive, si on le compare aux joutes électorales présidentielles. Une succession qui, comme dans la vie des familles, peut, à un moment de son histoire, être moins simple parce que le souverain régnant n’a pas de descendant direct : c’était le cas à la mort de ce roi tant diffamé (à tort, le plus souvent) que fut Henri III, le dernier des Valois. Mais, là encore, sur son lit de mort, le Valois a respecté la règle et a rappelé que son successeur, qu’il le veuille ou non, que cela plaise ou non, c’était celui qui, par les liens familiaux, était le plus proche, soit Henri de Navarre, un prince protestant, rescapé du massacre de la Saint-Barthélémy…

 

Ah, s’il y avait eu, alors, un vote parmi les Français, très majoritairement catholiques et hostiles au souverain assassiné par le poignard du moine fanatique Clément, Henri de Navarre n’aurait pas atteint le deuxième tour ! Et pourtant, c’est celui-là, qui a du conquérir et a conquis le cœur de ses sujets : j’en profite pour souligner combien ce terme de « sujets » me semble, en définitive, heureux malgré son ambiguïté apparente, parce qu’il rappelle que, pour faire une phrase complète, il faut généralement aussi un verbe, rôle que tient symboliquement le souverain et qui donne tout son sens à la phrase…

 

Mais cette conquête des cœurs et des esprits, cette popularité chèrement acquise et qui lui a même valu les éloges des « hussards noirs de la république », Henri IV n’a pu la gagner que parce qu’il avait totalement intégré l’esprit de la royauté et du service, voire des sacrifices, qu’elle impose : l’indépendance de la magistrature suprême, l’arbitrage concret qu’elle permet, les devoirs qu’il entraîne, même contre l’amour propre du roi en exercice… Etre celui qui oublie les injures de ceux qui l’ont affrontés en d’autres temps, au motif qu’il était huguenot, donc une sorte d’ « infidèle » ; être celui qui embrasse son ennemi de la veille parce que la Couronne (et j’entends par là, au-delà même de la royauté, l’Etat, au sens le plus complet du terme) a besoin de toutes les compétences, sans forcément regarder d’où elles viennent : en somme, être un politique, au sens fort du terme, et qui mieux que le roi peut incarner ce politique fort, libre, arbitral (et non arbitraire) ?

 

Si la personnalité du premier roi Bourbon a été assez forte pour supporter les épreuves, cette véritable initiation royale au Pouvoir, elle n’aurait pas suffi pour retisser le manteau de l’unité française : c’est l’institution royale qui a donné du sens et du poids à son action, et qui lui a permis, en définitive, d’incarner la France et son destin, et de l’inscrire dans la durée. Henri IV n’est devenu roi que parce que les règles de succession échappaient aux choix des hommes et même à son propre choix… Ne pas choisir d’être roi, mais assumer : c’est la charge, parfois fort lourde, des rois de France, et que le risque de l’assassinat ne dissuade pas de ceindre la couronne qui est aussi parfois d’épines…

 

Henri IV aurait dit que Paris valait bien une messe : mais Henri IV valait bien, malgré le froid qui battait les flancs de son cheval de bronze sur le Pont-Neuf, une commémoration, quelques mots d’hommage, les paroles de cette chanson qui lui est dédiée et qui fut, au XIXe siècle, le chant des royalistes fidèles aux princes en exil…

 

 

 

 

20.03.2009

Je n'ai pas fait grève, mais...

Ce jeudi, je n’ai pas fait grève et j’ai travaillé comme d'habitude : 7 heures de cours ; 2 heures de préparation de cours ; 2 heures de conseil de classe...
Mais, lorsque j'entends certains privilégiés du CAC 40 (je ne parle pas des petits actionnaires ou des patrons de PME) parler de "solidarité" aux ouvriers et fonctionnaires alors que, dans le même temps, ils menacent de s'exiler, fiscalement parlant, pour échapper à leurs devoirs sociaux, je m'indigne : l'égoïsme des grands est un vrai scandale et ce chantage au départ me navre et m'encolère. J’en ai déjà parlé dans ma précédente note, je n’y reviens pas.


Dans son histoire, ce que l’on appelle la Droite sociale (née dans les rangs des monarchistes légitimistes comme Albert de Mun, Villeneuve-Bargemont, Mgr Freppel, ou La Tour du Pin...) n'a cessé de dénoncer ces injustices qui, aujourd'hui, sont d'autant plus scandaleuses qu'elles condamnent les plus faibles au chômage et à la désespérance sociale. Or, la Droite actuelle semble avoir oublié cet héritage social dans lequel le mot de "justice" avait une grande part...


D'autre part, Mme Parisot a-t-elle conscience que ses propos peu amènes, voire indignes (parce que trop manichéens) contre les syndicats et les grévistes (coupables, selon elle, de fragiliser un peu plus l’économie du pays, ce qui est largement exagéré au regard du système économique et de sa crise présente…) ont révolté jusqu'aux plus modérés, croyant y percevoir (à raison ?) une attaque directe contre le droit même de grève ?

 

En tout cas, cette manifestation de colère du jeudi 19 mars, peut-être vaine, a été l'occasion pour beaucoup de salariés de faire entendre au "pays légal" les inquiétudes et le ras-le-bol du "pays réel" (selon la distinction de Charles Maurras). Néanmoins, il ne faut pas se tromper : qu’on le regrette ou non, cette manifestation tient plus du défoulement collectif que de la proposition constructive. Mais n’est-il pas du devoir des politiques de fonder des réponses concrètes aux angoisses du monde du travail ou, au moins, de savoir écouter les colères qui montent au sein des salariés aujourd’hui désorientés ? Cela ne veut pas dire céder à la démagogie et oublier de responsabiliser les uns et les autres, mais cela signifie rappeler aux forces économiques qu’il ne peut y avoir de bonne économie sans le souci de la justice sociale et le respect des équilibres environnementaux.

 

17.03.2009

La République des égoïstes...

Le jour même où rebondit le débat sur le fameux « bouclier fiscal » et où les nouvelles sociales sont mauvaises, avec de nombreux emplois qui disparaissent (aujourd’hui, des dizaines de licenciements annoncés chez Nokia-France), Bernard Tapie touche un chèque de 101 millions d’euros, 3ème chèque depuis l’été… Bien sûr, les impôts, le remboursement des dettes, les honoraires des avocats, etc., vont ramener les gains de M. Tapie à des proportions moins importantes mais pas moins scandaleuses sur le fond comme sur la forme. J’ai déjà évoqué sur ce blogue ce qui me paraît un véritable scandale d’Etat (signalé aussi comme tel par un article estival du « Nouvel Observateur ») : je n’y reviens pas. Mais la collision des annonces de licenciements et de ces millions versés à ce monsieur Tapie, véritable aigrefin financier comme politique, me semble fort symbolique et révélatrice d’une République dans laquelle les émules de Georges Danton, celui-là même qui aimait trop l’argent au point d’en abandonner le Pouvoir pour mieux en jouir, dominent et paradent.

 

Toujours ce mardi, « La Croix » titre, en page 11 : « l’UMP récuse l’idée de taxer les « très hauts revenus » ». Ainsi, à peine évoquée par Pierre Méhaignerie (que j’ai jadis affronté lors d’une élection partielle à Rennes-Est-Vitré : souvenirs, souvenirs…), la proposition de la création d’une « contribution exceptionnelle portant sur les revenus supérieurs à 300.000 euros par an », pourtant intéressante à défaut d’être originale, a été balayée d’un revers de main par Frédéric Lefebvre, porte-parole du parti sarkoziste, comme son maître allait ce même mardi récuser toute idée de suspendre, même provisoirement, ce « bouclier fiscal » pourtant si mal compris et si malvenu en ces temps de crise. L’argument utilisé par le président et ses vassaux m’agace au plus haut point : il est de dire que les plus riches risquent de quitter la France avec leur précieux magot et donc de priver le fisc français de quelques revenus…

 

Mais de qui se moque-t-on ? Si ces fortunes françaises partent de France, se refusant à toute solidarité avec leurs concitoyens, cela prouve l’égoïsme de ces hauts revenus mais aussi la perte du sens national, pourtant première solidarité des Français entre eux. Il est vrai qu’à force de vanter les mérites du libre-échange à tout vent et à tout va, c’est la solidarité elle-même qui a disparu, chacun préférant profiter sans entraves… Ce qui m’énerve le plus, c’est d’entendre ceux qui donnent des leçons d’économie du haut de leur suffisance et demandent aux ouvriers de faire des efforts, pousser des cris d’orfraie dès que l’Etat se propose de « moraliser le capitalisme » ou qu’il réclame un peu plus de considération pour les travailleurs ou, même, lorsque ce même Etat demande aux entreprises de ne pas délocaliser, prétention alors qualifiée de « protectionniste » (nouveau chiffon rouge des libéraux…) !

 

Dans l’économie, il faudrait un peu plus de morale, sans doute : mais, aujourd’hui, faute de voir cette morale éclore naturellement au sein du monde des grands patrons et, surtout, des grands actionnaires, il est nécessaire que l’Etat prenne ses responsabilités, au risque de se mettre à dos quelques hauts revenus qui, de toute façon, ne feront jamais aucun effort de solidarité par eux-mêmes, ce que soulignait déjà dans les années 1880 le royaliste La Tour du Pin… Et priver de leurs droits civiques quelques récalcitrants à l’impôt, cela est tout à fait possible à un Etat digne de ce nom. Le problème, c’est que la République est aujourd’hui (comme hier, d’ailleurs) le règne des Fouquet, des Danton ou des Tapie

 

Décidément, au regard de l’actualité et relisant actuellement les discours d’Albert de Mun sur « la question sociale », je suis de plus en plus confirmé dans mon royalisme face à cette République des puissants et des féodaux, ce régime des égoïsmes financiers et cette religion du Seigneur Argent. Et ce n’est pas l’aveuglement et l’arrogance d’un président qui a perdu tout sens commun qui va me faire changer d’avis, au contraire !

15.03.2009

Ne plus subir la crise, mais la dépasser.

Alors que je dînais ce dimanche soir dans un petit restaurant de Versailles, j’ai surpris la conversation de mes voisins de tablée qui portait sur leur avenir professionnel : à les entendre, celui-ci était bien sombre… Mais l’ironie du sort voulait qu’ils soient amenés à travailler pour former ceux qui allaient les remplacer, non pas en France mais en… Inde ! En fait, ils n’avaient pas le choix : ils étaient payés tant qu’ils travaillaient et c’était leur dernier travail au sein de l’entreprise (une multinationale), travail qui devait durer encore quelques mois avant que leur boîte ne délocalise ses activités de dessin industriel…

 

Terrible logique d’un capitalisme toujours à la recherche du moindre coût et du meilleur profit, sans beaucoup d’égards pour ceux qui, pourtant, sont à l’origine de la création de valeurs, de richesses : il y a de quoi se révolter !

 

Je pense que cette histoire malheureusement vraie (on aimerait que ce soit juste un scénario de film…) n’est pas unique : cela marque aussi, au-delà du drame social, combien un libéralisme « sans frontières » profite surtout à cette « fortune anonyme et vagabonde » qui ne s’embarrasse guère des personnes, considérées comme de simples pions interchangeables ou de petites variables d’ajustement. Ce qui est le plus agaçant, c’est que les mêmes qui tiennent de grands discours moraux sur l’économie et sur la nécessaire « sagesse des salariés » s’en viennent dénoncer les « réactions protectionnistes » beaucoup plus vertement que les licenciements spéculatifs, en définitive acceptés pour ne pas « gêner la relance » comme l’affirmait un « expert » il y a quelques jours sur une chaîne de radio économique… Il y a des coups de pieds au derrière qui se perdent, me semble-t-il !

 

Cela étant, après ces remarques, que faire, que proposer ? Sans doute faut-il favoriser le renforcement et la création de petites et moyennes entreprises qui reprennent en leur sein ces techniciens, ingénieurs, chercheurs, etc. qui sont notre capital économique en définitive le plus précieux, cette matière grise qui reste notre meilleur atout dans les tempêtes qui s’annoncent et, déjà, soufflent fort sur notre société. Il serait dommage de ne pas utiliser toutes ces compétences rendues disponibles par la spéculation des grands groupes et qui, aujourd’hui, cherchent à s’employer.

 

Le statut de « l’auto-entrepreneur » est aussi un moyen à exploiter, une chance supplémentaire à saisir : c’est même une des rares initiatives intéressantes mises en place par l’actuel gouvernement.

 

Ainsi, la crise, qui revêt souvent les habits sombres et sanglants de la tragédie sociale, peut permettre, a contrario, un renouveau de l’initiative privée mais aussi collective : le rôle de l’Etat, mais aussi des Régions et des Communes, c’est de promouvoir cette réaction des volontés et des compétences, de les soutenir, éventuellement de les coordonner sans pour autant tomber dans l’étatisme stérile et paralysant. En somme, remettre la France au travail, non plus en attendant des indemnités, mais en suscitant « le désir de faire », la reprise en main de leur destin par tous ceux qui ne veulent plus subir les oukases des actionnaires ou des multinationales. Pour que les travailleurs redeviennent propriétaires de leur métier !

 

Les chantiers possibles sont immenses : ouvrons-les, maintenant !

République une et indivisible ou Monarchie fédérative ?

Le récent débat sur les régions initié par le rapport Balladur mérite quelque attention, et les monarchistes qui furent, comme le soulignait Maurras, « les premiers fédéralistes », l’observent avec intérêt, en particulier sur le possible rattachement de Nantes à la Bretagne

 

Sans aller plus loin sur ce sujet, juste une remarque : sous les rois de France, ceux-ci s'adressaient au pays en évoquant "les peuples de France" : la République, elle, s'est voulue "une et indivisible" et a détruit les particularités culturelles et les parlers locaux car elle avait peur de la diversité et des traditions. Au regard de l’histoire et des réactions présentes au débat sur l’organisation du pays, il est simple de comprendre que la République est incapable d'accepter les libertés provinciales sans menacer l'unité du pays. Pourtant, sous ce que l’on appelle l’Ancien Régime, la France avait développé un modèle original d'incorporation des provinces et des communautés au sein de la nation, par l'oeuvre patiente de ses rois : en somme, la monarchie fédérative était moins frileuse que cette République encore marquée par des relents de jacobinisme mais travaillée, dans le même temps, par les communautarismes et des identitarismes parfois fort dangereux…

 

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